LE RETOUR
LE %ETOUTl
L< E seuil disait : « C'est lui, ton joyeux chien de g.irde ! Voyageur revenant chez toi d'un pas si lourd, Q.u'as-iu donc écouté si tu demeures sourd? «
— La nuit disait : « Je suis pleine d'astres. Regarde ! Reconnais ta maison, voyageur oublieux
Qui vas les mains aux murs et dont le pied trébuche ! Rentre, sans redouter de piège ni d'embûche! Q,u'as-tu donc voulu voir qui t'a brûlé les yeux ? »
— Le vent disait : « Vers toi je souffle, et je t'apporte Le salut parfume des fleurs de ton jardin. Vierge appel d'un amour éclos sous ton dédain. Voyageur hésitant, debout contre ta porte,
Bien vite mets la clef, ce logis est le tien. Plein du tressaillement des formes familières 1 Rentre, et souris de loin aux tempêtes dernières! Q.u'as-tu donc respiré si tu ne sens plus rien ? »
120 l.ES AMANTS
— La serrure disait : « Si ta main tremble, appelle L'épouse délaissée et fidèle toujours
Qui pleure à tes départs et chante à tes retours! Sous l'idéal reflet de sa lampe immortelle, Klle est seule li-haut qui t'aime et qui t'attend. Celle dont le baiser guérit toute blessure ! Voyageur revenu de la patrie obscure, Qui restes là dehors, inerte et repentant. Rentre pour contempler en paix hommes et choses Dans le serein mépris des désirs superflus! Qu'as-tu donc dit en vain, si tu ne parles plus ? »
— Et la maison disait : « Des fenêtres mal closes Tous les vieux souvenirs, tous les futurs espoirs Dans l'ombre jusqu'à toi filtrent par mille issues. Si tu ne peux monter aux murailles moussues, Que m'importe ton corps promis aux festins noirs? C'est l'unique tribut de ta pensée, ô maître !
Que je veux, pour remplir mes cellules enfin De trésors plus polis que ceux d'or le plus fin ; Fais qu'elle m'enveloppe et qu'elle me pénètre. Par les fentes du toit, par le seuil lézardé. L'élaboration de l'absence ou des veilles! O voyageur, parti le front plein de merveilles, ()u'as-tu donc enrichi, si ton crâne est vidé ? »