STELLA V ESPERA
Périssent d'un seul coup mon génie et ma gloire I Et vienne aussi la mort 1 Je l'accepte, content, Pourvu que je te voie une heure, un seul instant, Et te parle, et t'entende, et t'admire, et t'adore, O toi qui m'aimeras 1 ô femme dont j'ignore La patrie et le nom! toi qui prends mon destin, Et souris comme au ciel l'étoile du matin ! »
Je frémissais ainsi qu'un blessé que Ton touche, Et mon secret déjà s'échappait de ma bouche ; Derrière nous un bruit de pas, en ce moment. Nous fit nous retourner tous les deux brusquement Vers le vaste rideau qui recouvrait l'entrée. Dans un angle une main, vive lueur montrée. Avec un geste prompt Técarta tout entier. Repliant les anneaux sur la tringle d'acier; Et debout sur le seuil, grande et noble statue, Une femme était là, royalement vêtue, Comme en un autre cadre, immobile, ses traits Recouverts d'un long voile aux attirants secrets, Pareille aux visions des nuits surnaturelles. Qui, dilatant de peur les yeux fixés sur elles. Fascinent les vivants par leur solennité. Une femme était là, sûre de sa beauté. Au maintien qu'aussitôt j'avais cru reconnaître, Et vers qui, jaillissant de la haute fenêtre. Comme pour un salut, ruisselèrent d'un bond Les feux enorgueillis du soleil moribond. A peine elle aperçut la peinture immortelle,
Que l'ombre étincela sous la riche dentelle ; Alors, d'une voix lente, au timbre musical Comme le clair écho d'un sonore métal.
Elle laissa tomber ces mots dans le silence :
« Au beau siècle de l'art, autrefois, dans Florence, Grand parmi les plus grands fut l'un de vos aïeux, Dont le chef-d'œuvre était le portrait merveilleux De mon aïeule à moi, qu'on nommait par la ville L'Étoile du Matin. Dans un siècle infertile Votre nom seul rayonne. En vous je reconnais Le plus digne héritier des anciens; je venais Demander au Centi revivant de renaître Sous le divin pinceau qu'il tient de son ancêtre. Moi, dont le nom, là-bas, est l'Étoile du Soir! »
Et moi, je frissonnais plus fort, car je pus voir.
Son voile ôté, Stella vers l'œuvre prophétique
Marcher, reflet palpable et modèle identique;
Je sentais mes cheveux se hérisser d'efTroi,
Car Centi tout à coup s'était rué sur moi.
Car ses ongles m'entraient dans la chair leurs tenailles,
Et j'entendais courir, en rayant les murailles,
Le rire aigu qui glace et qui pénètre en nous.
Le rire intarissable où se tordent les fous!