‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 13 sur 139 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Ce n'est pas sans raison, chrétiens, mais par une providence de Dieu tonte particuUère , que les mêmes signes qui doivent précéder le jugement universel parurent visiblement el distinctement h la mort de Jésus-Christ, puisqu'il est de la foi que la mort de Jésus-Christ fut comme la première scène de ce jugement général du monde, ou, pour parler plus simplement, puisqu'elle fut déjà le jugement même du inonde : Nuncjwlicitnn est mundi '. Il y aura, disait le Sauveur instruisant ses apôtres, et les pré[)arant à ce dernier jour qui doit décider du sort de tous les hommes, il y aura des prodiges dans la nature : le soleil s'obscurcira, la terre tremblera, tous les éléments seront dans la confusion, les morls sortiront de leurs tombeaux, el alors on verra le Fils de l'Homme venir sur une nuée, avec une grande puissance et une grande majesté. Pour vous, ajoutait ce divin Maître, parlant dans la personne de ses disciples à tous les fidèles, quand ces choses arriveront, ne craignez point, mais levez la tète, parce que voire rédemption approchera. Or, sans attendre la lin du monde, nous voyons déjà toutes ces

! Joan., xii,Sl.

cîioses arrivées, et nul de ces signes n'a manqué à la passion de Jésus-Christ. Car au moment qu'il expira, le soleil, par le uiiracle lopins étonnant, et contre tontes les lois do ,1a nature, parut éclipsé; la terre, par un prodigieux tremblement, fut ébranlée; les pierres se fendirent, les sépulcres s'ouvrirent, les corps de plusieurs saints , ensevelis dans le sonrmeil de la mort, ressuscitèrent. N'était-il donc pas évident alors que le jugement du monde commençait? Il ne restait pins que de voir le Fils de l'Homme a'sis sur la nuée qui lui doit servir de trône ; mais au lieu de le voir sur celte nuée, on le voyait sur la croix ; el 1 1 croix était le premier tribunal où, comme juge de l'univers, il devait prononcer des arrêts de vie et de mort : de vie en faveiu' des élus, de mort contre les réprouvés : 0 inefl'ahilis gloria passionis, in qua et tribunal Domiiii, et juiiicinin mnivli, et potestas est crucifixi! s'écrie le savant pape saint Léon : 0 passion adorable et myslériense, qui nous a fait voir par avance, et même qui nous a fait sentir la rigueur infinie du juirement que nous attendons, la sainteté du maître devant qui nous devons comparaître, et le pouvoir suprême de ce Dieu crucifié, qui, tout mourant qu'il était, ne laissait pas, selon saint Paul, d'être le Dieu vivant entre les mains duquel il est terrible, mais infaillible de tomber!

C'est pour cela, dit saint Augustin (et cette remarque est essenlielleà monsnjet), c'est pour cela que Jésns-Christ, malgré rop|)Osi(ion des juifs, et par une destinée bien surprcnanle, fut proclamé roi sur la croix : Et imposuerunl super mput ejiis causam ipsim scriptam : Hic est Jésus Nazarenusrex '. Qualité qui lui avait été disputée jusqu'alors, mais qui lui fut juridiquement accordée : pourquoi ? parce que c'élait là qu'il commençait à exercer la fonction déjuge; car qui dit roi dit juge absolu, juge né, juge sans appel et en dernier ressort : d'où vient que dans la description du jugement, je disdecclin (jui se fera à la fin des siècles, l'évangélisto ne donne point an Fils de Dieu d'autre tilre que celui de roi : Tune dicel re.v Ids qui a dextris ejns èruiit 2. Prenez garde, mes frères, continue saitit Augustin : roi auGalvaire, etroisur leThabordansson dernier avènement, parce que c'est au Calvaire qu'il a usé premièrement du pouvoir de juger que lui avait donné le Père céleste, et sur le Tha. bor qu'il en doit liinr l'exercice. Approfondissons celte importante vérité ; car ce qui rendra le jugement de Dieu si terrible, ce ne seront 'point ces signes extérieurs dont l'évangéliste

"Matth.,z£vii, 37 .Joan. xijc, 19. — ^ Mauli., xxr, 34.

SUR LA PASSION DE J!ÎSUS-CiI!aST.

KOiis fait une si vive peinture, mais la venue li'iin Dieu Sauveur, transformé dans un Dieu vengeur, dans un Dieu animé de colère, et armé de foiulres pour les lancer sur les pécheurs. Or, de même en est-il du redoutable mystère de la passion que nous célébrons. Que le soleil s'obscurcisse, et que les étoiles tombent du ciel, disait éloqueniment saint Ghrysostome, ce n'est point ce qui me trouble quand je pense au jugement dernier , mais le sujet de ma crainte et de ma frayeur, c'est de penser que le même Dieu qui m'a sauvé descendra eu personne pour me juger. Ainsi parlait ce saint docteur; et moi, parla même raison, je dis aujourd'hui : Que la teno tremble et que les pierres se fendent, ce n'est poiut là de quoi je suis touché ; mais ce qui me pénètre et ce qui me saisit, à la vue de Jésus-Christ expirant, c'est la réflexion que je fais, non-seulement que le même Dieu (jui me sauve et qui meurt pour moi est celui q.ii me jugera et qui me condaumera, mais qu'il me condamne actuellement, et qu'actuellement il me juge en me sauvant et en mourant pour moi. Voilà, si j'ai le don d'iulelligence, et si je sais discerner les œuvres de Dieu, ce qui doit me faire frémir.

