IIN DE CHARLES IX
* leurs régiments des gardes, leurs cinq cents
"llW",n »i ''I flrem les braves à la tranchée.
Nul secours du dehors. Les luthériens d'Allemagne '"' lilvnl "en pour nos calvinistes. Elisabeth ne les secourul pas, pas plus qu'elle n'aidait le prince d'Orange. C'est ce qu'affirme expressément l'homme le plus instruil des affaires du temps, Du Plessis-Mornay. Le savanl M. Groen établit la même chose pomles Pays-Bas.
Pourquoi? Pour (rois raisons : Elisabeth était reine Wen plus que protestante, et haïssait toute révolte. Puis Elisabeth était pape, et n'aimait point du tout l'Eglise démocratique; elle avait peur, horreur des puritains, qu'elle voyait maîtres en Ecosse et qu'elle pressentait en Angleterre. Troisièmement, elle suivait i impulsion du commerce anglais, qui détestait lesEspagnols, mais trouvait bon de gagner avec eux. Elle avait hâte de renouer avec Philippe II, avec qui en effet elle s'allia le 1er mai 1573.
Elle négociait partout, mais elle restait close dans son ile, attentive à l'Ecosse, à la ruine du parti de Marie Stuart. Elle abandonna La Rochelle, fermant seulement les yeux sur une tentative de nos réfugiés qui, sons Montgommery, avec des navires loués aux Anglais, entreprirent d'y jeter des secours. Mais à '« Première vue de la flotte du roi, leurs équipages anglais les emmenèrent au large. Montgommerv s'obstina, approcha el faillit périr.
Tellement divises en Europe, les protestants l'étaient '•'•" France, el jusque dans les murs de La Ko-
chelle. Dans les intervalles des attaques, ils disputaient entre eux. On avait fait la faute insigne de laisser entrer dans la ville le bonhomme La Noue, fort crédule, et qui ne prêchait que la paix. Un parti se forma pour lui donner le commandement militaire, qu'il accepta avec la permission du roi. Heureusement la ville avait pour maire un homme du peuple de grande énergie, un Jacques Henri, formé par l'Amiral, et qui adhéra fermement au parti fanatique, décidé à combattre et résister jusqu'à la mort. Les fanatiques sauvèrent la ville, la maintinrent libre et république; une ville vainquit la royauté.
Cette prodigieuse résistance, avec celle de la petite Sancerre, est un des plus grands faits de notre histoire. Un peuple se battit comme un seul homme. On voyait, à la marée basse, les femmes et les ministres, jusqu'aux enfants, les pieds dans l'eau, qui marchaient sous le feu, incendiant les vaisseaux qu'on coulait pour fermer le port, attaquant intrépidement les redoutes des catholiques.
Ceux-ci avaient eu tout l'hiver pour préparer le siège. Ils avaient à loisir bâti des forts et des redoutes autour du port et de la ville. Dès lors, quoi de plus simple que d'affamer une ville sans secours, de démolir toutes ses défenses avec l'énorme artillerie qu'on avait amenée? C'était l'avis de Biron, de tous les militaires. Deux choses s'y opposaient. Le siège était conduit par le duc d'Anjou; c'était un siège de prince qu'il fallait emporter par de brillants faits d'armes. Tout ce qu'il y avait de princes et de seigneurs en
FIN DE CHAULES IX i37
France, Montpensier e1 Nevers, surtout Les Guises,
étaient là, el chacun voulait se signaler. On donna < oup sur coup des assauts furieux. On essaya des mines si mal conduites qu'on s'écrasait soi-même.
On s'accusa alors. On prétendit que Navarre et Condé, Alençon, avertissaient les assiégés, s'entendaient avec eux. On n'était pas bien loin de tirer l'épée les uns contre les autres. Alençon devait, on l'assure, pendant une sortie et de concert avec les assiégés, attaquer le quartier de son frère le duc d'Anjou. Le principal obstacle fut le scrupule des ministres de La Rochelle; qui refusaient d'entrer dans ce guet-apens fratricide.
Les assiégés perdirent treize cents hommes, et les assiégeants vingt-deux mille, des princes et nombre de -t'iiineurs, l'argent du parti catholique, bien plus, l'élan tir la Saint-Barthélémy. Tout vint s'amortir, s'enterrer dans les fossés de La Rochelle.
Les assiégeants avaient la fièvre, et ils étaient tellement baissés de cœur, qu'à toute attaque ils s'enfuyaient. Les Rochelais s'amusèrent à leur lancer des goujats en chemise, armés de ferrailles rouillées.
Le duc d'Anjou fut trop heureux de voir arriver la deputation polonaise qui lui apprenait son élection et devait l'emmener. On traita à la hâte. La Rochelle, Mines et Montauban restèrent trois républiques, se gardant et se gouvernant. Le prêche y subsistait, ainsi que chez tous les seigneurs qui n'avaient point abjure. Partout ailleurs, liberté de conscience (6 juillet 1573).
Nous avons dit comment la cour de France avait acheté son succès de Pologne. L'ambassadeur Montluc jura que le duc d'Anjou et Charles IX n'étaient pour rien dans la Saint-Barthélémy, et promit expressément la liberté religieuse non seulement pour la Pologne, mais pour la France même. La crainte universelle qu'on avait de voir la maison d'Autriche faire arriver un archiduc à cette couronne réunit tout le monde pour le duc d'Anjou. Le Turc le recommanda ; le pape et les luthériens d'Allemagne agirent pour lui également. Montluc, prenant vingt masques, se montrait protestant pour gagner les riches Palatins, et il captait la petite noblesse par des discours démocratiques, des appels à la liberté. Il n'y eut jamais pareille effronterie. Le tout démenti, et l'ambassadeur désavoué, quand les Polonais eurent élu et furent arrivés à Paris.
Curieuse dérision de la fortune. Voilà cette cour, après ce long siège inutile, cet échec de cinq mois, ses forces épuisées et son impuissance constatée, la voilà qui grandit devant l'Europe, accrue d'une couronne, de ce choix glorieux, de cette lointaine royauté d'Orient.
L'imberbe duc d'Anjou trône royalement à côté de son frère entre les longues moustaches, les fourrures de ses Palatins. Les Guises séchaient de jalousie. Ils avaient fait tout ce qu'ils avaient pu pour empêcher la paix de La Rochelle ; le bon cardinal de Lorraine disait paternement qu'il connaissait bien le duc d'Anjou, « s étant meslé de sa conscience, et que le duc avoit juré