‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 50 sur 59 · LA CHANSON DE MAHALL · texte numérisé non relu

LA CHANSON DE MAHALL

Il a tout rejeté de la vie : il est mort 1

Eh bien ! apprends l'amour ! Sous la dent qui te mord,

Regarde ruisseler tes pleurs expiatoires I

Vierge, tu souriais aux fièvres de l'amant ;

Fière de ta beauté, n'ayant pas d'autres gloires,

Tu ne savais répondre à l'ardeur d'un serment.

Mais, femme, ta beauté de marbre encor s'est tue;

Et tu ne sentais pas à tes pieds de statue

Retomber la prière et se fendre le cœur

De l'époux dont tu fus la cruelle pensée ;

Voilà que son image a vaincu ta torpeur,

Et qu'à son souvenir tu l'aimas, insensée ! »

Elle songe. En dormant Màhall chante tout bas :

« Un lourd cauchemar, mon enfant, t'agite. Ton berceau de chêne est un mauvais gîte. — Depuis que mon âme a laissé mon corps. Comme un vieux logis que le vent visite, J'appartiens entière aux âmes des morts; Mon enfant, ton âme agite mon corps.

« Dans l'œil des enfants lisent les nourrices. Les morts ont aussi parfois leurs caprices. »

Lorsque chante Màhall on ne l'écoute pas. Gemma songe. « Bonheur, plaisir, joie, espérance ! Quand l'angoisse nous tient et nous courbe impuissants. Ces mots qu'on récusait sous leur vague apparence

Dans leur immensité sont tous éblouissants !

Oui, le regret, bien plus que l'espoir, aux musiques

Divines sait mêler des visions magiques !

Il m'aimait autrefois d'un amour effréné,

Usant sur moi l'effort des facultés mortelles,

L'homme qui vers l'espace aveugle s'est tourné.

Consumé par l'attente au froid de mes prunelles !

Si je n'ai rien compris alors, ni cet amour,

Ni ce vivace espoir de m'animer un jour,

Ni cette volonté, ni sa morne agonie,

D'où vient qu'à peine seul, mon cœur s'est éveillé,

Lentement, par degrés, de sa longue atonie?

D'où vient qu'en mon désert un calice a brillé ?

Que l'idole aussitôt s'est changée en victime.

Et lit profondément dans l'infini sublime

De ce culte perdu qui l'embrase aujourd'hui ? «

Et Gemma vers la chambre où le portrait l'attire Se retourne, et revient s'arrêter devant lui. Sur ses noirs vêtements pendent ses bras de cire. — Mâhall reprend son rêve et sa chanson tout bas :

« Dans l'œil des enfants lisent les nourrices, Les morts ont aussi parfois leurs caprices. Lorsque tu souffrais, je sais une fleur Que je te donnais pour que tu guérisses; Son baiser rendait ton sommeil meilleur. — Slon enfant demande une étrange fleuri

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