‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 31 sur 139 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

C'est une vérité, chrétiens, qui ne peut être ronleslée, qu'après Jésus-Christ, l'exemple de Marie, sa mère, est l'idée la plus excellente que nous puissions nous proposer pour la conduite de notre vie. A quoi j'ajoute, en particulier, que l'usage qu'a fait Marie de la grâce de sa conception, est le modèle le plus parfait que Dieu put nous nictlre devant les yeux, pour nous apprendre l'usage que nous devons faire de la grâce lie notre sanctification. C'est, mes chers auditeurs, ce qui vous va paraître évident, par la comparaison de ces deux grâces, ou plutôt par l'opposition que je remarque entre Marie et nous, touchant la corres|iondance et la lidélité dues à ces deux grâces. Opposition qui d'une part nous confondra, mais qui de l'autre nous instruira, et dont il ne tiendra qu'à nous de tirer les règles les plus solides et les plus sûres d'une vie chrétienne.

Car, prenez garde, s'il vous plaît : Marie, quoique exempte de toute faiblesse et conlîrmée en grâce dans sa conception, n'a pas laissé de fuir le monde et la corruption du monde. Marie, quoique conçue avec tous les lanviléges de l'innocence, n'a pas laissé de vivre dans l'austérité et dans les ligueurs de la pénitence. Alarie, quoique remplie du Saint-Esprit dès l'instant de son origine, n'a pas laissé de travailler ; et, sans mettre jamais de bornes à sa sainteté, elle a toujours été croissant en vertus et en mérites. Quelles conséquences pour nous, qui sommi s, il est vrai, soit dans le baptême, soit dans la pénitence, régénérés et justifiés par la giàce, mais par une grâce qui n'a ni la stabilité de celle de Maiie, ni son intégrité, ni sa plénitude ; o*' plutôt, par une grâce dont les caractères s"^ tout dilféri'nts de celle de Marie ! je veu" par une grâce qui, tout puissante qu'r' se trouve e.\posée â nos inconstances ci fragilités; qui, toute sancliiiante qu'elle t. n'étant pas une grâce d'innocence, ne nous dispense pas de l'obligation de pleurer et de nous morlilier; qui, tout abondante qu'elle est, n'empêche pas qu'il ne reste encore dans nous un vide, je dis un vide de mérites que Dieu veut que nous remplissions par nos actions et par nos œuvres. Cependant, malgré la différence de ces caractères, nous nous obstinons à n'en croire que notre propre sens; et suivant des maximes et des voies contradictoirement opposées à celles de Marie, quoique fragiles et sujets à tous les di'sordres d'une nature corrompue, nous nous exposons témérairement aux plus

dangereuses tentations du monde. Quoique conçus dans le péché et dans l'iniquité, nous prétendons vivre dans la mollesse et dans le plaisir ; quoique dénués de mérites et de vertus, nous arrêtons le don de Dieu, et nous retenons sa grâce dans l'oisiveté dune vie mondaine et inutile. N'apprendrons-nous jamais à nous conduire selon les lois de cette parfaite sagesse, qui, comme iiarlel'Exangile, doit nous rappeler, tout pécheurs que nous sommes, à la prudence des justes ?el Die;i pouvait-il nous y engager par des raisons plus fortes et plus pressantes que celles-ci, qui sont les suites naturelles du mystère que nous célébrons ?

Marie, sanctifiée dès sa conception, n'a jamais perdu la grâce qu'elle avait reçue de Dieu : je ne m'en étonne pas. Non-seulement elle ne l'a jamais perdue, mais elle n'en a jamais terni le lustre parle moindre péché. Ainsi, selon le témoignage et la décision du concile de Trente, l'a toujours cru toute l'Eglise : Quemadmodum de beata Virgine tenet Ecclesia. Ce n'est point encore ce qui me surprend ; mais ce que j'admire et ce qui fait le sujet de mon étonnemeut, c'est de voir la circonspection, rallenlion, la vigilance avec laquelle Marie a conservé celte grâce, qu'elle ne devait jamais perdre, et même qu'elle ne pouvait perdre, l'ayant ménagée avec autant de précaution que si elle eût couru tous les risques ; s'étant pour cela, dès sa plus tendre enlance, séparée du monde ; avant renoncé pour cela à tout commerce et à tout engagement avec le inonde ; ayant consacré pour cela les prémices de sa vie par un divorce solennel et éternel avec le inonde ; ayant vécu pour cela dans un si parfait éloignement du monde, que la vue même d'un ange la troubla, •(le qu'il était transfiguré en lionnne : voilà, ce qui me jette dans l'admiration. Car . grâce de la conception de Marie était ^cîuvede la corruption du monde; c'était grâce solide, que toute l'iniquité du monde ,t> [,ouvait altérer ni ébranler ; et la même t'ueoiogie qui nous enseigne que la Mère de Dieu ne pécha jamais , nous apprend qu'elle était impeccable par grâce, comme Jésus-Christ l'était par nature ; parce qu'à l'instant même qu'elle fut conçue, Dieu la confirma et la fixa dan l'état de la sainteté. Le monde, tout perverti qu'il est, n'avait donc rien de dangereux pour elle. En quelque occasion qu'elle se fût trouvée, elle aurait donc pu marcher sûrement ; et la grâce qu'elle portait dans son cœur n'aurait pas plus été souillée de tous les désordres et de tous les scandales du inonde, que le rayon du

