MORT DE COLIGIH ET MASSACRE DU LOUVRE
encore poursuivi de quatre archers qui entrèrent tous après lui. Il se jeta dessus mou lit. Moi, sentant ces hommes qui me tenoient, je me jette à la ruelle, et
lui après moi, me tenant toujours à travers tlu corps. Je ne connoissois point cet homme, et ne savois s'il venoil là pour m'offenser, ou si les archers en vouloirnt à lui ou à moi. Nous criions tous deux et étions aussi effrayés l'un que l'autre. Enfin Dieu voulut que M. de Nançay, capitaine des gardes, y vînt, qui, me trouvant en cel état, encore qu'il eût de la compassion, ne se put tenir de rire et se courrouça fort aux archers de cette indiscrétion, les fît sortir et me donna la vie de ce pauvre homme qui me tenoit, lequel je lis coucher et panser dans mon cabinet jusqu'à ce qu'il fut guéri.
« Je changeai de chemise, parce qu'il m'avoit toute couverte de sang. M. de Nançay me conta ce qui se passoit, et m'assura que mon mari étoit dans la chambre du roi et qu'il n'auroit nul mal. Et, me faisant jeter un manteau de nuit sur moi, il m'emmena dans la chambre de ma sœur, où j'arrivai plus morte que vive. Entrant dans l'antichambre, un gentilhomme, se sauvant des archers qui le poursuivoient, lut percé à trois pas de moi. Je tombai de l'autre côté presque évanouie entre les bras de M. de Nançay, et pensai que ce coup nous eût percés tous deux. »
Rien ne manque à ce récit, ni la dureté incroyable de la mère, qui aventure ainsi sa fille et la remet au hasard, à la générosité improbable de ceux qu'on va assassiner; ni, d'autre part, la confiance, l'impré-
voyante légèreté des gentilshommes protestants, qui s'en vont jouer à la paume dans ces sombres circonstances, se divisent, comme pour rendre l'exécution plus facile. Car les uns allèrent jouer, les autres restèrent en haut; le capitaine des gardes désarma ceux-ci un à un. Pour les joueurs, on leur ôta le roi de Navarre, que Charles fit appeler, avec le prince de Condé. La mort de ces deux princes avait été mise en discussion, et ils n'avaient été sauvés que parle duc de Nevers, et sans doute aussi par l'idée qu'en les tuant on eût rendu trop forts les Guises. On fît remarquer à Charles IX qu'en réalité ces jeunes princes n'avaient guère de religion que les femmes et l'amusement; non plus que trois ou quatre autres protestants de cour qu'on sauva et qui se donnèrent au roi. Navarre et Condé mandés, Charles IX leur aurait dit, selon quelques-uns : « La messe! ou la mort! » Parole non improbable dans la bouche du royal acteur, qui décidément avait pris son rôle et le joua à faire croire qu'il l'avait toujours médité.
Mais les autres, qui n'étaient pas princes, que devenaient-ils? Les archers, comme on a vu, les piquaient de chambre en chambre pour qu'ils se précipitassent par les escaliers ou par les fenêtres dans la cour, où les massacreurs, en rang, les piques serrées, les recevaient, les achevaient.
Le premier qui fut tué dans la cour fut un gentilhomme qui, voyant toutes ces troupes, s'avisa de demander pourquoi elles étaient là rangées si matin. On avait dit au dehors qu'on les réunissait de nuit