DES SCIENCES W\M LA SAINT-BARTHELEMY US
sources, converse avec Les plantes, intime ami des Alpes, confident <l>i> Karpathes, amanl des vallées du Tyrol. L'humanité malade Le suit; il peuple les rts.
Il eut cela de commun avec Copernik, qu'observateur pénétrant entre tous, il domina l'observation, lui donna la raison [tour guide et pour maîtresse.
Ayant brise l'autorité des livres, il en brisa une autre dent on se défait difficilement, celle des sens et de L'apparence. Il hasarda, d'un instinct prophétique, le mot de la chimie moderne, le mot de Lavoisier : L'homme est uwc vapeur condensée qui retourne en eur.
Dès ce moment, quelle facilité d'amalgame! La barrière est rompue entre l'homme et la nature. L'un et l'autre est chimie. La médecine est chimie, comme la vie elle-même dont elle est la réparation.
\dieu tous Les miracles et les interventions surnaturelles. L'homme peut tout, mais par la nature. Nul miracle que de Dieu-le-Pèrc. Un malade disant qu'il
si muni du corps du Christ, Paracelse prend son chapeau : « Puisque vous avez déjà un autre médecin, je n'ai rien à vous dire. »
Il disait, non sans cause, que sa réforme était bien autre chose que celle de Luther. La Grâce qu'enseigne Paracelse, c'est celle de la Nature, son hymen avec l'homme. Il les croit tous deux d'une pièce, assimile leurs lois, y voit l'identité de génération et d'amour. Vue- féeondes qui menèrent bientôl Gessner à classer plantes par la génération, Gésalpin a assimiler les
semences végétales à l'œuf des animaux , à professer le rapport des deux règnes.
M. Cuvier et d'autres ont enfin avoué, proclamé le génie, tant contesté, de Paracelse. Eh! qui en douterait, en ouvrant au hasard son livre surprenant, mais touchant et sacré, sur les maladies de la femme? Personne encore (ô temps barbares!) n'avait compris nos mères , nos femmes , chère moitié de l'espèce humaine. Ce grand homme dit le premier : « La femme est tout autre que l'homme ; elle est un être à part ; ses maladies sont spéciales. Elle est sous l'influence souveraine d'un seul organe. Elle est un monde pour contenir un monde. » Haute révélation physique, première explication profonde et sérieuse du Fons viventium (la source des vivants, la fontaine sacrée d'où court le torrent de la vie).
L'Allemagne s'est prise à la nature, qu'elle pénètre par la chimie. La France à l'homme, qu'elle révèle, explique par l'anatomie. Pourquoi, de toutes parts, les grands anatomistes viennent-ils étudier à Paris? On l'a vu de nos jours encore. L'anatomie, la chirurgie, les arts hardis du fer sont ici, non ailleurs : ici un scalpel acéré d'analyse, et dans la main et dans l'esprit.
Quel spectacle plus grand que cette école de Paris, de 1531 à 1534, quand, devant la chaire de Gunther, deux héros furent en face, le Belge et l'Espagnol, le grand Vésale, le pénétrant Servet?
Je dis héros. Il fallait l'être pour triompher de tant d'obstacles. Jusqu'en 1555, ce fut un hasard ou un
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crime de disséquer. Heureusement, un homme de vingt ans. qui4 rien n'épouvantait, Vésale, dès 1534, est à lui seul le pourvoyeur de L'école de Paris.
Rien n'était plus hardi. Où prendre «les cadavres7 Aux Innocents, dans la population serrée du quartier marchand de Paris? (Vêlaient des corps malades et dangereux dans les épidémies fréquentes de l'époque. Sur cette terre pestiférée du grand cimetière des Innocents, la nuit erraient des filles, logeant près des charniers et faisant L'amour sur les tombes.
M nui faucon valait mieux. Mais quoi? c'était la justice du roi et les pendus du roi. Les descendre d'un gibet de trente pieds, souvent observé des archers, c'était chose hasardeuse. Les parents y veillaient souvent, le peuple aussi, avec sa haine et ses terreurs, ses contes d'enfants tués par les Juifs, de corps ouverts vivants par les médecins. Le hardi disséqueur eut pu périr ►us les ongles.
Mais plus le péril était grand, plus grand fut l'amour de la science.
Ce cadavre pour lequel il venait de hasarder sa vie, de quel œil perçant il le regardait! de quelle ardeur «l'étude, avide, insatiable! Le fer, la plume, le crayon a la main, il disséquait, dessinait, décrivait.
