‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 16 sur 139 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

C'est une grande parole, chréliens, et qui mérite d'être écoutée avec tous les sentiments de ies ect q;ie la relinioa est capable de nous inspirer, quand saint Paul nous dit que l'auguste mystère de la résurrection a établi dans ie monde la foi de la divinité de Jé;us-Chiist : Qui prœdestinutus est Filius Dei in virlute... ex resurredione mortuorum, Jesu Cliristi Domini nostri 1. Ainsi parlait l'Apôtre, pers.iadé, rempli, pénétré de cette vérité : Nous adorons, mes frères , un Sauveur qui été prédestiné Fils de Dieu, en vertu de sa résurrection glorieuse. Au lieu de prédestiné le texte grec et le syriaque portent manifesté et déclaré ; mais saint Ambroise coiicdie ces deux versions, en disant que Jésus-Christ, qui était un Dieu caché dans son incarnation, devait, selon l'ordre de sa prédestination élernelle, être un Dieu i évélé et un Dieu connu dans sa résurrection : Cliristus latens in incarnatione, prœdeslinalus erat ut declararetur Filius Dei in reaurrectione. Je ne sais, mes chers auditeurs, si vous avez jamais fait réilexiou à une autre proposition bien remarquable du même apôtre, dans cet excellent discours qu'il fit au peuple d'Antioche, et qui est rapporté au livre des Actes. Voici comment s'expliquait le docteur des gentds : Et nos vobis annuntianuts ectm, quce ad patres nostros repromissio fada est, quoniam hanc Deus adimplevit... resuscilans Jesum, sicut in psalmo secundo scrijdum est : Filius meus es tu ; ergo hodie genui le 2 ; Nous vousaimonçons l'accompUssement d'une grande promesse que Dieu avait fiiiteà nos pères, et qui a été durant tant de siècles le sujet de leurs espérances et de leurs vœux. Dieu a voulu que nous, qui sommes leurs enfants, eussions l'avantage de la voir enfin consommée; et l'exécution decette promesse est (ju'il a ressuscité Jésus, selon ce qui est écrit dans le psaume : Vous êtes mou

1 Bom., 1, 1. — = Act., xui, 32, 33.

SUR LA RÊSUJlRECTiON DE JËSUù-CIIiaSi.

Fils, et c'est aujourd'hui que je vous ri engeudi-é. Que signifie cela, cliréliens? et (!e quel jour sailli Paul prétendait-il parler ? Si c'est de celui où Jésus-Christ, coimne Fils de Dieu et comme Verbe incréé, est engendré de son Père, pourquoi l'appliquait-il au mystère de sa résurrection ? c( s'iU'enlendaildujour où Jésus-Ciaist, comme Dieu-Homme , est ressuscité selon la chair , pourquoi, faisait-il mention de sa génération étcruclle ? Restiscitans Jesitm, sicut scnfdum est : Ego hudie geiiiii te. Quel rapport de l'u:: à l'auli'e ? Ah ! répond saint Ambroise, il est admirable, et jamais l'Apôh-e n'a parlé plus conséquemineiit; pourtpioi ? parce qu'en effet la résurrection de Jésus-Christ a été pour lui une seconde naissance, mais bien plus heureuse et plus avantageuse que la première, puisque en renaissant, pour ainsi dire, du tombeau, il a fait écbter visiblement dans sa personne ce caractère de Fils de Dieu, dont il était revêtu. Et c'est pour cela (]ue le Père éternel le reconnaît singiilièremcnldans ce mystère, etluiadrcsseces paroles dans un sens particulier : Filius meus es tu ; ego hodiegeiml te ; Oui, mon Fils, c'est en ce jour que je vous engendre pour la seconde fois, mais d'une manière qui justifiera parfaitement la grandeur de votre origine, et la vérité de cet être divin que vous avez reçu de moi: Filins meus es tu, id est, meam hodie te probasti esse Filium. Comme s'il lui disait : Tandis que vous avez été sur la terre, quoiq.ie vous fussiez sans contestation Fils de Dieu, on ne vous a cousidéré que sous la qualité de Fils de l'hoaiine. Mais maintenant que vous triomphez de la mort, et que vous êtes régénéré à la vie de la gloire, vous vous rendez à vous-mènie un témoignage si autlientique de la divinité qui habite en vous, qu'elle ne peut plus désormais vous être disputée ; et quoique j'aie toujours été votre Père dans le temps et dans l'éternité, je ne laisse pas de m'en taire aujourd'hui un honneur spécial, dislinguant ce jour bienheureux entre tous les autres jours qui ont composé votre destinée, et le choisissant pour déclarer à tout l'univers que vous êtes mon Fils : Filius ineus es tu ; ego hodie ijewii te.

