DEUXIÈME PARTIE
De tous les articles de notre religion, il n'y en a aucun, dit saint Augustin, qui ait élé plus contredit que la résurrection des hommes, parce qu'il n'y en a point qui les retienne plus dans le devoir, et qui les assujettisse davantage aux lois divines : In nulla re tam vehementer contradicitur fidei christianœ, quam in resurrectione carnis. Car si les hommes doivent ressusciter, il y a donc une autre vie que celle-ci ; toutes nos espérances ne se terminent donc pas à la mort ; nous avons donc un sort bon ou mauvais à attendre dans l'élernité ; Dieu nous réserve donc à d'autres récompenses, ou à d'autres peines que celles que nous voyons ; notre grande affaire est donc de travailler ici à mériter les unes et à éviter les autres ; il faut donc rapporter nos actions à cette fin, et tout le reste doit donc être indittérent ; nous sommes donc bien condamnabkis de nous troubler des misères de cette vie, et de nous laisser surprendre à l'éclat des prospérités humaines ; la vertu seule est donc sur la terre notre bien solide, et même notre unique bien. Car toutes ces conséquences suivent nécessairement du |)rincipe de la résurrection des morls. C'est pourquoi Tertullien counnence l'excellent ouvrage qu'il a composé sur celte matière par ces belles paroles : Fiducia christianorum, resurrectio mortitorum. Au contraire, dit saint Paul, si nous ne devons pas ressusciter, et si c'est au bonheur de ce monde que nos espérances sont bornées, nous sommes les plus misérables de tous les hommes : car tout ce que nous faisons est inutile. C'est en vain que nous nous exposons à tant de dangers, en vain que j'ai soutenu tant de combats à Ephèse pour la foi ; il n'y a plus de conduite, plus de règle à garder, et l'on peut donner à ses sens tout ce qu'ils deinaudent ; le devoir et la piété sont des biens imaginaires, et l'intérêt présent est le seul bien qui nous doive gouverner. Prenez garde, chrétiens : de cette erreur, que les hommes ne ressusciteront pas, l'Apôtre tirait toutes ces conclusions par un raisonnement tliéologique, dont il y a peu de personnes encore aujourd'hui qui comprennent toute la force, mais que Siiint Chrysostome a très-bien développé, en observant contre qui saint Paul avait alors à disputer. Ce n'était pas, remarque ce Père, contre les hérétiques, qui, reconnaissant l'im-
SUR LA RESURRECTION DE JÉSUS-CHRIST
mortnlité des âmes, ne voulussent pas reconnaître la résurrection des coips ; son arguinciil eût été nul : mais il combattait les libertins et les alliées, qui nient la résurrection des corps, parce qu'ils ne veulent pas croire l'immortalité des àuies, ni une vie tuture. Car quoique ces deux erreurs n'aient pas entre elles une connexio'i absolument nécessaire, elle sont néanmoins iuséparablement jointes dans l'opinion des impics, qui, tâchant d'etïacer de leur esprit l'idée des choses éternelles a lin de se mettre en possession de pécher avec plus d'im[)unité, veulent abolir premièrement la foi de la résurrection des corps, et, par un progrès d'infidélité qui est presque inévitable, s'aveuglent ensuite jusqu'à se persuader même que les àuies ne sont pas immortelles. Et voilà pourquoi saint Paul se sert des mêmes armes pour attaquer l'une et l'autre de ces deux impiétés.
Quoi qu'il en puisse être, je dis, chrétiens, pour m'en tenir précisément à mon sujet, que dans la résurrection de .lésus-Christ, nous avons un gage sensible et assuré de notre résurrection : comment cela ? paice que, dans cette résurrection du Sauveur, nous trouvons tout il la fois le principe, le motif et le modèle de la nôtre : le principe par où Dieu peut nous ressusciter, le motif qui engage Dieu à nous ressusciter, et le modèle sur lequel Dieu veut nous ressusciter. Ceci demande toutes vos réflexions.
Je prétends d'abord que nous trouvons dans la résurrection du Fils de Dieu le principe de la nôtre : pourquoi ? parce que cette résurrectiou miraculeuse est, de la part de Jésus-Christ, l'effet d'une force souveraine et toute-puissante. Car s'il a pu par sa toute-puissance se ressusciter lui-même, pourquoi ne pourra-t-il pas faire dans les autres ce qu'il a fait dans sa personne ? C'est l'invincible raisonnement de saint Augustin. Il y en a, dit ce Père, qui croient la résurrection du Sauveur, et qui se rendent là-dessus au témoignage incontestable des Ecritures. Mais, fidèles sur ce point, ils corrouipent d'ailleurs leur créance, et donnent dans une erreur gi-ossière ; ne comprenant pas, ou ne voulant pas comprendre comment il s'ensuit de là que nous puissions un jour ressusciter nous-mêmes. Or, reprend ce saint docteur, Jésus-Christ ressuscité dans une chair semblable à la mienne, et ressuscité pai" sa propre vertu, n'est-ce pas une preuve évidente que je puis un jour, non pas me ressusciter moi-uiême comme lui, mais être ressuscité par lui ? Si, selon les fausses idées des manichéens, poursuit saint Augustin, il n'a-
vait pris, en venant sur la terre, qu'an corps fantastique et apparent ; s'il avait laissé dans la corruption du tombeau cette chair formée dans le sein de Marie, et dont il s'était revêtu pour vivre parmi les houiines ; si, reprenant une vie glorieuse, il avait repris un autre corps que le mien, un corps d'une substance plus déliée et composée de qualités plus parfaites, je pourrais peut-être douter de ma résurrection. Mais aujourd'hui il reiiait avec la même chair, avec le même sang dont il fut conçu dans lei chastes flancs d'une vierge ; et ce que je vois s'accomplir en lui, queUe raison aurais-je de croire qu'il ne puisse pas l'accomplir en moi? Car est-il moins puissant en moi et pour moi, qu'il ne l'est en lui-même et pour lui-même ; et si c'est toujours la même vertu, ne sera-telle pas toujours en état d'opérer 4es mêmes miracles ?
