‹ Œuvres complètesChapitre 60 sur 84 · LES T>ESTI-X.S · texte numérisé non relu

LES T>ESTI-X.S

,4 Charles Cros

D.XS

, la cour d'un couvent passaient deux jeunes lilles, lin rèvQ franchissant les hauts murs du parloir (lui leur devait bientôt enfin ouvrir ses grilles. l 'n éclair du destin brûla le vent du soir; 1- 1 dans l'ombre, à l'écart, parlaient deux jeunes lilles.

11 en sera de mol comme d'un grand caveau

< Hi gisent à jamais d'immobiles poussières,

' ^'pendant qu'au-dessus, chaque printemps nouveau,

l'n jardin gazouillant verdit, plein de lumières.

le termcrai souvent mon cœur, comme un caveau.

IjS LES AMANTS

Il en sera de moi comme d'un colTret rare Que le premier parfum seul aura pénétré Dans un riche pays dont la mer le sépare. Bien heureux qui sera celui que j'aimerai ! J'aurai trempé mon cœur dans une essence rare.

Je veux être un tombeau qui marche, chante et rit, Mais qui lui-même invite et lui-même assassine, lit sous d'illustres fronts, pour en pomper l'esprit, La fleur de mon sourire aura longue racine 1 Je serai le néant sous l'oasis qui rit!

Que la divine odeur secrètement s'exhale

De mon cœur et l'entr'ouvre au son des mots sacrés,

lit vienne alors le temps, la trahison fatale,

Ou bien l'épaisse nuit sur les yeux adorés!

Je veux qu'avec mon souffle un seul amour s'exhale !

Li; s DESTINS 159

Que la terre au hasard engloutisse les os, Mais dans mon cœur je veux que les cœurs morts habitent I Quel trou sera jamais plus sombre et sans échos, Plus couvert en tout temps de couleurs qui palpitent ? Que m'importe la fosse où blanchiront les os?

Oîi que dorme à jamais sa forme solitaire. C'est dans mon cœur à moi que le sien rebattra 1 Quels apôtres ont eu plus fervent sanctuaire? Et sous le plus puissant des baumes renaîtra L'amant purifié dans mon cœur solitaire!

lilles sont aujourd'hui deux vieilles aux yeux froids, L'une sans repentir, l'autre avec sa croyance. Et qui se coucheront dans leurs cercueils étroits, Fiéres toutes les deux d'avoir sans défaillance (iardé pur leur destin scellé dans leurs veux froids.

l6o LES AMANTS

LES C^i'PTIVES

.4 Eriicsi d'Hervilly.

\-J 11 ! le savoir stciilc ! Oh ! vivre après tant d'autre^-. Tant d'amants, de héros, de citoyens, d'apôtres! Ht dans un cœur lassé des transports violents, Comme des jougs de plomb, sur tous les grands élans Porter ce long passé dont le poids nous oppresse, Ce siècle, et la stupeur de vivre sans ivresse! Chacun de nous ressemble à ces frileux jardins Qui montrent sans danger aux pales citadins Les fils des chauds soleils et des gorges sauvages Usant leur instinct libre aux barreaux de leurs cages Avec des cris anciens par la chaîne étranglés ! O passions! la peur tourne de brusques clés Sur vos soifs d'autrefois, vos réveils faméliques, Sur vos sourds grondements dans les antres tragiques ! Nous sommes comme un parc tout rempli d'écriteaux. Et nous tremblons encor scus nos épais manteaux.

LtS CAPTIVES

<i.uand vous vous agitez, ô passions! pareilles A ces monstres captifs qui dressent les oreilles, là hument dans le soir la lièvre des galops Aux senteurs des pampas qui traversent l'enclos!

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