‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 123 sur 139 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

C'est Uiie réflexion de saint Paulin qui me parait aussi solide qu'édifiante, savoir, que le mystère de la résurrection du Fils de Dieu ne nous conlirme pas seulement dans la foi et

• I Cor., m, 3,

dans l'espérance de notre résurrection future» mais qu'elle nous enseigne même la forme" de vie que nous devons tenir, comme chrétiens, dans le siècle présent; et que cette vie nouvelle consiste surtout dans la séparaliou du monde, qui de tout temps a été regardée par les vrais serviteurs de Dieu comme une des parties les plus essentielles de la sainteté : 3Jysterio dominicœ resuriectionis,non ad solanu-esurreclionis nostrœ fidem, sed ad vohintariam hujiis sœculi abdicationem instruimur. En effet, s'il y eut jamais un parfait modèle d'une vie retirée, et en particulier de la retiaile, il est évident que c'est le mystère ou plutùt l'état de Jésus-Christ ressuscité, avant qu'il montât au ciel, et pendant les quarante jours qu'il demeura sur la terre. Appliquez-vous à la comparaison que je vais faire de l'un et de l'autre, et voyez s'il est rien de plus naturel et de plus juste. Voici dans Jésus-Christ ressuscité l'exemplaire, et vous en reconnaîtrez aisément dans l'âme religieuse la ressemblance. Le Sauveur du monde, après sa résurrection, demeure encore sur la terre ; mais il y demeure séparé du commerce des hommes, séparé de ses disciples, séparé de ceux que l'Evangile appelle ses frères, séparé môme de Marie sa mère : premièj-e circonstance, qui doit avoir pour vous, mes chères Sœurs, quelque chose de bien touchant et de bien consolant. Tout séparé qu'il est des siens, il ne laisse [las de leur apparaître quelquefois et de se faire voir à eux ; mais il ne leur apparaît que pour des besoins importants, et qu'autant qu'il le juge nécessaire pour leur donner des marques de son zèle et de sa charité : seconde circonstance encore très-propre à vous servir de règle. Dans ces apparitions, quoique passagères, il les voit et il leur parle, mais en leur témoignant toujours une sainte impatience de les quitter, et une es[)èce d'empressement de retourner à son Père : troisième circonstance, qui vous fait une leçon non moins utile que les autres, ni moins convenable à votre état. Du reste, il n'a d'entretien qu'avec Dieu ; toute sa conversation est dans le ciel, dont il se regarde déjà comme possesseur, et la terre n'est plus pour lui qu'une demeure étrangère : quatiième et dernière circonstance, qui achèvera de vous instruire, et de vous faire goûter votre bonheur. Or n'est-ce pas là eu figure et eu abrégé toute la perfection et toute la sainteté de la vie religiuese ? Mettous ces quatre traits de ie.-semblance dans tout leur jour, et suivez-

iliMÎ.

Tout ressuscité quêtait le Sauveur des hoHi-

SUR LE RArPORT DES RELIGIEUX, etc.

Stô

mes, il demeurait encore sur la terre, mais sans y avoir avec les hoiumes ce commerce ordinaire qu'il avait eu pendant sa vie mortelle; et de la manière dont il se comportait à leur égard, on peut dire qu'il était absolument séparé d'eux. C'est ainsi qu'il s'en expliquait lui-même dans une de ses apparitions, lorsqu'il leur disait : Ihvc siint verba quœ loattiis sitm ad vos, cum adhiic essem vobiscum^; Vous voyez l'accomplissement des choses que je vous ai prédites lorsque j'étais avec vous. Eh quoi ! reprend saint Augustin, n'était-il pas encore avec eux quand il leur parlait de la sorte ? Il y était, dit ce saint docteur, puisqu'il leur parlait : mais il n'y était plus comme il y avait été lorsqu'il entretenait avec eux une société réglée ; parce qu'en sortant du tombeau, et ne voulant plus mener sur la terre qu'une vie solitaire, il s'était séparé de ceux qui lui étaient le plus étroitement unis, sans en excepter môme sa sainte et bienheureuse mère. Beau modèle de l'état d'une ànie consacrée à la vie religieuse ! Car voilà, mes chères Sœurs, ce que par la miséricorde du Seigneur vous pratii^uez. Vivre dans le monde séparé du monde, loin des intrigues du monde, hors du tumulte et de l'embarras du monde, sans engagement et sans liaison d'intérêt avec le monde ; avoir des familles, et se regarder comme n'en étant plus; avoir des proches et s'en délaclier comme ne leur appartenant plus : avoir des amis et ne les fréquentant plus ; être au milieu du monde, et jusque dans le centre des villes, aussi retiré que les anachorètes dans les déserts : voilà votre vocation. De là vient que le Fils de Dieu, pour faire entendre qu'il était venu appeler les hommes à la perfection évangéiique, disait qu'il était venu séparer le père d'avec son fds, et la fdle d'avec sa mère: Venit separare homiiieni adversus ptitrem siiitni^ etfdiam adversus malrem sitam 2. Or, voyonsnous la pureté, la sainteté, la sublimité de cet esprit de séparation ailleurs que dans la religion ? où voit-on des biles, sans préjudice des droits sacrés de la nature, saintement et pour jamais séparées de leurs mères, si ce n'est dans la personne de ces vierges dont la vie, selon saint Paul, est cachée avec Jésus-Christ en Dieu ? Vita vestra ahscondita est cum Christo in Deo 3. C'est donc à vous, mes chères Sœurs, de soutenir dignement ce caractère ; et, gi'àces au Seigneur, vous le soutenez avec un« persévérance et une régularité qui édifie toute l'Eglise. Cne vie cachée dans le monde aurait par ellemême quelque chose de triste ; mais les deux