C'est donc par cette suprême puissance qu'il ira dans les abimes de la mer, dans les entrailles de la terre, dans le fond des antres et des cavernes, dans les lieux du monde les plus obscurs et les plus cachés, recueillir ces restes de nous-mêmes que la mort avait détruits, rassembler ces cendres dispersées, et, tout insensibles qu'elles seront, leur faire entendre sa voix et les ranimer.
Ainsi le comprenait saint Paul, parlant aux premiers fidèles. Jésus-Christ est ressuscité, mes frères, leur disait ce maître des nations ; on vous l'annonce, et vous le croyez : mais ce qui m'étonne, ajoutait le grand apôtre, c'est que, ce Dieu-Homme étant ressuscité, il s'en trouve parmi vous qui osent contester la résurrection des hommes : Si autem Christitsprœdicatur qiiod resurrexit a mortuis,quomodo quidam dicuntinvobis quoniam resurrectio... non (?sf '? car l'un n'est-il pas une conséquence de l'autre, et ne sera-ce pas ce Dieu ressuscité qui réparera les ruines de la mort, et qui rétablira nos corps dans leur première forme et leur premier état î Qui reformabit corpus humilitatis nostrœ '. Mais eucore par où opérera-t-il ce miracle ? sera-ce seulement par l'efficace de son intercession'? sera-ce seulement par la vertu de ses mérites? iNon, remarque saint Chrysostome ; mais l'Apôtre nous fait entendre que ce sera par le domaine absolu qu'a l'Homme-Dieu sur toute la nature : Secunduin operalionem qua etiam possil subjicere sibi omnia 3.
Ainsi mè:ne l'avait compris le patriarche Job, cet homme suscité de Dieu, trois mille ans avant Jésus-Christ, pour en parler dans des termes si
' I Cor., iv, 12. — ' Plùlip., iii, 21. — ' Ibid.
SERMON rOUn LE m'r\NCnR DR PAQUES.
\)v6c.\s, et si forts, et pour prédire si clairement ia résurrection du Sauveur et la ncMrc. Oui, je crois, s'écriait-il, pour s'encoii râper, lui-même et pour se soutenir dans ses souffrances, je crois et je sais que mon Rédempleur est vivant, et que je dois après les peiues de celte vie, et après avoir payé le tribut h la mort, ressusciter dans ma propre chair : Scio quod Redemptor tneus vivit (ces paroles sont adniiral)lcs), el in novissimo die de terra simrcturus siim '. Voyez-vous la liaison qu'il met entre ces deux résurrections, celle de Jésus-Christ son Rédempleur : Scio quod Redemptor meus vivit ; et la sienne propre, et in novissimo die de terra siirrectimis sum ? Qu'aurait-il dit s'il eût vécu de nos jours, et qu'il eût élé témoin coumie nous de cette résurrection glorieuse du Fils de Dieu, où nous ne trouvons pas seulement le principe de la nôtre, mais encore le motil?
Car il est naturel qi'.e les memhres soient unis au chef ; et quand le chef se ressuscite luimême, n'est-ce pas une suite qu'il doit ressusciter ses membres avec lui ? Or, notre chef, c'est Jésus-Christ, et nous sommes tous les memhres de Jésus-Christ. Je puis donc bien appliquer à ce mystère ce que saint Léon disait de la triomphante ascension du Sauveur au ciel, que là où le chef entre, ses membres l'y doivent suivre ; et de même que Jési's-C^i'isi, selon la pensée de ce grand pa;.c, n'est pas seulement rentré dans le séjour de sa gloire pour lui-même, mais pour nous, c'esl-à-dire pour nous en ouvrir les portes et pour nous y appeler après lui ; par la même règle et dans le même sens n'ai-jc pas droit de conclure que c'est pour nous-mêmes qu'il a brisé les portes de la mort, pour nousmêmes qu'il est sorti du tombeau et qu'il est ressuscité? Et certes, s'il veut, en qualité de chef, que ses membres agissent comme lui, souffrent comme lui, vivent comme lui, m.eurent comme lui, pourquoi ne voudra-t-i! pas qu'ils ressuscitent comme lui ? N'est-il pas juste que, nous faisant part de ses travaux, il r.ous fasse part de sa récompense ; et puisqu'une partie de sa récompense est la gloire de son corps, parce que ce corps adorable est entré en participation de mérites avec son âme, n'est-il pas engagé par là-même à récompenser pareillement en nous, et le corps et l'âme? C'est la belle et consolante théologie de saint Paul; et voilà pourquoi ce grand apôtre l'appelle les prémices des morts : Primitiœ dormienUum 2 ; le premiei'-uc d'entre les morts, Primogenilus ex mortuis s. Des prémices supposent des suites; et pour être le pre-
' Job., XIX, 25. — s I Cor., xv, 20. — ' Coloss., 1. 18.