Car il est vrai, mes chers auditeurs , que ce Dieu, devant qui nous craignons tant vous et moi de répondre, quelque sévère et quelque inflexible que nous le concevions, ne prononcera contre les hommes d'autres arrêts de réprobation (pie ceux qu'il aura prononcés et signés de son sang, en accouijdissaut l'ouvrage de notre rédem|. lion. Il est vi ai que si son jugement doit èlre exact et rigoureux , c'est par le rapport qu'il aura à son crucifiement et à sa moi t. tinfin , il est vrai que la dernière malédiction qu'il donnera aux pécheurs de la terre , quand il leur dira : Relirez-vous de moi, maudits, ne sera qu'une ratilicalion générale de toutes les nialediciions particulières qu'il aura données en mourant aux enuemis de sa croix. En effet, que fera-t-il lorsqu'il jugera les vivants et les morts? Ce qu'il taisait en publiant au monde son Evangile, el en l'ulminaut contre les mondains ces fameux analhèmes, quand il (lisait : Vœ vobis^ ! Malheur à vous ! Or, c'est sm- la croix, reprend saint Jércime, qu'il les a fulminés solennellement et aulbcnliquement ; c'est sur la croix qu'il a eu droit de dire, et qu'il a dit : Vœ mundo'^l Malheur à vous, âmes sensuelles et voluptueuses, qui, quoique chargées de crimes, secouez le joug de la pénitence, et ne respirez que la joie et le plaisir ! Maihetu- à vous, riches avares,

ILuc, Ti, 21. — MjUii., xviii, 7.

qui, retenant vos biens sans jamais les répandre, ou les faisant servir à vos passions, êtes insensibles aux misères des pauvres! Malheur à vous, esclaves de l'ambition et de la gloire, qui, vous croyant tout permis pour vous élever, sacrifiez à votre for.une votre conscience et votre religion ! Malheur à vous, cœurs durs et insensibles, qui, traitant de faiblesse l'oubli des injures, vous faites de la vengeance un faux honneur et un faux triomphe ! Malheur à vous, homicides des âmes, qui par vos artifices et vos scandales faites périr celles (juc je suis venu racheter! C'est sur la croix, dis-je, que cet Homme-Dieu, avec autant de raison que d'autorité, parlant, ou plutôt agissant non pas en simple législateur, mais en juge et en juge irréprochable, frappe de tous ces anaîhèmes autant de mauvais chrétiens qu'il j eu a qui se les attireid. S'il n'était monté sur la croix, ses analhèmes, quoique sortis de sa bouche , auraient moins de force; disons mieux, s'il n'était monté sur la croix, ces analhèmes ne seraient jamais sortis de sa bouche, puisque nous savons qu'il n'a reçu le pouvoir de juger que parce qu'il était Mis de l'homme, et capable, comme Fils de l'homme, de souffrir et de uiourir : El potestatem dédit eijudicium facere, quit Filius hominis est '. Eu sorte que la même croix qui fut le trône de son humilité, de sa patience et de sa charité, par une conséquence nécessaire, devient à ce moment-là même le siège de sa justice pour condamner les hauteurs de notre orgueil, les délicatesses de n otre amour-propre, la dureté de notre cœur et les sensu alliés de notre chair. 11 a iallu qu'il fût rhom;ae Je douleurs, et traité comme le dernier des hommes, pour être en possession de dire aux ambitieux et aux hnpudiques : Vœ vobis! J'ai doue eu rai.sou de vous le représenter, tout crueiiié et tout mourant qu'il est, comme jugeant et réprouvant le monde, et de conclure avec lui-même : Nunc judicium est mundi.

Ce ne sont point là de vaines spéculations, ni de simples idées que la piété inspire. Trois circonstatices essentielles, spécifiées dans l'Ecriture pour nous marquer le jugement de Dieu, vont vous convaincre sensiblement de ce que je dis. Car il est de la foi (piemière circonstance) que quand toutes les nations de la terre seront assemblées pour subir ce jugement divin, le signe du Fils de l'homme paraîtra dans le ciel : Tune purebil signiiin Filii hominis in cœlo-\ et, selon tous les Pères de l'Eglise, ce signe du Fils de l'homme dont parle l'évangéliste, c'est la

' Joaii., V, a7 —■ Mattli ., xxiv, oO.

