PREMIÈRE PARTIE
Il était de l'honneur de la rehgion, et l'ordre de la Providence l'exigeait ainsi, qu'il y eût toujours dans l'Eglise de Dieu de qiioi confondre non-seulement l'impiété des chrétiens B. ToM.llL
scandaleux et libertins, mais encore la négligence et la tiédeur des chrétiens lâches et imparfaits : et comme la charité de plusieurs devait se refroidir, selon la prédiction de Jésus- Christ, à mesure que l'iniquité irait croissant, aussi était-il nécessaire qu'au moins le zèle de quelques-uns dans la suite des temps se ranimât, pour empêcher que le désordre et le relâchement des autres ne prévalût. Or, c'est à quoi Dieu semble avoir admirablement pourvu, en opposant à ce relâchement des mœurs qui entraine la plupart des chrétiens du siècle, la perfection de l'état religieux ; et en voici les raisons, qui sont évidentes. En premier lieu, parce que cette vue de la periection de l'état religieux découvre sensiblement aux chrétiens du siècle ce qu'ils sont, ou plutôt ce qu'ils doivent être ; ce qu'ils ont été, et malheureusement pour eux ce qu'ils ne sont plus ; le degré de sainteté dont ils soirt déchus, et auquel Dieu les rappelle ; la voie de periection qu'ils ont quittée, et où ils doivent s'efforcer de rentrer. En second heu, parce que, envisageant la perfection de l'état religieux, les chréliens du siècle sont, malgré eux, détrompés d'une erreur grossière, dont ils se préviennent souvent, savoir, que la loi de Dieu, prise dans toute son étendue et dans son élioite rigueur, est pour eux quelque chose d'impraticable, puisque au contraire ils la doivent concevoir, non-seulement possible, mais facile et proportionnée à la faiblesse même de l'humanité, lors(]n'ils voient le courage de tant d'àmes religieuses qui enchérissent sur cette loi, et qui, non contentes de ses préceptes, s'imposent le joug de ses plus sévères conseils. En troisième Heu, parce qu'il est constant que la perfection de l'état religieux réfute invinciblement toutes les excuses qu'allèguent les chréliens du siècle, quand on leur reproche leur paresse et leur lâcheté dans la voie de Dieu ; et détruit tous les prétextes dont ils se servent communément pour éluder les solides et utiles remontrances qu'on leur fait sur l'observation exacte de leurs devoirs. Trois raisons capables de les confondre ; mais en même temps, mes chères Sœius, trois puissants motifs pour réveiller en vous celte sainte ferveur que je voudrais aujourd'hui vous inspirer. Ecoutez-moi.
Non, dans l'obligation indispensable où est l'homme chrétien d'agir et de vivre en chrétien, rien n'est plus impoitaut pour lui (jue de bien comprendre une fois l'excelleiice de son état, et de remontei- de temps en temps, par de salutaires réllexions, jusqu'à sou oii-
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ginc, pour reconnaître ce qu'il est, ou pour s'humilier de ce qu'il n'rst pas. C'était la grande leçon que saint Paul faisait aux Corinthiens. Il leur remettait devant les yeux la saintelé de leur vociilion, parce qu'il savait bien, dit saint Chrysostonie, que du moment qu'ils s'appliqueraient à la considérer, ils en concevraient une haute idée ; que, remplis de la haute idée qu'ilsen auraient conçue, ils feraient tous leurs efforts pour mener une vie qui y fût conforme ; et que' vivant conformément à celte idée, ils deviendraient des hommes parfaits : Videle vocationem vestram, fralres. Ainsi leur parlait-il alors. Mais où voyons-nous aujourd'hui celte sainteté de la vocatiim chrétienne, et où pourrions-nous en trouver une vive image ? Rendons-en vous et moi la gloire à Dieu : c'est dans l'état religieux, où Dieu nonseulement la fait subsister, mais la rend palpable et sensible. Car quoique nous ne puissions nous déguiser à nous-mêmes le triste changement qui s'est lait dans le christianisme, il est vrai néanmoins que Dieu a pris soin d'y susciter de saintes maisons, où la loi est pratiquée dans toute son étendue ; des maisons que nous pouvons regarder comme les asiles de la piété chrétienne, de la pauvreté, de l'humilité, de la pénitence et de la morlilication chrétienne ; des maisons où l'Evangile de Jésus-Chiist non-seulement est reçu avec respect, mais suivi à la lettre et avec une pleine fidélité ; des maisons subsistantes au milieu de nous, pour servir de témoignage contre nous, et pour être des modèles visibles que nous puissions consulter, et sur qui nous puis-ions nous former. Prenez garde, s'il vous plait, à ma pensée.
