‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 124 sur 139 · SIXIÈME SERMON SUR L'ÉTAT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

SIXIÈME SERMON SUR L'ÉTAT RELIGIEUX

L'ALLIANCE DE L AME RELIGIEUSE AVEC DIEU

ANALYSE

Si'jET. ilon hien-aimé est à moi, et je suis à lui.

C'est l'âme religieuse qui parle, et qui, sous la figure de l'Epouse des Cantiques, nous fait connaître la sainte alliance qu'elle a contractée avec Dieu.

Divisiox. Trois clioses forment une alliance ; le choix, l'engagement et la société. Que fait donc une jeune personne en embrassant la profession religieuse ? elle choisit Dieu : première partie ; elle s'engage à Dieu : deuxième partie ; elle s'acquiert pour ainsi dire, un droit spécial sur tous les trésors de Dieu et sur Dieu même : troisième partie.

PBEMii;iîE PARTIE. L'âme religieuse choisit Dieu. Car qu'est-ce que la profession religieuse ? Le chois le plus singulier que Dieu puisse foire de la créature, et le choix le plus authentique que la créature puisse faire de Dieu. Dieu appelle l'àme et J'jme lui répond. Or, cette correspondance n'est rien autre chose que le choix qu'elle fait de Dieu.

Choix si excellent et si parfait, que l'àme religieuse adroit pour cela de quitter père et mère, et de rompre en quelque soiie les liens les plus sacrés de la nature. Il n'en est pas de même des vierges du siècle : toutes vierges qu'elles sont, elles n'( i.t pas encore choisi Jésus-Christ d'nne njanière qui les autorise à se retirer de la maison paternelle. Il y a plus : non-seulera,;,t l'àme leligieuse quitte père et mère, mais elle se quille encore elle-même.

Oiw\ qui devient pour l'âme religieuse une raison de servir Dieu avec toute la ferveur que demande son état.

l'rrxiÉME PARTIE. L'àme religieuse s'engage à Dieu : X' engagement sacré ; 2' engagement solennel ; 3° engagement in.:vj,-ii'ile.

i i 11 iragement sacré, car c'est un engagement de vœu. D'où il s'ensuit que c'est le plus grand de tous les engagements, cl (lire;! ce qui regarde l'observance des choses que l'âme religieuse a vouées, elle ne peut commettre d'infidélité qui ne tienne de la naiiire du sacrilège.

2° rengagement solennel. Il n'est appelé profession que parce qu'il est contracté à la face des autels, et devant les minisires de l'Eghs ■. 'OilTérence d'un vœu solennel et d'un vœu particulier. L'Eglise accepte le premier et n'accepte pas l'autre.

3" Engagement irrévocahle. Les vœux de l'âme religieuse sont indissolubles. Elle a néanmoins encore tout à craindre de sa volonté, qui, par son inconstance, peut, non pas se dégager de l'obligation, mais se relâcher dans l'observation de ses vœus ; et voilii ce qui doit exciter sa vigilance. Thoisième partis. L'àme religieuse acquiert un droit spécial sur tous les trésors de Dieu et sur Oisu même. Dieu est

SUR L'ALLIANCE DE L'AME RELIGIEUSE AVEC DIEU

le Dieu de tout le monde, mais il se donne spécialement aux âmes (]'ii ne veulent que lui, et qui ne s'attachent qu'à lui. Or que veut autre ciiose l'âme religieuse, et quel autre bien se réserve- L-olie? Deux témoignages, tirés de l'Ecriture, l'un de David,' 'autre des Juifs, lorsqu'ils entrèrent dans la terre promise.

Il est vrai que l'âme religieuse en faisant alliance avec Jésus-Cl.inf, faft alliance avec un Dieu pauvre, avec un Dieu humilié avec un Pieu crucifié, et qu'elle doit entrer avec lui en société de i eines et de maux ; mais dans Jésus-Christ tout s'est converti en biens. Ce sont des maux pour les mondains qui n'en pro .■ nt pas, et qui les portent sans consolation : mais ce sont des biens pour l'âme religieuse, qui se les rend salutaires, et qui, por la grâce de Jésus-Christ, y goùle une onction toute divine-

