‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 117 sur 139 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

RELFGIEUX.

miiable Je l'une et de l'autre ; c'est la ferveur de l'éiiiulation, et le secours des bons exemples; c'est la plénitude de ces consolations célestes dont l'âme séparée de tout, et unie à Dieu, peut se léliciler aussi bien que David : In via tfslhnoniorum tiionim delectatus sum, siciit in omnibus divitiis '. Le dirai-je ?ce centuple, ce sont les croix mêmes que nous a\ons à porter, cl qui, par l'onclion de la grâce, nonseulement s'adoucissent dansla reliiiion, mais y tiennent lieu de consolation -.Apud D'um namque ipsa quoque tribuliitio marjna qnœdam consolatio est 2. Au lieu que les croix des mondains sont des croix d'esclaves, des croix inutiles pour le salut, souvent des croix réprouvées, et déjà par avance le centtq)le que Dieu ajonle à la nialédiclion du monde ; celles d'iuie âme r(lit;ieuse sonl des croix d'épouses, des croix précieuses pour le ciel, des croix cliangées, pur la grâce de l'Evangile, en béatitudes. [)aice qu'elles ont la vertu, non-seulement de puiifier et de sanctifier, mais de rendre heureux. Ce centuple est encore quelque chose au delà de tout ce (jue je dis : c'est ce que je ne puis exprimer ; c'est ce que Dieu, tout pécheur et tout làelie que je suis, m'a lait plus d'une lois éprouver; c'est ce qui m'a cent lois donné ces délicieux dégoûts du monde qui surpassent toutes les délices du monde ; c'est ce qui lait que tout le monde et toutes ses pompes ne me touchent point ; que je me passe aisément de lui ; que ses établissements, ses prospérités, ses honneurs, ne sont pas luênie des sujets de tenlatiou pour' moi.

Après cela, venez, disait le Siigneur par un de ses prophètes, et plaignez-vous, si vous l'osez encore, de ma providence : Veniie, et arguite me, dicit Dominus 3 ; Dites que dès cette ■vie je ne sais pas récompenser ceux qui ont eu le courage de tout quitter pour mon service. Di;es que je les lais languir par des C' pérances toujours incertaines et toujours éloignées ; dites que je n'ai pas dans tous les trésors de ma miséricorde de quoi leseurichirdès maintenant; ou plutôt reconnaissez qu'il y a un Dieu qui rend justice à ses élus, et qui la leur rend même surlaterre : Utique est Deusjudicans eos in terra *. Voilà ce que reconnaissiùi el ce que déclarait avec tant de zèle ce fervent disciple de saint Bernard, lequel ayant quitté de giauds biens et de grands honneurs dans le monde, s'était relire à Glairvaux.et y vivait dans la pratique des plus éminentes vertus. Il souffrait de criiellus douleurs, et jusque dans les plus vives alleintes d'un mal aigu qui lui déchirait les en-

•l'5al.,cxïm, 14.- 'Sera. — 3 Isa., i, 18. — < Psal., LTll, W.