Dans les premiers siècles de l'Eglise, il n'était pas nécessaire <[u'il y eût des religieux : pourquoi ? parce que les chrétiens, vivant comme chrétiens, étaient alors, au moins dans la préparation de leur cœur, autant de religieux. Ainsi saint Jérôme le témoigne-t-il en parlant de ces chrétiens d'Alexandrie que saint Marc forma, et qui servirent de modèles à Ions ceux que l'on nommait disciples, c'est-iVdire sectateurs de la doctrine de Jésus-Christ et de sa loi. En effet, dit ce saint docteur, on ne voyait rien parmi eux qui ressentit le monde : ils renonçaient à leurs biens, ils ne possédaient rien en propre, ils obéissaient aux apôtres connue à leurs pasteurs, ils vaquaient jour et nuit à la prière, ils s'appelaient frères, n'ayant tous qu'un cœur et qu'une âme ; enfin, conclut saint Jérôme, ils étaient tous, par une
profession générale, ce que sont maintenant, par un engagement particulier, ceux qui embrassent la vie monastique : Ex quo patet talem pri.morum in Christo credentium fuisse Ecclesiam, quaîes mine monachi esse nituntur et cupiunt. Voilà le miracle que le Saint-Esprit opéra, quand il descendit sur les apôtres et sur tous les disciples assemblés, les ayant, tout grossiers qu'ils étaient, rendus capables d'une vocation si sainte ; je veux dire les ayant détachés du monde et d'eux-mêmes, et par une conversion qui fut, dans toutes ses circonstances, le plus incontestalilc changement de la main du Très-Haut, et le plus étonnant prodige de la grâce qu'on ait jamais vu sous le ciel, leur ayant inspiré h tous le mépris des biens de la terre, la fuite des honneurs du siècle, le renoncement aux plaisirs ; disons mieux, leur ayant inspiré à tous l'estime de la pauvreté jusqu'à s'en faire une béatitude, l'amour de l'humilité jusqu'à se gloiifier des humiliations, le goût des croix et des souffrances jusqu'à se réjouir de ce qu'ils en étaient trouvés dignes. Miracle qui, de l'Eglise de Jérusalem où il commença, se répandit bientôt après dans les nations et parmi les gentils, où, selon le texte sacré, on voyait s'augmenter et se multiplier de jour en jour le nombre des croyants: Auyehalur credentium in Domino midtitudo i. Qu'est-ce à dire des croyants ? c'est-à-dire de ceux qui, animés du môme esprit que les apôtres, se dépouillaient de tout, et quittaient tout pour suivre Jésus-Christ. Lisez ce qu'en rapporte Eusèbe, et ce qu'il raconte de l'esprit d'abnégation où vivaient ces chrétiens, qui, sans autre litre que celui de simples chrétiens, étaient autant de pauvres voUmiaires, autant demartjrs de leur foi, autant d'exemples de toutes les vertus religieuses. Telle était, dis-je, selon la tradition des Pères, l'idée que l'on avait alors de la vocation chrétienne ; et cette idée, je le répète, n'était point une vaine spéculation, mais quelque chose de réel et de subsistant.