Mais venons au fond de la question ; et pour nous instruire d'une vérité aussi essentielle qilQ celle-ci, voyons dans quel sens et comment il est vrai que la résurrection de Jésus-Christ étC.» blil particulièrement la foi de sa divinité. Car vous me direz : Le Sauveur du monde, pendant le cours de sa vie murlelle, n'avait il pas fait des miracles qui l'autorisaient dans la qualité qu'il prenait de Fds de Dieu ? Les démons chassés, les

aveiigles-nés guéris, les morts de quatre jours ressuscites, n'élaient-ce pas autant de démonstrations, mais de démonstrations palpables et sensibles, du pouvoir tout divin qui résidail en lui ? quel effet plus siugidier devait avoir sa résurrection, pour coufirmerci'tle créance?Ecoutez-moi, chrétiens, voici le nœud de la difficulté, et comme le point décisif du mystère que je traite. Je dis que la révélation de la divinité de Jésus-Christ était surtout attachée ;\ sa résurrection : Qui prœdestinatii^ est Filius Dei ex resurreclione mortuorum ' ; pourquoi ? pour quatre raisons, ou plutôt pour une seule renfermée dans ces quatre propositioîis : parce que la résurrection de Jésus-Christ était la preuve que cet Homme-Dieu devait expressément donner aux juifs pour leur faire connaître sa divinité; parce que cette preuve était en effet la plus naturelle et la plus convaincante de sa divinité ; parce que, de tous les miracles de Jésus-Christ faits par la vertu de sa divinité, il n'y en a pas un qui ait été si avéré, ni d'une évidence si inconlcstaijlc que celui de la résurrection de son corps ; et parce que c'est celui de tous qui a le plus servi à la propagation delà foiet àrélablissemont de l'Evangile, dont la substance et le ca[)ital est de croire en Jésus-Christ et de confesser sa divinilé : d'où vient que les chrétiens des premiers siècles, voulant exprimer dans un mot l'idée qu'ils se formaient de la résurrection du Sauveur, par un usage reçu entre eux, l'appelaient simplement le Témoignage ; jusque-là que l'empereur Conslaalin, ayant bâti dans la nouvelle Jérusalem un superbe temple sous le titre de Jésus- Christ ressuscité, lui donna le nom de Martyrium , c'est-à-dire Testimonium. Et, saint Cyrille, patriarche de la même ville, en apporte la raison ; savoir, que ce temple était consacré à un mystère que Dieu avait iui-mèine choisi, pour être le témoignage solennel delà divinité de son Fils. C'est ce que vous verrez, chrétiens, dans l'exposition de ces quatre articles que je vais développer.

Car premièrement, n'est-ce pas une remarque bien solide, qu'aulant de fois que Jésus- Christ se trouve, dans l'Evangile, pressé par les juifs sur le sujet de sa divinité, et qu'ils lui en demandent des preuves, il ne leur en donne jamais d'autre que sa résurrection , dont il se sert, ou pour convaincre leurs esprits, ou pour confondre leur incrédulité '/Cette natioii infidèle, disait-il, veut être assurée par un miracle de ce que je suis; et elle n'aura point d'autre miracle que celui du prophète Jonas, ou plutôt,

SERMON rOUP. LE DIMANCHE DE PAQUES.

