‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 102 sur 139 · POUR LA · texte numérisé non relu

POUR LA

une indulgence répandiie parmi tout le peuple clirétien avec un merveilleux progi'ès des âmes et de sensibles accroissemenis de piété, dernier privilège qui nous la doit rendre infiniment précieuse. Reprenons.

Indulgence immédiatement accordée par Jésus-Christ. Il est vrai, le vicaire de Jésus- Christ peut accorder une imlulgence ; mais, quelque autorité qu'il ait pour dispenser aux lîdèles les dons de Dieu, l'indulgence qu'il accorde peut quelquefois n'èlre de nulle vertu, parce qu'elle peut manquer ou d'une cause suffisante, ou d'une autre comiition essenliellement requise : ainsi le déclare la théologie. Mais une indulgence directement et spécialement accordée par Jésus Christ, doit èh'e infaillible : car cet Hommc-Dicu ne connaît-il pas toute l'étendue de son pouvoir, n'agit-il pas toujours selon les règles de sa sagesse élcrnelle? et d'ailleurs, étant le maître absolu de ses grâces, n'est-il pas, dans la distribution qu'il en fait, au-dessus de toute loi, et n'en peut-il pas disposer couuTie il lui plaît ? Or, voilà le premier avantage de l'indulgence dont je paile : ce fut Jésus-Christ en personne qui l'accorda à saint François ; mais, du reste, et c'est ce que \e vous prie d'observer, en obligeant François d'en comuiuuiquer avec le souverain Pontife, et de se soumettre kVdcssusà son discernement et à ses lumières. Marque indubitable qu'il n'y eut rien, ni dans la concession, ni dans la publication de cette indulgence, que de solide, que de bien fondé, que de conforme à l'esprit de Dieu. C'est ainsi que Jésus-Christ agissait, vivant parmi les hommes; c'est ainsi qu'après avoir guéri les malades, il leur recommandait de se présenter aux prêtres : Ile, ostcndile vos sacerdotibus '. Dépendance de l'Eglise, qui fut toujours et qui est encore le caractère spécial à quoi l'on doit discerner les œuvres de Dieu ; et j'aurais ici, chrétiens, une belle occasion de vous faire remarqucrraveuglement de nos héréliques. Car, prenez garde, l'hérétique rejette les indulgences, et saint François en publie une. Sur quoi se fonde l'Iiérétiiiue? sur ce que l'esprit de Dieu lui a révélé, dit-il; et sur quoi se fonde saint François ? sur ce qu'il a appris et reçu de Dieu même. Voilà de- part et d'autre le même langage; mais voyez la différence : elle est essentielle.Carl'hérétiquese fonde sur unespritde Dieu, ou plutôt sur une révélation de Dieu, dont il se fait lui-même le juge, et qu'il ne veut soumettre à nul autre jugement : en quoi il s'attribue de plein droit un pouvoir dont il ne peut

» Luc, xva, U.

produire aucun litre légitime: en quoi, pour ne rien dire de plus, il s'expose évidemment à l'erreur, puisipie rien n'est plus sujet à nous tromper, et par conséquent ne nous doit être plus suspect, que notre seusproi)re; et en quoi il renverse toute subordination, tout ordre, et jette le troupeau de Jésus-Christ dans une affreuse contusion, puisque, ce principe une fois établi, chacun, sans égard à nulle puissance supérieure, se trouvera maître de s'attacher à ses idées, et de les suivre comme autant de vérités incontestables. Mais, par une règle toi. te contraire, l'esprit de Dieu, ou si vous voulez, la révélation de Dieu, sur quoi s'établit saint François, est une révélation sûre, et hors de tout soupçon : pourquoi ? parce que c'est une révélation soumise au tribunal de l'Eglise, et reconnue, approuvée par toute l'Eglise. Quelle est donc la témérité, je devrais dire l'extravagance de l'hérétique, de vouloir qu'on le croie sur son esprit, qui est un esprit particulier, et de trouver mauvais que saint François soit cru sur le sien, qui est un esprit universel? Mais le moyen que l'esprit de François ne fût pas suivi, comme il l'a été de tous les fidèles, après les miracles authentiques par où Dieu lui a rendu, et à l'iudulgcnce qu'il publiait, des témoignages si sensibles et si éclatants? N'attendez pas de moi que j'entre ici dans un détail de faits que l'histoire vous apprendra, et dont elle conservera le souvenir jusques à la fin des siècles. Je sais qu'il'y a de ces esprits mondains et prétendus forts qui, par la plus bizarre conduite, veulent des miracles ptur croire, et ne veub'ut croire nul miracle; qi.i, pour éviter un excès, donnent dans un aidre beauconp plus dangereux, c'est-à-dire (jui, pour ne se laisser pas entraîner aux cntins populaires par une crédulité trop facile, s'obstinent contre les faits les plus avérés par une incrédulité o|)iniàtre ; qui ne reconnaissent ni les miracles des premiers siècles, parce qu'ils sont trop éloignés d'eux, ni ceux de ces derniers siècles, parcequ'ilssont trop près d'eux, comme si de nos jours le bras de Dieu s'élait raccourci ; qui néanmoins voudraient d'ailleurs réduire tout au témoignage de leurs yeux, comme s'il n'y avait rien de croyable dans le inonde (p;e ce qu'ils ont vu ou ce qu'ils voient ; comme si Dieu, pour les convaincre, devait faire sans cesse de nouveaux prodiges ; comme s'il lall.at, à un espritdroit etsage, d'autres preuvesqu'uiie tradition commune etappuyée sur la parole de tant de témoins. Non, mes chers au lileuis, ne nous piquons [oii;l de celle piudenie profane»