Voilà ce qui doit servir de modèle aux chrétiens du siècle. L'exemple d'une âme religieuse, sa liJélilé, sa ferveur, sa censtance, son détachement, confond leur tiédeur, leur lâcheté, leurs attaches criminelles aux biens de la terre. Du resie, quelque différence qu'il y ait entre l'état religieux et celui des gens du monde, deux vérités sont certaines : 1» que les gens du monde peuvent eux-mêmes élre parfaits dans leur état et selon leur état, comme les religieux; 2° que non-seulement ils le peuvent mais qu'ils y sont même indispensablement obligés.

là enfin, alliance pourvous lapins avantageuse, puisqu'elle vous mcltra en possession de toutes les richesses de Dieu, et en possession de Dieu même. Or pour vous proposer en trois mots, chrétiens auditeurs, le dessein de ce discours, trois choses, selon saint Augustin, forment ime alliance : le choix, l'engagement et la société. Le choix en est coinme le principe, l'engagement en est comme l'essence, et la société en est le fruit. Choix mutuel, engagement réciproque, société commune. Que fait donc de sa part une jeune personne en embrassant la profession religieuse ? c'est ce que j'ai à vous représenter dans les trois parties de cet entrelien, et ce qui fera tout le sujet de votre attention : Elle choisit Dieu, elle s'engage à Dieu, elle acquiert, pour ainsi dire, un droit spécial sur tous lestrésor'o de Dieu et sur Dieu même. A'oilà, ma très-chère Sœur, les avantages inestimables du saint état auquel vous vous dévouez; mais voilà en môme temps tout le fonds des devoirs indispensables et des obligations qu'il vous imposera. Vous les remplirez, ces obligations; et ces avantages aussi, vous les goiîterez. Sainte mère de Dieu, c'est sous vos auspices que celte vierge fidèle se consacre à votre P'ils adorable, et c'est par votre intercession que j'obtiendrai les lumières qui me sont présentement nécessau-es; je les demande, en vous disant : Ave, Mana.

Dilectus meus mihi, el ego ilU.

Mon blen-aimé est à moi, et je suis à lui ( Cantique des Cant> gués, chap. ii, 16. )

C'est l'épouse des Cantiques, ou, sous la figure de cette épouse, c'est l'âme chrétienne, et en particulier l'âme religieuse, qui parle, et qui nous foit connaître la sainte alliance qu'elle a contractée avec Dieu. Quand elle dit d'abord que ce céleste époux est à elle, c'est pour nous donner à entendre comment il a fait en sa faveur les premières avances, comment il l'a recherchée, et de quelles grâces il l'a prévenue ; et quand elle ajoute qu'elle est à lui, c'est pour nous marquer avec quelle fidélité elle s'est rendue attentive à sa voix, elle a répondu à ses favorables poursuites, et suivi l'inspiration divine qui l'attirait : Dilectus meus mihi, et ego illi. L'un et l'autre était nécessaire. Si Dieu ne l'eût point appelé, si elle n'eût point été éclairée d'une lumière céleste, et que la grâce ne lui eût point fait sentir ses saintes impressions, jamais elle n'eût conçu le dessein de renoncer au monde et de se dévouer à Dieu : ou si, fermant les yeux à la lumière qui l'éclairail, et réprimant dans son cœur les mouvements que la grâce y avait excités, elle eût été insensible à la vocation du ciel. Dieu, malgré elle ne l'eût point engagée, et toutes les vues de sa miséricorde sur elle seraient demeurées sans effet. Mais l'attrait de Dieu d'une part, et de l'autre la correspondance de l'âme ; Dieu qui invite, et l'âme qui consent ; Dieu qui s'offre, et l'âme qui accepte en se donnant elle-même ; voilà, ma trés-chère Sœur, ce qui forme cette belle alliance dont j'ai à vous entretenir, et en conséquence de laquelle vous pourrez dire éternellement : Dilectus meus mihi, et ego illi. Alliance la plus pure, puisque c'est avec Dieu que vous l'allcz contracter, et que sa grâce en doit être le sacré nœud ; alliance la plus inviolable, puisque vous l'allcz jurer à la face des autels, et par une profession solennelle ; alliance la plus glorieuse, puisqu'elle ne vous donnera pas seulement la quahté de servante du Seigneur, mais d'épouse du Seigneur : et par

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