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soleil de la boue qu'il éclaire et qu'il pénètre sans en contracter l'impureté. Mais c'est en cela même que la conduite de cette reine des vierges devient aujourd'hui notre exeni|>le, et que son exemple, par l'énorme contrariété qui se rencontre entre elle et nous, est une conviction seule capable de nous confondre devant Dieu. Car voici, chrétiens, en quoi je la fais consister. Marie, en vertu de sa conception, possédait une grâce inaltérable, et, comme parlent les théologiens, inamissible;cependan telle marcha toujours dans l'étroite voie de la crainte du Seigneur: et nous, tout faibles que nous sommes, nous nous exposons témérairement à tous les dangers. Nous portons, comme dit l'Apôtre, le trésor de la grâce dans des vases de terre, c'està-dire dans des corps mortels el corru|)tibles : Habemus thesaurum istitm in viisis [iciilibus ' ; et nous ne craignons rien. Nous le portons, ce riche et précieux trésor, dans un chemin glissant, parmi des lénèbres^épaisses, au milieu des écueils et des précipices, poursuivis d'autant de démons qu'il y a d'ennemis de notre salul qui chei chent à nous l'enlever ; et rien de tout cela ne nous rend plus attentifs et plus vigilants. Je ne sais si je m'explique assez, et je ne puis trop insister sur ce parallèle. Marie qui, par la grâce de son origine, était e.xempte des faiblesses du péché, s'est néanmoins, par zèle et par amour de ses devoirs, éloignée des occasions du péché; et nous, à qui notre l'ai- Dlesse fait souvent de ces occasions autant de péchés, nous nous y jetons présomptueusement, et nous y demeurons opiniâtrement. Marie, h qui Dieu, dans sa conception, avait donné un préservatif infaillible contre le monde, se tint néanmoins dans une entière séparation du monde; el nous, qui savons par tant d'épreuves combien le monde est contagieux pour nous, bien loin de le fuir, nous l'aimons, nous nous y plaisons, nous nous y intriguons, nous nous y poussons; outre les engagements légitimes que nous y avons par la nécessité de notre état, no.us nous en faisons tous les jours de volontaires et de criminels.

Or, c'est en quoi paraît notre |)résoinplion, de vouloir que Dieu fasse continiiellemiint pour nous des miracles. Il n'en a fait qu'un pour sanclilier Marie, et nous voudrions qu'il en fit sans cesse de nouveaux pour nous conserver. Comme ces trois jeunes hammes dans la fournaise de Babylone, au milieu des flammes qu'allume partout l'esprit impur, nous voudrions qu'il nous soutint en mille occasions où la cu-

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riosité nous porte, où la vanité nous conduit, où la passion nous attache, où nous nous trouvons contre l'ordre du Ciel, et où la grâce même des anges ne serait pas en sûreté. Nous voudrions, avec une grâce aussi peu stable que la nôtre, être aussi forts et avoir les mêmes droits que Marie avec la grâce saine et entière de sa conception ; et ce que Marie n'a pas osé dans l'étal de cette grâce privilégiée, nous l'osons dans le triste état où le péché nous a réduits. Mais abus, chrétiens; le prétendre ainsi, c'est nous aveugler et nous tromper nous-mêmes. Si cela était, les saints auraient pris, pour ne pas risquer la grâce de leur inno(5ence, des mesures bien peu nécessaires. En vain l'Esprit de Dieu qui les gouvernait leur aurait-il inspiré tant de haine pour le monde ; et en vain ce même Esprit nous proposerait -il la sainteté de Marie comme une sainteté exemplaire, puisque sans nous séparer du monde et sans le combattre, il nous serait aisé, au milieu du monde même, de nous maintenir dans la grâce. Non, non, il n'en va pas de la sorte. La grâce qui nous rend amis et enfants de Dieu, est une grâce que nous pouvons perdre ; et par conséquent nous devons veiller avec soin sur cette grâce, prêts à exposer tout le reste pour elle, parce qu'elle est la vie de notre âme, et déterminés â ne l'exposer jamais, parce qu'en la perdant nous perdons tout. Elle nous est enviée par le démon, et c'est ce qui nous doit rendre plus circonspects ; de puissants ennemis l'attaquent dans nous, et c'est à nous de nous en défendre ; et puisqu'il a plu au Seigneur de nous soumettre à cette nécessité d'avoir toujours les armes à la main, il faut de cette nécessité, quelque gênante qu'elle puisse être, nous faire un mérite et une vertu : cela nous obligerai opéier notre salut avec crainte et avec tremblement; ainsi le prétendait saint Paul. 11 faudra renoncer à un certain monde : heureux si par là nous assurons le talent que Dieu nous a confié ! On ne nous dit pas qu'il faille renoncer à tous les engagements du monde : car il y en a qui sont d'un devoir indispensable, et ceux-là n'ont rien d'incompatible avec la grâce; mais on nous dit qu'il faut renoncer à ceux qui n'on' point d'autre fondement que la passion, que! plaisir, que la sensualité ; parce quela grâce, toute sanctiliaute qu'elle est, ne peut subsister avec eux. On ne nous oblige pas à fuir le monde en général, mais on nous oblige à fuir un inonde particulier qui nous pervertit et qui nous pervertira toujours, parce que c'est un monde où règne le péché, un monde d'où la charité est bannie, un monde dont la médisance fait presque tous