Mais le monde, dit saint Jérôme, n'était pas assez heureux pour pouvoir longtemps soutenir une telle perfection ; et cette perfection, quoique réelle, par un secret jugement de Dieu, ne devait pas longtemps être à ré|)reuve de la contagion du monde. Uu'arriva-t-il ? vous le savez, et pour peu de foi qu'il vous reste, vous en gémissez. La ferveur de l'esprit chrétien vint bientôt à se ralentir ; et l'idée même s'en serait perdue, si Dieu, qui la voulait con-
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server, la voyant effacée et comme détruite dans los chrétiens du siècle, ne l'avait retracée et renouvelée dans l'état reliiiieux. Pourquoi retracée et renouvelée ? Nouseulement répond saint Jérôme, afin qu'il y eût toujours des lionunes sur la terre qui rendissent à Dieu ce culte parfait dont le seul christianisme le peut honorer ; mais afin que ceux qui viendraient dans la suite à dégénérer de la pureté de ce culte, pussent au moins, quand il plairait à Dieu de les toucher, être en étal d'y revenir, afin qu'ils en eussent toujours l'image présente, et que, nsalgré l'iniquité des derniers temps, j'eusse encore droit, connue prédicateur de l'Evangile, de leur dire -.Videte vocationem vestrnm ; Apprenez, mes Frères, vous dont l'aveuglement lait ma douleur, et pour la conversion desquels je me sens un zèle sincère, nj, prenez, par ce qui pra'aît à vos yeux, ce que c'est que d'être chrétien. Puisque vous en portez encore le nom, reconnaissez ce que vous êles, et ne vous laissez pas pervertir jusqu'à oublier l'excellence et le prix de votre vocation. Pour vous en mieux instruire, contemplez-la et admirez-la dans ces épouses de Jésus-Christ, qui en sont les portraits vivants. Ne mesurez pas cette vocation chrétienne par les mœurs et par les maximes d'un certain monde qui vous séduit, et dont vous êtes obsédés. Pour en avoir une notion conforme à celle de saint Paul, sortez de ce monde profane ; entrez en esprit dans ces sanctuaires fermés pour le monde, où les servantes de Dieu font leur demeure ; dans ces cloîtres d'où vous avoyez que l'esprit du monde est banni, et où vous convenez que l'Esprit de Dieu règne souverainement . c'est là que vous verrez ce que c'est que votre vocation, et combien les voies où vous mai chez sont éloignées de la perfection de celles qu'a voulu vous marquer l'Apûtre, quand il disait : Videte vocalionem vestram. Donnons à tout ceci plus de jour par une réflexion qui m'a touché, et dont je suis assuré que vous serez touchés vous-mêmes.
Quand saint Antoine eut vu saint Paul, anachorète, dans le désert, et qu'il eut été luimême témoin de la vie toute céleste que menait cet liomnie de Dieu ; interrogé par ses disciples, qui le prièrent à son retour de leur faire part de r édification qu'il avait tirée d'un tel exemple, dont ils le voyaient pénétré, il leur répondit, les larmes aux ycnx, et lrap[!ant sa poitrine de douleur : Vœ mihi j.eccatori, qui tam indigne mimuchi nomen fero ! Vidi Eliam, vidi Joaiincm in deserto, et ut verum dicam, vidi Pau-
