SERMON POUR LA FÊTE DE SALM LOUIS, ROI DE FRANCE
ANALYSE
Si'JET. Qui d'entre les forts vous peut être comparé, et qui vous est semblaUe, Seigneur, à vous qui êtes grand et magnifique dans rotre sainteté ?
Quoique cet éloge ne convienne proprement qu'à Dieu, on peut dire néanmoins, par proportion, que, de tous les saints, il n'y en a point eu de plus grand ni de plus magnifique dans sa sainteté que saint Louis.
Division. Saint Louis a été un grand saint, parce qu'étant né roi, il a fait servir sa dignité à sa sainteté : première partie. Saint Louis a été un grand roi, parce qu'il a su, en devenant saint, faire servir sa sainteté à sa dignité: deuxième partie.
Première partie. Saint Louis a été un grand saint, parce qu'étant né roi, il a fait servir sa dignité à sa sainteté. En effet, sa grandeur n'a servir qu'à le rendre 1' humble devant Dieu avec plus de mérite; 2° charitable envers le prochain avec plus a'éclat ■ 3° sévère à soi-même avec plus de force et de vertu.
1° Humble devant Dieu. Tout roi qu'il était, il ne se considéra que comme un sujet né pour dépendre de Dieu et pour obéir à Dieu ; et il préféra toujours la qualité de chrétien à celle de roi : de là procédait ce zèle admirable qu'il eut pour tout ce qui concernait la gloirede Dieu et son culte; de là ce zèle pour la propagation de l'Evangile, ce zèle pour l'intégrité et l'unité de la foi, ce zèle pour la discipline de l'Eglise, ce zèle pour la réformation et la pureté des itijeurs, ce lèle de la maison de Dieu qui le dévorait: or, cezèle n'eut de si merveilleux succès, que parce qu'il était soutenu de la puissance royale.
2' Charitable envers le prochain : rendant lui-même justice atout le monde, se familiarisant avec les pauvres, portant en terre des corps de ses soldats tués dans une sanglante bataille, fondant des hôpitaux sans nombie. Or, à tout cela, combieo lui servit le pouvoir que lui donnait la dignité de roi ?
3° Sévère à soi-même. Austérité qui, dans le rang oii le Ciel l'avait fait naUre, doit être regardée comme un miracle de la grâce. Car quel miracle qu'un roi couvert du cilice, atténué de jeunes, couché sur le sac et sur la cendre, toujours appliqué à combattre ses passions et à mortifier ses désirs ! Voilà notre condamnation. Saint Louis s'est sanctifié jusque surle trône: qui peut donc nous empêcher, chacun dans notre état, de nous sanctifier ?
Deuxième p.4RTie. Saint Louis a été un grand roi, parce qu'il a su, en devenant saint, faire servir sa sainteté à sa dignité. 11 a été grand dans la guerre, grand dans la paix, grand dans l'adversité, grand dans la prospérité, grand dans le gouvernement de son royaume, grand dans sa conduite avec les étrangers ; et c'est à quoi lui a servi sa sainteté.
!" Grand dans la guerre et dans la paix. Il n'a point aimé la paix pour vivre dans l'oisiveté, et il n'a point aimé la guerr pour satisfaire son ambition. Qui le rendait si intrépide et si fier dans les combats ? c'était le zèle de la cause de Dieu qu'il défendait.
2° Grand dans l'adversité. Exemple de sa prison, où sa seule sainteté put si bien le soutenir.
3^ Grand dans la prospérité. Jamais la France n'avait été dIus (lorissante, ni le peuple plus heureux, parce que saint Louis se faisait une religion de contribuer à la félicité de ses sujets.
4° Grand dans le gouvernement de ses Etats. Jaloux par piété d'y maintenir le bon ordre, il sut se faire obéir craindre ei aimer. Divers exemples.
5" Grand dans sa conduite avec les étrangers. C'était, dans le monde chrétien, le pacificateur et .e médiateur de tous les différends qui naissaient entre les têtes couronnées. De toutes parts on avait recours à lui, parce qu'on connaissait sa probité et son incorruptible équité. Exemples,
Fausse idée des libertins, qui se persuadent qu'en suivant les règles de la sainteté évangélique, on ne peut réussir dans te monde
POUR LA FETE DE S4INT LOL'IS
Qui similis lui infortlint, Domin:, qu's sim'lis tui mar/nificus in mnciitale ?
Qui d'entre les forts tous peut êtra comparé, et qui vous est s«m1 blable. Seigneur, à vouî, qui êtes grand 5t magnifique dans votre sainteté ? (/.iijre de l'BioUe, chap. xv. 11.)