SUR LA CONCEPTION DE LA VIERGE

jes entretiens, un monde où le Iil)ertinage passe noii-seiilement poiu" agréable, mais pour lionnète ; un monde dont nous ne sortons jamais qu'avec des consciences ou trouljlées de remords, ou chargées de crimes; un monde au torre!;'^ duquel nous sentons bien que nous ne pouvons résister.

Voilà l'essentielle et importante vérité que nous prêche Mirie par son exemple ; et c'est à vous, âmes fidèles, dont elle a honoré le sexe» (le V0U-! l'aiiplirj ler personnellement : car l'exemple de Marie est fait ponr vous; et quand saint Ainbroise parlait aux femmes chrétiennes de son siècle, c'était la règle qu'il leur proposait. Considérez Marie, leur disait-il; il n'y a rien dims sa conduite qui ne vous instruise. Voyez avec quelle réserve et avec quelle modestie elle rcrut la visite d'un ange; et vous apprendrez coinmeni vous devez traiter avec des hommes pécheurs. C'était imange, mais sous une figure humaine; et voilà pourquoi elle prétendit avoir raison et même obligation d:^ se troubler. C'était le ministre de Dieu, 1 ambris^adear de Dieu; mais elle savait qu'une épouse de Dieu doit se délli-r des serviteurs de Dieu même. Elle était conliruice en grâce, et le Seigneur était avec elle, mais il n'était avec elle, reprend saint Ambroise, que parce qu'elle ne pouvait être sans peine avec tout autre qu'aveclui; et elle n'i'tait coufirmôe en grâce, que parce qu'elle était confirmée dans la défiance d'elle-même. Voilà le modèle et le grand modèle sur lequel Dieu vous jugera, mais sur lequel j'aime bien mieux que vous vous jugiez dôsaujourd'hui vousmêmes. Par là, jedis par votre co::lbrini té à ce modèle, et par le soin que vous aurez d'imiter cet cxi'mple, votre conduite sera telle i|ue le veut saint Paul, irrépréhensible et sans tache ; par là votre ré|)utidion, dont vous êtes responsables à Dieu et aux hommes, se trouvera à couvert de la médisance; par là vous serez au-dessus de la censm-e, et le monde môme vous respectera; par là cesseront tant d'imprudences malheureuses q ù sont le scandale de votre vie; tant de libertés que le monde même, tout corrompu qu'il est, ne vous permet ui ne vous pardonne pas; tant de conversations don! la licence n'aboulii qu'à l'iniquité : par là les biensé mces les pi !s exactes et les plus sévères vous deviendront dans la pratique aussi douces qu'elles vous semblaient importunes et fatiguantes ; parla votre régularité confondra le libertinage, et votre piélé sera une piété solide : car qu'est-ce que vulic piété sans cette régularité, sinon un fantome ('ue Dieu réprouve, et dont les hommes

font le sujet de leurs railleries ? En un mot, vous réj:lant sur l'exemple de Marie, vous sanctifierez le ciu-islianisme dans vos personnes : car je vous l'ai déjà dit plus d'une fois, mesdames, et j'ose encore ici vous le redire, c'est de vous, et presque uniquement de vous que dépend le bon ordre et la sanctification du christianisme ; j'en appelle là-dessus à vos propres connaissances ; et pour vous convaincre de cette vérité, je ne veux point d'autres témoins que vous-mêmes.

