‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 1 sur 139 · Oeuvres complètes · texte numérisé non relu

Oeuvres complètes

On s'était bien attendu que les sermons du père Boiirdiiloue seraient aussi favorablement reçus qu'ils l'ont été. En voici la suite, qui semble devoir soutenir toute l'estime que le public a conçue des premiers. Quiconque même a du goût pour les sermons, et en sait faire le discernement, trouvera dans ceux-ci cet avantage qu'étant d'un genre où il est plus rare de réussir, l'auteur en a pris le vrai caractère, et s'y est tracé une méthode qui, pour être devenue commune, ne lui en est pas moins propre, puisque c'est lui qui en a donné le modèle, ou, du moins, qui l'a beaucoup perfectionnée.

Avant le pore Bourdaloue, les prédicateurs traitaient les mystèresde la religion d'une manière abstraite et sèche; et si quelques-uns les tournaient à la pratique et à !a morale, ce n'était qu'en peu de mots et qu'assez superficiellement. Ils expliquaient le fpud de chaque mystère, ils en établissaient la vérité, ils en montraient les convenances ; et, du reste, autant pour remplir leur sujet et ne pas manquer de matière, que pour donner du jour et de la force à leurs pensées, ils avaient recours à de longues citations, soit de l'Ecriture et des Pères, soit même des auteurs profanes. Voilà ce que faisaient les plus habiles, et ils en demeuraient là; de sorte que leurs discours étaient plutôt, à le bien prendre, des leçons de théologie que des prédications.

D'autres, moins solides, quoiqueplus diserts, s'en tenaient à une simple exposition des mys- (ères, et s'appliquaient d'ailleurs à la relever par tous les agréments d'une élocution ou vive et brillante, ou seulement exacte et polie, mais souvent plus recherchée que naturelle. Certaines applications de l'Ecriture, assez ingénieuses, quelques comparaisons et quelcjjues ligures, quelques sentiments même défe. — 1(1. III.

vots et affectueux, beaucoup de fleurs, mais peu de substance et peu de suc : c'était là que se réduisait toute leur étude, et l'idée qu'ils se formaient de ce qu'il y a dans la religion de plus saint et de plus auguste.

Le père Bourdaloue vit le défaut de cette spéculation, trop vague pour arrêter les esprits, et pour faire sur les cœurs des impressions capables de de les remuer et les toucher. Il comprit qu'il fallait ramener à lui-même l'auditeur ; et que, s'il n'est réveillé de temps en temps par une peinture de ses mœurs, qui le pique et qui l'intéresse, il laisse bientôt son attention s'égarer, ou s'affectionne peu à ce qu'il entend : tellement que le prédicateur doit à peu près se comporter dans la chaire, à l'égard des autres, comme il se comporte à son égard et pour son édilieatioa propre, au pied d'un oratoire et dans la méditation. Un homme qui médite sur un mystère se le retrace d'abord dans l'esprit, et en considère toutes les circonstances ; mais après cette première vue, faisant un retour sur soi-même et se comparant avec le modèle qu'il a devant les yeux, il s'msiruit, il se confond, il s'anime, il prend des résolutions, et sort de la prière en disposition de les exécuter.

Tel fut le plan que le père Bourdaloue crut devoir suivre ; et c'est par là même encore qu'il se garantit d'un autre excès. Car il o t vrai que les prédicateurs donnent quelquefo s là-dessus dans une extrémité tout opposée. Ce ne sont plus proprement les mystères, qu'ils traitent, mais, à l'occasion des mystères, de purs sermons de morale qu'ils font. Une vertu qui éclate dans le mystère dont ils ont à parler, et qui le distingue, c'est à quoi ils s'attachent ; et en celai! n'y a rien qu'on puisse rep)rendrec* qui ne soit selon les règles. Mais, après avo

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