trailles, il ne laissait pas de J'. c à Jésus-Christ : Vera sunt omniaquœ dixisti, Domine Jesu ; Toutes vos i)aroles, ô mon Dieu, so^.l véritables ! Vous m'avez promis le centuple, et je le goûte actuelleinent, puisque rien n'égale la joie dont je suis pénélré, en me regardant comme une victime que vous avez choisie et agréée. Non, Seigneur, tout ce que j'endure ne n'empêche point de convenir que vous vous acquittez de vos promesses au delà même de mes souhaits, et de protester que je suis pleinement conteiitde vous. Aveu peu nécessaire à votre gloire, mais qui néanmoins est le plus grand honnuageque vous puissiez recevoù" de votre créature, puisqu'il n'y a qu'un Dieu comme vous qui, dans l'élat de mes souffr mces, puissiez non-seulement me contenter, mais me combler des plus abondantes consolations. Ainsi parlait ce jusle plein de foi, ainsi parleraient je ne sais couibien d'âmes religieuses, si elles vouI..ient nous luire part des bénédictions de douceur dont Dieu les prévient. Or ce ccnliiple dont elles jonissetit, et que l'on peut di.e être déjà pour elles dans la religion une iiéuiitude commencée, n'est après tout qu'un avant goût, qu'un essai, qu'un gage de cette gloire éterneile que Dieu leur pré[!are, cl où elles aspirent comme au dei nier terme de leurs désirs et à l'essentielle récoinpen.^c de leur renoncement : Et omnis qui rdiquerit domum, cenluplitm accipiet, et vitam œternam possidebit Que serait-ce donc, mes cliers auditeurs, si, |)our conclure mon sujet par la troisième promesse de Jésus-Christ, j'ajouluis que ces éponges du Fils de Dieu, on quaiiic' de religieuses, ont à la vie éterneile un (hoit afieclc el privilégié que vous n'avez pas ; que le lojau. me des cieux leur apparlicnt d'une manière dont il ne vous appartient pas ? Prenez garde: je ne prélen^ls pus que la vie éternelle ne soit que pour les religieux ; loin de vous édifier par là, je vous jetterais dans le désespoir. .Mais y: dis que la vie éternelle est poir les religieux plus particulièrement et plus sûrement que pour vous ; je dis que, le royaume céleste leur est promis plus justement etplus inlallliblemeul qu'à vous ; je dis que si l'Evangile est vrai, ils y ont plus de part que vous, el qu'ils y doivent être reçus préiéiablement à vous. En faut-il davantage pour vous inspirer un saint mépris de ce que vous êtes dains le monde et de tout ce qui vous attache au monde, cl [)Our allumer dans vos cœurs un désir encore plus saint de vous conidrmer à ces servantes de Dieu, chacun dau.~ votre condition, par un déiachement aussi puiluii ([u'il vous peut conveidi ?

SUR L'OPPOS'TION MUTUELLE DES IlELIGIEUX, etc.

Quoi qxi'il en soit des chréiiens du siècle, voilà, géiiéieuse et sainte épouse de Jésus-Clnist, les réconi lieuses que vous devez es[)érer, et qui vous doivent animer. Vous allez dire, dans le tnème esprit que saint Pierre : Ecce nos relitjuhnus omnia ; C'est pour vous, Seigneur, que je quilte loiit.et qiiejeuic quitte nioi-incme. Car envaiu quillerais-je tout le reste, si je ne me quilliiis moi-uiènie ; et en vain me flalloiais-je de ni'ètre quille moi-même, si de bonne foi je n'avais (|uill ' to d le resle. Je qtnlte tout, ô mon Dieu ! el malheur à moi si j'avais seulement la pensée de me réserver la moindre partie de ce tout. Je sais ce qu'il en coû ta à l'infoiUmé Ananie et à sa lemme Saphyre, et leur exemple mesullirait pour avoir en horreur un tel partage ; mais, indépendamment de leur exemple, riionneur que vous me laites d'acc^ pter tout ce que je vous ol'li e, la joie et la coiisulation que j'ai de vous l'oilrir, ce que j'allcuils de vous et dans le temps et dans rétennlé, lousces motifs l'ont sur moi bien plus d'impression que la crainte de vos plus rigoureux cijàliuitnls. Je quille tout. Seigneur, et pour cela j'uublie père eJ uicj c, liires et sœurs ; j'oublie le monde, et

je consens à en ètie oubliée ; je renonce au monde, et je consens à en être renoncée ; je meurs pour le monde, et je consens qu'il soit mort pour moi comme je serai morte pour lui. J'en serai bien dédommagée, ô mon Dieu, si vous daignez vous souvenir de moi; si je trouve grâce auprès de vous, et si vous jetez un regard favorable sur moi; si je vis pour vous, et si vous vivez pour moi : Ecce ?ios rcliquimus omnia. Tels sont vos sentiments, ma clière Sœur : la solidité de votre esprit, la ferveur de votre piélé, l'iullexiblc fermeté que vous avez lait paraitie, en vous ariachanldu sein d'une lannlle qui comptait sur vous pour vous éleverauxlionneursdu monde, et sur qui vous pouviez compter pour parvenir ù ce qu'il y a de plus grand dans le monde ; tout cela, joint aux connaissances encore plus pai liculières que j'en piiisavoir, me répond des disposilions intéiicurcs de votre àme. El moi, fondé sur l'inviolable fidélité de notre Dieu, j'ose vous répondre de tout ce qii'il vousa pi-oinis, soit jiou lecouisde la vie présente, fod au moment de la mort el à son jii-emenl dernier, soif dans la félicité éternelle, que je vous souhaite, etc.