Cependant Marie n'ayant jamais perdu, ni môme souillé par le moindre péché, la grâce de sa concetliou, selon les lois communes, ne devait-elle pas être exempte des rigueurs de la pénitence? Tel était sans doute le privilège de son état ; mais prétendit-elle en jouir ? Non, mes chers auditeurs. Mère d'un Fils qui, sans avoir connu le péché, venait au monde pour être la victime publique du péché, elle voulut avoir part à son sacrificcMère d'un Dieu qui, étant l'innocence môme, v .nait par sa mort faire pénitence pour nous, elle se fit un devoir et nu mérite d'entrer dans ses sentiments : elle ressentit comme lui les péchés des hommes, elle les pleura; et la douleur qu'elle en conçut, selon l'oracle de Simcon, fut comme une épée qui perça son âme et qui déchira son cœur. Q loi (ue sainte el remplie de grâce, elle passa ses jours dans la pénitence la plus austère ; et c'e st ce que nous avons de la peine à comprendre. .Mais ce que je comprends encore moins, c'est que des pécheurs, et des pécheurs chargés de crimes, par une conduite directemont opposée, veuillent goûter toutes les douceurs de la vie. Car voilà notre désordre ; déchus de la grâce de l'innocence, nous en voulons avoir tous les avantages; conçus dans le péché, nous n'en voufons pas subir les cliàti:nents, ni prendre les remèdes. Les avantages de l'innocence sont le repos, latranquillilé, le plaisir, la joie; je dis une joie pure, sans disgiàce et sans amertume. Or n'est-ce pas là ce que nous rechercaous avec tant d'empressement et tant de passion ; et à nous entendre parler, à nous voir agir, ne dirait-on pas que nous y avons droit? Au contraire, l'assujettissement, le travail, l'humiliation, la souffrance, les larmes, .-^elon l'Apùtre,sont le juste paiement et la solde du |)éché : Stipemlia peccati '; mais qu'avons-nous plus en horrj ir? de quoi cherchons-nous plus à nous préserver ' et nous prêcher une telle morale, n'est-ce pas, à ce qu'il parait, nous oH'enser? La pénitencj, disent les conciles, est connue le

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SUR T.A CnNC-FP^IOX DE LA VIERGE.

?;)priiément et comme le recouvrement de la grâce de l'innocence; et malgré la perte de notre innocence, nous ne voulons point de pénitence. Si Dieu nous la fait faire par hii-mème, nous en murmurons; si cette pénitence se trouve attachée à nos conditions, nous nous la rendons inutile; d'une pénitence sahilaire qu'elle pouvait être, nous nous en faisons une pénitence forcée; et voilà, mes chers auditeurs, votre malheureux état. Car où voit-on plus de sujets et plus de nialiôie de pénilcnce qu'à la cour; et en même teuips où voit-on dans la pratique moins de pénitence chrétienne qu'à la cour? Là où le pcclié abonde, c'est là, par un renversement bien déplorable, que je trouve moins la vraie pénilence, et que règne avec plus d'empire l'orgueil de l'esprit, la mollesse des sens, et l'amour de soi-même.

Eulin, par nue dernière opposition entre Marie et nous, quoique la grâce de sa conception lût une grâce surabondante et presque sans mesure, Marie néanmoins n'en est pas demeurée là; mais toute son application, tandis qu'elle vécut, fut d'augmenter cette grâce, croissant tous les jours de mérite en mérite, de sainteté en sainteté : et nous, en qui la grâce même laisse un si grand vide, nous n'avons nul zèle pour le remplir; nous nous cou ton tous de ce que nous sommes : pour \m lioiniue du monde, dit-on, pour un courtisan, il n'en faut pas davantage. Et qui sonnncs-nous pour borner ainsi la grâce de notre Dieu : Qui escis vos ' ? Si Dieu veut se servir de nous, et s'il demande de nous plus de perfection, pourquoi ne lui obéirons-nous pas, et pourquoi faudra-t-il que sa main et sa miséricorde soient raccourcies par notre infidélité? Ah ! chrétiens, la consistance dans la grâce n'est que pour la gloire. Dans celle vie, ou il faut croître, ou il faut déchoir. C'est ce que saint Paul enseignait aux premiers fidèles. Croissez, mes frères, leur disait-il, dans la science de Dieu; croissez dans son amour et dans sa grâce; croissez dans la foi et dans toutes les vertus; sans cela, vousèles dans la voie de perdition. Or, pour croître de la sorte, i! faut agir ; et c'est ce qu'a fait Marie. Sans laisser jamais la grâce oisive, elle l'a rendue agissante, fervente, appliquée à de coulimielles pratiques de pieté et de charité. Mais quelles bonnes œuvres pratiquez-vous, et à quels devoirs de charité envers les pauvres vous adonnez-vous? S'il y a pour vous un moyen sûr et infaillible de per.^évércr dans la grâce, au milieu du monde où vous vivez, c'est celui-là. Car au