Il ne quitta Paris que pour un autre laboratoire, meilleur encore, l'armée de Charles- Quint. Il y fut justement à la terrible époque où cette armée fut décimée, détruite, ou les vieilles bandes de Pavie furent exterminées par leur maître (1538-1539). Les corps ne manquèrent pas. Vésale, d'une expérience
infinie à vingt-huit ans, avait vu l'homme le premier. Il enseigna à Padoue, il imprima à Baie (1543). Cette ville, libre entre toutes, permit et divulgua la grande impiété. Le corps humain, ce mystérieux chef-d'œuvre que, pendant tant de siècles, on enterrait sans le comprendre, éclata dans la science par la description de Yésale et les planches attribuées au Titien.
Au moment même, un Français, Charles Estienne, fils et successeur du grand imprimeur, avait fait imprimer une complète description de l'homme, mais elle ne parut que plus tard. Celles d'Estienne et de Yésale furent très probablement l'œuvre collective, le résumé des travaux communs de l'École de Paris.
Une pensée possédait cette école, une recherche qui remplit tout le siècle, recherche parallèle à celle du mouvement des cieux; c'est celle du mouvement intérieur de l'homme , la gravitation de la vie et la circulation du sang.
Le sang solide, c'est la chair; la chair fluide, c'est le sang. Ce n'eût été rien de savoir les formes arrêtées de l'organisme, si on ne l'avait poursuivi clans sa fluidité qui fait son renouvellement.
Dès le commencement du siècle, l'inquiétude commence sur cette question. On dispute sur la saignée. Où vaut-il mieux saigner? Au mal, ou loin du mal, pour en distraire le sang et l'attirer ailleurs? Cela mène à chercher comment circule le sang. Cent ans durant, on poursuit ce mystère.
A Paris Sylvius, à Padoue Acquapendente décriront les valvules qui, baissées, relevées tour à tour, admet-
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*en1 et ferment le courant. Les maîtres de la science, même Vôsale el Fallope, niaient l'existence de ces portas el méconnaissaient le mystère quand déjà il était trouvé, décrit et imprimé.
L'Aragonais Servet, élève de Toulouse et de Paris, dans son orageuse carrière où il ne sembla occupé que de ramener le christianisme à la prose et à la raison, aperçut sur sa route ce secret capital de la nlation du sang. Il l'a longuement, nettement, doctement expliqué dans un livre de théologie où on ii" serait guère tente de le chercher. Ce livre, hélas! brûlé ave.- l'auteur sur un bûcher de Genève où on mit toute l'édition, ce livre survécut par miracle en deux exemplaires seulement, qui tombèrent du bûcher, jaunis par le feu et roussis. Il en existe un heureusement à notre grande bibliothèque. Le secrétaire de l'Académie des sciences vient de réimprimer les pages de la découverte.
La fonction première fut connue, celle qui ne peut comme les autres se suspendre ni s'ajourner, celle qui inexorablement, minute par minute, doit s'exercer sous peine de mort. Condition suprême de la vie. qui semble la vie même.
Servet n'avait pas dit la route par où il arriva. Il fallut pour la retrouver un demi-siècle encore et le génie d'Harvey. Mais le fait fut connu. L'humanité put voir avec admiration le charmant phénomène de délicatesse inouïe, le croisement de cet arbre de vie « où la masse du sang, dit Servet, traverse les poumons, reçoit dans ce passage le bienfait de l'épura-
tion, et, libre des humeurs grossières, est rappelée par l'attraction du cœur. »
Une larme du genre humain est tombée sur cette page. Un transport de reconnaissance, un ravissement religieux, une horreur sacrée saisit l'homme en surprenant Dieu sur le fait dans sa création incessante du miracle intérieur qui dépasse l'harmonie des cieux.
Qu'est-ce que le seizième siècle en son fait dominant? La découverte de l'arbre de vie, du grand mystère humain. Il ouvre par Servet, qui trouve la circulation pulmonaire, et il ferme par Harvey, qui démontrera la circulation générale. Il enferme Yésale, Fallope, etc., fondateurs de l'anatomie descriptive; Ambroise Paré, créateur de la chirurgie.
Ainsi monte sur ses trois assises la tour colossale de la Renaissance, — astronomique, chimique, anatomique, — par Gopernik, Paracelse et Servet.
Gomment s'étonner de la joie immense de celui qui vit le premier la grandeur du mouvement? Un vrai cri de Titan, devant cette audace de l'homme, échappe à Rabelais dans son Pantagruel : « Les dieux ont peur ! »
Mais, si prodigieuse que fut cette tour, il y manquait le dôme, la lanterne ou la flèche hardie, qui fermerait les voûtes. On se rappelle ce moment décisif où sur l'effrayant exhaussement de Santa-Mariadel-Fiore, sur cette menace architecturale qu'on ne regarde qu'en tremblant, Brunelleschi , le fort calculateur, ose, avec un sourire, jeter le poids de la lan-
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teme énorme, el •''' •" La voûte en tiendra mieux! »
TeUe ful l'impression du ,.„, , ,,„.,, „| par-dessus
i constructions colossales, quand par-dessus Colomb el Copemik, par-dessus Vésale et Servet, Lui h,.,- el Paracelse, un homme, arme du rire des dieux dr ce rire créateur <mi fail les mondes, posa le couronnement, l'éducation humaine de h, science et de la Nature.