SUR LA PASSION DE JÉSUS-CHRIST

«roix du Sauveur. Pourquoi paraîtra-t-elle dans le ciel ? demande saint Clirysostonie, et aprèslui saint Hilaire. Pour séparer ceux que le Sauveur, alors reconnu et déclaré juge, renoncera et rejettera de son royaume, davec ceux qu'il couronnera et qu'il recevra au nombre de ses prédestinés ; pour nous être confrontée, si je puis ainsi parier, et pour faire ou notre justification, ou notre condamnation, selon la conformité ou l'opposition qui se trouvera entre elle et nous ; par conséquent, pour signifier et pour exécuter au même temps, par une action secrète et intérieure, la sentence définitive qui réprouvera les impies. Point donc de titre de damnation plus efficace et plus fort, contre une âme pervertie par l'esprit du monde, que la croix de Jésus-Christ ; et cette croix, après avoir été le sup(>lice du Dieu Sauveur, sera éternellement celui de l'homme réprouvé et perdu. Oui, chrétiens, et c'est de quoi l'Evangile ne nous permet pas de douter ; c'est ce que tous les saints, éclairés des lumières de la grâce , ont considéré dans le jugement de Dieu avec le plus d'horreur, quand ils ont médité ces paroles : Tune yarelnt signum Filii hominis.

Or, dites-moi, ce signe vénérable du Fils de l'Homme ne parait-il pas dès aujourd'hui, et dès aujourd'hui ne sépare-t-il pas les superbes d'avec les humbles, les vindicatifs d'avec les miséricordieux, les sensuels d'avec les pénitents? L'Eglise, en nous le proposant sur nos autels comme l'objet de notre culte, ne nous oblige-t-elle pas à regarder ce signe comme l'étendard qui partage déjà le christianisme en deux troupes, aussi contraires que celles qui nous sont désignées sous ces symboles mystérieux des brebis et des boucs ? Parlons sans figure : cette croix que nous révérons n'a-t-elle pas dès maintenant tout ce qui consternera, tout ce qui désolera, tout ce qui accablera les âmes mondaines au dernier avènement de Jésus-Christ ? et quand elle paraîtra h la fin des siècles, aura-t-elle quelque chose de plus affreux, je dis de plus ■ affreux pour un damné, que ce qu'elle a pomun pécheur dans le mystère de ce jour ? Si présentement il n'en est pas ému, ce pécheur dont je parle, comme il le sera alors, n'est-ce pas l'effet de son endurcissement ? Mais approche, "i dirais-je, s'il y en avait ici quelqu'un de ce raclère, et plût à Dieu qu'il n'y en eût qu'un ul ! approciie, et quelque endurci que tu sois, ends par Ion expérience propre un témoignage incère à la vérité que je te prèclie. Pourras-tu lujoiu-d'hui te présenter devant la croix de ton Dieu? Possédé d'une passion criminelle, et livré B. — Ton. IH.

à un amour impur, pourras-tu selgn Tosage de l'Eglise, l'adorer, et ne te pas confondre en l'adorant ? Cette croix, tandis que tu lui rendras ce devoir apparent de ta religion, ne te reprochera-t-elle pas tes abominations et tes scandaleux attachements, ne te convaincra-t-elle pas des extravagances de ton orgueil, des dérèglements de ta cupidité, des injustices de tes projets et de tes entreprises ; et ne renversera-t* elle pas tous les prétextes dont tu voudrais inutilement justifier devant Dieu et ton impénitence et ton péché ? Pourras-tu, en te prosternant devant elle, soutenir les pressantes accusations qu'elle formera contre toi? Or, voilà ce que j'appelle le jugement du pécheur : Nuncjudicium est mundiK Hommes de Galilée, dirent les anges aux apôtres, en les voyant sur la montagne appliqués à contempler la gloire de Jésui- Christ dans sa bienheureuse ascension ; hommes de Galilée, pourquoi vous ai'rêtez-vous à regarder vers le ciel ? Ce triomphe de votre Maître n'est pas ce qui doit occuper vos esprits : mais pensez à ce que nous vous annonçons, et ne l'oubliez jamais ; savoir, que ce Jésus viendra tel que vous l'avez vu monter : Hic Jésus qui assumptus esta vobis...sic veniet quemadmodum vidistis eum 2. Permettez-moi, mes chers auditeurs, de vous adresser les mêmes paroles. Non, chrétiens, ne vous arrêtez point aujourd'hui à admirer la grandeur et la profondeur des mystères qui s'accomplissent dans i.i passion d'un Dieu mourant ; ne vous contentez pas de regarder la croix de Jésus-Christ comme la source de son élévation et de la vôtre ; et si vous avez quelque sentiment de pieté, ne vous en tenez point à une vaine et stérile componction que la solennité de ce jour excite communément dans les cœurs. Ce que j'ai à vous annoncer est bien plus digne de vos réfiexjjcms, et plus digne même de vos larmes : etr quoi ? c'est que ce Jésus que vous voyez élevé sur la croix : Hic Jésus qui as~ sumptus est, non-seulement viendra, mais viendra de la même sorte que vous le voyez, c'està-dire armé contre l'impiété de la croix même sur laquelle il meurt : Sic veniet quemadmodum viditis eum. Quelque languissante et quelque assoupie que soit votre foi, celte prédiction que je vous fais ne doit-elle pas la réveiller ? Mais voici un motif plus pressant que j'y ajoute : c'est que ce Jésus, élevé de terre comme il le paraît maintenant à vos yeux : Hic Jésus qui assumptus est; ne viendra pas seulement, mais est déjà venu, puisque sur la croix il a déjà f lit tout ce que pouvait faire un Dieu de pl:ii 'ur

SUR LA PASSION DE JËSUS-CHRIST

dique et de plus fort pour la destruction de l'inipiélé et pour la réprobation du inonde. En sorte, dit saint Augustin , que le monde se trouvera déjà tout réprouvé, et l'impiété toute détruite , quand ce Jésus, brillant de gloire, viendra pour la seconde fois : ///(• Jésus qui assutnptus est, sic veuiet quemadmodum vidistis eum Je le répète, cbrétiens, voilà ce qui doit jeter dans nos âmes l'épouvante et la terreur, si nous savons peser les clioses au poids du sanctuaire.