que celui dont le prophcle Jonas fut la figure; savoir, qu'après avoir élé enfermé trois jours dans le sein de la terre, j'en sortirai comme Jonas sortit du ventre de la baleine : Generntio mala... sigmtm qiiœrit,et sigmtm uon dabitur ei, nisi signum Jonœ prophetœK\ous me demandez, ajoutait-il en s'adressant aux pharisiens, par quel miracle je vous montre que j'ai droit d'user du pouvroir absolu et de l'autorité indépendante que je m'attribue: Qitod signum ostendis iiobis quia hœc facis 2 ? Or, voici par où je veux que vous en jugiez: c'est qu'après que vous auiez détruit, par une mort cruelle et violente, ce temple visible, qui est mon corps, je le rétabliiai dès le troisième jour dans le même état, et dîins un état mèjne plus parfait : Solvite templum hoc, et in tribus diebus excitabo illud'^. Prenez garde, s'il vous plail, du clicns : il pouvait leur produire cent autres miracles, qu'il opérait au miliei; d'eux ; mais il les supprime tous, et vous diriez qu'en les faisant il ne se proposait rien moins que de faire connaître aux hommes sa divinité : car, s'il change l'eau en vin aux noces de Cana, c'est par une déférence comme forcée à la prière de Marie ; s'il délivre la lille de la Chananéenne, c'est pour se délivrer de l'iinporlunité de cette femme ; s'il ressuscite le fils de la veuve, c'est par une pure compassion. Dans la plupart même de ces actions surhumaines, après avoir laissé agir sa toute-puissance, il recommande le secret à ceux qui en ont ressenti la vertu. Et quand il découvre aux trois disciples la gloire de sa transfiguration, où le Père céleste parlant en personne le reconnaît pour son Fils bien-aimé, il leur défend d'en rien pid^lier, jusqu'à ce qu'il soit ressuscité d'entre les morts: Nemini dixeiitis visionem, donec. Filins Iwminis a mortuis resurgat K Pourquoi cela? par la raison qu'en apporte saint Chrysosfome, que dans le dessein de Dieu la résurrection de Jésus-Christ ayant été ordonnée pour être le signe de la filiation divine, c'était elle qui devait mettre le sceau à tous les" autres miracles, et qui en devait consommer la preuve. De là dépendait la foi de tout le reste ; car ce Sauveur des hommes ayant dit : Je suis égal h mon Père et Dieu comme lui, et, pour faire voir que je le suis, je ressusciterai trois jours après ma mort ; s'il n'eût pas élé tel qu'il prétendait, il était impossible qu'il rcssnscitàt, parce que Dieu alors, en concourant au miracle de sa résurrection, eût autorisé l'imposture et le mensonge. Si donc, ajirès

Mauli., xii, 39. — : Joan., u, 18. —' Ibid., 19. — » Mattli ,

cette déclaration , il est ressuscité, il fallait aussi, par une suite nécessaire, qu'il fût Dieu. Etant Dieu, tous ses autres miracles subsistaient, puisqu'il est naturel à un Dieu de faire des miracles. Et au contraire, s'il n'était pas ressu!-cilé, la créance de sa divinité se trouvait détruite par sa propre bouche ; sa divinité détruite, ses miracles ne devaient plus avoir de force, ses paroles n'étaient que fausseté, sa vie qu'artifice et illusion, toute la foi chrétienne qu'un fantôme ; et voilà le sens littéral de ce passage de saint Paul : Siautem Oiristnsnonresurrexit, inanis est prœdicatio nontra, iuanis est et fidesvesira '.Tout cela, encore une fois, parce que Jésus Christ avait marqué la résurrection deson corps comme le caractère distinclif de sa divinité. Mais pourquoi choisissait-il celui-là préférablement à tous les autres ? Ah ! chrétiens, en pouvait-il choisir un plus éclatant et plus sensible que de se ressusciter lui-même ? Le miracle, dit saint Augustin, est, pour les créatures intelligentes, le langage et la voix de Dieu, et le plus grand de tous les miracles est la résurrection d'un iriort ; mais entre toutes les résurrections, quelle est la plus miraculeuse ? n'est-ce pas, poursuit ce saint docteur, de se rendre la vie à soi-même, et de se ressusciter par sa propre vertu ? Ce n'est donc point sans raison que Jésus-Christ s'attachait spécialement à ce signe, pour vérifier qu'il était Dieu et Fils de Dieu. En effet, il n'appartient qu'à un Dieu de dire comme lui : Potestatem lutbeo ponendi animam 7neam, et. .. iterumsumendi eam'^ ;yaile\tou\o\rde quitter la vie, et j'ai le pouvoir de la reprendre ; l'un m'est aussi lacilc que l'autj'e ; et comme je ne la quitterai que quand je voudrai, aussi la reprendrai-je quand il me plaira. Il n'y a, dis-je, qu'un Dieu qui puisse s'exprimer de la sorte. Avant Jésus-Christ (ne perdez pas cette réflexion de saint Ambroise, également solide et ingénieuse), avant Jésus-Christ, on avait vu dans le monde deshommes ressuscites, mais ressuscites par d'autres hommes. Elisée, parle souifle de sa bouche avait ranimé le cadavre du fils de la Sunamite et, par lapricrc d'Elie, l'enfant de la veuve de Sarepta, mort de défaillance et de langueur, avait été rendu à sa mère dé.-^ 'lée, plein de vigueur et de santé. Mais, comme remarque saint Ambroise, ceux qui étaient alors ressuscites ne recevaient la vie que par une vertu étrangère ; et ceux qui opéraient ces miracles ne le faisaient que dans des sujets étrangeis. La merveille inouïe, c'était que le même homme fit tout à la fois le double miracle, et de ressusciter, et de se res-