' Juditl)., VIII, n*

lieu que saint Bernard vous déclare, et avec raison, que, quoi que vous fassiez, vous na conserverez jamais l'humilité dans le luxe, la chasteté dans les délices, la piété dans les intrigues et dans les vaines occupations du siècle, je vous dis, pour voire consolation, qu'en donnant vos soinsaux pauvres de Jésus-Christ, et en vous employant pour eux, vous corrigerez votre délicatesse par la vue de leursmisères, voli'C vanité par les services que vous leur rendrez, votre froideur et votre indévotion par la sainteté de cet exercice; et qu'ainsi, malgré les périls mêmes de votre état, mettant celle grâce en œuvre et la faisant ;igir pour Dieu, vous la sauverez pour vous-mêmes. Et de quoi nous sert-il, mes chers auditeurs, de posséder cette grâce si précieuse, et de n'en faire aucun usage ?

C'est dnic ainsi que Marie a honoré !a grâce, et que nous devons l'honorer. Quand Tertullien parle de la défiance salutaire que nous devons avoir de nous-n è.iies pour nous préserver du péché, il dit un beau mot, savoir : que la crainte de l'homme est alors un respect et un honneur que l'homme, en vue de sa faiblesse et par esprit de religion, rend humblement à Dieu : Timor liomiiiis hduor Dei ; parce qu'en effet rien n'est plus honorable à Dieu que celle circonspection de l'homme, et cette attention non-seulement à ne point offenser son Dieu, mais à ne courir pas môme volontairement le moiiuli'e risque de perdre sa grâce. Et le môme Tertullien, expliquant davantage sa pensée, dans l'exemple de cei tains pécheurs, qui, sorlis de leurs désordres et des occasions malheureuses oùils s'étaient engagés, y renoncent pour jamais et de bonne foi, semblables à ceux qui, s'étant sauvés d'un naufrage, disent un élernel adieu à la mer ; il ajoute que ces pécheurs honorent le bienfait de Dieu et la grâce de leiu- con\ersion, par le souvenir efficace du danger qu'ils ont couru : Et beiic'ficium Dei, snlidein suam scilicet, memoria periculi honorant. Faisons encore plus : comme Marie, ne nous contenions pas d'honorer la grâce en la conservant, niids honorons-la en lui laissant toute son action; honorons-la en lui faisant prendre tous les jours de nouveaux accroissements, et en lui disposant pour cela nos cœurs.

C'est dans cette sainte résolution, ô glorieuse Mère de mon Dieu, que nous vous présentons nos vœux ; et que, touché d'un zèle particul er comme préJicaeturde l'Evangile, j'ose vous présenter les miens, non-seulement pour atnrer sur tous mes auditeurs les effets de votre protection, inaisalin que Dieu, par votre interces-

SUR LA CONCEPTION DE LA VIERGE

sion toute-pnissante, sanctifie l'augiiste mariage qui fait maintenant le sujet de notre joie '. C'est votre ouvrage. Sire ; et par l'intérêt que l'Eglise et la religion, aussi bien que l'Etat, y doivent prendre, le devoir de mon ministère m'olilige ici à vous en féliciter. Le jeune prince que vous éleviez, et que la Providence a destiné pour être dans la suite des temps assis sur le trône, formé par vous, était déjà le prodige de son âge et l'admiration de la cour. Dans la première fleur de ses années, capable de juger de lout, inttdiigent, savant, pénétrant, plein d'une solide raison, et, ce qui est encore plus, d'une solide relisiou, aimant le bien, ayant en horreur l'injustice et l'impiété, né avec des inclinations toutes royales, équitable, humain, généreux, ce prince était déjà parvenu à être, non plus l'espérance, mais la consolation de Votre Majesté, il lui fallait une princesse digne de lui : Votre Majesté l'a trouvée. Nous la voyons, et j'ai l'honneur d'être le premier qui, dans le haut rang où elle nous parait aujourd'hui, liû annonce les vérités du salut. 11 me sulfirait, pour faire en deux mots l'éloge de cette princesse, de dire que Votre Majesté l'a préférée à toutes les princesses de l'Europe ; et que, toute jeune qu'elle est, elle a su gagner votre estime. Mais il n'est pas ici question de faire l'éloge de la princesse, il s'agit de rendre grâce à Dieu de nous l'avoir donnée, et de lui faire connaître à elle-même les dessei.ns de Dieu sur elle. Elle nous a apporté la paix, et par là sa personne nous doit èlre chère ; mais nous nous en promettons encore quelque chose de plus important. On admire en elle des qualités qui la rendent parfaite selon le monde ; on est charmé de ses manières, de la vivacité de son esprit, de la maturité de son jugement, de cette science du monde si avancée, de ce talent qu'elle a de savoir plaire à qui elle doit plaire; mais pour moi qui ne dois avoir égard qu'à ce qui la rend parfaite selon Dieu, je bénis le Ciel de nous avoir donné dans sa personne une princesse chrétienne, une princesse qui, instruite de la religion qu'elle professe, fera son capital de la pratiquer ; qui, occupée de ses devoirs, n'aura rien, Sire, plus à cœur que de seconder le zèle de Votre Miijesté, que de se conformer en toutes choses à ses intentions, que de mériter les bonnes