Et en effet (seconde circonstance qui se rapporte à la première), il est de la foi que le désespoir des damnés, selon la parole de saint Jean, sera de voir le Dieu qu'ils auront outragé, persécuté, crucilié ; et une des raisons pourquoi le Sauveur du monde, après sa résurrection, conserva les cicatrices et les vestiges de ses plaies, fut de les produire aux impies quand il les jugera, comme autant de bouches ouvertes pour leur condamnation : Videbunt in qiiem tmnsfixerunt '. Ils verront Celui qu'ils ont percé de leurs traits ; et cette seule vue , par les violents remords qu'elle leur causera, par la douleur piolonde où elle les plongera , par les fureurs secrètes qu'elle leur inspirera contre eux-mêmes, leur tiendra lieu de conviction et de punition : Videbunt in queni tmnsfixerunt. La vue des démons, exécuteurs de l'arrêt de Dieu, ne fera tout au plus sur eux qu'une légère impression ; mais celle d'un Dieu immolé pour eux, celle d'un Dieu portant encore les marques de sa bonté et de leur ingratitude , celle d'un Dieu qui, leur découvrant ses plaies, semblera leur dire : Voilà ce que j'ai souffert pour toi ; c'est pour toi que ce côté a été ouvert, pour toi que ces pieds et ces mains ont été percés ; ces lilaies étaient des sources intarissables, où il ne tenait qu'à toi de puiser les eaux de ma glace ; je voulais par là te donner entrée dans mon cœur, mais ton endurcissement a rendu inutiles tous les desseins de ma miséricorde : réponds-moi donc, âme insensée ! qu'ai-je pu faire pour ton salut que je n'aie pas fait , et que n'as-tu pas l'ait ou voulu faire de tout te qui pouvait contribuer à ta perle? cette vue, dis-jc , accompagnée de cos reproches, sera plus insoutenable que Va vue même de l'enfer. Or, dès ce jour, les réprouvés du siècle et les mondains ont à soutenir celte vue ; et quand l'Eglise, selon sa religieuse coutume, leur découvrira le visage de ce Christ qu'elle tient depuis si longtemps voilé, ce qu'a dit saint Jean ne s'accomplira- l-il pas ? Videbunt in quem

) ima., xix, 37>

transfixerunt. Ils le verront ce Dieu percé d'une lance et de clous, du moins ils en verront la figure, et elle suffira pour leur reprocher leur insensibilité , l'abus qu'ils font des grâces divines, et l'oubli de leur salut où ils ont vécu et où ils veulent vivre. Ils le verront : Videbunt; et pour peu qu'il leur reste de religion, la vue de ce Sauveur dont les plaies sanglantes demandent justice et crient plus haut que le sang d'Abel, remuera tous les ressorts de leur conscience, et les remplira de trouble et d'effroi : Videbunt in quem transfixerunt. Ah \ Seigneur, s'écriait Job, qui m'accordera par grâce que je sois caché dans les ombres de la mort, jusqu'à ce que votre colère soit passée? Quis mihi hoc tribuat, ut in inferno protegas me, et abscondcis me, donec pertranseat furor tuiis^ ? comme si le tombeau, tout affreux qu'il est, était un asile à rechercher, quand il est question de se mettre à couvert des yeux et de la présence d'un juge aussi courroucé que le sera Jésus-Christ. Ainsi parlait ce saint pahiarche. Et moi, si j'étais assez malheureux pour être de ces chrétiens du siècle dont je déplore ici le sort, concevant Jésus-Christ crucifié plus redoutable pour moi que Jésus-Christ glorieux, je lui dirais aujourd'hui dans le même esprit : Oui, Seigneur, cachez-moi, s'il est nécessaire, dans le fond des abîmes, et que je sois enveloppé des plus sombres ténèbres, plutôt que de vous voir, pécheur et impénitent que je suis, sur cette croix où mes péchés vous ont attaché, et qui me retrace toute l'iniquité de mes désordres, et toute la justice de vos divins jugements : Videbunt in quem transfixerunt"^. Pourquoi ne le diraisje pas, puisque c'est le conseil qu'il donna luimême aux filles de Jérusalem, lorsque, marchant vers le Calvaire, il les avertit de pleurer et de ne pas pleurer ; de ne ^)as pleurer sur lui, qui par sa mort allait être glorifié, mais de pleurer sur elles-mêmes et sur leurs enfants, parce que le temps approchait où les hommes auraient sujet de dire : 3Iontagnes, tombez sur nous ; couvrez-nous, collines, et défendez-nous du triste spectacle qui va se présenter à nos yeux, c'est-à-dire de la vue d'un Dieu mourant pour le monde, et par sa mort même jugeant le monde.