mier-nc, ou, si vous voulez, le premier ressuscité d'enire les morts, il faut que les morts doivent pareillement renaître h la fin des siècles, et reprendre une nouvelle vie. Vérité si inconteslable dans la doctrine du maître dos gentils, qu'il ne fait pas difficulté de dire que si les morts ne doivent pas ressusciter après la résurrection de Jésus-Christ, et en vertu de cette bienheureuse résurrection, il s'ensuit que ce n'est qu'une résurrection imaginaire et supposée : Si resurredio mortuorum non est, neque Chrislus rentrrexit '.
11 est donc vrai, mes chers audileurs, que nous ressusciterons par Jésus-Christ ou, plutôt par la toute-puissance de Jésus-Christ; il est vrai que nous ressusciterons parce que Jésus- Christ est ressuscité ; et pour mettre le comble à noire espérance, j'ajoute que nous ressusciterons encore semblables à Jésus-Chris!, et que sa résurrection est le modèle de la nôtre. Car, der"ande saint Au jusiin, pourquoi Dieu a-t-il voulu que la résurrection de son Fils fût si sensible, et pourquoi le Fils unique de Dieu a-t-il tant cherché lui-même à la faire connaître et à la rendre publique ? Ah ! répond ce saint docteur, c'est afin de nous découvrir sensiblement dans sa personne la vaste étendue de nos prétentions; c'est afin de nous faire voir dans ce qu'il est ce que nous devons cire, ou ce que nous pouvons devenir. Je n'ai donc qu'à me représenter ce qu'il y a de plus brillant dans le triomphe de mon Sauveur ; je n'ai qu'à contempler cette humanité glorifiée ; ce corps, tout matéreil et tout corps qu'il est, revêtu de toutes les qualités des esprils, tout éclatant de lumière et couroimé d'une splendeur éternelle; voilà l'heureux état où je dois être moi-iiême élevé, el ce que la foi me promet. Espérance fondée sur ia parole môme de Dieu, puisque c'est sur la parole de son Apôtre. Car, dit l'Apôtre, quand Dieu viendra tirer nos corps de la poussière et les ranimer de son souffle, ce sera pour les conformer au divin exemplaire qui nous est proposé dans la résurrection de Jésus-Christ : Reformahit corpus humilitatis nostrce, conpguratum corpori claritatis suce 2. Maintenant ce sont des corps sujets à la corruption et à la pourritiu-e ; maintenant ce sont des corps sujets à la souffrance et à la douleur ; maintenant ce sont des corps fragiles et sujets à la mort; maintenant ce n'est qu'une chair grossière, vile et méprisable. Mais alors, par le plus prompt et le plus merveilleux changement, ils auront, si je puis m'cxprimer de 1 1 sorte, la même incorrup-
>I Cor., XV, 13.— = Philip,, m, 21.
SUR LA RÉSURRECTION DE JÉSUS-CHRIST
tihilité que le corps d'un Dieu, la même impassibilité, la même immortalité, la même subtilité , la même clarté : Configuralum corpori claritalissuœ. Tout cela néanmoins, mes frères, à une condition, savoir, que nous travaillerons dans la vie prcseule à les sanciilier; et par où? par la mortification et la pénitence chrétienne : car si ce sont des corps que nous ayons Hattés, que nous ayons idolcàtrés, à qui nous ayons accordé tout ce que demandait une cupidité sensuelle, et dont nous ayons fait par là des corps de péché, ils ressusciteront, mais comment? comme des objets d'iiorrenr, pour servir ù la confusion de l'àme et [)0ur partager son tourment, après avoir servi et avoir eu part à ses crimes.
Ah! chrétiens, les grandies vérités! malheur à qui ne les croit pas! m.dheur à qui le> croit, et qui vil comme s'il ne les croyait pas ! mais heureux mille fois le fidèle qui, non content de les croire, en lait la règle de sa vie, et en lire de puissants motifs pom- aninier sa ferveur! Entrez, s'il vous plaît, avec moi dans cette importante morale.