QUATLUI^^IE SEHMON SUR L'ÉTAT RFXIGIEUX.

L'OPrOSIXIOiN MUTUELLE UES RELIGIEUX ET DES ClIUÉTlEiNS DU SIÈCLE.

ScJET. /s VOUS conjure, moi qui sais dans Us chaînes pour le Seigneur, de vous conduire d'iine manié, t qui soit digne de vnli-e vocalion.

Une V erjie qui se consacre h Dieu par la piofes>iion religieuse peut dire, comme snint Paul, qu'elle est dans les chiiinei pour le Seigneur ; et c'est par son exemple quelle nous apprend au moins à remplir dignement les devoirs de la vocation ehr^iienne.

Divisiox. Rien n'est plus capable de confondre la lâcheté des chrétiens du siècle, que de considérer la perfection de l'état religieux : première part e. Et rien n'est plus propre à consoler les religieux et à jes ccnlirmer dans leur vocation, qug d'envisHj^er les malheurs presque inévit.il)les el les obligalions des chrétiens du sircle : deuxième pnrtie.

Prkmicre partie. Rien n'esl plus cap.dile de coufonJre la lâclieté des chrétiens du siècle, que de considérer la perfection de l'état religieux. Celle vue 1° leur découvre sensiblement ce qu'ils doivent être el ce qu'ils ne sont pas ; 2° les détrompe d« l'erreur dont ils se préviennent souvint, que la loi de Dieu est pour eux quelque chose d'impraticable; 3° réfute toutes les excuses qu'ils allèguent, quand on leur reproche leur paresse et leur négligence dans la voie de Dieu.

- l' Celle vue découvie sensiblement auxchréiiens du siècle ce qu ilsdoiventéUeetce qu'ils ne sont pas. Dans les premiers siècles de l'Eglise, il n'y avail point de religieux, parce que les chrétiens, vivant en chrétiens, étaient alors comme autant de religieux. Dans la siiitc des temps, cet heureux étal du christianisme a changé par le dérèglement des mœurs ; et Dieu j suscité les religieux, afin qu'ils fussent pour les ehréliens du siècle une image sen.sible de la perfection dont il sont déchus et où ils doivent tendre. Que doivent-ils donc dire en voyant la sainteté de la profession religieuse ? ce que disait k peu près saint Antoine api'ès avoir vu saint Paul, anachorète ; i al', tur à moi qui porte en xain le aom de chrétien !

2° Celte vue ditrompe les chrétiens du siècle île lui reur dont i's se pr ■viennent souvent, que la loi d« Dieu est pour eux nuelque chose d'impraticable. Quand ils voient tant de religieux pratiquer les conseils même les plus héroiques, cnnimeiit peuvcnls-il se persuader que l'observation des prtcci'les leur est impos>ible ? iVo/i poteris quod isti et ùtœ ? Quoi I vous na pourrei pas faire au moias une partie de ce que f 'iil ceux-ci et celles-là ?

3° Celle vue réfute toutes les excuses qu ail giient les chrétiens du siècle, quand on leur reproche leur paresse et leur négligence dans la voie de Dieu. Quel pr.texl ■ peui le^ j u^ti lier ? est-ce la nai-aice, l'éducaiion, l'âge, le temp/rainent, le» inhrmiiés ? m ils ils voieul dans les cummii>nMl s reh^'ieuses des per>onne^ de luule condition, de tout âge, de luut lempérïmeiit, porter avec constance, et même avec une suiule allégresse, tout le poids de la règle la plus austère.

SUR (/OPPOSITION MUTUELLE DES RELIGIEUX, etc.

Deuxième partie. Rien n'est plus propre à coDsoIer les religieux et à les confirmer dans leur vocation, que d'envisnger, 1° les misères presque inévitables des chrétiens du siècle; 2° leurs obligations indispensables jusqu'au milieu du monde.