Achevons, chrétiens, et suivons cette pensée. Les prophètes nous apprennent ( troisième et dernière circonstance ) que lejour du jugement doit être singulièrement et par excellence le jour des vengeances du Seigneur : Dies idtionis ' ; jour que Dieu a destiné pour punir toutes les

' Jeb., UT, 19. — ' Jean., xu, 37.— > Jerem., ixyi, 10.

SUR LA PASSION DE JÉSUS-CHRIST

iniquités des hommes, jour qu'il a consacré à sa justice la plus rigoureuse, jom- qu'il a choisi entre tous les autres jours pour se satisfaire, et pour lirer raison des injures qu'il a reçues. Or, il est d'ailleurs évident que jamais Dieu, h proprement parler et dans la rigueur, n'a bien commencé à se venger que dans la passion deJésus- Clii-ist : pourquoi ? parce qu'il n'y avait que les souffrances de Jésus-Christ qui pussent être une l'éparation suf/isantedu péché. Le déluge avait inondé la terre, le feu du ciel avait consumé Sodome ; mais le feu du ciel et le déluge, tant d'autres fléaux que Dieu jusqu'alors avait employés, et dont il s'était servi contre les pécheurs, n'avaient été pour lui que des essais de vengeance : je dis plus, l'éternité des peines que souffriront les réprouvés, quelque infinie qu'elle soit dans sa durée, ne sera jamais, par rapport à lui, une vengeance complète, puisque c'est pour cela même qu'elle ne finira jamais. Il fallait dans la plénitude des temps un sacrifice plus parfait, et qui, par son mérite et sa dignité, rétablît pleinement les intérêts de Dieu aux dépens de l'homme. Il fallait qu'un Dieu-Homme mourût, afin qu'il fût vrai une fois de dire que Dieu était satisfait. Or, c'est ce qui s'accomplit aujourd'hui. Voici donc ce jour si clairement prévu et si distinctement marqué par Isaïc, lorsque, envisageant le Sauveur ensanglanté et défiguré sur la croLx, il lui mettait dans la bouche ces paroles : Dies enim ullionis in corde meo, annusredemptionis meœ venit^. Le jour de la vengeance est venu ; et quel est-il. Seigneur ? Celui de la rédemption. Prenez garde, chrétiens, il ne sépare point ces deux jours, et, bien loin de les séparer, il les confond en quelque sorte, et exprime l'un par l'autre : pourquoi? parce qu'en effet, dit saint .Uigustin, Dieu n'a été vengé que dans le moment où l'homme a été racheté. D'où il s'ensuit que le jour de la rédemption a été celui de la vengeance, et, par une conséquence nécessaire, que le jour de la passion de Jésus-Christ a été celui du jugement du monde. Jugement du monde, vengeance de Dieu, qui s'exécuta dès lors dans le cœur adorable du Sauveur, et dont nous n'attendons plus que la manifestation : Diesultionis in corde meo, anniis redemptioyiismeœvenit. Vengeance de Dieu, qui commença par le Juste et par l'Innocent, mais qui se terminera par les coupables. Car si le bois vert est ainsi traité, ajouta le Fils de Dieu aux femmes de Jérusalem, que sera-ce du bois sec ? c'est-à-dire, si l'Unique du Père et le Saint des saints, parce qu'il a eu

I Isa., uni, 4,

l'ombre du péché, et qu'il s'est revêtu d'une cliair semblable à celle du péché, a essuyé tant de rigueurs, que sera-ce du péché même ? que sera-ce de ceux qui en ont toute la malice, de ceux en qui le péché règne, et qui font régner le péché par leurs scandales ; de ceux dont la chair corrompue et dissolue est une source de péchés ; de ceux qui semblent n'avoir de raison et de liberté que i)our se rendre rebelles à Dieu et esclaves de leurs sens ; de ceux qui, non contents d'être pécheurs, se plaisent à l'être et se glorifient de l'être ? Que peuvent-ils et que doivent-ils attendre, après que le Dieu des vengeances a si peu épargné celui même qui, malgré l'apparence du péché, ne laissait pas d'être toujours l'objet de ses complaisances ?

