‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 105 sur 139 · DEUXIÈME POINT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME POINT

Autorité de saint Benoit pour accréditer et faire observer sa règle. Il sort de sa grotte ; il descend de la montagne comme Moïse, portant les tables de la loi, c'est-à-dire sa règle qu'il a concertée avec Dieu, et qu'il vient pubhcr au monde. Plein de zèle, il parle, il sollicite, il presse : mais, aussi bien que Moïse, il ne trouve d'abord que des sujets rebelles et indociles, que des cœurs durs et hitrailables, que des espriis faroucheg et grossiers, que des hommes légers qui l 'écoutent, qui se rangent sous sa discipline, qui le reconnaissent pour leur maitre ; mais qui bien-

POUR LA FÊTE DE SAIOT BENOIT

tôf, ennemis du joug, se soulèvent, se louinent contre leur législateur, et osent même uUeuter sur sa personne.

Que fera-t-il? Dieu l'appelle ailleurs, et il y va. Le mont Gassin était le lieu marqué par la Providence, où la règle de saint Benoît devait paraître dans le plus grand éclat. Changement admirable de la droite du Très-Haut. Que vos conseils, ô mon Dieu, sont incompréhensibles ! qu'ils sont profonds et adorables ! Qu'était-ce que cette fameuse montagne? Le siège de l'impiété, où les peuples prosternés devant l'idole d'Apollon lui présentaient de l'encens et l'adoraient. Mais c'est là même que le nouveau législateur établit la règle qu'il apporte. L'idole est renversée, brisée, foulée aux pieds. La nouvelle règle est reçue , pratiquée , auloi isée. Comment saint Benoît l'autorise-t-il î 1° Par ses exemples ; 2" par ses miracles.

1. Par ses exemples. Ce qu'il fait pratiquer à ses disciples, il commence par le pratiquer luimême. Voulez-vous, disait saint Grégoire, pape, un abrégé de la règle de saint Benoit, considérez sa vie ; et voulez-vous, ajoutait le même souveiain poutife, un précis de la vie de saint Benoît, considértz sa règle. L'une est une parfaite expression de l'autre. Car ce grand saint, cet homme de Dieu, ne vivait point autrement qu'il enseignait, ni n'enseignait point autrement qu'il vivait. Voilà où consistait tout le secret de son gouvernement. Il taisait, et il ordonnait. D'ordonner et de ne pas faire, il eût cru être prévi ricateur; de faire et de ne point ordonner selon qu'il le fallait, il eût manqué au devoir de législateur. Il disait à ses disciples : Soyez humbles, soyez petits à vos yeux ; mais en même temps il cherchait en toutà s'humilier lui-même, et donnait tous les témoignages d'un parfait mépris de lui-même. Il leur disait : Cédez sans peine, et ne contestez avec personne ; mais en même temps il abandonnait lui-même un monastère déjà bùti et pourvu de tout, afin de céder à la violence d'un prêtre qui le traversait, uoiqu'il lui fût aisé d'en avoir justice, et de le éduire à la raison par les voies ordinaires et les plus légitimes. Il leui' disait : Aimez le prochain, aimez jusqu'à vos ennemis les plus déclarés; mais en même temps lorsqu'il apprit lui-même la fin malheureuse de cet ecclésiastique qui s'était porté contre lui à de si étranges extrémités, il en fut pénétré de douleur, et il le pleura, comme s'il eût perdu l'ami le plus cher et le plus fidèle. Mes frères, leur disait-il, exercez la charité envers les pauvres, et faites-vous pauvres pour eux ; mais en même

temps il se retranchait lui-même jusqu'au nécessaire, il faisait distribuer à des troupes de mendiants toutes les provisions de sa maison, et ne se réservait d'autre ressource que la Providence. Ainsi du reste. 11 n'est donc point étonnant que ses paroles fussent si efficaces, puisqu'elles étaient si bien soutenues par ses œuvres. C'était assez de le voir agir : ses exemples faisaient évanouir tous les prétextes, aplanissaient toutes les difficultés, confondaient la paresse des uns, excitaient la ferveur des autres, affermiss:iientla règle, et la maintenaient dans toute sa vigueur.