^ Le P. Bourdaloue fit ce compliment au roi deux jours après le mariage de monseigneur le duc de Bourgogne.

grâces de Monseigneur, que d'édifier le prince sou époux, que de servir de modèle à toutes les princesses de la cour, que de leur inspirer, pas sa conduite, l'amour de la vraie piété, que de leur en donner le goût ; une princesse qui, s'élevant au-dessus de la vanité, emploiera le discernement et les lumières dont Dieu l'a pourvue, à démêler la vérité d'avec le mensonge, à éloigner de soi la flat terie, à se préserver de l'erreur, à ne pas donner dans le piège des passions d'autrui, à être en garde contre l'inlrigue, à ne pas se laisser séduire par la médisance, à bannir le libertinage de sa maison, à en exterminer le vice, à y maintenir la probité, à y faire ci'aindre et honorer Dieu ; une princesse dont bientôt les exemples seront plus puissants que toutes mes paroles, pour établir dans cette cour le règne des vertus, et qui, marchant sur les pas de ces grandes reines et de ces vertueuses princesses dont la mémoire toute récente est en' core parmi nous en bénédiction, sera comme elles la protectrice déclarée des intérêts de Dieu , la mère des pauvres, le refuge et l'asile des malheureux. Voilà, plus que son rang, ce qui me la rend vénérable, et ce qui me fait dire, comme le serviteur d'Abraham, lorsque, voyant pour la première fois l'épouse du fils de son maitre, il s'écria, dans un transport d'admiration et d'action de grâces : Ipsa est millier, quain prœparuvit Dûmiints filio domini mei ' ; Oui, la voici, celle que Dieu, par son aimable providence, a choisie pour être l'épouse du tils de mou seigneur : Fiiio domini mei. Ces paroles d'Elièzer furent une espèce de prédiction, qui s'accomplit dans la suite par l'abondance des grâces que Dieu répandit sur la maison d'Abraham et sur le mariage d'Isaac. Faites, ô mon Dieu, que ces mêmes paroles, appliquées à notre invincible monarque et à son auguste famille, soient suivies des mêmes effets ; et puisque vous êtes l'auteur de cette glorieuse alliance qui vient de mettre le comble à notre bonheur, versez sur les deux royales personnes qu'elle a unies d'un lieu si sacré, vos plus singulières faveurs, non-seulement par les prospérités temporelles dont ils méritent d'être comblés, mais encore plus abondamment par les grâces du salut, (|ui seront pour l'un et pour l'autre le principe d'une éternité bienheureuse que je leur souhaite, au nom du Père, etc.

SÎÎR L'ANNONCIATION DE LA VIERGE. loi

PREMIER SEUMON SUR L'ANNONCIATION DE LA VIERGE

ANALYSE

Sdjet. Alors Marie dit à l'ange : Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole.

C'est en conséquence de cette réponse et de ce consentement de Marie, que le Fils de Dieu descendit de sa gloire, et s'incarna dans les chastes entrailles de cette vierge.

Division. Marie conçut le Verbe de Dieu, et par l'humilité de son cœur, première partie; et par la pureté de son corps, deuxième partie.

Première partie. Mirie conçut le Verbe de Dieu par l'humilité de son cœur. C'est l'humilité, dit saint Augustin, qui, delà part de l'homme, doit être la première et l'essentielle disposition aux communications de Dieu ;si donc Dieu choisitMarie poiur sa mère, préférablement à toute autre femme, c'est qu'elle lui parut seule dans l'état de cette humilité parfaite qu'il demandait.

En effet, remarque saint Bernard, un Dieu qui lui-même était sur le point des'humilier jusqu'à l'excès en se revêtant de notre chair, devait avoir des complaisances infinies pour l'humilité. Mais qu'y eut- il donc de si singulier dans l'humilité de Marie? 1° Ce fut une humilité jointe à la plénitude du mérite. On la salue comme pleine de grâce ; Gralia plena ; et elle répond qu'elle est la servante du Seigneur: Ecce ancilla Doinini. 2° Ce fut une humilité dans le comble de l'honneur. Un ange lui vient annoncer qu'elle sera la Mère de Dieu: Ecce concilies; et elle ne se donne que le titre de servante de Dieu : Ecce flncilla Domini. Or, Toilà ce qui ravit le Ciel; voilà ce qui achève de déterminer le Verbe de Dieu à sortir du sein de son Père pour se renfermer dans le sein de Marie. Tandis qu'elle s'humilie devant Dieu, le Fils de Dieu s'anéantit en elle : Exinanivil semetipsum.