En voulez-vous voir, chrétiens, quelques effets particuliers ? je dis quelques effets particuliers de ces vengeances divines dont vous êtes menacés : ne quittons point notre mystère, mais considérons ce qui se passe à la mort du Sauveur et tremblons. Il meurt en réprouvant les juifs, et leur annonçant leur ruine future, ruine temporelle, ruine spirituelle. Or, si sa mort, reprend saint Augustin, a servi, contre son intention même, à la réprobation des juifs , combien plus servira-t-elle à la réprobation des mauvais chrétiens '! 11 meurt en réprouvant Judas et rabaadonnant, d'abord ii son avarice, et ensuite, à sou désespoir. Il meut en réprouvant un criminel crucitiéavec lui, et le laissant mourir dans son endurcissement et dans son impénitence. Mais que fais-je, mes chers auditeurs? et, dans ce jour de salut, dois-je vous renvoyer tous sans consolation? Le jugement de Dieu ne sera pas terrible pour tous les hommes : il y aura des élus et des saints, pour qui même il sera glorieux; et tandis que les réprouvés sécheront de peur, les justes triompheront de joie. Or il eu est de même, par proportion, de ce mystère. Jésus-Christ ne parait pas tant, après tout, sur la croix pour condamner les hommes, que pour les convertir, que pour les toucher, que pour les sanctifier, que pour répandre sur eux les dons de sa grâce, et pour leur assurer le ciel ; et c'est encore à ces hommes que j'ai le droit de dire : Nunc judiciuin est miuidi * ; Voici le jugement du monde, non plus un jugement de rigueur, mais un jugement de faveur ; appliquez-vous, je finis ; car Jésus-Christ meurt en promettant sa gloire à ce ciimiuel pénitent qui se tourne vers lui, et qui lui demande d'être reçu dans son royaume. Or, un arrêt aussi favorable et aussi décisif que celui-ci : llodie mecumeris inparadiso\

y JoïD , XII, 31. — ' Luc, xxiu, 43.

SUR LA PASSION DE JESUS-CHRIST

n'était-ce pas quelque chose encore de plus e^:près que l'invitation qu'il fera à ses élus, quand il leur dira : Venite, benedicli ' ?11 meurt en convertissant des gentils, c'est-à-dire des infidèles, et leur ouvrant les yeux, leur communiquant le don de la foi, les appelant à son Eglise ; témoin le centenier et ceux de sa troupe, qui s'en retournent glorifiant Dieu, et reconnaissant le Sauveur, tout mort qu'il est, pour le vrai Fils de Dieu. II meurt en sauvant ceux qui le crucifient, en pardonnant à ses ennemis, mais d'un pardon sincère et efficace, qui va jusqu'à les gagner, jusqu'à en faire des saints, jusqu'à effacer par son sang le péché même qu'ils ont commis en le répandant : Iste sanguis sic fusus est, dit saint Augustin, ut ipsum peccatum posset delere quo fusus est. C'est donc ici le jour du salut et de votre salut, pécheurs, si vous en voulez pro-

'Mtttb., XXV, 31.

fiter. Le Dieu qui meurt sur cette croix, y a étaMi le trône de sa miséricorde. Approchez, on vous y appelle. Allez recueillir ce sang divin, c'est pour vous qu'il coule ; allez vous jeter entre les bras de ce Dieu mourant, ils sont ouverts pour vous recevoir. Ah ! Seigneur, vous ne m'en désavouerez point, et vous ratifierez la parole que je leur donne en votre nom. Vous vous sou-viendrez que vous êtes sur la croix encore plus sauveur que juge. Au moment que !e pécheur viendra à vos pieds confesser son injusiice et la pleurer, vous vous attendrirez tout de nouveau sur lui, vous le comblerez de l'abondance de vos mérites ; et par la vertu de ces mérites infinis il sera purifié, il sera justifié, il sera remis en grâce, il rentrera dans tous ses droits à l'héritage éternel que vous lui avez acheté, et où nous coaduise, etc.

TROlSIÈiME SERMON SUR LA PASSION DE JÉSUS-CHRIST.

ANALYSE

Sdjet. C'est lui qui a porté nos péchés en son corps sur la croix, aftn qu'étant morts pour le péché, nous vivions pour la justice.

Il s'agit de concevoir aujourd'hui combien Dieu a en horreur le péché, et combien nous devons le haïr nous-mêmes.

Division. Le péché a fait mourir Jésus-Clirist, première partie; et Jésus-Clirist a fait mourir le péché, deuxième partie.

Première partie. Le péché a fait mourir Jésus-Christ. Si.'i sortes de péchés ont contribué à cette mort : l'un qui a conspiré la mort du Fils de Dieu, l'autre qui l'a trahi et vendu, un -autre qui l'a accusé, un autre qui l'a abandonné, un autre qui !'a condamné, enfin un dernier qui a exécuté l'arrêt porté contre lui.

1° Le péché qui a conspiré la mort de Jésus-Christ, c'est l'envie des scribes etdes pharisiens. Envie, 1° formée en cabale ; 2' animée d'une maligne émulation; 3° colorée du prétexte delà piété; 4° violente et emportée jusqu'à la fureur. Tels sont les caractères ordinaires et les désordres de l'envie, surtout à la cour.

2» Le péché qui a trahi et vendu Jésus-Christ, c'est l'avarice de Judas. Avarice, 1° la plus infâme dans son entreprise; 2° la plus aveugle dans son commerce ; 3° la plus endurcie dans sa résolution ; 4° la plus désespérée dans son issue. Voilà leseffelt que produit tous les jours dans nous une insatiable convoitise. Combien de gens disent comme Judas et dans le même sens qu« Judas : Que voules-vous me donner ?

3° Le péché quia accusé Jésus-Christ, c'est la calomnie des témoins qui déposèrent contre lui. Calomnie, 1° hardie à avancer les plus grossières impostures ; 2° faible pour les soutenir ; 3° artificieuse pour séduire et corrompre les esprits. Nou", ne voudrions pas communément être les auteurs de la calomnie, mais nous autorisons les calomniateurs en les faisant parbr, en les excitant, en les écoutant avec plaisir, en leur applaudissant; péché très-commun aux grands. Du reste, conduite admirable de Jésus-Christ, qui ne répond rien et qui se tait.