lum in paradiso ; Ah ! mes Frères, malheur à moi, qui porte si indignement le nom de solitaire ! J'ai vu un second Elle, j'ai vu un autre Jean Baptiste ; et, pour vous parler sans figures, j'ai vu Paul, non pas dans une habitation terrestre, mais dans un paradis. Voilà, hommes du siècle, mais avec bien plus de raison, ce que vous devez penser. Quand vous sortez d'un monastère, où vous reconnaissez vous-mêmes que Dieu est glorifié, comme il l'est ici, par l'observance exacte de la règle, et qu'après une cérémonie aussi touchante que celle dont vous allez être témoins, vous retournez dans vos maisons, voilà ce que chacun de vous se doit dire dans l'amertume de son âme, et avec un cœur contrit : Vœ mihi peccalori, qui tam indigne christiani nomen fero ! Malheur à moi qui ne suis qu'un faux chrétien, et qui ne mérite pas même d'en porter le nom ! J'ai vu des anges dans des corps mortels ; j'ai vu des vierges dout les vêtements, blanchis dans le sang de l'Agneau, n'ont jamais été souillés d'aucune tache ; l'ai vu des âmes dont le monde n'était pas digne, et qui, renonçant au monde, se sont rendues dignes de Dieu. Et qui suis-je, moi pécheur ?qui suis-je, moi pécheresse ? C'est ainsi, dis-je, mes chers auditeurs, que doivent parler, non-seulement ceux d'entre vous qui, dans l'idée commune, passent pour mondains, mais ceux mêmes dont la conduite est estimée plus régulière et plus louable. Car quelque parfaits que je les conçoive, ou que vous les supposiez, que font-ils dans le monde qui soit comparable à la vie de ces saintes filles que Dieu a séparées du monde ? en quoi approchent-ils de leur pauvreté et de leur ausiéiité ? en quoi les imitent-ils dans cette abnégation totale d'ellesmêmes, dans cet assujelisscment éternel de leur volonté, dans celte obéissance qu'elles ont vouée, et dont elles se font un mérite capital ? Qu'est-ce que la vertu d'un homme et d'une femme du monde, mise en parallèle avec tout cela ? Cependant ces servantes de Dieu prolestent qu'elles n'ont entrepris des choses si contraires à la nature, qu'elles n'ont embrassé des réformes si étroites, qu'elles ne se sont case\clies ave Jésus-Christ par une pénitence si rigoureuse, que pour arriver, el plus tôt et plus sûrement, à celte perfection où elles ont cou^u que le christianisme les api)clait ; et ce qui ics humilie, ce qui faille sujet de leur douleur, ce qu'elles se rcproclienl sans cesse, c'est de se voir encore bien éloignées de ce chrislianiiuie parfait où elles aspirent. Et en effet, si moi <,ui vous parle, j'avais cru pouvoir êlre dans lo
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monde aussi solideinent cliréiion, aussi purement cln-élion, aussi exactement chrétien que je le puis être dans l'état religieux, je n'aurais jamais pris le parti de la religion. Car je n'ai cherché dans la religion que ce qui pouvait m'aitler à être chrétien ; et je n'ai donné la préférence de mon choix à la proi'ession religieuse, que parce que la foi m'a appris que c'est de tous les états celui qui approche le plus de cet ancien christianisme, dont nous révérons encore la pureté. Or, suivant ce principe, mes chers auditeurs, qui que vous soyez, et pour peu de juslicc que vous vouliez vous faire, comiucnt jjourriez-vous, vivant dans le m.onde, ne vous pas humilier à la vue de ces saints modèles, et de ces ferventes éiiouses du Sauveur ? Et comment pourriez-vous n'en pas tirer cette confusion salutaire qui doit être le remède efficace et souverain de tous vos relâchements ? Confusion que vous devez faire consister à vous représenter souvent l'état dont vous êtes déchus, et qui m'autorise à vous dire ce que Dieu, dans l'Apocalypse, disait autrefois à une âme tiède : Bh'mor esto iinde excideris ' ; Souvenez-A'ous de ce que vous avez été, et de ce que vous n'avez cessé dètre, que parce que vous r.vcr, oublie qu'être ciuélicn, c'est, sans autre engagement que celui-là, être religieux d'esprit et de cœur. Passons à la seconde raison.
