‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 2 sur 139 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

proposé cette vertu comme le point capital du mystère, et comme le fruit qu'il en faut retirer, l'envisagor seule dans toute la suite du discours, et perdre absolument le niystère de vue, sans y revenir jamais, siée n'est peutêtre dans une courte conclusion, il paraît que c'est manquer à un des devoirs les plus essentiels du ministère évangélique. Le ministre de l'Evangile doit, avant toutes choses, instruire ses auditeurs de leur religion ; et ils n'en peuvent avoir qu'une connaissance très-imparfaite, si l'on ne prend soin de leur en expliquer les premiers principes et les vérités fondamentales, qui sont les mystères.

Au milieu de ces deux extrémités, il y a un tempérament dont le père Bourdaloue ne s'est guère écarté. Il donne à un mystère tout l'éclaircissement convenable ; mais il y joint ensuite une morale toute fondée sur le mystère même ; et par le parfait rapport qu'il sait trouver entre l'un et l'autre, il les assortit si bien ensemble, que le mystère sert de preuve à la morale, et que la morale est la plus juste conséquence du mystère. Il fait plus : outre la première division de son discours, tantôt en deux et tantôt en trois propositions générales, souvent il subdivise encore chaque partie ; et ces subdivisions, qui sont autant de circonstances du mystère, s'étendent également et sur le mystère et sur la morale : d'où il arrive qu'au même temps qu'il développe par ordre tout son mystère, il expose dans le même ordre et développe toute la morale qui y répond.

On a pu voir, par quelques-uns des sermons de cet excellent prédicateur qui ont déjà paru, comment il entrait dans le véritable esprit des mystères, et sous quels traits il les savait représenter ; mais on le verra encore mieux ici. Il est difficile d'en concevoir des idées plus justes, et d'en faire de plus grandes images. Non (Q[u'il use pour cela de termes pompeux et d'amplrfications, ni qu'il ait besoin de ces ornements quu l'art fournit à l'orateur comme des secours pour le soutenir : toute sa grandeur est dans les choses mêmes qu'il dit, et qu'il tire de son sujet. Sans s'arrêter à certaines pensées, ou toutes mystiques, ou seulement pieusos, et sans les rejeter aussi ni les affaiblir en aucune manière, il n'avance rien qui ne lui paraisse solidement établi dans la religion. C'est là qu'il se renferme, et qu'en prédicateur habile et mîdtre de son expression et de ses tours, il accommode, par un don qui lui était particulier, au style et à la dignité del'éloquuaue chrétieaae ce que la théologie a de

plus profond sur nos mystères, et cequ'el^s exprime même dans le langage le plus obscuiî et, si on l'ose dire, le plus barbare. La fin de chaque mystère, les desseins que Dieu s'y est proposes, les adorables perfections qu'on y découvre, les avantages qui nous en reviennent, les dispositions nécessaires pour le célébrer dignementot utilement, enfin les effets de grâceet de salut qu'il doit opérer en nous, voiià sur quoi roule tout son discours, mais avec une solidité qui convainc et avec une majesté qui inspire de la vénération pour notre foi.

L'esprit, prévenu de !a sorte, n'a plus de peine à se rendre ; et ÎC cœur, pénétré de ce sentiment de respect pour le mystère de Dieu, se poxte de lui-même aux conséquences où le prédicateur le veut conduire. C'est ce qu'on éprouvera en lisant ces sermons. Le père Bourdaloue les a remplis d'instructions propres à tous les états. Comme il cherchait moins à plaire qu'à se rendre utile, et que son zèle était universel, il avait soin de proportionner sa morale à toutes les conditions des hommes ; et ce qu'il y a même d'assez remarquable, c'est qu'il ne parle presque jamais en particulier à ceux que la Providence a distingués ou par leur naissance, ou par leur rang, sans adresser ensuite la parole aux autres que Dieu n'a pas ainsi élevés ; et que, par une merveilleuse diversité de vues, il trouve tout à la fois dans le même mystère, et pour les grands, et pour les petits, selon leurs s.ituations différentes, des règles de conduite et des motifs de sanctification.

Ce qui ne fait pas moins connaître l'étendue et la fécondité de son génie, ce sont les divers discours qu'il a composés sur les mêmes sujets. Il y en a sur certains mystères jusques à quatre ; et sur les autres, communément deux ou trois : tous si complets, qu'à prendre chacun séparément, il semble qu'il y ait épuisé toute sa matière. Ce n'est pas, au reste, qu'il ne fût quelquefois obligé de rentrer dans les mêmes pensées, car les sujets ne sont pas infinis ; mais ces pensées, mises sous d'autres jours, et diversement exprimées sans avoir le dégoût de la répétition, ont, au contraire, une force et une grâce toujours nouvelle.

Il faut, après tout, convenir que, sur le mystèie de l'Ascension de Notre-Seigneur, le père Bourdaloue n'a pas tout à fait observé la méthode qu'il s'était prescrite. Ce sermon est tout moral; et, hors l'exorde et quelques endroits très-courts qui regardent le mystère, il û'y est parlé que de la gloire du ciel, et du

SUR LA NATIVITÉ DE JSSUS-Cir.IST.

îE.*rite requis pour l'obtenir. Mais un des m vibres où les jirédicateurs se donnent plus ai^r-nier.i cette liberté, c'est, ce semble, celuici. r/auditeur y est assez accoutumé ; et nul ^ cc'te fête n'est surpris qu'on l'entretienne du souverain bonheur où Jésus-Christ nous a précédés, et qui est le terme de notre espérance. Quoi qu'il en soit, un seul discours, quelque beau qu'il puisse être, ni un exemple particulier, ne peut prévaloir contre une maxime générale.