1 1 Cor., XT, U. — 2 Joan,, x, 17.

SUR LA RÉSURRECTION DE JÉSUS-CHRIST

susciter. Car c'est ce qu'on n'avait jamais entendu : A sœculo non est auditum ' ; et voili^ le miracle que Dieu réservait h son Fils, afin de déclarer au monde qu'il était tout ensemble homme et Dieu : homme, puisqu'il était ressuscité ; et Dieu, puisqu'il s'était ressuscité : Ut ostenderet quoniam erat in ipso, et resuscitatus homo, et resuscitans Deiis. Mystère adorable que saint Jérôme, par ce don de pénétralion qu'il avait pour bien entendre les Ecritures, observe dans ces paroles du psaume, qui, selon la lettre même, conviennent à Jésus-Christ, et ne se peuvent rapporter qu'à lui : jEstimalus sum ciim descendentibiis in lacum ; factits sum siciit homo sine adjutorio, inter morluos liber 2. On m'a mis au rang des morts, etl'on a cru qu'en mourant je ne devais point avoir d'autre sort que le connium des hommes ; mais il y a eu néanmoins entre eux et moi deux grandes différences : l'une, que j'ai été libre entre les morts: Inter mortuos ///'cr; et l'autre, que parmi les morts je n'ai eu besoin du secours de personne : Sicut homo sine adjutorio. Que veut-il dire, chrétiens? C'esl-à-dire que Jésus-Christ est entré dans le royaume de la mort, non pas comme son sujet, mais comme son souverain ; non pas comme esclave, mais comme vainqueur ; non pas comme dépendant de ses lois, mais comme jouissant d'une parfaite liberté -.Inter mortuos liber. De sorte que, ponren sortir parla voie de la résurrection, il ne lui a fallu que lui-même : point de prophète qui priât pour lui, qui lui commandât de se lever, qui le tirât par violence du tombeau, parce qu'étant Dieu H ne devait êti'e aidé que de sa vertu toute-puissante : Factus sum sicut homo sine adjutorio, inter mortuos liber. Paroles, ajoute saint Jérôme , que le Saint-Esprit semble avoir dictées pour composer l'épitaphe de Jésus-Christ, qui devait ressusciter. Il est donc vrai que la résurrection de cet Homme-Dieu était la preuve la plus authentique qu'il pouvait donner de sa divinité ; et c'est pourquoi toute la synago;;ue , conjurée contre lui, fit de si puissants efforts pour empêcher que la créance de cette résurrection ne fût reçue dans le monde. Tous les juifs étaient persuadés que si l'on croyait une fois, et s'il était constant que Jésus-Christ fût ressuscité, dès là il se trouverait dans une pleine possession et de la qualité de Messie, et de celle de Fils de Dieu. Mais qu'est-il arrivé? Par une conduite toute merveilleuse de la Providence, de tous les articles de notre religion, ou plutôt de tous les miracles sur quoi est fondée notre

' Joan., IX, 32 — ' Psal., lxxïyii, 5, 6.