4° Le péché qui a abandonné Jésus-Christ, c'est l'inconstance et la légèreté du peuple juif. Inconstance, 1° la plus subite dans Bon changement; 2° la plus outrée dans les extrémités à quoi elle se porte. Les juifs, six jours après avoir proclamé le Fils de Dieu roi d'Isvaél, poursuivent sa mort jusqu'à lui préférer un insigne voleur. Voilà le monde, voilà ses légèretés etses perfidies; Toilà nos inconstances criminelles dans le service de Dieu.

S" Le péché qui a condamné Jésus-Christ, c'est la politique de Pilate. Il livre le Fils de Dieu aux juifs : pourquoi ? parce qu'il craint César, dont il est menacé. Rendons aux maîtres qui nous gouvernent tous les hommages qui leur sont dus; maisqua le ne soit jamais aux dépens de Dieu ni de notre conscience.

6° Le péché qui a exécuté l'arrêt porté contre Jésus-Christ, c'est la cruauté de ses bourreaux. Ils le déchirent de coups par une sanglante flagellation, ils le comblent d'opprobres, ils lui mettent sur la tête une couronne d'épines. Examinons bien notre conduite, et nous trouverons que nous avons mille fois ainsi traité ce roi de gloire,

"•■SuxiÈME PARTIE. Jésus-Christ a fait mourir le péché, 1= dans le corps de l'homme; 2» dans l'esprit de l'homme ; 3° dans la volonté de l'homme ; 4° dans les passions de l'homme.

1» Dans le corps de l'homme I en nous inspirant, par son exemple, la mortification contre la sensualité et la mollesse. Il n'v a qu'à présenter à un sensuel ce Dieu pénitent dans l'état où Pilate le fit voir aux juifs, en leur disant : Voilà l'homme; A là vue de ce corps meurtri et ensanglanté, qui ne se confondra pas de ses délicatesses 'i

2° Dans l'esprit de l'homme, en nous inspirant par son exemple, l'humilité contre l'orgueil. 11 veut être rassasié, comme dit •e Prophète, d'outrages et d'affionts. Après cela, uu chrétien peut-il chercher à s'élever ?

SUR LA PASSION DE JÉSUS-CHRIST

3° Dans la volonté do l'homme, en nous inspirant, par son exemle. la soumission contre l'amjiip de l'iniépen lance. C'est par obéissanceà son Père qu'il meurt : car, dit saint Paul, ils'est fait obéissant jusqtt à la mort. D'oii nous apprenons deux choses: 1" la nécessité de l'obéissance, puisque c'est par elle que s'accomplit aujourd'hui notre salut ; i" la mesure de l'obéissance, qui doit s'étendre il tout, puisqu'un Dieu obéit jusqu'il donner sa vie et à mourir sur une croix.

4° Dans les passions de l'homme, surtout dans la plus violente de toutes, qui est la vengeance, en nous apprenant, par son exemple, à pardonner: il prie pour ses bourreaux. N'a-t-il donc pas bien droit de nous faire cette loi ? Aime: ros ennetnis

Voilà le péché détruit : mais, hélas ! combien de fois l'avons-nous ressuscité, et combien de fois l'allons-nous faire revivre î Le péché est l'ennemi de Dieu, c'est mon propre ennemi; cela ne sufiit-il pas pjur me le faire délester i

Peccata nosira ipse pertutic in corp^re suo super tignum ; ut pecc<tlis viortui, justiiits vivamus»

Cest loi qui a porté nos péchés en son corps sur la croix ; aân qu'étant morts pourle péché, nous vivions pour la justice, {Première éoilre d: siint Pierre, ctiap. Il, 24.)

SiRE,

Voilà le précis Je tout le mystère qui fait aujourd'hui le sujet de la dévotion publique, et qui cause dans l'Eglise un deuil si universel. Nous célébrons la passion d'un Dieu mort pour nous, d'un Dieu qui nous a aimés jusqu'à se faire la victime de notre salut, jusqu'à se rendre anatlicine devant le ciel pour en attirer sur nous les plus abondantes bénédictions, jusqu'à vouloir être traité comme pécheur, tout Dieu qu'il était, et à se charger de toute l'ignominie et de toute la peine de nos péchés. Car, quand Jésus-Christ eût été pécheur, quand il eût été le péché même, paraîtrait-il dans un autre état que celui où nous Talions considérer ? et pourquoi s'est-il soumis à un si rigoureux châtiment, sinon, ajoute le texte sacré, afin que nous soyons guéris par ses plaies, afin que nous sojons lavés dans son sang, afin que nous soyons justifiés par l'arrêt de sa condamnation, et que nous trouvions dans sa mort le principe de notre vie'?,Tol fut, dis-je, l'excès de la charité d'un Dieu, et d'un Dieu sauveur ; mais tandis que l'amour d'un Dieu le rond si sensible à nos intérêts, que serait-ce si nous devenions insensibles à ses souffrances ? C'est, clu-étiens, ce que jeregardorais dans vous comme un caractère lie réprobation ; et la menace que Dieu faisait aux Israélites ne s'accomplirait-elle pas h votre égard ? Anima quœ affticta mm ftteril die hac,peril>it depopiilis suis^. Dieu voulait qu'au jour solennel destiné pour les expiations de son peuple, chacun prit des sentiments de douleur ; et s'il y avait une âme assez endurcie pour n'entrer pas dans l'affliction commune, il ordonnait qu'elle fût exterminée, et qu'on ne la comptât plus parmi son peuple. Or voici, mes chers auditeurs, le grand jour des expiations, puisque c'est le jour oii Jésus- Christ a expié par son sang tous les péchés des hommes ; et par conséquent c'est en ce jour que Dieu a droit de nous dire : Anima aux afilicta non fuerit die hac,