Malheur, dis-je, h qui ne croit pïis ce point essentiel du christianisme et cette résurrection future ! S'il y avait parmi mes auditeurs quelqu'un de ces libertins, voici ce que je lui dirais avec toute la sincérité et toute l'ardeur de mon zèle : Il faut, mon cher frère, que le désordre soit bien grand dans vous, et que le vice y ait pénétré bien avant, pour vous réduire à ne plus croire une des vérités fondamentales de la religion. Il faut que votre cœur ail hien corrompu votre esprit, pour l'aveugler et le pervertir de la sorte. Car, dites-moi, je vous prie, si vous êtes encore capable de vous rendre à ce raisonnement, qui de nous deux est mieux fondé, vous qui ne croyez pas ce que l'on vous annonce touchant une autre vie que celle-ci et la résurrection des morts, et moi qui le crois d'une foi terme et avec une entière soumission ? Sur quoi vous appuyez- vous ponr ne le pas croire, du moins pour en douter? Sur votre jugement, sur votre prudence, ou plutôt sur votre présomption? Vous ne croyez pas ces mystères, parce que vous ne les concevez pas, parce que vous voulez mesurer toutes choses par vos sens, parce que vous ne voulez déférer, ni vous en rapporter qu'à vos yeux, parce que vous dites, comme cet apôtre incrédule : Miividero... non credam ' ; Si je ne vois, je ne croirai rien ; conduite pleine d'ignorance et d'erreur : voilà le fondement de votre inlidélité. Mais moi, dans
> Joan., xs, 2i.
ma créance et dans la foi que j'ai embrassée, et pour laquelle je serais prêt à verser mon sang, je me fonde sm- le témoignage de Dieu même, sur les principes de sa providence et de sa sagesse, sur la vérité de mille prophéties, sur un nombre presque infini de miracles, sur l'aulorilé des plus grands hommes de tous les siècles, des homniLS les plus sensés, les plus éclaiiés les plus irréprochables et les plus saints. Je me trouve en possession d'une foi qui a opéré tant de merveilles dans l'univers, qui a triomphé de tant de rois et de tant de peuples, qui a détruit et aboh tant de superstitions, qui a produit et l'ait pratiquer tant de vertus, qui a eu tant de témoins, qui a été signée par le sang de tant de martyrs, qui s'est accrue par les persécutions mêmes et contre laquelle toutes les puisssarces de l'enfer et de la terre n'ont jaiuais pu prévaloir et jamais ne prévaudront : telles sont les raisons qui m'y altaciient. Or, de ces raisons et des vôtres, jugez, encore une fois, quelles sont les plus solides et les plus capables de délerminer un esprit droit, et de le fixer.
Mais, me direz-vous, comment comprendre cette résurrecLion des morts ? Il ne s'agit pas, mon cher auditeur, de la comprendre pour la croire, mais de la croire quand même elle vous serait absolument incompréhensible. Car, que vous la compreniez ou que vous ne la compreniez pas, ce n'est pointée qui la rend plus ou moins vraie, plus ou moins certaine, ni par conséquent plus ou moins croyable. Cependant j'ai bien lieu d'être surpris, mon cher frère, que vous, qui vous piquez d'une prétendue force d'esprit, vous formiez là-dessus tant de difficultés. Comme si celte résurrection n'était pas évidemment possible à Dieu notre créateur : car, dit sainl Augustin, s'il a pu créer de liei. nos corps, ne pourra-t-il pas les former une seconde fo'.s fie leur propre matière ? et qui l'empêchera de ivtablir ce qui ét;dt déjà, puisqu'il a pu l'aire ce qui n'avait jamais été ? Comms si cette résurrection n'était pas même aisée et facile à Dieu, puisqu'il est tout-puissant, et que rien ne résiste à une puissance sans bornes. Comme si toutes les créatm'es ne nous rendaient (tas celle résurrection très -sensible : un grain de blé meurt dans le sein de la terre, c'est la comparaison de saint Paul, et il faut, en effet, que ce petit grain pourrisse et qu'il meure; mais ensuite ne le voyons-nous pas renaître ? et n'est-il pas éhange que ce (]ui vous fait douter de votre résurrection, soil cela même par où la Providence a voulu vous la rendre plus intelligible ? Gomuiesi cette résurrectioa a'était !)as 1res-
SERMON POUR LE DIMANCHE DE PAQUES
conforme aux principes de la nature, qui, par l'inclination mutuelle du corps et de l'âme, et par lY'troite liaison qu'il y aenlre l'un et l'autre, demande qu'ils soient éternellement réunis. Comme si la créance de cette résurrection n'était pas une des notions les plus universelles et les plus communes qui se soient répandues dans le monde : ceux mêmes, disait Tertuilien, qui nient la résurrection, la reconnaissent malgré eux, par leurssacrifices et leurs cérémonies à l'égard des morts. Ce soin d'orner leurs tombeaux et d'en conserver les cendres, est un témoignage d'autant plus divin qu'il est plus naturel. Ce n'est pas seulement, ajoutait-il, chez les chrétiens et chez les juifs qu'on a cru que les hommes devaient ressusciter, mais chez les peuples même les plus barbares, chez les païens et les idolàh'es ; et ce n'a pas seulement été une opinion populaire, mais le sentiment des sages et des savants. Comme si Dieu, enfin, ne nous avait pas facilité la foi de cette résurrection par d'autres résurrections qu'on a vues, que des témoins irréprochables ont rapportées, etquenous ne pouvons tenir pour suspectes, sans démentir les divines Ecritures et les histoires les plus authentiques. Ah! mon cher auditeur, allons à la source du mal, et apprenez une bonne fois à vous connaître vous-même. Vous avez de la peine à vous persuader qu'il y ail une autre vie, une résurrection, un jugement à la fin des siècles, parce qu'avec cette persuasion il faudrait prendre une conduite toute nouvelle, et que vous en craignez les conséquences ; mais les conséquences de votre libertinage sont-elles moins à craindre pour vous et moins affreuses? Dieu, indépendamment de voire volonté, vous a créé sans vous, et il saura bien sans vous et malgré vous vous ressusciter ; Non quia vis, non resurges;autsi resurrecturum te non credideris, propterea non resnrges ; ce sont les paroles de saint Augustin. Votre résm'rection ne dépendra point de votre créance; mais le bonheur ou le malheur de voire résurrecliou dépendra et de votre créance et de votre vie. Or, quelle surprise à ce dernier jour, et quel désespoir, s'il faut ressusciter pour entendre l'arrêt solennel qui vous réprouvera ; s'il faut ressusciter pour entrer dans les ténèbres de l'enfer, en sortant des ombres de la mort ; s'il faut ressusciter pour consommer par la réunion du corps et de l'àme votie damnation, pajce que dans une affaire d'une telle importance vous n'aurez pas voulu prendi-e un pai'li aussi sage et aussi certain que l'est celui de croire et de bien vivre I
