LE BARDE
Le corps de Kendélann, le chef de dix armées, Glt là, sans tête, blême, inerte, sans chaleur! J'ai sur l'âme le poids d'une immense douleur. Songeant près des planches fermées!
J'entends l'aigle d'Hli, ce soir!
Il élève la voix, il crie, et je l'écoute ! Le cœur des guerriers morts fut son large abreuvoir ! Le sang des hommes blancs sur son poitrail dégoutte !
Appelant ses petits qui cherchent leur chemin.
L'aigle d'Éli mange et dévore !
Il parcourt la forêt, il plane, il plonge encore ! L'aigle gardien des mers aime le sang humain !
L'aif^le d'I-li du bec et des serres travaille. Dans la foret il mord avec un cri perçant.
Il boit le vin de la bataille, I! se {;orii;c, il s'enivre, il nage dans le sang.
I, "aigle d'|-.li, du val de Mcsir la sœur paie .\ux champs de lîroc'hmael le brave, a tout tari ! Il s'acharne, fouillant dans les morts sans abri ; Il fait des lambeaux qu'il avale !
-Maintenant c'est l'aigle au bec gris Qui sent le corps du chef, là, dans ces planches sombre- Qui rouvre l'envergure en poussant de grands cris. C2'cst l'aigle de l'engwern, là-haut, sur les décombres !
L'aigle au bec gris a soif d'un sang qui coûta cher !
C'est d'un sang pur qu'il est avide !
Il sait que Kendélann gît dans la salle vide; Sa gorge insatiable a faim de noble chair.
11 a ce soir au loin appelé, l'aigle énorme
De l'engwern que l'on voit dépeçant le guerrier I
Afin qu'aucun barde ne dorme, Au-dessus du cercueil il va longtemps crier!
11 plonge dans la salle, il bat de sa grande aile, L'aigle au bec gris que suit de loin un vol pesant ! Lt l'on te nomme, 6 Trenn ! la Déserte, à présent ! O Trenn ! hier encor si belle !