religion, il n'y en a aucun dont le fait ait été si avéré, ni dont l'évidence soit si incontestable : en sorte, dit saint Augustin, qu'un païen même et un infidèle, examinant sans préoccupation toutes les circonstances de ce miracle, est forcé d'en reconnaître la vérité. Et ce qui est encore plus étonnant, continue ce saint docteur, c'est que les deux choses qui naturelleuieut auraient dû être des obstacles à la foi de cette résurrechon, savoir, la haine des pharisiens et l'incrédulité des apôtres , sont justement les deux moyens que Dieu a employés pour l'appuyer et pour la fortifier. Oui, les ennemis de Jésus- Chiist les plus passionnés ont malgré eux contribué, par leur haine même, à vérifier le miracle de la résurrection de sou corps, et par conséquent à établir notre foi. Car prenez garde, chrétiens : à peine Jésus-Christest-il expiié, qu'ils s'adressent à Pilale ; et que lui représentent-ils? Nousnoussonvenonsqueceséducleura dit, lorsqu'il était encore vivant : Je ressusciterai trois joursaprèsma mort; ils'yestpuhfiqueuient engagé, etil a voulu qu'on éprouvât parla s'il était' fidèle et véritable dans ses paroles. Toutlc peuple est dans l'attenle du succès de cette itrédiclion : et si son corps venait maintenant à disiiaraître il n'en faudrait pas davantage pour confirmer une erreur aussi pernicieuse que celle-là. Il est donc important d'y pourvoh-, et nous venons à vous pour le faire avec plus d'autorité. Allez, leur répond Pilate, voiis avez des g.udes, usezen comme il vous semblera bon : je vous donne tout pouvoir. Et aussitôt le sépulcre est investi de soldats ; la pierre qui en ferme l'ouverture est scellée ; Oii n'omet rien pour une entière sûreté. Quel effet de cette prévoyance ? Point d'autres que d'écarter jusqu'aux moindres doutes et jusqu'aux plus légers soupçons sur la résurrection de Jésus-Clirist. Car, malgré toutes leurs précautions et tous leurs soins, le corps du Sauveur, après trois jours de sépulture, ne s'étant plus trouvé dans le tombeau, (pie pouvaient dire les pharisiens ? Que ses disciples l'avaient enlevé à la faveur de la nuit, et taudis que la garde était endormie? Mais, re|irend saint Augustin, comment a-t-on pu approcher du sépulcre, lever la pierre, emporter le corps, .sans éveiller aucun des soklats ? D'ailleuis, si la garde était endormie, d'où a-t-elle su (pi'on l'avait enlevé, et qui l'avait enlevé ?et si elle n'ét tait pas endormie, couunent a-t-elle souilerqn'on l'enlevât ? Quelle apparence nue les disciples, qui étaient la faihiesse et la limi 'Ué même, soient devenus tout à coup si iiar(!;s, et qu'au travers des gardes, avec un <l,in^cr

SF.RMON POUR LE DIMANCHE DE PAQUES

visible lie leurs jjersonnes, ils aient osé ravir iiii corps mis eu dépôt sous le sceau public ? De plus, quand ils l'auraient osé, à quel dessein voudraient-ils l'aire croire aux autres une chose dont la fausseté leur aurait été clairenieul connue ? que pourraient-ils espérer de là ? Car s'ils avaient enlevé le corps, il leur était évident que Jésus-Christ n'était pas ressuscité, et qu'il les avait trompés; et comme ils s'étaient exposés pour lui à la haine de toute leur nation, il était naturel que, se voyant ainsi abusés, bien loin de soutenir encore ses intérêts, ils le renonçassent, déclarant aux magistrats que c'était un imposteur ; témoignage que toute la synagogue eiit reçu avec un applaudissement général, et qui leur eCd gagné l'affection de tout !e peuple :au lieu que, publiant sa résurrectin;, ils uc devaient attendre que les traitements les plus rigoureux, les persécutions, les prisons, les fouets, la mort même. Ceijendant voilà l'unique défaite des juifs, pour éluder le miracle de la résurrection de Jésus-Christ : ses disciples enlevèrent son corps. Ce n'est pas seulement de l'évaugéliste que nous l'apprenons, mais de Justin, martyr, lequel ayant été juif de religion, était mieux instruit que personne de leurs traditions. Ils répandirent, dit-il, dans le monde, que le sépulcre avait été forcé. Mais le mensonge était si visible, que la résurrection du Sauveui~ ne laissa pas de passer pour constante parmi le peuple. Josèphe lui-même n'en a pu disconvenir, quelque intérêt qu'il eût à obscurcir la gloire du Fiis de Dieu ; et afin que la gentilité aussi bien que le judaïsme rendit hommage à ce iJieu ressuscité, Pilale, selon le rapport de Tertullien, bien informé de la vérité, et déjà chrétien dans sa conscience, en écrivit à Tibère : Ea omnia super Christo Pilatus, et ipse pro conscientia sua jam christianvs, Tiberio renuiiliadt. Sur quoi ce Père n'a pas craint d'ajouter que les empereurs auraient cru dès lors en Jésus-Christ, s'ils n'avaient été, comme empereurs, nécessaires au siècle, ou si les chi'étiens, qui renonçaient au siècle, avaient pu être empereurs : Si aut Cœsares non fuissent sœculo necessarii, aut christiani potuissent esse Cœsares. Mais ce qui me surprend au delà de tout le reste, et ce que nous ne pouvons assez admirer, c'est de voir les apôtres, qui, pendant la vie de leur Maître, ne pouvaient pas même comprentire ce qu'il leur disait de sa résurrection ; qui, dans le temps de sa passion, en avaient absolument désespéré, et qui rejetaient après sa mort, comme des fables et des rêveries, ce qu'on leur racontait de ses appari-