C'est ainsi que parla Moïse, quand il vit l'éclatant miracle que Dieu, par son ministère, avait opéré en faveur des enfants d'Israël, les tirant de l'Egypte et divisant les eaux de la mer Rouge, pour les faire passer au milieu des abîmes où leurs ennemis devaient être submergés. Je me sers aujourd'hui de ces paroles, pour faire l'éloge d'un roi qui, par une heureuse et singulière conformité, non-seulement avec Moïse, mais avec Dieu même, dont le zèle l'animait, a porté jusque dans l'Egypte ses armes victorieuses, s'y est rendu redoutable aux ennemis du nom chrétien, y a fait des miracles de valeur aussi bien que de piété, pour la délivrance du peuple de Dieu. Moïse, saisi d'étonnement à la vue du prodige dont il était témoin, s'écrie que Dieu est magnilique dans sa sainteté, et il nous donne par là une des plus hautes idées que nous puissions concevoir de l'excelleacede Dieu. Il ne dit pas que Dieu est magnifique dans les trésors de sa sagesse, dans les œuvres de sa puissance, dans les effets de sa miséricorde, ni dans aucun autre de ses divins attributs. Il s'arrête à la sainteté : Magnificus m sanditctte ; et nous ne devons pas en être surpris, dit saint Chrysostome, expliquant ce passage. Car la sainteté est, dans les attributs de Dieu, ce qu'd y a déplus parfait, de plusgrand, de plus adorable; et même tous les autres attributs que Dieu possède ne sont dignes de nos adorations, que parce qu'ils sont inséparables de la sainteté. D'où il s'ensuit que la magnilicence de la sainteté est en Dieu, comme la grandeur de la grandeur même, et comme la perfection de la perfection même. Moïse avait donc raison de demander à Dieu : Qui d'entre les forts, û Seigneur ! est semblable à vous, et qui d'entre les hommes de la terre a l'avantage de participer à cette magniiique sainteté dont vous êtes l'exemplaire et le modèle ? Quis similis tui? magnificus in sandilate. Or, j'ose ici répondre en quelque manière à cette question. Car j'ai à vous produire un saint, dans la personne duquel vous avouerez que ce caractère (selon la mesure que Dieu veut bien le communiquer à la créature et lui en faire part) a éminemment paru. C'est l'incomparable saint Louis, dont nous célébrons la fête, et qui, par un effe^> de la grâce de Jésus-Christ, est pirvenu à cette divine res.semblance : Magnificus in landitate. C'a été un homme magniliquement
saint, héroïquement samt, et, si j'ose nie servir de cette expression, royalement saint. Voilà tout le fond de son panégyrique. Il fallait être pour cela aussi élevé dans le monde que saint Louis : car pour nous, chrétiens, dans la médiocrité des conditions où Dieu nous a fait naître, ce titre ne nous convient pas. Nous pouvons bien, et nous devons être humbles dans la sainteté, fidèles dans la sainteté, sincères dans la sainteté, constants et fermes dans la sainteté; mais il ne nons appartient pas d'être magnifiques dans la sainteté. C'est le privilège des grands, quand il plaît à la Providence d'en faire des saints ; et entre ceux que Dieu a choisis pour les sanctifier sur le trône, c'est la louange particulière de notre saint. Car, dans les principes de la vraie religion, nous pouvons dire en quelque sorte de saint Louis ce que les Romains idolâtres disaient de leurs empereurs, qui avaient été mis au nombre des dieux : Religuus deos accepimus, Cœsares dedimus; Pour les autres dieux de l'empire, disaient-ils, nous \ei avons reçus du a el ; mais pour ceux-ci, qui étaient nos princes, le ciel les a reçus de nous. Et moi je dis : Pour les autres saints que nous honorons dans le monde chrétien, l'Eglise nous les a donnés ; mais pour saint Louis, c'est la France qui l'a donné h l'Eglise. Nous avons donc tous, comme Français, une obligation spéciale de l'honorer, et nous en avons une encore plus étroite et plus indispensable de l'imiter. Csr sa sainteté, quoiiiue royale et magnifique, ne laisse pas, comme vous verrez, d'être, aussi bien que celle de Dieu, un exemple pour nous ; et c'est à moi de vous appliquer cet exemple, après que nous aurons demandé les gr.ices et les lumières du Saint-Esprit, par l'intercession de Marie. Ave, Maria.
C'est un sentiment, chrétiens, très-injurieux à la Providence, de croire qu'il y ait dans le monde des conditions absolument contraires à la sainteté, ou que la sainteté par elle-même puisse avoir quelque chose d'incompatible avec les engagements de certaines conditions et de certains états, dont il faut néanmoins reconnaître que Dieu est l'auteur. Or, pour vous détromper d'une erreur si dangereuse, il me suffit de vous mettre devant les yeux l'exemple de saint Louis; et voici toute la preuve de ce que je prétends établir dans ce discours, pour votre instruction et pour l'édification de vos ùines. Saint Louis a été sur la terre un grand roi et un grand saint ; on peut donc être saint dans tous les états et dans toutes les conditions
POUR LA FÊTE DE SATNT LOUIS
du monde : raisonnement sensible et convaincant; car enfin s'il y avait dans le monde une condition difficile à accorder avec la sainteté, il est évident, et vous en convenez vous-mêmes, que ce serait la royauté. Cependant, grâce à la providence de notre Dieu, la royauté n'a point empêché saint Louis de parvenir ;\ une éminente sainteté; et la sainteté éminonte à laquelle saint Louis est parvenu ne l'a point empêché de rempUr dignement et excellemment les devoirs de la royauté. Je dis plus : ce qui a rendu saint Louis capable d'une si haute sainteté, c'est la royauté ; et ce qui l'a mis en état de soutenir si honorablement la royauté, c'est la sainteté. En deux mots, saint Louis a été nn grand saint, parce que, étant né roi, il a eu le don de taire servir sa dignité à sa sainteté, ce sera la première partie ; saint Louis a été un grand roi, parce qu'il a su, en devenant saint, faire servir sa sainteté à sa dignité , ce sera la seconde partie. Deux vérités dont je tirerai, pour notre consolation, deux conséquences également touchantes et édifiantes : l'une, que l'état dévie où nous sommes appelés est donc, dans l'ordre de la prédestination éternelle, ce qui doit le plus contribuer à nous sanctifier devant Dieu; l'autre, que notre sanctification devant Dieu est donc le plus sûr et le plus efficace de tous les moyens pour nous rendre nous-mêmes, selon le monde, parfaits et irrépréhensibles dans l'état de vie où nous sommes appelés. C'est un roi qui va nous apprendre l'un et l'autre : appliquez-vous.