■ Levit,, xziii, 3»,

pevibit de popiiUs suis. Cependant, mes frères, il ne s'agit point précisément ici de s'affliger et de pleurer : il s'agit de méditer et de goûter les vérités importantes qui nous sont proposées ; il s'agit, pour ainsi parler, d'ouvrir le livre de la croix, qui est le grand livre de notre foi, et de comprendre, autant que nous le pouvons, combien Dieu a en horreur le péché, puisque, pour détruire le péché, il n'a pas épargné son propre Fils ; de reconnaître combien Dieu a aimé le monde, puisque, pour sauver le monde, il a sacrifié ce Fils mètne, l'objet de ses complaisances éternelles ; de mesurer le degré de perfection et de sainteté où Dieu nous appelle, puisque dans la personne de ce Sauveur mourant, il nous a donné de si illustres exemples de toutes les vertus. Ne cherchons point, pour profiter de ces leçons si solides et si nécessaires d'autre secours que celui de la croix ; car la croix doit être aiijourd'hui notre asile, et Tunique médiatrice à qui nous devons recourir. Rendons-lui nos hommages, en lui adressant les paroles de l'Eglise, et lui disant : 0 crux ! ave.

De toutes les idées dont le Saint-Esprit s'est servi ilans l'Ecriture pour exprimer le mystère adorable de la passion et de la mort du Fils de Dieu, je n'en trouve point de plus noble que celle de saint Paul dans Tépitre au Colossieiis, lorqu'il dit que le Sauveur des hommes, étant attaché à la croix, y attacha avec lui la cédnle de notre condamnation pour l'effacer de son sang, et qu'en même temps il ilésarma les puissances et les principautés, les menant comme en triomphe à la vue du ciel et de la terre, après les avoir vaincues dans sa personne : Delens quoi adversus nos erat chirographitm deceti... expolians principal us et potestates traduxit confidente!', palam triumpham illo-i in nemetipso 1. Prenez garde, s'il vous plait, chrétiens : l'Apôtre nous représente le Calvaire comme un champ de bataille où le Fils de Dieu parut pcir combattre tous les eimeinis de la gloire de s <n Père, mais surtout le péché, qui s'était moniré le plus indocile et le plus rebelle. Il faisait dejvns longtemps la guerre à Dieu; mais THomuie-

>Coloss.,ii, 14, 15.

SUR LA PASSION DE JÉSUS-CHRIST

Dieu est venu pour le détruire, et c'est sur la croix qu'il lui a donné le coup de la niort. Voilà le grand mystère dont j'ai à vous parler. Cependant qu'est-il arrivé ? Ce qui arrive quelquefois dans les combats particuliers d'homme à homme, lorsque deux adversaires se trouvent égaux, et que l'un et l'autre se portent des coups mortels, en sorte que l'un et l'autre demeurent tout à la fois vaincus et vainqueurs. Ainsi le péché a fait mourir Jésus-Christ dans sa passion, et Jésus-Chiist dans cette passion, a fait mourir le péché. Deux propositions auxquelles je m'arrête, et qui vont faire les deux parties de ce discours. Dans la première, je vous représenterai le péché agissant contre le Fils de Dieu, et lui faisant l)er(ire la vie ; et dans la seconde, je vous ferai voir le Fils de Dieu détruisant le péché par ses souflrances, et lui donnant la mort. Voilà ce qui nous est marqué dans ces paroles du Prophète : Vulncratus estpropter iniquitates nostras, uttrilus est propler scelera nostra i. Qui l'a couvert, ce Dieu-Homme, de tant de blessures dans sa passion ? Ce sont nos iniquités : Yulneralus est propter iniquitates nostras. Et pourquoi dans sa passion a-t-il reçu tant de blessures ? Pour abolir et pour réparer nos iniquilés : Altritiis est propter scelera nostra. Le péché donc, cause essentielle de la passion du Fils de Dieu, c'est le premier point ; et, par un miracle de la Providence, le péché trouvant aussi sa deshniction dans la passion du Fils de Dieu, c'est le second. Dans toute la suile de ce discours, je m'attacherai fidèlement à l'histoire des soulfrances du Sauveur, selon qu'elle est rapportée dans l'Evangile, tant pour saiislaire voire piété, qui attend cela de moi, que pour me concilier davantage votre attention.

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