Je dis de bien vivre : et voici le malheur, non plus du libertin qui ne croit pas, mais du pécheur qui croit et qui vit connue s'il ne croyait pas. En effet, que sert-il de croire et de ne pas agir conformément à sa foi ? que dis-je ! et d'agir même d'une manière directement opposée àsa foi ? de croire une résurrection qui nous fera comparaître devant le souverain Juge des vivants et des morts, et de ne travailler pas à le gagner, ce Juge redoutable, et à le fléchir en notre faveur ? de croire une résurrection qui nous produira aux yeux du monde entier pour être connus tels que nous serons et tels que nous aurons été, et de vivre dans des habitudes, dans des désordres maintenant cachés et secrets, mais qui, révélés alors et publiés à la face de l'univers, nous couvriront d'ignominie et d'opprobre? de croire une résurrection qui nous doit faire passer à une vie, ou éternellement heureuse, ou éternellement malheureuse, selon le bien que nous aurons pratiqué dans la vie présente, ou selon le mal que nous y aurons commis, et de ne rien faire dans la vie présente de tout le bien qui peut nous procurer une heureuse immortalité, et de connnetlre dans la vie présente tout le mal qui peut nous attirer la plus terrible condamnation, et nous conduire à une malheureuse éternité ? Que sert-il, encore une fois, de croire de la sorte ? ou plutôt, croire de la sorte, n'est-ce pas se rendre encore plus coupable et se condamner par soi-même ? C'est à vous surtout, femmes du monde, à bien méditer ce point de votre religion, et à en profiter. Peu en peine de l'avenir, vous ne pensez qu'au présent ; et, refusant à votreàine tous vos soins, vous n'êtes occupées que de votre corps. Hélas ! en voulant le conserver, vous le perdez. Voilà à quoi vous ne pensez pas, et à quoi vous penserez, mais trop tard, quand, au son de la dernière trompette, ce corps renaîtra de sa propre cendre, et que vous entendrez sortir de la bouche de Dieu ces formidables pa- , rôles: Quantum... indeliciis fuitjitntuin dateilli tormentum ' ; Que les délices où ce corps a vécu, soient la mesure de son tourment. Après que vous en avez fait votre idole, que vous l'avez tant ménagé et tant flatté, la mort en a fait la pâture des vers; et la nouvelle vie que je lui rends en va faire la pâture des flammes, dont le sentiment lui sera d'autant plus douloureux, qu'il a plus goûté les fausses douceurs où vous l'avea nourri : Quantum in deliciis fuit, tantum date illi tormentum.
Concluons, mes chers auditeurs : Heui-eux le
f Apo«., XTllI, 7.
SUR LA RÉSURRECTION DE JÉSUS-CHRIST
fidèle qui croit et qui attend une résurrection glorieuse, parce qu'il se met, par la pratique de toutes les œuvres chrétiennes et par la sainteté de ses mœurs, en état de la mériter ! Voikï ce qui animait saint Paul, ce qui consolait l'Eglise naissante et persécutée, ce qui, dans la suite des siècles, a soutenu tant de martyrs, tant de solitaires, tant de religieux : car nous souffrons, disaient-ils, nous mortifions nos corps, nous nous privons des plaisirs que le monde nous présente ; mais ce n'est pas en vain : et puisque nous sommes assurés que l'Ame survit au corps, et qu'à la dernière consommation des temps le corps doit encore se rejoindre à l'âme pour commencer ensemble une vie immortelle, nous avons bien de quoi nous réjouir dans la pensée que nous serons alors abondamment' payés, par une félicité souveraine, de tout ce que nous aurons quitté sur la terre et de tous les sacrifices que nous aurons laits à Dieu. Voilà ce qui doit inspirer le même zèle et la même ardeur à tout ce qu'il y a d'âmes pieuses qui m écoutent ; je dis plus, voilà ce qui doit sanctifier tout ce qu'il y a ici de chrétiens à qui je parle. Voilà sur quoi ils doivent prendre leurs résolulions : ils ne les prendront jamais sur des principes plus solides. Si dans cette solennité ils n'ont pas encore fait leur devoir, voilà ce qui doit les engager à s'en acquitter sincèrement, à s'en acquitter promptement, à s'en acquitter pleinement. S'ils ont satisfait au précepte de l'Eglise, et qu'ils soient ainsi rentrés dans les voies de Dieu, voilà ce qui doit les y maintenir et les y faire marcher constamment ; car c'est de cette constance que tout dépend ; et pour ressusciter dans la gloire, il faut, par une sainte persévérance, mourir dans la grâce. Mais, hélas ! qui persévérera? souffrez, mes chers auditeurs, que je m'attache particulièrement à ce point, en finissant ce dernier discours. Qui, dis-je, persévérera ? où sont ces âmes fidèles à leur promesses et inébranlables dans leurs résolutions ? Il n'y a que vous, ô mon Dieu, qui les connaissiez, puisqu'il n'y a que vous qui puissiez connaître et le cœur de l'homme et l'avenir ; deux choses quivous sont toujours présentes, maisqui nous sont également cachées, et jusqu'où nos faibles lumières ne peuvent s'étendre. J'ai lieu néanmoins. Seigneur, de me consoler par les conjectures que je puis avoir d'un secret dont la parfaite connaissance vous est réservée ; et je sais en particulier, tout l'univers le sait avec moi, qu'il y a ici un cœur que votre main a formé, un cœur ennemi de l'inconstance «t de la légèreté, fidèle dans ses paroles, égal B. — ToM. III.