' Luc, xxiv, 44. — ' Matth-, x. 35. — » Coloss., lU^ 3.

B. TOM. m.

circonstances que l'Apôtre y ajoute, quand il dit que c'est une vie cachée en Dieu, et cachée avec Jésus-Christ, sont plus que suffisantes, nonseulement pour vous rendre supportable, mais pour vous rendre aimable la retraite que vous avez embrassée, et pour vous dédommager de tous les vains commerces à quoi vous avez renoncé. Car avec Jésus-Christ et avec Dieu, de quoi ne se passe-t-on point; etque pcul-on désirer lorsqu'on a le bonheur de posséder Dieu et Jésus-Christ?

Cependant toute communication avec le monde esf-elle interdite à l'àme religieuse ? Non, chréticiis ; et l'àme religieuse, toute séparée du monde qu'elle est, peut et doit jnême quelquefois converser avec le monde, pourvu qu'elle se conforme à l'exemple que Dieu lui propose, et qu'elle doit elle-même se proposer : car il en faut toujours revenir au mystère de Jésus-Christ ressuscité, comme à la règle de notre perfection. Et voici, mes chères Sœurs, le second rapport de votre état avec le sien. Quoique séparé de ses disciples, il ne laisse ;:as de leur apparaîire à certains temps, et de converser avec eux. Mais quand et pourquoi leur apparaît-il? vous le savez : quand sa présence leur est nécessaire pour les affermir dans la foi ; quand il s'agit de les consoler, Je les instruire, de les édifier ; quand il est question de leur parler du royaume de Dieu, de les détromper de leurs erreurs, de les ramener de leurs égarements ; en un mot, quand l'ordre de Dieu, etque la charité l'y engage. Ainsi, auprès du sépulcre, il apparaît aune troupe de femmes dévotes, pour les combler d'une sainte joie ; il apparaît à Madeleine dans le jardin, pour essayer ses larmes ; il apparaît à saint Pierre, pour l'encourager dans sa pénitence ; il apparaît à saint Thomas, pour le guérir de son incrédulité ; il apparaît aux deux voyageurs d'Enmiaûs, pour leur re[irocher leur peu de foi, et pour rallumer dans leurs cœurs le feu de son amour ; il apparaît à tous les disciples assemblés, pour leur donner le Saint- Esprit, et leur recommander la paix. Jamais d'apparitions que pour des fins dignes de sa sagesse, et convenables à sa mi.ssion de Sauveur. Or ce que nous apprenons de là, mes chères Sanîrs, ou ce que nous d(!vous apprendre, c'est qu'en vertu de la profession que nous faisons de vivre dans le monde séparés du monde, nos conversations avec les honnncs du monde doivent être à leur égard ce qu'étaient à l'égard des disciples les apparitions de Jésus- Christ, et produire par proportion les mêmes