De là apprenons l'humilité. Uni; mère Je Dieu humble, un Dieu anéanti, quelles leçons pour nous I Sans l'humilité, il n'y a ni christimisme, ni religion, puisque sans l'humilité il n'yaurait pas même d'incarnation ni d'Homme-Dieu. Il est vrai que l'humilité est une vertu assez inconnue à la cour ; mais c'est pour cela même qu'il faut l'y prêcher, afin de l'y faire connaître. Cependant peut-on être humble et grand tout à la fois '? En pouvons-nous douter depuis que le Fils Même de Dieu a pu devenir humble en demeurant Dieu, et depuis que Marie a pu être la plus humble de toutes les créatures, en devenant la mère de Dieu '1 Oui, on peut être humble et être grand ; et l'avantage même des grands est de trouver dans l'humilité de quoi sanctifier leur condition et de trouver dans leur condition de quoi rendre leur humilité plus sainte et plus précieuse devant Dieu.

Deuxième partie. Marie conçut le Verbe de Dieu par la pureté de son corps et par sa virginité. Le Prophète avait prédit que le Messie naîtrait d'une vierge ; et il était, dit saint Bernard, de la dignité d'un Dieu, en se faisant homme, d'avoir une mère vierge, puisque toute autre conception que celle-là eut obscurci l'éclal et la gloire de sa divinité. Aussi, selon la belle réflexion du même saint Bernard, tout ce mystère se passe entre Dieu, un ange et Marie, qui nous marquent autant de caractères différents de la plus parfaite pureté. Que devons-nous conclure de là '? que Dieu étant par lui-même la pureté essentielle, il fallait et une pureté angélique, et une pureté virginale, pour concerter entre Dieu et l'homme cette ineffable union qui s'est accomplie dans le Verbe fait chair.

Dieu même, dans ce mystère, donne la préférence à la pureté virginale, en choisissant une mère vierge, et lui députant un ange qui n'est auprès d'elle que son ambassadeur. Ne nous en étonnons pas, poursuit saint Bernard, puisque la pureté de cette vierge était d'un mérite qui l'élevait au-dessus de celle des anges : car les anges sont purs par nature et par privilège de béatitude et de gloire; mais Marie l'était par choix et par vertu. Et jusqu'à'quel point l'étail-elle l 1° Jusqu'à se troubler à lavued'un ange; effet de sa vigilance pour conserver le trésor de sa virginité; 2°jusqu'à être prête de renoncer à la maternité divine, plutôt que de cesser d'être vierge ; effet de sa constance pour ne pas perdre le trésor de sa virginité. Or, c'est cela même qui engage Dieu à lui donner son esprit: Spiritus sanctus, supeneniel in te ,61^ venir lui-même dans elle pour s'y faire chair : Ferbun» coro factura est.

Après cette alliance merveilleuse qu'un Dieu a contractée avec notre chair, quel soin ne devons-nous pas avoir de maintenir nos corps dans une pureté inviolable, et pouvons-nous trouver étrange que saint Paul et les Pères aienttémoigné une horreur spéciale pour l'impureté 't Le mystère de l'incarnation donne à ce péché un caractère de malice tout particulier.

Dlxilautm Maria ad angelum : Ecce anciUa Domini, fiât vMi nOUS a été donilé, Ct à elle qUC HOUS SOmmBs

ucu^dumv^bumiuuM. redevables de ce Dieu Sauveur. Car si le Fils

Alors Mariedit à l'ange : Je suis la servante du Seigneur ; qu'il - ,lp nipil dp^rVllil (le S.1 "-loirP • si dans lp<î

mesoitfait selon votre parole. {Saint Luc. chap. i, 38.) lllCUie Ue UieU ULSceiUl Ue bd olOUe , bl, UdUS leS

chastes entrailles de Marie, il vient, poiu" le sa-

S"*E> lut des hommes, se faire homme, c'est au mo-

G'est de cette réponse de Marie que dépendait ment qu'elle a dit, et parce qu'elle a dit : Je suis

l'iccoinplissement du glorieux mystère que nous la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon

célébrons. Ce consenteiuent était, dans l'ordre votre parole : Ecce ancilla Domin i ; fiât mihi se-

des décrets éternels de Dieu, une des conditions cundum verbuin tuum. Ne séparon s donc point

requises pour l'incarnation du Verbe ; et voilà, dans ce discours la mère du fils, et le lils de la

mes chers auditeurs, l'essentielle obligation que mère : ne séparons point l'éloge de Mai ie du

nous avons à cette reinedes vierges, puisqu'il mystère adorable et incompréhensible de rHom-»

est de la foi que c'est par elle que Jésus-Christ me-Dieu ; mais làciious ù liicr de l'un ei de