tions ; de voir, dis-jc, des homuics si mal disposés à croire, ou plutôt si délerminés à ne pas croire, devenir les prédicateurs et les maityrs d'un mystère qui, jusque-là, avait été le plus ordinaire sujet de leur incrédulité, aller devant les tribunaux et les juges de la terre, confesser une résurrection dont ils s'étaient toujours fait une matière de scandale, ne pas craindi'e de mourir pour en confirmer la vérité, et s'estimer heureux, pourvu qu'en mourant ils servissent à Jésus-Christ, glorieux et triomphait, de témoins fidèles Qui fit ce changement en eux, et qui était capable de le faire, sinon l'assurance et la foi de sa résurrectioii ? i;iais une loi si ferme, après une incrédulité si obstinée, n'étaitelle pas uu coup de la main du Très-Haut ? Hœc mulatio dexterx Excelsi ' . Aussi est-ce en vertu de cette foi, je dis de la foi d'une résurrection si miraculeuse, que le christianisme s'est multiplié, que l'Evangile a fait dans le monde des progrès inconcevables, et que la divinité du Sauveur, malgré l'enfer et toutes ses puissances, a été crue jusqu'aux extrémités du monde. Nous n'avons qu'à considérer l'origine et la naissance de l'Eglise. Jamais les apôtres ne prêchaient Jésus-Christ dans les synagogues, qu'ils ne produisissent sa résurrection comme une preuve sans réplique : Hune Deus suscitavit terlia die '^. C'est celui, disaient-ils sans cesse, qui est ressuscité le troisième jour ; cebii que le Dieu de nos pères a glorifié, en le délivrant de la mort ; celui que vous avez crucifié, mais qui depuis s'est montré dans l'état d'une vie nouvelle. On dirait que c'était là le seul article qui rendait leur prédication efficace et invincible. Car en quoi faisaient-ils paraître la force de. ce zèle apostolique dont ils étaient remplis? A rendre témoignage de la résurrection de Jésus-Christ : Virlute magna reddebant apostoH testimonium resunectionis Jesu Chrisli Do»,ini nostri s. En cela consislait tout le soin et tout le fruit de leur ministère; jusque-là même que lorsqu'il fallut procéder à l'élection d'un nouveau disciple, en la place du perfide Judas, la grande raison qu'ils apportèrent fut qu'ayant vu ce qu'ils avaient vu, et qu'étant au Sauveur du monde ce qu'ils lui élaient, ils devaient s'associer quelqu'un pour être avec eux témoin de sa résurrection : Oportel... testent resurredinnis ejus nobiseum [ieri un uni ex isHs'^; comme si leur apostolat eût été réduit à ce seul point. Et eu ciïet, ajoute saint Luc, tout le monde se rendait à la force de ce témoignage.