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effets que produisaient les apparitions de Jésus- Cliiisl. Je veux dire qu'en qualité de religieux, nous ne devons avoir de commerce avec les chrétiens du siècle qu'autant que nous sommes capables de contribuer à leur édification, qu'autant que le zèle de leur salut nous y peut obliger, qu'autant que la Providence nous fait naître des occasions de leur être saintement ou utiles, ou même nécessaires. Quand il y aura dans nos familles quelque intérêt de Dieu à appuyer, quelque œuvre de Dieu à procurer, quelque paj-ol'e pour Dieu à porter ; quand nos proches vivront dane le désordre, et qu'il s'agira de leur conversion ; quand il se formera parmi eux des inimitiés, et qu'il laudi'a s'employer à leur réconciliation ; quand il leur arrivera des disgrâces, et qu'ils auront besoin, pour les supporter et pour eu profiter, de notre consolation, paraissons alors comme Jésus-Christ, et laisons-nous voir à eux. Sanclilious-Ies par nos discours, l'orlifions-les par nos conseils, soutenons-les dans leurs peines, el, pour les engager à se les rendre salutaires, faisons-leur connaître le don de Dieu dans ks alflictions; ÏQiprimons-leur le dé^ir et i'eslime des choses du ciel, détachons-les de celles du nioude, désabusons-les des fausses maximes qui les séduisent, donnons-leur du goût poui' la solide piété, inspirons-leur l'horreur du libertinage ; qu'ils se retirent d'auprès de nous convaincus et touchés de leurs devoirs ; enfin, sans rien pix;ndre de leur esprit, lâchons de lem' communiquer le nôtre. Car voilà ce que Dieu attend deViolre fidélité, et pourquoi il nous adonné saei'âce. Combien de fois une âme religieuse at-eîle par là servi à l'exécution des desseins de Dieu les plus inqiorlants pour l'avancement de sa gloire et pour le salut du prochain ? Combien de fois, par la sainteté de ses conversations avec le monde, a-t-elle eu le bonheur de gagner à Dieu des pécheurs endurcis ; el combien de fois Dieu a-t-il donné plus de bénédiction à ses paroles, qu'à celles des plus zélés et des plus éloquents prédicateurs ? Combien de fois, quoique solitaire et séparé du monde, a-t-elle été dans sa famille un ange de paix, pour y réunir les cœurs aigris et divisés ; et combien de fois, par sa prudence, a-t-elle apaisé les diffcrcnds et ISs querelles que l'esprit de discorde y avait suscités? Voilà ce que j'appelle des conversations semblables aux apparitions du Sauveur ; et voilà connnent uue vierge consacrée à Dieu doit se produire an monde, et s'intéresser à ce qui s'y passe. Elle n'en doit pas demcmer L'i ; mais j'ajoute

que ces entreliens avec le monde doivent être accompagnes d'une sainte impatience de retourner à sa solitude, comme ceux de Jésus- Christ ressuscité l'étaient d'un désir ai'deut de remonter à son I^ère, Il apparaissiit à ses disciples, et il leur parlait ? mais en leur témoignant toujours qu'il ne serait pas longtemps avec eux, et que, dans l'état de la vie nouvelle qu'il avait commencée, il n'avait plus que des moments à leur donner. Il faut, leur tiisait-iî, que je vous quitte ; et il le faut non-seulement pour moi, mais pour vous-mêmes, puisque je ne vous quitte que pour aller l'aire l'office de votre intercesseur auprès de Dieu : Expedit vobis, ut ego vadam i. Je suis soi li, reprenait le môme Sauveur, je suis sorti du sein de mon Père, pour venir dans le monde : maintenant je me sens pressé de sortir du monde pour rentrer dans le setn de mon Père : Exivi a Paire, et veni in mtindum ; iterum reliiiquo nmiidum, et vado ad Palrem 2. Encore un peu de temps, concluait-il, et vous me verrez ; et puis encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus, parce que je m'en vais à celui qui m'a envoyé : Moàicum et videbitis me, et itenim modicum et non videbitis me, quia vado ad Palrem ». Ainsi, dis-je, leur parlait-il, non pas qu'il n'eût toujours pour eux la môme tendresse, mais parce que l'état de sa gloke ne souffrait pas qu'il enlrcltnt avec eux un plus long commerce, ni qu'il apportât le moindre retardement à l'ordre de son Père, qui le rappelait. Ici, mes chères Sœurs, ne croyez-vous pas entendre parler une de ces religieuses ferventes dont le nombre parmi vous est si grand ? ne croyez-vous pas la voir agir ? Si pour la gloire du Seigneur elle converse quelquefois avec le siècle, de quel autre soin est-elle plus occupée que de retourner à ses devoirs, que de reprendre ses observances et ses exercices ? Que dit-elle à ses proches da:is les visites qu'elle en reçoit? ce que Jésus-Clnisl disait à ses disciples : Expedit vobis ut eyo vadam ; U est nécessaire que je vous laisse, parce que c'est Dieu qui me l'ordonne et qui me l'ordonne pour vous : car en me séparant de vous, et priant pour vous, je vous serai plus utile qu'en demeurant avec vous. Elle leur dit dans le même esprit : Modicum et videbitis me ; Pour un moment vous me verrez, mais ne me demandez rien davantage : j'ai des fonctions ù remplir ; et, comme religieuse, il faut que je m'acquitte de ce que je dois à Dieu et à mon état. Elle pourrait ajouter : Je suis sortie de ma solitude, parce que vous m'en avez tirée ; et