On doit dire à peu près la même chose du second sermon de l'Assomption de la Vierge : et parce qu'il a rapport à un fait dont tout le monde n'est pas instruit, ou dont la mémoiie commence peut-être à s'effacer, il est bon, pour rendre ce sermon plus iutolligible, d'ajouter à quelle occasion le père Bourdaloue le composa. Il y a plusieurs années qu'il parut un petit ouvrage inùtulé: Avis salutaire de la bienheureuse Vierge à ses déools indiscrets, avec ces paroles de saint Paul au bas du titre: Que votre culte soit r-Asonnable. Il semblait que l'auteur n'eût eu en vue que de régi -r le culte de la Vierge : mais ce libelle ten-

dait à le détruire. C'est ce qu'aperçurent d'abord toutes les personnes bien intentionnées nui prirent soin de l'examiner, et ce qui alluma ie zèle des vrais catholiques en France, en Italie, en Allemagne, en Espagne ►■t ailleurs. L'ouvrage donc, très-injurieux à la Mère de Dieu, et capable de troubler la piété des fidèles, fut déféré de toutes parts au Saint Siège, et authentiquement condamné. Le père Bourdaloue entreprit de le combattre dans un sermon sur la dévotion à la Vierge, qui est celui même dont il s'agit. Ce n'est ni une controverse de l'école, ni une longue déclamation de la chaire, mais un discours solide, où ces avis prétendus salutaires sont réfutés avec autant de modération et de brièveté, que d'ordre et de précision.

Oa a délibéré si l'on mettrait le sermon du lundi de Pâques au rang des autres, parce qu'il est imparfait ; mais on a conclu qu'il ne fallait pas l'omettre ni le déplacer ; et l'on a jugi! môme que le public serait bien aise d'avoir cetie preuve de la fidé lité avec aqu^lleon lui donne les sermons du père Bourdaloua.

SSRSrON SUR LA NATIVITÉ DE JÉSUS-CHRIST.

ANALYSE

SiiiET. Voici la marque à quoi vous coii)i.aUrez . Sauveur qui vous est né; c'est que vous trouverez un enfant emmaiU loué et couché dans une crèche.

Ouel signe pour connaître un Dieu Sauveui- 1 une étable, une crèctie, de pauvres langes I c'est néanmoins le signe le plat convenable, comme on le verra Jans ce discours: Et hoc vobis sigiium.

Division. Signe le plus convenable, parce ([ue c'est le signe le plus naturel et le plus efficace. Le plus naturel, puisqu'il nous marque parfailement que le Sauveur est né, et pourqu )i il est né : première partie. Le plus efficace, puis(|uil commence déji produire dans les esprits et dans les cœurs les merveilleux effets pour lesquels le Sauveur est né : deuxième partie.

PntMiÈRE PARTIE. Signe le plus naturel, puisqu'il nous marque parfaileineul que le Sauveur est né, et pi)uri|Uoi il est né. C6 Dieu Sauveur devait faire deux choses : 1° expier le péché, 2° réformer l'homme pécheur. Or, pour nous m ii(|uer qu'il venait accomplir l'un et l'autre, il ne pouvait choisir un signe plus propre que la pauvreté et l'obscurité de sa naissance.

1° H devait expier le péché et satisfaire à la justice de son l'ère. Voilà ce ([u'il fait dans la croche, et ii quoi lui servent les ''isèies et les humiliations de la crèche. Que noi's apprend donc autre chose cet état pauvre, cet état h umble, cet état souffrant eu il nait, sinon qu'il vient faire pénitence poumons, et nous appremlre à la faire ? Mystère adorable, et capalile d'exciter dans nos coeurs les sentimenlsde la plus vive contrition. Cel Rnfant-Dieu pleure dans sa crèche; et ses larme s, dit saint liernard, jne causent tout à la fois tt de la douleur et de la honte : de la honte, quand je considère que le Fils unique de Dieu a pleuré mes péchés, et que je ne les pleure pas moi-même ; de la douleur, quand je pense qu'après av oir fait pleurer Jésus-Christ, je lui en donne tous les jours de nouveaux sujets.

2° Il devait réformer l'homme pécheur. Ce qui psrdait l'homme et cequi le perd encore, c'est l'attachement aux honneurs, aux richesses et aux plaisirs du siècle. iVIais que fait Jésus-Christ ? 11 vient au monde avec le signe Je Ihurnililé, pour l'opposer à notre auibi;ion; avec le signe de la pauvreté, pour l'opposer à notre avare convoitise; avec le signe delà morlidcation, pour l'opposer k notre sensualité. Pouvait-il mieux nous faire entendre qu'il est ce Sauveur par excellence qui doit délivrer son peuple de la servitude du péché et guérir toutes les blessures de noire àme? Raisonnons tant qu'il nous plaira, ce sis/ne de l'humilité d'un Uieu confondra toujours l'orgueil du monde ; ce signe de la pauvreté d'un Dieu confondra toujours laveugle cupidité du monde; ce signe Je la mortirication d'un Dieu confondra toujours la mollesse du monde.

Dei!XI*>ie partie. Signe le plus efàcaee, puisqu'il conmence déjà à produire Jans les esprits et dans les coeurs les merveilleux "(ets pourlesiuelsle Sauveur est né. C'est ce qui paraît, 1° dans les pasteurs qui furent appelés à la crèche de Jésus- Christ ; 2° dans les mages qui vinrent adorer Jésus-Christ.

1° Dans les ^i uleurs. C'étaient des simples et des ignorants, c'étaient des pauvres, c'étaient des hommes méprisai;:es selon !•

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