‹ Œuvres complètesChapitre 7 sur 84 · I-AIilEN · texte numérisé non relu

I-AIilEN

Je n'ai sujet aucun d'avoir recours au masque! TULLI A , le regardant.

Non, car à votre front l'orgueil luit corn me un casque !

Je n'ai rien à défendre!

TULLIA, douccmenl, après un silence.

Ht moi, rien, n'est-ce pas, A regagner d'un cœur si tranquille en tous cas? \^n peu d'oubli, voilà mon tort irrémissible! Mais vous, tout souvenir vous est-il impossible? lit vous estimez-vous, en vous-même, si peu. Pour que vous puissiez croire à mon complet adieu ? Souvent le repentir de bien près suit la faute, Et fait au fond de nous une place plus haute A l'absent, dont l'image où palpite une voix Dans le temple embelli flotte comme un pavois! L'amant qu'on a quitté, c'est celui que l'on pleure Le plus, peut-être? — Ici, disais-je tout à l'heure!

FABIEN

J'aurais lieu d'en avoir vraiment quelque licrté !

Ainsi, je vois par vous mon regret insulté? Ah ! que saurions-nous donc absoudre, si la bouche Qui fait un tel aveu n'a plus rien qui nous touche ? Ht qu'avions-nous aimé jadis, si nous gardons Aux remords confessés nos lèvres sans pardons?

Mon incrédulité peut-elle être une offense? Mais j'ai bien quelque droit de m'étonner, je pense, D'on ne sait quel regret qui depuis six grands mois S'éveille étrangement, pour la première fois.

Sihnce.

26 LA KliNCONTRE

T U L L I A , ilviiloiirciiseiiienl.

Ah! l"abîmc est profond qui toujours nous sépare! Homme ou femme, ici-bas, chacun garde en avare Un secret pour lui seul enfoui dans son cœur, l:t, comme un bouclier, porte un masque moqueur ! Pour nous enorgueillir de douteuses conquêtes Nous nous mentons partout, séducteurs et coquettes. Mais leur mépris pour nous vaut le notre pour euN, l:t la peur de l'amour fait les froids amoureux! Qui sait? Peut-être un jour deux âmes fraternelles, Jalouses des trésors accumulés en elles. S'unirent par hasard en de courtes amours, Ht n'avaient qu'à s'ouvrir pour se fondre toujours ! Un jour, deux être faits peut-être l'un pour l'autre, IZt dans la même foi chacun obscur apôtre. Ont feint de se trouver, sans jamais laisser voir Qii'ils s'en vont par le monde avec le même espoir! Oui, l'amant dont un jour le souvenir s'envole. Qu'un caprice appelait, et que l'on crut frivole. Etait peut-être aussi, sans le dire, embaumé D'un amour orgueilleux, solitaire et fermé!

FABIEN, se conlraignant.

Serait-ce à mon profit, ce beau discours?

Peut-être.

On se lasse et l'on part, sans s'être fait connaître !

FABIEN, railleur.

Et souvent, ;ï celui que l'on avait quitte L"oii revient par dépit, ou curiosité?

Pour quoiqu'un qui n"a pas banni toute noblesse...

Un oubli trop facile est un aftront qui blesse? Si peu que vous aimiez, c'est d'un mépris trop grand Que de vous voir partir d'un œil indifférent? Votre beauté, du moins, veut un dernier hommage? l;t l'amant qui s'en va sans regret vous outrage?

Celui qui rit ainsi de son propre abandon.

N'eut pas même un reproche, et n'a pas un pardon,

Indigne d'un remords, était l'amour indigne,

lit mérita l'arrêt qu'on regrette, et qu'il signcl

Le premier il mentait alors ;\ nos genoux,

l:t si nous trahissons, il lut traître avant nous !

FABIEN, très amer.

Allez ! riez aussi, pour être longtemps belle !

Ce qu'il fut, ce passé, qu'un hasard vous rappelle,

.\u peu qu'il en coûta pour briser .autrefois

Ses chaînes, vous avez présumé tout son poids !

.Vvons-nous cru jamais à nos propres paroles ?

Aux encensoirs voués i d'uniques idoles ?

Aux pas toujours unis dans les mêmes chemins? Aux magiques rameaux toujours verts dans les mains? Aux éclairs éternels? aux urnes jamais vides? Non 1 Qui crut aux serments seul peut croire aux pcriidos. Ce souvenir, madame, est affreusement loin! J'ai beau fouiller au fond du plus étroit recoin De moi-même, vraiment, je n"ai pas de rancune ! Je suis sans plainte, étant sans jalousie aucune! Le beau révc éclipsé! \'ous en vouloir! Pourquoi? Trahi? Le grand malheur! Mai n'est-ce pas la loi? Non, madame, cela n'a rien qui m'assombrisse! C'est le conte ordinaire, et c'était le caprice Qui se raillait lui-même en se sentant banal. Qu'un bal avait fait naître, et qui meurt dans un bal. Pour cela qu'avant moi se lasse une maîtresse. Moi, sentir ma pensée ou mon âme en détresse? Non ! C'est la vieille histoire et le vieux dénouement. Vieux autant que les mots si doux et le serment Qui dans tous les baisers voltigent sur les lièvres ; Vieux comme les aveux, les regards et les lèvres; Vieux autant que l'amour, ce mensonge ! aussi vieux Que l'éternel ennui qui nous tombe des cieux !

TU LLI A , ,1 puii.

Il raille ; et cependant il parle sous l'étreinte D'un mal profond.

Non, non. Riez ! Je suis sans crainte,

.Quand vous me révélez vos regrets et vos pleurs. D'où viendraient vos remords? D'où naîtraient mes douleurs : De quel trop prompt départ me parlez-vous? Quel crime A donc soudain creusé pour ma vie un abime, lit réclunc si tard son pardon?

Page 1