' Joan., XVI, 7. — = Ihid., 28. — ^ Jbid, 16,

SUR LE RAPPORT DES RELIGIEUX, etc.

j*y retourne parce que Dieu m'y attend. La chanté que je vous doism'oLlig-eait à l'un, et la charité que je me dois à moi-mrme m'obligea l'autre. Conduite dont le monde même le plus profane s'édifie, bien loin d'en être blessé. Mais que le monde l'approuve ou ne l'approuve pas, une épouse de Jésus- Christ ne pense qu'à plaire à l'époux céleste, pour qui elle a fait un divorce éternel au nionde.

Achevons, et disons .^ue, par un dernier trait de ressemblance ç -^r >on Sauveur ressuscité, quoiqu'elle soit '=rv.^ïc sur la lone, toutes ses vues ne sont pim que pour le ciel ; que toute sa conversation est dans le ciel, et qu'elle a un droit .iarticulier de s'appliquer ces paroles de l'Apôtre : Nostra autem conversatio in cœlis est i. lî ■='zi vrai, depuis sa résurrection et avant le ^i'iomphe de son ascension glorieuse, le Fils de Dieu était encore présent parmi les hommes: mais où élevait-il ses pensées ? mais où poilaitil SCS désirs ? mais où habitait son esprit ? Dans ce royaume qui lui élail acquis comme son hérita;^e, qui lui était dû comme sa récompense, et où il as[iirait sans cesse comme au séjour éternel de sou repos. Or qui l'imite en cela plus parfailement que l'âme religieuse ? qui de tout le monde ciu'élien otiservc plus exacter.icnt et plus à la lettre cette grande leçon que faisait saint Paul aux premiers fidèles, et qu'il nous fait à nous-mêmes : Si consurrexistis cum Chrislo, qiiœ siirsum sunt quœrile, ubi Christus est in dextera Dei sedens 2 ; Si vous êtes ressuscites avec Jésus-Christ, cherchez les solides et les vi'ais biens ; mais n'espérez pas les trouver ailleurs qu'avec Jésus-Christ, et que dans cette sainte demeure où Jésus-Christ est assis à la di oite de Dieu. Qiiie siirsum suni sapite, non qiiœ super teriam : Goûtez, non plus les choses de la terre, qui sont au-dessous de vous, et qui par conséquent ne vous rendront jamais heureux ; mais goûtez les choges du ciel, et ne goûtez que les choses du ciel qui, vous élevant au-dessus de vous-mêuies, vous élèveront à la source du parfait bonheur. Telle sera, ma chère Sœur, l'unique occupation de votre vie, et de là vous comprenez encore mieux que moi ce que vous devez aux miséricordes infinies de votre Dieu, qui vous appelle à une si éminente perfection.

Car voilà, digne épouse de Jésus-Christ, ce qui doit être aujourd'hui le sujet de votre reconnaissance ; et je m'assure que dans celte cérémonie religieuse la reconnaissance est, de tous les devoirs, celui dont votre âme est plus vivement touchée. Voilà ce qui doit vous faire

Philip., m, so. — ' Coioss., m, 1.