'•" bon "l grand Rabelais, à ces génies tragiques, aux foudroyants théologiens, aux chimistes fougueux aux furieux anatomistes (Fallope obtint des corps wants , à ces effrayants médecins do l'âme et du corps, Rabelais nedif qu'un mot, en souriant : « Grâce pour l'homme! »
Nourri dans la campagne, avec les plantes, à Montpellier ensuite, la ville des parfums et des fleurs il avail pns leur âme et le sourire de la nature, la haine de Tanti-physis (anti-nature), la peur que la science nouvelle ne refit une scolastique.
Ces cô tés de Rabelais n'ont été, je l'ai dit, mis en Pleine lumière que par un paysan, un solitaire, ami des plantes, comme fut le bon docteur de Montpellier empatissant médecin de l'hôpital de Lyon Tous «enl arrêtés au seuil du livre, rebutés et décou- ■" voyant pas qu'a l'homme malade, nourri comme la bête, de l'herbe du vieux monde, il fallait d abord donner la Fête de Vâne, pour pouvoir dire ensuite avec la belle prose :
Assez mangé d'herbe et de foin.' LaisM les vieilles choses... Et va!
Le procédé de Rabelais est justement celui de Paracelse. Pour guérir le peuple, il s'adresse au peuple, lui demande ses recettes ; pas un remède de berger, de juif, de sorcier, de nourrice, que Paracelse ait dédaigné. Rabelais a même recueilli la sagessse au courant populaire des vieux patois, des dictons, des proverbes, des farces d'étudiants, dans la bouche des simples et des fous.
Et, à travers ces folies, apparaissent dans leur grandeur et le génie du siècle et sa force prophétique. Où il ne trouve encore, il entrevoit, il promet, il dirige. Dans la forêt des songes, on voit sous chaque feuille des fruits que cueillera l'avenir. Tout ce livre est le rameau d'or.
Le prophète joyeux qui semble aller flottant comme un homme ivre, marche très droit; qu'on y regarde bien. Dans sa course fortuite, en apparence, il touche justement et saisit les traits essentiels qui dominent tout :
L'exaltation de la vie, l'impatience de l'homme pour se donner l'ivresse d'un moment et l'infini des rêves, est signalée par le bizarre éloge du Pantagruélion. Dans l'amortissement des temps énervés qui vont suivre, un grand et sombre phénomène doit commencer bientôt l'invasion des spiritueux.
Dans la science, le fait supérieur qui les résume tous relie les découvertes, et constitue l'ensemble comme tout harmonieux, la circulation de la vie, la solidarité de l'être, l'infatigable échange qu'il fait de ses formes diverses, les emprunts mutuels dont s'ali-
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mentent les forces vivantes, tout cela est «lit au pascapital du Pantagruel^ dans une magnifique ironie. Mrs dettes! dit Panurge, on me reproche mes dettes! Mais la Nature ne fait rien autre chose; elle s'emprunte sans cesse, se paye pour s'emprunter encore, etc.
L'ouvrage, comme on sait, est un pèlerinage vers l'oracle de la Lumière. Deux énigmes poursuivent les pèlerins sur tout le chemin; elles reviennent partout en vives satires : l'une, c'est la justice, la mauvaise justice du temps, stigmatisée de cent façons; l'autre, c'est le mariage, la femme, ce nœud essentiel des mœurs el de la vie.
La Loi, la Grâce, la justice et l'amour, c'est bien là en effet la double énigme qui contient tout le reste, le problème profond de ce monde. Le grand rieur le pose. Nul génie ne l'eût résolu. Le temps seul, de ce livre obscur, permet à chaque siècle d'épeler une ligne.
Le seizième siècle est admirable ici. Il sent que tout tient à la femme. Non pars, sed totum. L'éducation de la femme occupe le grand Luther, et ses maladies Paracelse. Sa satire, son éloge remplissent la littérature, les livres d'Agrippa, de Vives. Elle domine ce temps, le civilise, le mûrit, le corrompt.
Rabelais voit en elle le sphinx de l'époque qui seul, en bien, en mal, en sait le mot. En face des Catherine et des Marie Stuart, de divines figures apparaissent pour venger leur sexe. Nommons-en deux : l'admirable Louise, la femme du grand Dumou-
lin, qui le délivra de captivité, qui vécut et mourut pour lui. Nommons celle qui continua le martyre de Goligny dans les cachots, Madame l'Amirale, « la perle des dames du monde ».