dans sa conduite, inviolablement attaché aux lois qu'il veut bien se prescrire ; qui, s'étani proposé de grands desseins, n'en peut être détourné par aucun obstacle; qui a fait des prodiges de valeur pour les exécuter; et, ce qui n'est pas un moindre prodige, qui a renoncé pour cela non-seulement au repos et aux plaisirs, mais à ses avantages mêmes et à ses intérêts. Jusqu'où la perfection de votre loi ne peutelle point porter, ô mon Dieu, ce cœur ferme et intrépide? et qui jamais, dans ce sens, a été plus propre que lui au royaume du ciol?
C'est donc Votre Majesté, Sire, qui fait ici toute ma consolation. Mais qui suis-jc, pour parler de moi ? Disons mieux ; les anges protecteurs de votre royaume, les saints qui redoublent jour et nuit leurs prières pour voire personne sacrée, Dieu même, si j'ose le dire, ne trouve-t-il pas, dans la fcriueté qui fait votre caractère, de quoi pouvoir se consoler de l'inconstance de la plupart des chrétiens ? C'est Dieu, Sire, qui a imprimé dans votre grande âme ce caractère de fermeté : et comme Votre Majesté, s'arrêtant au milieu de ses conquêtes, n'a point pris pour fermeté héroïque une opiniâtreté ambitieuse, aussi ne peut-elle se méprendre dans l'usage qu'elle doit faire de cette vertu. L'exemple qu'elle en vient de donner à toute l'Europe en est une preuve que la posiérilc n'oubliera jamais. Plus ferme dans sa religion que dans ses entreprises militaires, elle a fait céder ses entreprises militaires à l'intérêt commun de la religion. Au seul bruit des ennemis du nom chrétien, elle a interrompu le cours de ses armes ; votre pkîté royale n'ayant pu souffrir que vos armes, autrefois si glorieusement employées, et peut-être encoie aujourd'hui destinées par la Providence à re|)Ousscr ces iulidèles, servissent en aucune sorte à l'avancement de leurs desseins. Incapable alors de penser à vous-même, et de profiter dans celle conjoncture de la faiblesse de ceux dont votre bras a tant de fois dompté la force ; prêt à sacrifier toutdèsque vous avez compris qu'il s'agissait de la cause de Dieu, vous avez oublié vous plus justes prétentions, quand il a fallu donner des marques de votre zèle et de voire foi. Voilà ce que j'appelle fermeté, et fermeté pure, puisque ni l'ambition ni l'intérêt n'y ont nulle >art.
Mais après tout. Sire, Voire Majesté sait assez que la fermeté d'un roi chétien ne doit pas en demeurer là ; qu'elle doit être occupée clans lui à quelque chose encore de plus digne de lui ; qu'il eu doit être lui-nièuie le sujet, e' ijuCs
SERMON POUR LE LUNDI DE PAQUES
comme toutes les qualités qu'on admire dans les héros seraient peu estimées des hommes si la fermeté y manquait, ainsi la fermeté même est peu estimée de Dieu si elle n'est jointe avec sa grâce, qui seule fait à ses yeux notre mérite. Oui, c'est pour conserver la grâce, que Votre Majesté a reçu de Dieu ce caractère de fermeté et de constance ; et jamais la guerre, ce théâtre si éclatant pour elle, ne lui a fourni de plus nobles triomphes que ceux d'un monarque qui fait triompher dans sa personne la grâce de son Dieu. Si dans tous les élals la persévérance chrétienne est le dernier effet de la grâce, on peut dire que c'est une espèce de miracle dans un roi, et surtout dans le plus absolu des rois, puisqu'il trouve dans sa grandeur même les plus dangereux ennemis qu'il ait à combattre. Car, que ne doit pas craindre pour le salut celui à qui tout obéit, à qui tout cède, à qui rien ne peut résister, à qui tout s'efforce de plaire, et à qui tout craint souverainement de déplaire ? et quelle fermeté d'âme ne doit-il pas opposer à tout cela, s'il veut, disait saint Bernard, que
tout cela, en l'élevant, ne le perde pas ? Mais aussi de quel mérite devant Dieu ne doit pas être la persévérance d'un prince qui, se voyant au-dessus de tout et maître de tout, s'étudie à l'être encore plus de lui-mèuîe ; qui, lecevant à tous moments les hommages des hommes, n'oublie jamais ce qu'il doit à Dieu ; qui joint avec la majesté du trône l'humilité de la religion, avec l'indépendance d'un souverain la charité d'un chrétien, avec le droit d'impunité l'équité la plus droite, et tous les sentiments de la plus exacte probité ?