B. — ToM. III. Il

SUR L'ANNONCIATION DE LA VIERGE

l'aulre de quoi nous instruire et de quoi nous édifier. Saint Augustin disait que, pour parler dignement et utilement du Verbe incarné dans le sein de la Vierge, il fallait que la parole de Dieu s'incarnât en quelque sorte tout de nouveau dans la bouche des prédicateurs, et que le ministre de l'Evangile devait avoir le même zèle que saint Paul, pour pouvon- dire à ses auditeurs comme cet apôtre •.Filioli mei, quos iterum parturio, donec formetur Cluistus in voMs i ; Mes chers enfants, pour qui je me sens pressé des mouvements les plus vifs d'une tendresse paternelle, jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé en vous. C'est la grâce qui m'est aujourd'hui nécessaire. Il faut qu'à l'exemple du docteur des nations, je travaille à former Jésus-Christ dans vos âmes, et que vous conceviez spirituellement le Verbe de Dieu, tandis que je vais vous annoncer sa conception subslantieile et véritable. Nous avons besoin pour cela des lumières du Saint- Esprit, qui survint dans Mûrie ; et c'est par l'intercession de celte Vierge toute-puissante que nous les devons demander : Ave, Maria.

C'est le sentiment de tous les Pères de l'Eghse, que Marie, sansavoir pu proprement mériter que le Verbe divin s'incarnât, a pu néanmoins, par sa correspondance aux desseins de Dieu, servir à l'accomplissement de ce mystère ineffable. Car, au moment qu'il fut sur le point de s'accomplir, elle s'y trouva préparée par des sentiments intérieurs et par des vertus qui la rendirent non-seulement digne, mais la plus digne et la seule digne d'être la mère du Rédempteur. C'est pour cela que Dieu l'avait comblée de tant de grâces ; pour cela qu'il l'avait préservée de tout péché ; pour cela que, dès ses plus tendres années, elle s'élait séparée du monde ; pour cela qu'en se présentant dans le temple, elle s'était elle-même consacrée à Dieu, parce qu'elle était dès lors destiuée à être le temple vivant et le sanctuaire de Dieu. Le point est de savoir quelles furent en particulier ces dispositions de Hîarie, et à quoi Dieu eut surtout égard pour la faire entrer en participation de ce mystère, et pour l'élever à la malcralLé divine. Les uns prétendent que ce lut par son huuiilité profonde, par son obéissance héroïque par sa parfaite soumission aux ordres de Dieu qu'elle trouva grâce devant Dieu. Les autres atl tribuent cette grâce, ou, pour mieux dire, cette gloire qu'elle reçut de Dieu, à sa pureté angélique, par où elle était déjà, comme \ierge, l'épouse de Dieu. Joignons, chrétiens, l'un et

'Gilat., Jï, 19,

l'autre ensemble ; et disons, avec saint Bernard, que cette Vierge incomparable conçut le Verbe de Dieu, et par son humilité, et par sa virginité : Virginitate placuit, humilitate concepit. C'est à cette pensée que je m'attache avec d'autant plus de raison, qu'elle me paraît fondée sur les paroles de mon texte, puisqu'il est constant que la disposition la plus prochaine qu'apporta Marie à l'incarnation de Jésus-Christ fut le consentement qu'elle donna h la parole de l'ange, en lui disant : Je suis la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon votre parole. Or ce consentement fut tout à la fois, et une protestation sincère de son humilité, et une solennelle profession de sa virginité. Car en se reconnaissant la servante du Seigneur, elle s'humilia ; et, en ne voulant accepter l'honneur de la maternité divine qu'à condition que tout s'accomplirait selon la parole de l'ange, c'est-à-dire par l'opération du Saint- Esprit, elle déclara non-seulement qu'elle était vierge, mais qu'elle voulait toujours l'èlre. Ainsi il est vrai de dire qu'elle conçut ce Dieu de gloire, et par l'humilité de son cœur, et par la pureté de son corps : par l'humilité de son cœur, qui, de la condition d'une simple fille, l'éleva jusqu'à la cUguité de Mère de Dieu, ce sera la première partie ; par la pureté de son corps, qui, comme parle saint Ambroise, eut le pouvoir d'attirer sur la terre le Verbe de Dieu; ce sera la seconde partie. Donnez-moi, s'il vous plait, une favorable attention.

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