T L" I. LIA
lit d'où vient L'amertume qu'en vain votre fierté contient? Je ne la sens que trop saigner, votre blessure 1
F .\ E I E \ , u lùliessaiil.
Je ne suis nullement blessé, je vous assure!
11 n'est point d'amertume en ce que je vous dis.
N'ous avons échangé bien des serments jadis,
Mais de ceux que chacun en soi-même renie.
("e fut l'amour tranquille en sa double ironie,
L'aventure courante au terme si prévu,
L'union où chacun s'estime heureux, pourvu
Qu'il sente son cœur libre et fragile sa chaîne,
lit rêve sans pâlir la rupture prochaine.
On ne rompt même pas ce lien pass.iger;
On le laisse tomber un jour, sans y songer;
lit l'amour de la femme aisément se rattache
A plus menteuse voix, à plus fine moustache !
Sitôt l'ennui venu, vient le nouvel amant.
Que vous reprocherais-je? Avez-vous seulement.
Par un égard vulgaire, essayé d'un mensonge?
l'as même une heure ! Et moi, j'en souris quand j'y songe.
Car celui-là mérite, A mon sens, le mépris. Qui se baisse et ramasse un espoir en débris!
Amèrement aussi ce soir je vous écoute! lit je sais mesurer, à l'effort qu'il en coûte Pour nier aujourd'hui sa richesse, un passé Trop méconnu de moi, faussement méprisé Par vousl
C'est me montrer une foi légitime Dans le haut prix auquel ime femme s'estime! Et je vous félicite, en toute humilité, Pour votre clairvoyance, ou votre vanité.
Vanité bien étrange, alors, qui tout entière Vient s'offrir elle-même à l'ironie altière!
Comme une amorce, où luit clairement l'hameçon!
Non, l'abien! comme un gage et comme une rançon.
FABIEN
Gage? De quel espoir? Rançon? De quel reproche?
Lst-cc donc à plaisir qu'un cœur se fait de roche?
FABIEN
IZst-ce donc sans raison qu'un cœur froid reprend feu ?
Pour vous, la raillerie est-elle un si doux jeu?
FABIEN
Pour vous, la fourberie est-elle si charmante?
Ah ! c'en est trop ! — Pourquoi voulez-vous que je mente ?
Mais que voulez-vous donc me faire croire? Et vous, Que croyez-vous vous-même, enfin?
C'est qu'entre nous Tout n'est pas mort, peut-être, et que tout peut revivre ! Je veux que vous croyiez au remords qui me livre. Pour m'en purifier, soumise à vos mépris! Ce que vous me cachez, Fabien, je l'ai compris Au soin que vous prenez d'en comprimer la plainte. Ce que je sais, ami, c'est que je suis sans feinte^ Que je lis dans vos yeux comme en votre pâleur, Et que, transfigurée en sondant ta douleur. J'aurais droit au pardon plutôt qu'à l'anathême. Mieux et plus qu'autrefois, I-'abicn, crois que je t'aime !
32 I. A Ri;S'C<)N IRT.
FABIEN, pasiionnéitienl.
Tullia, dis-tu vrai?
T U L L I A , lie vieille.
Vois si mes yeux sont taux !
FABIEN, à pari.
O femme! ô souvenir plus tranchant qu'une faux! Qu'elle est belle, pourtant !
Haiil.
Oh ! ne sois pas si belle !
Oui, belle, je le sens, d'une beauté nouvelle!
FABIEN
Tous les parfums des bois sortent de ses cheveux !
Lui prenant les mains el l'attirant sur un hanc.
Eh bien I apprends-lc donc bien haut, si tu le veux ! En vain je m'efforçais de te fuir; ton image Me précède partout, m'attire davantage.
Oui, tu l'as deviné ; je raillais, en effet. L'orgueil ment, compagnon sanguinaire qui fait Du mal qu'on veut guérir l'incurable supplice ! On l'appelle vengeur et ce n'est qu'un complice. Quand tu te détournas de nos frêles amours. Je partis, l'appelant en vain à mon secours. Mais sans cesse, A travers mes révoltes vaincues.