POUR LA FÊTE DE NOTRE-DAME DES ANGES

si contraire àla docilité chrétienne ; ne croyons pas sans raison à tout esprit, l'Apôtre nous en aavcriis, el c'est l'avis que je vous donne nioimènie; mais aussi, sans raison, ne nous faisons pas une maxime générale de contredire tout ce qui ne se trouve pas conforme à nos vues, et qui nous paraît hors des voies ordinaires. Uuaud donc on nous paile de ces merveilles qui ne purent avoir d'aulre principe que la toute-puissance de Dieu, et qui servirent à François de gages certains pour confirmer la grâce qu'il avait obtenue, et pour en attester la vérité ; quand on nous raconte en particulier ce qu'éprouva l'évèque d'Assise, lorsque au milieu de tout le peuple assemblé, sur le point de publier l'indulgence de Porliuncule, et voulant la limiter au nombre de dix années, il ne put jamais prononcer une parole, et se sentit forcé de déclarer solennellement qu'elle était perpétuelle ; quand on nousfait le récit de tant d'autres événements miraculeux, adorons la vertu divine qui opère de telles œuvres, et rendons à la vérité reconnue et si solidement prouvée l'humble et le juste hommage de notre soumission.

Mais de quoi, mes chers auditeurs, nous devons surtout bénir le Seigneur, c'est des admirables progrès et des fruits de grâce qu'a produits dans les âmes la sainte indidgence dont je voudrais ici vous faire connaître toute la vertu ; elle s'est répandue dans toutes les parties du monde : et qui peut dire les salutaires et heureux changements qu'elle y a opérés ? Les peuples l'ont reçue avec respect, l'ont recherchée avec ardeur, s'en sont servis pour la réformalion et la sanctification de leurs mœurs. Combien de pécheurs ont profilé de ce don de Dieu, nonseulement pour acquitler leurs dettes passées, mais pour se mettre en garde et se for !i lier contre l'avenir, pour rompre une habitude criminelle qui les tyrannisait, pour étoyidre le feu d'une aveugle convoitise et d'une passion sensuelle qui les brillait, pour reprendre la voie du salut qu'ils avaient quittée, et pour y marcher avec assurance ? combien de chrétiens lâches et tièdes, au pied de l'autel où ils étaient venus se laver dans ce bain sacré, et recueillir ce piéeieux trésor, se sont tout à coup sentis animés, excités, transportés, ont formé le dessein d'une vie toute nouvelle ; et de froids et indifféreius qu'ils étaient, sont sortis pleins de zèle, el d'une ferveur qui les a soutenus durant tout le cours de leurs années? combien de justes ont puisé, dans cette source divine et intarissable, les plus pures lumières pour les éclniier, les plus hauts sentiments pour les élever, d'abondantes riches-

ses qu'ils ont conservées, multipliées, fait croître au centuple pour l'éternité ? Voilà ce que l'on a vu tant de fois, ce que l'on a tant de fois admiré, sur quoi tant de fois on s'est écrié : Di- (jilits Dei est hic i ; Le doigt de Dieu est là. Mais aussi, chrétiens, parce qu'il n'y a rien de si utile et de si saint où le relâchement de notre siècle ne se soit glissé, combien d'autres ont perdu et perdent encore un talent qui leur devrait être si cher, et que le père de famille leur met dans les mains pour le faire valoir ? c'est avec cette dernière réflexionque je vous renvoie.

