LES FILAOS
Gisent ensevelis dans nos cœurs, sous le flot Sans pitié ni reflux de la cendre fatale, Depuis qu'au vol joyeux de mes espoirs j'errais, O bois éolien ! sous ta voûte natale, Seul, écoutant venir de tes obscurs retraits. Pareille au bruit lointain de la mer sur les grèves, Ta respiration onduleuse et sans fin.
Dans le sévère ennui de nos vanités brèves, Fatidiques chanteurs au douloureux destin. Vous épanchiez sur moi votre austère pensée ; Et tu versais en moi, fils craintif et pieux. Ta grande âme, ô Nature! éternelle off^ensée! Là-bas, bien loin d'ici, dans l'azur, près des cieux. Vous bruissez toujours au revers des ravines, Et par delà les flots, du fond des jours brûlants. Vous m'emplissez encor de vos plaintes divines, Filaos chevelus, bercés de souffles lents 1 Et plus haut que les cris des villes périssables. J'entends votre soupir immense et continu, Pareil au bruit lointain de la mer sur les sables, Qui passe sur ma tête et meurt dans l'inconnu I
^ Joic-CiCarui de Heredia.
J- A nuit glisse à pas lents sous les feuillages lourds ; Sur les nappes d'eau morte aux reflets métalliques, Ce soir traîne là-bas sa robe de velours; Et du riche tapis des fleurs mélancoliques, Vers les massifs baignés d'une fine vapeur. Partent de chauds parfums dans l'air pris de torpeur. Avec l'obsession rythmique de la houle, Tout chargés de vertige, ils passent, emportés Dans l'indolent soupir qui les berce et les roule. Les gazons bleus sont pleins de féeriques clartés; Sur la forêt au loin, pèse un sommeil étrange ; On voit chaque rameau pendre comme une frange, Et l'on n'entend monter au ciel pur aucun bruit. Mais une âme dans l'air flotte sur toutes choses, Et, docile au désir sans iin qui la poursuit, D'elle-même s'essaye à ses métempsycoses. Elle palpite et tremble, et comme un papillon, A chaque instant, l'on voit naître dans un rayon