FIN DE CHARLES IX
d'exterminer tous ceux qui avoienl été huguenots ». (Lettre ms. de Catherine, 20 mai 1573.)
s lettres de la reine mère sont bien étranges. La plus vaine, la plus folle ambition y parait. On y voit d'une part la pauvreté extrême où l'on est et la peine qu'on a d'emprunter do l'argent; d'autre part, elle commence tout, elle a envie de tout; il lui faut tous les trônes.
En Lorraine, où elle fait la conduite au jeune roi de Pologne, nous la voyons mener de front je ne a combien d'autres affaires plus ou moins chimériqui
Elle intrigue, chemin faisant, pour le mariage d'Àlençon avec Elisabeth, fait par écrit sa cour au banquier Ridolfi, très influent à Londres, lui fait faire des présents, et aussi à un Yellutelli, autre intrigant qui s'occupe du mariage. Elle travaille l'Empire pour Charles IX. Elle abouche son fils Anjou avec le frère du prince d'Orange.
Qui mettra-t-elle aux Pays-Bas, Anjou ou Alençon? Elle aimerait bien mieux le premier. Anjou dit, en passant le Rhin, à Louis de Nassau qu'il ne fait qu'un tour en Pologne, mais qu'il va revenir et lui mener t<»ute la noblesse de France pour éreinter le duc d'Albe.
Quoi de plus fou dans les romans ? Cependant il
fallait savoir si, de cette folie, on ne tirerait pas avan-
. Depuis deux ans, Guillaume d'Orange était prié,
poussé par son frère, le bouillant Louis, pour se lier
à Charles IX. Ce grand homme, esprit net et ferme,
mais cruellement traîné par la fortune, n'avançait qu'avec répugnance, convaincu qu'il ne gagnerait que honte et malheur à toucher cette main sanglante. Cependant il avançait. L'épouvantable siège d'Harlem, l'effort désespéré et inutile qu'il fit pour la secourir, le brisa; il céda en disant qu'il ne céderait pas : « Non, écrit-il, nous ne vendrons pas le pays pour cent mille écus. » Cependant il le fît, nommant Charles IX protecteur de Hollande et maître de tout ce qu'il prendrait aux Pays-Bas (mai 1573).
Et, cette honte bue, l'argent ne vient pas. Harlem succombe (12 juillet), horrible catastrophe ; deux mille Français, entre autres, passés au fil de l'épée. L'histoire n'a rien gardé de plus amer que le dernier cri de Louis de Nassau à Charles IX avant cette catastrophe. 11 y confesse la honte d'avoir voulu le faire Empereur, mais il lui révèle durement la situation de la France. Cette pièce terrible de franchise biffe tous les sots mémoires du temps : « Maintenant, dit-il à Charles IX, vous touchez la ruine, votre État baye de tous côtés, lézardé comme une vieille masure qu'on racommode tous les jours de quelque pilotis et qu'on n'empêche pas de tomber... Où sont vos noblesses? où sont vos soldats ?. . . Ce trône est à qui veut le prendre. »
Maintenant, comment en novembre trouva-t-on enfin les cent mille écus? C'est que Catherine, qui faisait alors la conduite à son bien -aimé roi de Pologne, imagina de le substituer à Alençon, qu'elle n'aimait pas, dans cette future royauté des Pays-Bas. Si la France était pauvre, la reine mère avait une for-
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tune personnelle, et ce fut elle peut-être qui paya. L'affaire tourna fort mal. Cet odieux argent ne servit
en rien les Nassau. Avec ces trois cent mille francs et cent mille encore qu'on donna en mai, Louis se fît tuer, battre, détruire v13 avril 1574).
Guillaume -le -Taciturne eut cruellement à regretter d'avoir cherché appui en Charles IX, d'avoir eu foi dans ce néant.
Charles survécut un mois à Louis de Nassau. Mais, avant de mourir, il avait eu le temps de voir combien ses avertissements étaient véridiques.
La levée du siège de La Rochelle n'était qu'un commencement de la grande expiation. Charles IX, malade a Villers-Cotterets, y vit arriver une redoutable procession des protestants du Midi ; le Languedoc d'abord arriva, puis le Dauphiné, la Provence. Ces grandes provinces n'entraient pas dans l'arrangement qu'une ville avait fait sans les consulter. Elles demandaient (1.- garanties, deux places de sûreté par province, avec des juges protestants, et le culte libre par tout le royaume. Elles demandaient surtout la punition du massacre, la réhabilitation des morts de la Saint -Barthélémy.
La reine mère trouva la demande insolente.
« Vous n'en demanderiez pas tant, dit-elle, si Gondé était encore dans Paris avec cinquante mille hommes. » Ceux-ci avaient avec eux bien autre chose que Condé. Ils avaient l'opinion, n'étant plus la voix d'un parti, mais celle de lajustice même et des catholiques modéqui, «l.s lors, étaient avec eux.
<( On examinera », dit-elle. Et cependant elle envoie Biron pour surprendre La Rochelle. Le maire (c'était encore Jacques Henri, l'homme de l'Amiral) surprit les traîtres lui-même, les fit pendre, et la cour en resta couverte de confusion.
Il était constaté que nulle paix n'était sûre. Maintenant que fallait-il faire ? J'adresse cette question non à M. Capefigue, mais aux nôtres qui, trop docilement, ont suivi cette impulsion.
Dans l'ouvrage d'un savant jeune homme que j'aimais et estimais (Démocratie de la Ligue, par Labitte, 1841), je lis ces cruelles paroles : « On a maintenant le secret de la démocratie hypocrite du protestantisme : c'était tout simplement une arme contre la royauté, une cuirasse pour la noblesse », etc.
Sauf Sismondi, tous nos historiens ont traité le protestantisme avec une grande sévérité.
M. de Bonald, au contraire, très bien éclairé par sa haine, a vu que, quelques formes qu'ait pu prendre le protestantisme dans les phases diverses que lui imposait la persécution, son essence est la liberté, la démocratie, le principe anti- monarchique.
Faut-il répéter ce que nous avons dit : que, quarante ans durant, parmi les martyrs du protestantisme, on ne découvre que trois nobles?
Les nobles y entrèrent en foule, mais sous Henri II seulement. Et même encore en 1572, où tant de nobles périrent, les listes nominales des morts témoignent qu'il périt infiniment plus de marchands, de gens de robe, d'artisans et de bourgeois.