Voilà, Sire, les victoires que la grâce toutepuissante de Jésus-Christ doit remporter dans vous. Demeurant ferme dans cette grâce, vouS confondrez les libertins, qui craignent votre -persévérance ; vous consolerez les gens de bien, qui en font le sujet de leurs vœux ; et, constant pour un Dieu si constant lui-même pour vous, en gouvernant un royaume de la terre, vous mériterez de posséder le royaume éternel, que je vous souhaite, etc.
SERMON POUR LE LUNDI DE PAQUES
SUR LA RÉSURRECTION DE JÉSUS-CHRIST
ANALYSE
SoJET. Tandis qu'ils s'entretenaient et quHls raisonnaient ensemble, Jésiis se joignit à eus, et marcha avec eux ; mais uraifat un voile sur les yeux pour ne le pas connaître.
Ces disciples, dont il est parié dans l'Evongile, manquaient de foi en Jésus-Ctirist et d'amour pour Jésus-Christ. Or, c'est pour k-di' inspirer l'un et l'autre qu'il les rend témoins de sa résurrection.
Division. Résurrection de Jésus-Ctirist, motif puissant pour croire sa divinité : première partie. Résurrection de Jésus-Christ, engagement indispensable à aimer sa sainte humanité : deuxième partie.
{La première partie de ce sermon est la même que celle du sermon précédent.)
Deuxième partie. Résurrection de Jésus-Christ, engagement indispensable à aimer sa sainte humanité : pourquoi? 1° parce que c'est pour nous qu'il est ressuscité ; i' parce que, dans le triomphe morne de sa résurrection, il a voulu conserver les marques les plus authentiques et les caractères les plus visibles de son amour pour nous, savoir, les cicatrices des blessures qu'il avait reçues dans sa passion ; 3° parce qu'en ressuscitant glorieux, il a élevé son humanité à un état de perfection oij nous ne pouvons nous défendre de l'aimer, mais d'un amour pur et tout spirituel.
l» C'est pour nous que Jésus-Christ est ressuscité: ainsi nous l'enseigne l'Apôtre: Resurrexit propter jitstifieationem nostr En effet, il n'est ressuscité qu'alin de nous ressusciter avec lui, et de ressusciter lui-même dans nous. Dieu donc, dans sa résiu»reclion, nous le donne une seconde t'ois, comme il nous le donna dans sa naissinci; i:iii[n;ilité de sauveur, en qualité de pasteur, en qualité de docteur et de maître : en qualité de sauveur, puisque, dans sa résurrection, il mit le sceau Ji tout ce qu'il arai et à tout ce qu'il avait souffert pour notre salut; en qualité de pasieur, puisque son premier soin, après sa résurrection, fuldo ramasser son troupeau, que l'infidélité avait dissipé ; en qualité de docteur et de maître, puisque tout le temps qu'il demeurasur •a terre depuis qu il fut ressuscité, il l'employa à instruire ses disciples. Or, que doit nous inspirer tout cela ? uo zèle ardent et 'in amour tendre pour cet Homme-Dieu.
%' Dans sa résurrection, Jésus-Christ a voulu conserver les marques les plus authentiques et les carartères les plus visibles!'' son amour pour nous, savoir: les cicatrices des blessures qu'il avait reçues dans sa passion : par où il nous fait entendre que, dans le séjour même Je sa gloire, il ne veut point nous oublier, mais qu'il veut nous servir d'avocat auprès de son Wre. Nousne devons donc jamais l'oublier nous-mêmes.
3" Jésus-Christ, en ressuscitant glorieux, a élevé son huininité à un état de perfection oii nous ne pouvons nous défendre de l'aimer, mais d'un amour pur et tout spirituel. Il l'a rendue impassible et immortelle; il l'a revêtue de toute la splendeur que répand sur elle sa divinité.
Concluons avec siint Paul: Que celuiqui n'aime pas le Seigneur Jésus soit anathèmel Aimons-le, non pas toujours d'un «Bcnr sensible, mais d'un amour solide. Or, est-ce l'aimer de la sorte, que de vivre comme nous vivons ?
SUR LA RÉSURRECTION DE JÉSUS-CHHIST
SI faetxm esl, dum/iiiularentur et secum qwsrereiU, et ipse Jenu appropinquaas ibat cum iilit ; oaili autem iilorum ienebanlur ne tum agnoscerent'
Tandis qu'ils s'entretenaient et qu'ils raisonnaient ensemble, Jésus se jcignit à eux, et marcha avec eux; mais ils avaient un voile sur les yeux pour ne le pas connaître. {Saint Luc, chap. xxrv, 15, 16.)