dire avec le Prophète rojal : Quid relribiiaiK Domino pro omnibus qitœ retribuit mihi 1 ? Que rendrais-je au Seigneur pour tout ce qu'il m'a daiuié, et pour toutes les grâces dont il m'a comblée ? mais que lui rendrai-je en particulier pour la protection visible dont il m'a favorisée et qu'il a fait éclater sur moi, pour les soins paternels qu'il a pris de moi, pour les miracles de providence qu'il a opérés en moi ? Que lui rendrai-je pour les ressources qu'il m'a fait trouver au milieu de mes malheurs, pour l'asile qu'il m'a préparé dans son sanctuaire et dans sa sainte maison, pour le bonheur inestimable que je vais avoir de vivre avec ses épouses, et d'être du nombre de ses épouses ? que lui rendrai-je pour tout cela? Quid retrihuamt^ Je lui offrirai mes vœux en présence de tout son peuple : Vola mea Domino reddani in coii^pectu omnispopuH ejtis ; et c'est par là que je m'acquitterai de ce que je lui dois ; par là que je lui rendrai amour pour amour, sacrifice pour sa^ crifice ; par là, tout indigne que je suis, et tout Dieu qu'il est, que j'aurai l'avantage d'avoir fait pour lui, autant qu'il m'est possible, ce qu'il a fait pour moi ; de n'avoir rien épargné pour lui, comme il n'a rien épargné pour moi ; d'être la victime de sa gloire, comme il a été la victime de mon salut. Car c'est ainsi que vous m'avez prévenue. Seigneur, de vos plus abondantes bénédictions. Vous avez rompu les liens qui m'attachaient au monde, et qui m'attachaient à moi-même : Dirupisli vincula mea ^ ; et voilà pourquoi je vous présenterai un sacrifice de louange et d'actions de grâces : Tibi spcrificabo liostiam laudis '> ; \oUii pourquoi, à la face du ciel et de la terre, témoins de la disposition intérieure et des sentiments de mon cœur, je vais, au pied de cet autel et au milieu de cette bienheureuse Jérusalem qui est votre Eylise, me dévouer à vous pour jamais ; Vota mea Domino rcddam in atriis domus Domim, in medin tui, Jérusalem ^.

Ainsi, dis-je, ma chère Sœur, devez-vous parler ; mais l'Esprit de Dieu, dont vous êtes remplie, vous en inspirera plus dans un moment que je n'en puis exprimer par toutes mes paroles. Vous le savez, et vous voulez que je le publie ici hautement : vous êtes la fille de la providence ; et qui jamais dut être plus convaincu que vous qu'il y a un Dieu dans le ciel, prolecteur des âmes affligées? Ce Dieu qui donne la mort et qui rend la vie, qui perd et qui sauve, qui précipite dans l'abîme et qui en

' Psal., cxv, la. — 2 Ibid. — » Ibid-, 16. — • Ibid., 17. — Ibid., 14.

SUR L'ALLIANCE DE L'AME RELIGIEUSE AVEC DIEU

retire, a fait paraître en vous l'un et l'autre, et a voulu que vous en fussiez un exemple éclatant, tandis qu'il vous faisait servir de spectacle au monde, aux antjcs et aux hommes. Dans le dessein qu'il avait formé de faire de vous une prédestinée, il vous a conduite par les voies dures des adversités les plus désolantes ; il vous a fait voir cl sentir les horreurs de la mort, pour vous rendre aimables et douces les austérités de la vie où il vous destinait. Par les événements les plus funestes et tout ensemble les plus singuliers, il a ménagé votre élection, votre vocation, votre conversion, votre sanctificaiion. Des crimes mêmes des hommes (par un secret de celte sagesse éternelle, qui sait tirer des plus grands maux le bien de ses élus), de l'iniquité des hommes il a fait l'occasion précieuse de votre salut. Au comble de l'infortune, il vous a suscité dans le siècle une seconde mère ; une mère selon la grâce; une mère dont la piété, dont la charité libérale et bienfaisante vous donne aujourd'hui une naissance toute nouvelle, par l'entrée qu'elle vous procure dans la religion ; une mère à qui vous ne pensiez pas, mais à qui le Seigneur pensait pour vous, et (jui, vous

adoptant pour sa fille, s'est fait un mérite de vous pourvoir et de vous établir ; une de ces femmes de miséricorde, comme parle l'Ecriture, dont le cœur s'attendrit sur toutes les misères, et dont les bonnes œuvres n'ont point de bornes ; une dame chrétienne, encore plus distinguée par sa vertu que par son rang, et qui, peu touchée de sa naissance et de son rang» conserve, avec toute la grandeur et tout l'éclat du monde, toute la modération et toute la perfection de l'humilité évangélique. Que n'en dirais-je point, si cette humilité même ne m'imposait silence, et ne m'empêchait de m'expliquer ? Ainsi, ma chère Sœur, Dieu vous a traitée comme il a traité de tout temp? ses plus fidèles épouses ; il vous a traitée comme il a traité son Fils unique, le chef des prédestinés. H a voulu que vous entrassiez dans la religion par la même porte que Jésus-Christ est entré dans sa gloire ; il vous a menée au port à travers les orages et les tempêtes ; il vous a conduite par les souffrances et par les croix au séjour de la paix et de la sainteté, jusqu'à ce qu'il vous fasse arriver un jour à ce royaume céleste. qu'il vous prépare, et que jevous souhailo, ete

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