2. l'ar ses miracles. Ils furent éclatants et fréquents. Or, qu'était-ce que tant de prodiges divinement opérés par le ministère de saint Benoît ? C'étaient comme autant de témoignages que Dieu rendait à sa règle, comme autant de sceaux dont Dieu la scellait et la confirmait, comme autant de voix par où Dieu disait aux disciples du saint abbé : Voilà mon serviteur que j'ai choisi, voilà le législateur elle maître que je vous ai donné; écoutez-le, et obéissezlui ; il est revêtu de mon pouvoir ; et si vous en doutez, les merveilles que j'opère par lui doivent vous en convaincre.

Aussi, Mesdames, prenez garde, s'il vous plaît, à une remarque bien particulière etbien importante touchant les miracles de voire glorieux fondateur. Elle est de l'abbé Godcfroy, l'une des grandes lumières de l'ordre de saint Benoît. Car de même que Moïse ne fit jamais de miracles que pour autoriser la loi de Dieu ; de même qu'à la naissance de l'Eglise, les apôtres ne firent des miracles que pour établir la foi qu'ils annonçaient; de même saint Benoît n'en fit-il aucun, ou presque aucun, que pour donner du poids à sa règle et pour l'appuyer. Il Mi marcher un de ses disciples sur les eaux, il fait sortir du sein de la terre une fontaine, et multiplie les pains, il chasse les démons et délivre les possédés, il ressuscite un mort, il connaît les secrets des cœurs et les révèle, il prévoit l'avenir et le préilit : tout cela, et bien des faits que je passe, tout cela, dis-je, pourquoi? afin de faire valoir et de relever tantôt la règle de l'obéissance, tantôt celle de l'humilité, ou celle de la charité, ou celle de la tempérance et de la sobriété, ou celle de la confiance en Dieu, ou celle de la solitude et de la clôture, ou quelque autre. De là cetteautoritéaveclaquellesaint Benoît donnait ses ordres, et de là même cette soumission avec laquelle ses ordres étaient reçus et suivis. Ce n'était point par la muliitude des paroles, par la sévérité des menaces.

POUR LA FÊTE DE SAINT BENOIT

par la rigueur des chûliinents, par des airs jmpi^rieux, qu'il se faisait obéir. Tout en lui ne respirait que douceur, que bonté, que miséricorde ; mais puissant en œuvres, et d'ailleurs le premier à toutes les observances, il y engageait encore plus ses frères par l'édification de SCS exemples, que par l'éclat de ses miracles.

Edification, Mesdames, que vous vous devez vous-mêmes les unes aux autres. Edification d'une extrême importance pour le soutien de la règle que vous professez. Car vous êtes toutes intéressées à la maintenir autant qu'il est en votre pouvoir ; et si vous n'avez pas pour cela le don des miracles, il ne tient qu'à vous, par la grâce du Seigneur, devons procurer mutuellement le secours du bon exemple. Rien de plus fort que l'exemple pour toucher les cœurs et pour les gagner. 11 ne faut quelquefois, dans une communauté religieuse, qu'une fille exemplaire pour y entretenir la régularité, la piété, toutes les vertus. On la voit, on est témoin de ses actions, on ne peut lui refuser l'estime qui lui est duc, et chacune entend au fond de l'âme une voix secrète qui lui dit : Pourquoi ne feriez-vous vous pas ce que celle-ci fait ? ne le pouvez-vous pas? ne le devez-vous pas ? Ce reproche pique, réveille, encourage. Mais, par un effet tout contraire, souvent ne faut-il qu'une tille qui s'émancipe de ses devoirs et qui se dérange, pour déranger toute une maison. Point de contagiou plus prompte à se communiquer que le mauvais exemple. Il répand même d'autant plus vite son venin, qu'il est seconde par le penchant de la nature corrompue, qui- d'elle-même tend toujours vers le relâchement. On ne l'a que trop vu de fois ; mais, par une bénédiction particulière du Ciel, vous ne le viles jamais parmi vous, Mesdames, et vous ne fy verrez point. Le précieux dépôt que votre père vous a transmis, vous le conservez; ce qu'il a commencé et le qui lui coûta tant de soins, vous le perpéluerez; cette règle dont vous avez hérité ne perdra rien entre vos mains de sa perfection et de sa force. Elle vivra dans vous, et vous-même vous vi\rez par elle.

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