‹ Œuvres complètesChapitre 28 sur 84 · AU JARDIN · texte numérisé non relu

AU JARDIN

^4 Léon Henniqiie.

JL i; soir fait palpiter plus mollement les plantes

Autour d'un groupe assis de femmes indolentes

Dont les robes, qu'on prend pour d'amples floraisons,

A leur blanche harmonie éclairent les gazons.

Une ombre par degrés baigne ces formes vagues;

Ht sur les bracelets, les colliers et les bagues

Qui chargent les poignets, les poitrines, les doigts,

Avec le luxe lourd des femmes d'autrefois.

Du haut d'un ciel profond d'azur pâlç et sans voiles

L'étoile qui s'allume allume mille étoiles.

Le jet d'eau dans la vasque au murmure discret

Retombe en brouillard fin sur les bords; on dirait

Qu'arrêtant les rumeurs de la ville au passage,

Les arbres agrandis rapprochent leur feuillage

Pour recueillir l'écho d'une mer qui s'endort

Très loin, au fond d'un golfe où fut jadis un port.

Elles ont alangui leurs regards et leurs poses

Au silence divin qui les unit aux choses,

Et qui fait, sur leurs seins qu'il gonfle, par moment

Passer un fraternel et doux frémissement.

Chacune dans son cœur laisse en un rêve tendre

La candeur de la nuit par souffles lents descendre ;

Et toutes, respirant ensemble dans l'air bleu

La jeune Ame des fleurs dont il leur reste un peu,

Exhalent en retour leurs âmes confondues

Dans des parfums où vit l'àme des fleurs perdues.

L A C H A NT s O K lî E N I E 9 I

Page 1