LES YEUX DE NYSSIA
Nyssia dit : « Là-bas, ce bassin solitaire Qui dort ainsi sans ride au fond du bois, vraiment, Semble avoir la puissance étrange de l'aimant. Autour de lui, regarde, un brouillard délétère Plane comme un mystère. »
Je répondis : « Tes yeux, Xyssia, tes yews. clairs. Ces yeux que mon soupir sans les troubler traverse. Fascinent par l'attrait de leur langueur perverse. Un magique pouvoir aiguise leurs éclairs Qui filtrent dans mes chairs.
— Vois, disait Nyssia, l'étonnante apparence Qu'ont les plantes sous l'eau, les plantes et les fleurs. Comme tout se revêt de féeriques couleurs !
Sous ce lac enchanté je sens qu'une attirance Vit dans sa transparence.
— Dans tes yeux, lui disais-je, ô Nyssia ! je vois Tous mes rêves, tous mes pensers, toutes mes peines. Rien qu'à les voir, mon sang se tarit dans mes veines. Souriants sous la nacre, au fond de tes yeux froids
Ils vivent, je le crois.
— Suis sur tous ces reflets, suis la molle paresse D'une flamme émoussée au fond d"un ciel plus doux. Ces images de paix qui s'allongent vers nous,
Les sens-tu nous verser l'inefl'able tendresse De l'eau qui les caresse?
— Nyssia, dans tes yeux, je contemple, charmé, Tous mes dcsirs nageant vers un azur plus tendre. Tu regardes là-bas, Nyssia, sans m'entendre; Mais mon âme revoit son fantôme pâmé
Dans tes yeux enfermé.
— Et pourtant, comme autour du bassin, me dit-elle, Tout est morne ! Partout, vois, sur cette eau qui dort Les arbres amaigris se penchent; tout est mort. On dirait sur la rive une sombre dentelle;
Cette source est mortelle.
— Prunelles! chers écrins aux limpides cristaux! Quand la frange de jais de vos grands cils s'abaisse Et sur la joue au loin projette une ombre épaisse. Je crois voir se fermer sur mille EI-Dorados
De funèbres rideaux.
— Dans ces pâles gazons où périt toute chose, Tandis que leurs reflets restent verts sous les eaux. Vois ces tertres cachant le long des noirs roseaux Comme l'ancien secret d'une métempsycose.
Là, sais-tu qui repose?
— Autour de ta paupière, à l'ombre de tes cils Dont les reflets charmants, derrière tes yeux calmes, Caressent mes désirs comme de douces palmes, Ahl pQur s'être enivrés de philtres trop subtils.
Des rêves dorment-ils ?