LA CHANSON DE MAHALL 20J
Et j'expie ! et j'attends l'heure du dernier râle, Où je m'envolerai vers ta poitrine pâle, Plus riche de baisers et de larmes de sang, Que toi du désespoir de tes élans stériles ! »
Une flamme qui tremble et qui va faiblissant Fait courir sur les murs les ombres plus fébriles; Et la vieille Mâhall chante encore tout bas :
« A travers un cadre il tendait la bouche. J'ai frotté la fleur. Que nul ne le touche!
— Le désir des morts dompte les vivants.
Dans mon vieux corps vide et qui branle aux vents, Les âmes des morts veillent les vivants I
— Ainsi qu'un portrait, dans un cadre il couche ! »
Gemma vers le tableau n'a plus à faire un pas : Elle se hausse et joint sa lèvre chaude à celle Du portrait, qui lui semble avoir alors souri ; Puis recule, frissonne un court moment, chancelle, Et tombe empoisonnée, et morte, sans un cri !
LES YEUX T)E IsLYSSI^i
J E suivais dans les bois la fille aux cils soyeux. Non loin d'un petit lac dormant nous nous assîmes : Tout se taisait dans l'herbe et sous les hautes cimes. Nyssia regardait le lac silencieux,
Moi, le fond de ses yeux.
« Sources claires des boisl dit Nyssia; fontaines Où le regard profond sous l'onde va plongeant ! Tranquillité du ciel sous la moire d'argent, Où tremblent d'autres joncs aux luisantes antennes, Et des branches lointaines ! »
Je disais : « Larges yeux de la femme ! ô clartés Où l'amour entrevoit un ciel insaisissable ! O regards qui roulez aux bords des cils un sable Faifde nacre, d'azur et d'or 1 Sérénités Des yeux diamantés ! »