‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 30 sur 139 · IH'V · texte numérisé non relu

IH'V

lafem f'edit iiobis Pater, ulfiUi Dei nomhiemnr et simus 1. Mais voyez aussi, ajon.tait-il et dois-je ; ajouter, quel retour de zèle, de ferveur, de re- J connaissance, demande celte charité d'iui Dieu ; voyez h quelle pureté de mœurs elle vous engasre ; voyez l'obligation qu'elle vous impose de vous sanctifier en esprit et en vérité, poarn'ètre pas indignes de cette adoption, qui vous donne un Dieu pour i>ère ; voyez si c'est trop exiger de vous, quand Dieti prétend que pour cela vous cessiez d'être des hommes charnels, et que vous oommencieK à vivre en hommes raisonnables ; voyez si toute la perfection contenue dans la loi chrétienne est trop pour des enfants de Dien : Videte. Ah ! Sei:::neur, s'écriait saint Léon, pape, méritons-nons de porter un si beau nom, si nous venons à le flétrir, oubliant la noblesse de notre origine, pour nous laisser dominer par des vices honteux ; et ne fanf-il pas que nous renoncions pour jamais à l'iionneur de vous appartenir, si nous marchons encore dans les voies corrompues du siècle? Etre enfant de Dieu, et succomber à toutes les passions de l'homme, et être sujet à toutes les faiblesses de 'homme, et s'abandonner aux désirs déréglés de l'homme, ne serait-ce pas un monstre dans l'ordre de la grâce ? C'est néanmoins, mes chers auditeurs, ce qui doit confondre tant d'âmes mondaines, et sur quoi je veux bien me promettre que, dans l'esprit d'une sainte componciijn, chacun s'appliquera de bonne foi à reconnaître devant Dieu sou injustice, et à la plem'er. Poursuivons.

En vertu de la grâce qui nous sanctifie comme enfants de Dieu, nous sommes les héritiers de Dieu, et les cohéritiers de Jésus-Christ dans le royaume de Dieu : Si autem fiUi, et hœredes; hœredes quidem Dei, cohceredes autem Chrisli 2. Héritiers de Dieu, parce que Dieu, dit saint Augustin, ne nous a point promis d'autre héritage que la possession de lui-même. Or, c'est la grâce sanctifiante qui nous assure cet héritage céleste; et Dieu, le meilleur et le plus libéral de tous les pères, ne peut nous le refuser, taudis que sa grâce est en nous, et que nous sommes en grâce avec lui. Cohéritiers de Jésus- Christ ; car nous devenons capables, non-seulement de posséder, mais de mériter le royaume de Dieu, et de le mériter par autant de titres que nous pratiquons de bonnes œuvres, et que nous faisons d'actions chrétiennes : puisqu'il est encore de la foi que toutes nos œuvres, élevées, sanctifiées et comme divinisées par la grâce, nous !^ervent de mérites pour la gloire; que cha-

' I .T.iTp , lit. 1. — 2 Eom., vni, 18.

cune, en particulier, est pour nous comme un droit acquis à celte gloire; que les plus viles et les plus basses en apparence, ont une sainteté proportionnée h cette gloire; qu'à un verre d'eau donné pour Dieu, est dû, par justice et par récompense, un degré de cette gloire ; et"qu'ainsi la vie du juste devient sur la terre un mérite continuel, dont Dieu, selon saint Paul, veut bien être dès maintenant le dépositaire, pour en être éternellement le rénumérateur. Il est vrai : mais aussi, renversant la proposition, concluez de là quelle p.rte fait un pécheur qui vient h déchoir de l'état de grâce, puisqu'il n'est pas moins de la foi, que hors de cet état tontes nos œuvres sont des œuvres mortes, de nul prix devant Dieu, et incapables de nous obtenir la récompense des élus de Dieu. Ce n'est pas que, dans l'état du péché, quoique privés de la grâce habituelle, nous ne puissions faire des actions louables et vertueuses, des actions saintes et surnature: 'es, des actions même utiles pour le salut, puisqu'au moins elles peuvent nous servir de disposition pour nous convertir à Dieu ; mais je ne vous instruirais pas à fond de votre religion, si je ne vous avertissais que toutes ces actions, quoique saintes, quoique surnaturelles, quoique utiles, hors de l'état de la grâce, ne méritent rien pour le ciel ; que Dieu ne nous en tiendra jamais com[)te dans l'éternité, et qu'au lieu qu'étant consacrées par la grâce, elles nous auraient acquis des trésors de gloire ; du moment qu'elles n'ont pas cet avantage, elles ne peuvent nous conduire à ce royaume, que Dieu, comme juge équitable, réserve à ses amis. Or, ma douleur est de voir des chrétiens insensibles à de si importantes vérités, des chiétiensqui perdent la grâce tranquillement, qui la perdent sans chagrin et sans trouble, et qui par là ne montrent que trop leur peu de foi et même leur secrète iiréligion. 0 homme ! concluait le grand saint Léon, indigné du scandale que je déplore, et touché d'un si proiligieu.\ aveuglement ; ô homme ! ([ui que vous soyez, reconnaissez donc aujourd'hui votre dignité, et, sanctifié conune vous l'êtes par la grâce qui vous associe à la nature divine, ne retombez pas dans votre première bassesse : Afjnosce, o homo, digiiitatem twim, et divinœ consors faclus naturœ, nuli in veterem vilitatem degeneri conversatione redire. Mais il faut pour cela, mes chers auditeurs, que, nousappliijuint l'exemple de Marie, nous apprenions ce que nous devons à la grâce : c'est la dernière partie.

SUR LA CONCEPTION DE LA VIERGE

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