Une des principales erreurs dont les l,ichej chrétiens se préoccupent, et qui contribue davantage à les endurcir dans leurs désordres, ect de se figurer la loi de Dieu, non-seulement an.> 1ère et difficile, mais, du moins par rapport à eus, moralement impossihie ; de se piaindre qu'elle surpasse leurs forces, et, par une pnsiiianimité dont ils voudraient lui im.piiler la cause, de se décourager et de se désespérer même absolument d'atteindre jamais à sa sainteté. Mais iiioi, je dis qu'un dos grands moyens dont se sort la Pl■o^idence pour détromper ces chrétiens l'aiMes et lunidcs d'une si pernicieuse erîeur, c'est de leur opposer la perfection dei'état religieux, en les convainquant malgré eux que h\ loi de Dieu n'est point en effet impraticable, î'Uisqu'il se trouve des àracs, non-seulement (jui la pratiquent dans toute son étendue, mais '.;ai vont encore au delà, et qui, cemptant pour lien, oa pour trop peu, d'en rcir.plir la jusie mesure par l'observation des préceples, y ajouiciit volontairement et de gré les vœux de ia religion ; des âmes généreuses qui, gardant in- \ialablemcnt, et de l'aveu du monde même, exemplairement tous les devoirs de la profes-
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sion religieuse qu'elles ont embrassée, servent dans le monde, ou pour mieux dire contre le monde, d'une preuve authentique et invincible, je ne dis pas de la possibilité, mais de la facilité delà loi chrétienne. Car, avec quel front un mondain, pour se disculper des dérèglements de sa vie, osera-t-il prétexter l'impossibilité imaginaire de cette loi, tandis que des millions de vierges courent avec allégresse dans la voie des commandements ; c'est peu, dans la voie des conseils les plus héroïques et les plus opposés aux inclinations de la chair et du sang ?
Et c'est ici, chrétiens, que je vous conjure de vous appliquer à vous-mêmes ce qui fit autrefois une si forte imi)ressiou sur le grand docteur de l'Eglise, saint Augustin, et ce qui produisit enfin dans sa personne ce changement miraculeux de ia main du Très-Haut. Pressé du désir d'être à Dieu, et déjà, à l'égard de tout le reste, détaché du monde, il ne tenait plus aa péché que par une seule habilude. Mais celte seule habitude, par les fausses idées dont il était prévenu, lui semblait un obstacle invincible à saconversion.il voulait rompre ses liens, mais il désespérait de le pouvoir. Delà cette guerre cruelle qui lui déchirait l'àrae.celleincertitudeoù i; ue^i.^ j;ai;, ces délais et ces rciardements continuels, tantôt voulant et tantôt ne voulant plus: disant toujours que ce serait pour le lendemain, et ne disant jamais que ce serait pour le jour présent : Cras, cras. Mais que fit Dieu ? il lui fit voir en esprit la Chasteté, qui se présentant devant lui, et lui montrant une troupe de vierges de tout âge et de tout état, lui disait, pour le piquer d'une sainte émulation : Non pohiis quodisî! et htx ? Ne pourrez-vous pas ce que celles-ci et ceux-là ont pu ? ne pourrez-vous pas ce que peuvent tant d'autres, faibles comme vous, et sujets aux mêmes tentations que vous ? Ce reproche l'humilia, le réveilla, le toucha. Malgré ses propres préventions, Augustin, cédant à la force de l'exemple, crut enfin qu'avec le secours de la grâce il lui serait possible et même aisé de sortir d'esclavage. Il le crut ; et, convaincu qu'il le pourrait, il en ^int à une pleine exécution. Or c'est ainsi, mes cbers auditeurs, que Dieu, par mon minislère et par ma bouche, s'adresse à vous, et que, malgré vous, il vous détrompe sensiblement du vain prétexte dont voire lâcheté se couvre, quand il vous met devant les yeux la vie de ces incomparables filles, qui sont et l'hoimeur de leur sexe, et les prédestinées du monde chrétien. Car c'est comme s'il vous disait : Hommes transgresseurs de ma loi, vous qui, pour la vio-
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1er pins hardiment et avec moins de remords, la traitez d'impratical^le ; vous qui feisiiczdans le précepte un excès i!e rigueur qui n'y fut jamais, et dont ccpendanl votre libertinage se prévaut : Qui fvigis hiborcm in prœrepto ' ; voyez, pour vous convaincre de voire injusiicc et de votre erreur, ces vierges fervenles, qui, animées d'une sainte confiance, ont eu le courage d'enchérir même sur ma loi ; et qui, dans la vue de me plaire, par le choix libre qu'elles ont fait, mènent une vie plus angélique qu'iiumaine. Voyez l'infatigable persévérance avec laquelle elles soutiennent les observances les plus mortifiantes pour le corps, et les plus humiliantes pour l'esprit. Voyez ieur force à remporter sur elles-mêmes des victoires, et à se faire des violences qui ne leur étaient point absolument nécessaires pour le royaume du ciel. Voyez leur détachement de tout ce que le monde avait pour elles, non-seuleincnt d'agréable et de délicieux, mais d'innocent et de permis. Prétendez-vous après ce!a que les devoirs communs du chiislianisme soient un fardeau trop pesant pour vous? et lorsque ces âmes fidèles ont l'avantage et la gloire défaire le plus, vous obstiiierez-vous à croire que vous ne pouvez pas faire le moins?
