‹ Œuvres complètesChapitre 1 sur 84 · Oeuvres complètes · texte numérisé non relu

Oeuvres complètes

V^UF, LLE nuit, o mon âme! et quel silence ! Écoute ! La diane héroïque hier encor battait!

Voilà donc la rançon que le pain blanc nous coûte ! Contemple Paris qui se tait !

Superbe, aux longs échos de ses vingt citadelles. Hier encor Paris, debout sur ses remparts,

Caressait des canons fidèles.

O stupeur qu'après eux laissent les grands départs !

Le camp sublime, hier plein de veuves sans larmes.

Se roidissant dans sa fierté, 11 se tait, noir désert plein de soldats sans armes, Prison morne sur qui pèse un rêve hébété !

( IIS PAR()Li;S DL' VAINCU

O nuit faite pour les fantômes !

Ressuscite les vieux Français ! Ah I cache-nous, Xous vers qui rayonnaient ces flèches et ces dômes, Nous les vivants muets de Paris ;\ genoux !

() nuit! qui donc s'en va? Q.ui nous quitte? — O silence!

Qui donc râle ? Qui donc est mort ?

Liberté, gloire, orn;ueil du drapeau sur sa lan:e, Q.u'étcs-vous dev;;nus aux rafales du Xord ?

Inextinguible amour! Aïeule! idolâtrie

Des morts fameux I O France ! héritage sacré I

Berceau ! Terre sainte I ù Patrie !

O (Christ des nations par ce Judas livré !

LES PAROLES DU VAINCU

LES T^XOLES T)U V^il-T^CU

U rêvais pais universelle !

Tu disais : « Qu'importe un ruisseau Pourquoi le globe qu'on morcelle ?

La terre irnmensc est mon berceau ! > A présent tu dis : « Hors la gaine Le glaive à deux mains des aïeux !

Hors des cœurs le sang furieux !

lit vous, autour de notre haine Rangez-vous, impassibles Dieux ! »

m; s PAROLES DU VAINCU

Ils tumbcrciu cnliii, ces bravos, Par blocs massifs, aux trous béants !

Le soir vint grandir ces géants, des vaincus effrayants et graves !

L'un surtout, son buste d'acier Plus droit sur l'arçon, semble attendre ! La nuit, on croit toujours l'entendre, On croit que la mort n'a pu prendre Son àme, ;\ ce grand cuirassier !

Page 1