Quand je considère, chrétiens, la disposition où se trouvaient ces deux disciples dont nous parle notre Evangile, il me seinido que le Sauveur du monde eut deux grandes maladies à guérir flans leurs personnes, et qu'il fut nécessaire qu'il employât pour cela les remèdes les plus puissants, et toute la force de sa grâce. Car premièrement, ils n'avaient pas la foi qu'ils devaient avoir en lui ; et de plus, quoiqu'ils eussent été jusqu'alors du nombre de ses disciples, >ls commençaient à se détacher de lui. Ils étaient incrédules, et ils étaient froids et languissants : ils ne croyaient pas de lui ce qu'ils devaient croire, et ils n'aimaient pas dans lui ce qu'ils devaient aimer. Ils ne croyaient pas de lui ce qu'ils devaient croire ; car il était Dieu, et ils n'eu parlaient que comme d'un homme, a'oaissant leur foi à dL's idées communes et populaires, traitant Jésus-Christ de prophète, avouant qu'il avait été puissant en œuvres et en paroles, mais ne lui donnant rien de plus, et n'y reconnaissant que ce que les juifs grossiers et charnels y avaient eux-mêmes reconnu : De Jesu Nazareno qui fuit vir propheta •. Voilà leur incrédulité. Ils étaient froids et languissants dans son aiuour : car c'est pour cela qu'ils sortaient de Jérusalem, n'osant pas se déclarer ses disciples, abandonnant son parti et ses intérêts, n'espérant plus en lui, et n'attendant plus de lui cette rédemption d'Israël sur laquelle ils avaient compté : lYos autem spercbamus, quia ipseesset redempturus hrael"^. Tout cela, chrétiens, parce qu'ils n'étaient pas persuadés de sa résurrection : car le seul doute qu'ils avaient si Jésus-Christ était ressuscité, et s'il devait même ressusciter, corrompait leur foi et ralentissait leur zèle. Que fait donc Jésus- Christ ? Il les convainc par une expérience sensible qu'il est vraiment ressuscité ; et dans cette apparition il éclaire leurs esprits, et il embrase leurs cœurs. Il éclaire leurs esprits, en leur expliquant ce que Moïse et les prophètes ont dit de lui, et leur donnant de la vénération pour ce Christ et ce Messie qu'il leur propose comme un Dieu de gloire ; jusqu'à ce qu'enfln il leur ouvre tout à fait les yeux, en leur décou- Trant que c'est lui-mcuie qui leur parle, et les obligeant de coniesser qu'il est leur Dieu et leur Seigneur. Et il échauffe leurs cœurs,
.'Luc, xxiT, 19. — 'Ibidv
leur inspirant peu à peu par ses discours des sentiments d'amour pour sa personne ; d'oii vient qu'ils se disaient l'un à l'autre : N'est-il pas vrai que notre cœur était tout enflammé et tout ardent lorsqu'il nous parlait dans le chemin, et qu'il nous expliquait les Ecritures î Voilà, mes chers auditeurs, le sujet de l'instruction que j'ai à vous faire. Ce qu'étaient ces deux disciples d'Einmaûs à l'égard du Fils de Dieu, c'est ce que sont encore aujourd'hui je ne sais combien de chrétiens lâches, infidèles, remplis de l'amour du monde, et que l'on peut dire avoir en quelque sorte renoncé à Jésus-Christ, quoiqu'ils fassent encore extérieurement profession d'être ses disciples. Ils en ont le caractère et le nom ; mais à peine ontils la foi, ou à peine sont-ils touchés d'aucun sentiment d'amour pour cet Hoinme- Dieu. Ils ne croient que faiblement, et ils n'aiment pres(]ue point du tout, parce que la vraie charité ne peut avoir d'autre fondement que celui de la foi.
Je veux donc dans ce discours travailler à relever ce loudement, et à corriger ces deux désordres, dont le premier est notre infidélité, et le second, notre insensibilité. Je prétends que Jésus-Christ ressuscité doit parfaitement établir et dans nos esprits la foi de sa divinité, et dans nos cœui's l'aniour de sa sainte humanité. Je m'explique. Qu'est-ce que Jésus-Christ? Un composé de diîux natures, l'une divine, l'autre humaine. La divinité demande surtout notre foi, et l'humanité notre amour. Car, dit saint Jean, c'est la foi de la divinité de Jésus-Christ qui nous sanctifie, et c'est l'humanité de Jésus- Christ qui nous a sauvés. Or, pour avoir cette foi divine et ce saint amour, nous n'avons qu'à nous attacher au mystère de la résurrection. Dans ce mystère nous apprenons à connaître Jésus-Christ et à l'aimer ; à le connaître comme Dieu, et à l'aimer comme Dieu-Homme et Sauveur. Résurrection de Jésus-Christ, motif puissant pour croire sa divinité : c'est la première partie. Résurrection de Jésus -Christ, engagement indispensable à aimer sa sainte huniaiiité : c'est la seconde ; et voilà tout le sujet do \otre attention.
(La preni'.ère partie de ce sermon est la même que celle du sermon précédent.)