En effet, chrétiens, quelle excuse pouvez-vous alléguer qui ne soit iinincililemcnt réfutée par un tel exemple ? c'est la troisième raison qui suit de l'autre. Est-ce la naissance ? est-ce l'éducation ? est-ce l'âge, le tempérament ? sont-cc les infirmités? Mais entre ces vierges de Jésus- Christ, combien par leur naissance étaient ou aussi distinguées, ou même plus distinguées que vous ? cependant elles ont pu fermer les yeux à tout l'éclat qui les environnait, pour s'ensevelir dans l'obscurité du cloître : combien dans la maison paternelle avaient été élevées, nonseulement au milieu de toutes les aises et de toutes les commodités de la vie, mais au milieu de toutes les délices, au milieu de foute la magnificence du monde ? cependant elles ont pu se priver de tout ce que le monde avait de "5 plus engageant et de plus flatteur, pour embrasât ser un état de pénitence, d'abnégation et de croix : combien, dans une jeunesse aussi vive que la vôtre, ont comme vous des inclinations naturelles et des passions à vaincre ; ou combien, dans une vieillesse aussi avancée et aussi caduque, ont à porterie poids des années qui les accal.' Mit ? cependant y a-t-il une inclination un peu trop humaine quelle; n'aiiaquent et qu'elles ne combattent sans relâche ? y a-t-il une passion
1 Ps-, XCUI, 29.
qu'elles ne surmontent ?à quels exercicesnc se rendent-elles pas assidues, malgré la pesanteur de l'âge, qui leur pourrait servir de prétexta pour s'en dispenser ? Et, si peut-être elles se trouvent forcées d'accepter quelques dispenses que la règle leur accorde, disons-mieux, que la règle leur impose, par quelles autres praliques prennent-elles soin, autant qu'il est en leur pouvoir, de compenser d'ailleurs ce que leur fait perdre une triste nécessité dont elles se plaignent? Sont-elles toutes d'un tempérament plus ferme et plus robuste que vous ? sont elles toutes d'un sexe plus capable de soutenir le iravail?son[-<:llestou(esplusexemptes des faiblesses de la nature ? toutes néanmoins, sans égard aux forces, ni à la santé, s'assujettissent au môme joug et remplissent les mêmes obligations. Or voilà, mondains, par où Dieu vous jugera; voilà par où elles vous jugeront elles-mêmes. Car c'est ce que Jésus-Christ leur a promis dans la personne de ses apôires : Vos qui reUqnislisomnia,et secitti estisme,sei'iebitisjudicantt's. Rien donc de plus propre à confondre la lâcheté des chrétiens du siècle, que de considéîcr la perfeclion de l'état religieux ; et rien en même temps de plus propre à consoler les religieux que de considérer l'état des chrétiens du siècle : autre vérité que j'ai à vous faire voir dans la seconde partie.