1 rs.ilm , Lxxvi, II. — = Act., X, 40. — ' Act., IT, 33, — ' Acu,

SUR LA RÉSURRECTION DE JESIS-CIIRIST,

Les juifs n'y pouvaient résister, les gentils en étalent persuadés, le nombre des chrétiens croissait tous les jours; et nous apprenons de saint Chrysostome qu'imniédiateinciU après la profession de foi que laisaieat les catéchumènes, en reconnaissant que Jésus-Cln'ist, était ressuscité, on leur conférait le kiptèine. Pourquoi cela ? Parce que, professer la résurrection de Jéiiis-Chrlst c'était professer qu'il élait Dieu; et professer qu'il était Dieu, c'était embrasser sa religion, puisqu'il est certain que toute la religion chrétienne est fondée sur la diwuité de Jésus-Christ, et que la divinité de Jésus-Christ ne nous a été authenliquement révélée que par le miracle de i<a résurrection. Arrêtons-nous ici, et pour répoudre au dessein de Dieu daus ce mystère, élevons-nous par les sentiments de la foi au-dessus de notre bassesse. Entrons, si j'ose m'exprimer de la sorte, dans le sanctuaire de la divinité de Jésus- Clu'ist qui nous est ouvert ; et, prolilant de la fête que nous célébrons, disons avec les vieillards de l'Apocalypse, prosternés devant le trône de l'Agneau : Dignus eut Aijims qui occibusesl, accipere virtutem el divinitatein '. Oui, l'Agneau sacritié pour nous mérite de recevoir l'hoanuage que toute l'Eglise lui rend aujourd'hui. En adorant sou Etre divin, faisons à ce Sauveur la même protestation que lui lit saint Pieri'e : Tu es Cliristus Filins Dei vivi 2. Vous êtes le Fils du Dieu vivant ; ou, pour la concevoir dans des termes d'autant plus forts et plus énergiques qu'ils sont plus simples et plus naturels, servons-nous de l'expression de saint Thomas: Dominiis meus et Deus meus ^. Mon Seigneur et mon Dieu ! expression qui confondait autrefois l'impiété arienne, et qui ferineia éternellement la bouche à l'inlidélité des libertins. Au lieu qu'avant la résurrection du Eils de Dieu, et Thoinas et les autres apôti-es se contentaient de lui dire : Magister. Domine '* ; Seigneur, x'.iaitre ; maintenant qu'il est resusscité, faisons-nous un devoir de lui répéter cent fois : Dominus meus et Deus meus. Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu ; et vous me le failes connaître si évideannent dans votre résurrection, que j'aurais [)res(iue lieu de craindre qu'elle ne lit perdre à ma foi une partie de son mérite. Car je sens mon âme toute pénétrée des vives luuiières qui sortent de volie humanité sainte, et qui sont comme les rayons de la divinité qu'elle renferme. Je ne comprenais pas ce que saint Paul voulait faire enlendre aux hébreux, quand il leur disait que le Père

' Apoc, V.12. — 'MaUh..xTi, 16. — » Joan.,xx, 28.— « Mattb., pxii, 16,

éternel avait commandé aux anges tVaJorer son Fils dans le moment qu'il ressuscita, et qu'il lit sa seconde entrée dans le monde : Et cum iterum introducitprimogeuitum in orbem terrœ, dicit; Et adorent eum omncs anijeli Dei ' ; mais j'en vois maintenant la raison : c'est que Jésus-Christ, eu ressuscitant, montra à tout l'univers qu'il était Dieu, et que l'adoration est le culte propre de Dieu, et uniquement affecté à Dieu. Voifi pourquoi le Père éternel voulut que ce culte fût rendu solennellement à Jé.-us-Christ par tous les esprits bienheureux : Et adorent eum omnes angeli Dei. De savoir poaiquoi il s'adressa aux anges et non pas aux hommes, pour leur donner cet ordre, ah! mes frères, dit saint Jérôme, expliquant ce passage, c'est notre insiruclion d'une part, mais noire confusion de l'autre. Car il ne s'adressa aux anges que dans la connaissance anticipée qu'il eut de l'ingratitude, de la dureté, de l'insensibilité des hommes. 11 ne s'adressa aux anges que parce qu'il prévit que les hommes seraient des esprits mondains, qui, bien loin d'adorer Jésus-Christ en vérité, l'outrageraient, le blasphémeraient, et par le dérèglement de leur vie le couvriraient de honte et d'opprobre. 11 est vrai que les hommes, encore plus que les anges, devaient adorer ce Dieu renaissant du tombeau, puisque c'était leur Sauveur, et non pas le Sauveur des anges ; mais les désordres des hommes, le libertinage des uns, l'hypocrisie des autres, l'orgueil de ceux-ci, la lâcheté de ceux-là, c'est ce qui détermina le Père céleste à recourir aux anges comme à des créatures plus fidèles, quand il voulut procurer à son Fils unique le tribut d'honneurs (itii lui était dû en conséquence de sa résmrection : Et cum iterum introducit primogenitum in orbem terrœ, dicit : Et adorent eum oiunes angeli Dei; comme s'il eût dit : Que les anges soient ses adorateurs, puisque les hommes sont des impies (jui le scandalisent. Car c'est le reproche que chacun de nous a dû se faire aujourd'hui dans l'amertume de son âme : reproche qui suffirait pour nous tirer de l'assoupissement où nous sommes et pour ranitncr notre foi ; reproche qui, par une suite nécessaire, prodiùiait notre conversion el le changeuient de nos mœurs. En effet, cette foi de la divinité de Jésus-Christ a sanctifié le monde ; et n'est-ce pas par cette même toi que le monde qui nous enchaule, et dont les maximes nous corrompent, doit être sanctifié dans nous ? Si j'ai cette foi, ou je suis juste, ou je suis daus la voie de l'être : si je ne l'ai pas, il n'y a dans moi que péché et qu'ini»