Je ne parle point de ceux qui, volontairement et de gré, consentent à se priver d'un bien qu'il» rechercheraient au delà des mers, s'ils le savaient autant estimer qu'il mérite de l'être ; gens terrestres et grossiers dans toutes^ leui-s vues ; insensibles aux intérêts de leur âme, plus avides d'un gain temporel et périssable que de tous les dons du Ciel et de toutes les indulgences de l'Eglise. Je n'en dis rien, parce qu'ils ne sont pas ici présents pour écouter ce que je dirais. Ce qu'ils négligent maintenant sera le sujet un jour de leurs regrets ; et le trailement le plus doux qu'ils puissent espérer de Dieu, c'est de gémir longtemps dans les flammes vengeresses où il faut expier après la mort ce que l'on n'a pas pris soin de purifier pendant la vie. Je parle donc seulement des autres, qui, plus fidèles ea apparence et plus vigilants, ont pris, à ce qu'il semble, les mesures convenables i)our se disposer à l'indulgence qui leur est offerte. Je prétends que de ceux-là même il y en a un trèsgrand nombre à qui elle n'est [)0\r\ appliquée. Mais, dites-vous, ils ont fait ce qu ils ont cru nécessaire pour cela : on les a vus aux tribunaux de la pénitence confesser leurs péchés ; on les a vus à la table de Jésus-Christ participer aux saints mystères, et il y a lieu de penser qu'ils y sont venus en état de grâce. Tout cela est vrai, si vous le voulez, mes chers auditeurs ; et néanmoins je m'en tiens toujours à ma proposilion, et je dis qu'avec toutes ces disiosiiions ils ne peuvent encore comi)ter de s'êlre sutlisamment el dignement préparés. Car il fallait renoncer pleinement au péché, c'est-à-dire il fallait renoncer non-seulement au péché mortel, mais au véniel ; non-seulement à l'acte du péché, mais à toute affection au péché. S'il reste dans le cœur le moindre désir, la moindre attache criminelle et volontaire, fussiez-vous de toutes les sociétés, eussiez-vous part à toutes les dévotions, jamais vous ne recevrez le fruit d'une indulgence plénière. Ainsi l'enseigne toute la théologie, fondée sur ce principe de foi, que

' £jc(id.. Tilt, 19.

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Dieu ne remet point la peine du péché, tandis que nous nous séparons de vous par le péché, que l'affection au péché persévère dansune âme. nous abandonner et nous livrer h. toute la ri- Or, disent les docteurs, l'indulgence plcnière est gueur d'une justice inexorable ; mais vous nous une rémission générale de la peine due à tous présentez la pénitence comme un bouclier pour les péchés : donc elle suppose que toute alTcclion parer ù vos coups et pour les détourner. Ce n'est au péché, pour léger qu'il soit, ait été détruite point assez ; et parce que la pénitence, en nous par un renoncement total et absolu. Condition réconciliant avec vous, nous impose de longues essentielle, et condition bien raisonnable, et de pénibles satisfaclions, vous voulez bien Car Dieu vous dit : Cessez de vouloir m'of- encore sur cela, Seigneur, vous relâcher de vos fenser, et je cesserai de vouloir vous pimir: droits ; vous nous offrez l'indulgence, vous nous €st-ii rien de plus juste? Mais tout juste qu'il la faites annoncer par vos ministres, vous l'atest, chrétiens, qui devons l'a fait? soyez-en juges tachez aux exercices du christianisme les pkii vous-mêmes, puisqu'iln'yaquevous-mèmes, qui ordinaires et les plus faciles. Heureux, si nous lepuissiezsavoir, etqui en puissiez juger. Cepen. entrons dans cette voie que vous nous ouvrez, dant, ù mon Dieu, nous ne cesserons point de et qui, au sortir de ce monde, doit nous conrendre à votre infinie miséricorde de solennel- duireàvous, pour vous posséder éternellement I les actions de grâces. Vous pourriez, au moment .Vinsi soit-il.

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