1* Les misères presque inévitables des chrétiens du siècle. Le religieux a ses croix : mais n'en a-l-on pas dans le monde t et croix pour croix, celles de la religion ne valent-elles pas mieux, puisqu'elles sont salutaires ? On dépend dan^ la riligion ; nedépenJ-on pas dans le monde ? it la servitude n'y est-elle pas incomparablement plus dure? Ainsi du resle.

2° Lesoblig.itions indispensibles des chréiiens du siècle. Obligations auxquelles leur salut est attaché; obligations qui, jans ce qu'elles ont de plus essentiel et de plus onéreux, sont aussi étroites pour les personnes du monde que pour les relioieux ; enfin, obligations que les personnes du monde ne peuvent néanmoins remplir qu'avec des violences extrêmes, au lieu que lésâmes religieuses ont toutes les facilités imaginables pour s'acquitter, soit des devoirs communs à tous les l'tats du ehristianisme, soit des devoirs propres de leur profession. Du reste, avantages qui ne diminuent en rien le mérite du saciifice que font à Dieu les personnes religieuses.

ObstcTo vos, ego vinctus in Dommo, «t digne amtvl'.lis voealione qua vocnti estis.

Je vous conjure, moi qui suis dans les chaînes pour le Seigneur, de vous conduire d'une manière qui soit digne de votre vocation.

BpHre aux Hphésiens, chap. iv, 1. )

C'est ainsi que parlait le grand Apôtre, exhortant les nouveaux fitlèles qu'il avait formés en Jésus-Christ par l'Evangile ; et c'est ainsi que je me sens inspiré île vous parler aujourd'hui, mes chers auditeurs, dans l'obligation où je me trouve de vous instruire sur le sujet important de cette cérémonie, pour laquelle vous êtes ici assemblés. Saint Paul a\ait un droit particulier de tenir ce langage aux chréliens d'Ephèse, parce tprétant alors dans les fers pour le nom du Sauveur qu'il leur avait annoncé, il accomplissait lui-même dignement sa vocation à l'aiioslolat ; et il ne pouvait pas les engager plus ellicaceiiieut ;\ honorer par la sainteté de leur vie leur vocation au christianisme, qu'en alléguant son exemple, qui, supposé la haute estime qu'ils avaient de lui, était pour eux un des motifs les plus convaincants dont ils pussent être touchés. Car c'est pour cela, leur disait-il, mes frères, que je me fais un huntieiir d'èlre prisonnier de Jésus-Christ : Ego Pauliis vinctus Chrisli Jesu ' ; et quand je me glorifie de celte qualité, ce n'est pas seulement pour moi, que Dieu par sa miséricorde a choisi dans le judaïsme, c'est pour vous qui êtes gentils, c'est pour voire salut (|ui m'est si cher et si précieux ; c'est afin de vous faire connaître le mérite de cette grâce, par 011 Dieu vous a appelés des ténèbres de l'infidélilé à son admirable lumière, en vou scomnumiiiiiant le don de la foi : Hiijus rei griitia, ego l'aulus vinctus Chrisli Jesu pro vobis gentibns. Permellez-moi, chrétiens, d'appliquer ceci à mon sujet. Une vierge qui se consacre à Dieu par la profession leligieuse peut dire, aussi bien que saint Paul, qu'elle est dans les chaînes pour le Seigneur. En eflet, les vœux qui l'engagent à Dieu sont pour elle de véritables liens, des liens dont elle ne rougit point, et dont elle fait même toute sa gloire ; des litMis qu'elle porte avec joie, et où elle met toute sa

'' EpUes, 111 l.

confiance; des liens éternels qu'elle ne peut plus rompre, et qui la tiennent atlachée inséjiarablement à .lésus-Christ. Elle aurait donc dioit de dite aux chréliens du siècle qui vienne; l .-issister à son sacrifice, ce que saint Paul disait aux Ephésiens : Obsecro vos, lit digue ambulelis vocatione qua vocciti estis ;Je vous conjin-e, moi qui par un choix solennel vais me rendre captive pour Jésus-Christ, de profiter de mon exemple, et (le vous comporter d'une manière digne au moins de la vocation chrétienne. Or voilà justement, mes chers auditeurs, ce que vous prêche aujourd'hui, bien mieux que moi, cette généreuse fille qui va pour jamais se dévouer à Dieu ; et c'est ce qui va faire le sujet de ce discours, après que j'aurai demandé les lumières du Saint-Esprit par l'intercession de Marie: Ave, Maria.