ille r,,I, 6.

SERMON POUR LE IHMANCIIE DE PAUUES.

quil(5.. Qui est celui, demande le bien-aimé disciple s.iint Jean, qui triomphe du monde, sinon celui qui croit que Jésus-Christ est Dieu ? Quis est qui vincit mundum, nisi qui crédit quoniam Jésus est Filius Dei ' ? C'est-à-dire, quel est celui qui, maitre de ses passions, est réglé dans sa conduite, modéré dans ses désirs, continent, patient, charitable, sinon celui qui se laisse gouverner et conduire par la foi de ce Dieu Sauveur? au contraire, quel est celui qui demeure toujours esclave du monde et de ses concupiscences, esclave de l'ambition, esclave de l'intérêt, esclave de la sensualilé, si ce n'est pas celui qui a renoncé à cette foi, ou en qui cette foi est languissante ? Quis est qui vincit mundum, nisi qui crédit quoniam Jésus est Filius Dei ? Consultez l'expérience, et vous verrez avec quelle raison parlait l'Apôtre. La prudence humaine a cru pouvoir se maintenir indépendamment (le cette foi, et en a voulu secouer le joug ; mais on sait de quelle manière elle y a réussi, et les tristes effets C^ cette indépendance criminelle. Ou a vu des chrétiens s'ériger en philosophes, et, laissant Jésus-Christ, s'en tenir à la loi d'un Dieu ; mais, par unedisposilion secrète de la Providence, leur philosophie n'a servi qu'à faire paraître encore davantage l'égarement de leurs esprits et la corruption de leurs cœurs. II semble qu'avec la connaissance d'un Dieu, ils devaient être naturellement sages et naturellement vertueux ; mais parce qu'on ne peut être solidemenl veilueux et sage que par la grâce, que la grâce est allachée à Jésus-Christ, que Jésus-Christ ne nous est rien sans la foi, que la foi qui nous unit à lui est celle qui nous révèle sa divinité, de là vient qu'avec toutes ces belles idées de sagesse, ils ont été des insensés, des emportés ; qu'ils se sont laissé entraîner au torrent du vice ; qu'ils ont succombé aux plus honteuses passions; qu'ils se sont, comuie dit saint Paul, évanouis dans leurs propres pensées, et qu'atfeclant d'être philosophes, ils ont même cessé d'être des hommes. Au contraire, où a-t-on trouvé l'innocence et la pureté de la vie ? Dans cette sainte et divine loi, qui nous apprend que Jésus-Chrisî est vrai Fils de Dieu : Quis est qui vincit mundum, nisi qui crédit quoniam Jésus est Filius Dei ? Voilà ce qui justifie ; voilà ce qui nous ouvre le trésor des grâces et des vertus ; voilà ce qui nous donne accès auprès de Dieu, poui- avoii- part un jour à cette bienheureuse résuri cction qui nous est promise. Résurrection de Jésus-Christ, preuve incontestable de sa uivinité : c'est par là qu'il confirme notre foi.

' I Joan., T, 4.

Résurrection de Jésus-Christ, gage assuré de notre résurrection futui'e : c'est ainsi qu'il anime notre espérance, comme vous l'allez voir dans la seconde partie.

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