DES SCIENCES AVANT LA SAINT-BARTHÉLEMK
Que ferai-je? Je retournerai un moment en arrière, et je reprendrai force aux grandes sources de vie généreuse que j'avais laissées derrière moi.
Car, pendant qu'à L'aveugle je m'acharnais à l'his-
■ du combat, enfermé dans la mort et ne voyant plus qu'elle, la vie sous terre a coulé par torrents.
M. une en ce moment exécrable do la Saint-Barthélemy, j'ai parlé île Paris, du Louvre, des Tuileries, du palais de la reine mère, où la veille se tint le conseil du massacre. Mais, dans le jardin même de ce palais tragique, un inventeur, un simple, un saint, Palissy, a inauguré les sciences de la nature.
Je viendrai à lui tout à l'heure. Auparavant, un mot sur l'histoire des génies sauveurs qui, à travers lestructions, ont réparé, consolé et guéri.
Spectacle touchant, mais bizarre. En dessus, la politique et la théologie roulent leur char d'airain, admirées et bénies de l'humanité qu'elles écrasent. En dessous, la science suit leur course, le baume à la main, rainasse les victimes et rapproche les lambeaux sanglants.
C'est une histoire immense et difficile que je n'ai nullement la prétention de raconter. Je veux me donner le bonheur de l'indiquer seulement, non pour servir aux autres qui la liront bien mieux ailleurs, mais pour me servir à moi-même. Entrant dans les temps de bassesse, de mensonge qu'il me faut passer, je m'arrêterai ici, je m'y assoirai un moment; j'y boirai un long trait d'humanité, de vérité.
Qu'on sache donc qu'au seuil de ce siècle sanglant
commencèrent deux grandes écoles des ennemis du sang, des réparateurs de la pauvre vie humaine, si barbarement prodiguée.
Au moment où Gopernik donne au monde la révélation de la terre, ceux-ci semblent lui dire : « Vous n'avez trouvé que le monde ; nous trouverons davantage : nous découvrirons l'homme. »
L'homme et son organisme intérieur, dont Vésale est le Christophe Colomb, — l'homme et la circulation de la vie, dont le Copernik fut Servet.
Son mariage enfin avec la Nature, leurs profondes amours et leur identité. C'est la révélation de Paracelse.
Parlons de celui-ci d'abord.
Pour entrer dans cette voie neuve, il était nécessaire d'en arracher d'abord l'épouvantable amas de ronces qu'on y avait mis depuis deux mille ans. Il fallait que cet amant impatient de la Nature, avant d'aller à elle, la délivrât par un grand coup.
Paracelse était homme de langue allemande et né, dit-on, dans les montagnes de Suisse. On ne sait guère quelle avait été sa vie. Il fît son coup d'Etat à trente-quatre ans. Ce fut à Baie, en 1527, au point solennel de l'Europe où le Rhin tourne entre trois nations, que ce Luther de la science mit sur un même bûcher tous les papes de la médecine, les Grecs et les Arabes, les Galien et les Avicenne. Il jura qu'il ne lirait plus, et se donna à la Nature.
Chercheur sauvage des mines et des forêts, ce gnome ou cet esprit fouille la terre, interroge les