Etre appelé de Dieu, c'est, dans la pensée de saint l^aul, le premier effet de la prédestination divine, et par conséquent le principe de tous les biens, elle fondement du salut de l'homme: Quosprœdestinovit, hos et vocavit i. Mais être appelé h un état de sainteté sans le connaître, et avoir reçu de Dieu une vocation sans en faire le discernement, c'est la source au contraire de tous les maux dans l'ordre de la grâce et du salut. En quelque condition que nous soyons, et quelque genre de vie que nous avons embrassé, nous avons tous part, comme chrétiens, à celte vocation céleste, par où, comme dit saint Paul, Dieu nous a appelés en Jésus-Christ. Mais nous devons reconnaître, à notre confusion, qu'il y en a plusieurs parmi nous qui, grossiers et ignorants dans les choses de Dieu, quoique éclairés et intelligents dans celles du monde, ne savent pas, et par un abus encore plus déplorable, paraiss at même ne se pas mettre en peine de savoir ce que c'est que cette vocalion, c'est-à-dire qui n'en comprennent i»as les engagements, qui n'en pénètrent pas les conséquences, et qui n'en ont jamais étudié les devoirs. Or c'est à quoi j'entreprends ail*

I Rom., Tiii, 30.

SUR L'OPPOSITION MUTUEfXE DES RELIGIEUX, etc.

jonrd'hui de remédier. Car dans l'o!)ligation où je me trouve de parler ici à deux sortes d'auditeurs, les uns engagés à vivre dans le monde, les autres consacrés à l'état religieux, mon dessein est de faire connaître aux premiers, que la Providence a clioisis pour le monde, l'excellence, la sainteté de la vocation chrétienne, en la mesurant sur la vocation religieuse. Et pour m'acquitlcr en même iemps de ce que je duis à ces chastes épouses du Sauveur, qui, poussées de l'Esprit de Dieu, ont fait un divorce éternel avec le monde, je veux leur faire estimer le mérite et le prix de la vocation religieuse, en la réduisant aux principes de la vocation clirélionnc. Voilà les deux fins que je me propose ; et rillustre vierge qui fait le sujet de cette cérémonie me servira, pour l'une et pour l'autre, de preuve vivante. Car, comme elle est déjà plus que convaincue des saintes maximes sur lesquelles doit rouler tout ce discours, au lieu de l'exhorter et de l'instruire, je vous instruirai par elle, chrétiens qui m'écouîez, je vous exhorterai par elle ; ou, si je ne suis pas assez heureux pour vous persuader, je vous confondrai par elle : ce sera le sujet de la permière partie. El dans la seconde , en vous comparant, ou plutôt en vous opposant à elle, je la consolerai par vous, je lui ferai goûter son bonheur par vous, je l'affermirai dans sa vocation par vous- Voilà tout mon dessein, qui se réduit à deux vérités que je vous prie de bien concevoir ; l'une qui reg-arde les chrétiens du siècle, et l'autre qui touche les religieux : ou plutôt, qui, par l'opposition de ces deux états, doivent l'une et l'autre apprendre également aux religieux et aux chrétiens du siècle à se conduire d'une manière digne de leur vocation: Ut digne um- Imletis voculiûiie qua vocati esiis. Car je prétends que rien n'est plus capable de confondie la lâcheté <les chrétiens du siècle , que de leur faire considérer la perfection de l'état religieux : c'est ma première proposition. Et j'ajoute que rien n'est plus propre à consoler les religieux, et à les conlirmer dans leur vocation, que de leur faire envisager les malheurs presque inévitables et les obligations des chrétiens du siècle : c'est ma seconde proposition. Que ne dois-je pas espérer de ces deux imporiantes vérités, si vous me donnez une attention tavorable ?

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