‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 34 sur 139 · DEUXIÈME SERMON SUR L'ANNONCIATION DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SERMON SUR L'ANNONCIATION DE LA VIERGE

ANALYSE

Sujet, te Terbe s'est fait chair, et il a demeuré parmi nous.

C'est le ginnd mystère que célèbre l'Eglise. Mystère de la bonté et de la charité de Dieu envers les hommes ; mystère qui, tout incroyable i|u'il parait, a été cru dans tout le monde. Il s'agit dans ce discours d'en donner une connaissance aussi parfaite que nous pouvons l'avoir.

Division. Trois alliances merveilleuses. Alliance du Verbe avec la chair par rapport h Jésus-Christ, qui devient Homme-Dieu , première partie ; alliance du Verbe avec la chair par rapport à Marie, qui devient Mère de Dieu , deuxième partie; alliance du Verbe avec la cbair par rapport à nous, qui devenons enfants de Dieu , troisième partie.

PREMiÉnE p.\RTiE. Alliance du Verbe avec la chair par rapport à Jésus-Christ, qui devient Homme-Dieu. Miracle que la foi nous révole, et d'oii il s'ensuit que la chair de l'homme, considérée dans la personnedu Rédempteur, est vraiment la chair d'un Dieu, et qu'elle est entrée en poîsession de toute la gloire de Dieu. De li vient encore que dans Jésus-Christ, entre la chair et le Verbe, il n'y a rien eu de divisé, et que ce qui était vr.ii de l'un, par une communication d'attributs, l'est aussi de l'autre. Parce que la chair de Jésus-Christ a été passible, nous disons que le Verbe de Dieu a soiilTert ; et parce que le Verbe est égal à Dieu,nous ne craignons point de dire que la chair de Jésus-Clirist est assise à la droite de Dieu.

Trois hérésies: 1° de ceux qui ont combattu la divinité de Jésus-Christ, 2° deceu\ qui n'ont pas vo'jlu reconnaître l'humanité de Jésus-Christ, 3° de ceux qui, reconnaissant la divinité et l'humanité de Jésus-Christ, ont seulement nié l'union de l'une et de l'autre, telle que le Saint-Esprit l'a faite, et telle qu'elle subsistera toujours. Dogmes impies, que l'Eglise a frappés de ses anatbomcs.

Il est donc vrai que le Verbe de Dieu s'est réellement fait chair ; et puisque la chair de ce Verbe fait homme est la chair d'un Dieu, jugeons avec quel sujet saint Paul a prononcé un si terrible arrêt contre ceux qui la reçoivent indignement dans laconimunion. yuclle épreuve Marie fit-elle d'elle-même avant que de consentir à l'incarnation de ce Dieu-Homme dans son sein I Faisons de nous la même épreuve pour nous disposer à la communion pascale.

Deixiicsie l'ARTiE. Alliance du Verbe avec la chair par rapport à Marie, qui devient Mère de Dieu. Alliance que rhérésiarque Kestoriu» ne voulut pas reconnaître, refusant à Marie le titre de MercdeDieu. Mais on sait avec quel zèle l'Eglisepritles intérêts de ceîle Vierge, et comment elle arrêta dans le concile d'Ephèse que le titre de mère de Dieu serait un terme consacré contre l'hérésie noslorienne, comme celui de consubstantiel l'avait été dans le concile de Nicée contre l'hérésie arienne.

Ainsi nous croyons que Marie est véritablement mère de Dieu ; et c'est sur cette maternité divine que sont fondés tous les honneurs que nous lui rendons. Nous n'en faisons pas une divinité; mais sans l'élever jusqu'à Dieu, est-il du reste une grandeur comparable à celle de cette mère de Dieu ? Considérons-la sous deux rapports, l'un il Dieu, l'autre aux hommes : 1* Marie, Mère de Dieu ; c'est le premier rapport ; 2" Marie, Mère de Dieu, devenue pur lii même la médiatrice et comme la mère des hommes ; c'est le second. Or, quelle gloire lui doit revenir de l'un et de l'autre !

1° Marie, Mère de Dieu. La virginité et la maternité jointes ensemble, quel prodige! Un Dieu dépendant d'une vierge en qualité de fils, quel honneur pour cette vierge 1

1° Marie, mère des hommes, puisque tous les hommes sont non-seulement les Irères, mais les membres de ce Dieu-Homme qu'elle aporté dans son sein. De Iti médiatrice et protectrice des hommes. Adressons-nous donc à elle avec confiance; ce ne sera pas en vain; mais nous en recevrons ce que tant d'autres en ont reçu.

l'oisiÈJiE partie. Alliance du Verbe avec la chair par rapport k nous, qui devenons enfants de Dieu. Carie Verbe divin n'ai pu se revêtir de la cbair de l'homme, sans contracter avec les hommes la plus étroite affinité ; et du moment qu'il nous a ainsi unis il lui, en sorte que nous ne faisons avec lui qu'un même corps, nous pouvons dire, dans un sens propre et réel, que nous sommes enfants de Dieu. Sur cela, voyons, lo ce que nous devons k Dieu, 2° ce que nous nous devons à nous-mêmes.

1° Ce que nous devons il Dieu comme enfants de Dieu : l'obéissance à ses ordres, et le zèle pour sa gloire. Sans cela, que serl-il de l'appeler notre Père'? Si cette obéissance et ce zie nous doivent coûter, ils ont encore plus coûté à Jésus-Christ.

2° Ce (|ne nous nous devons il nous-mêmes comme enfants de Dieu : ne pas dégénérer de cette glorieuse qualité par une conduite qui nous en rende indignes.

SUR L'ANNONCIATION DE LA VIERGE

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Vtrlum earo/aclim est, et haiilamt in itoW». Le Verbe s'estfait chair, et U » demeuré parmi nous. (^Sainl-feai», chap. I, 14.)

SlRE,

C'est le grand mystère que nous célébrons aujourd'hui, et sur quoi est l'ondée toute la religion clirétienne. Mystère que l'apôtre saint Paul exprimait en des termes si relevés, et qu'il appelait le mystère par excellence de la bonté et de la charité de Dieu envers les hommes : Magnum pietatissacramenlum... manifestatum iii carne i. Le Verbe s'est l'ait chair : voilà, dit saint Augustin, ce qui paraissait incroyable. Mais il y avait encore, ajoute-t-il, quelque chose de plus incroyable, savoir, que ce mystère, tout incroyable qu'il était, fut cru néanmoins dans le monde ; et c'est ce qui est arrivé. De ces deux choses incroyables, celle qui l'était le plus a cessé de l'être, et est devenue non-seulement croyable, mais évidente. Car il est évident que le mystère d'un Dieu incarné a été prêché aux nations, et que le monde s'est soumis à ce pointdefoi: Magiium pietatissacramentum... prœdicatum gentibus, credilum in mundo 2. Quand saint Paul en parlait ainsi, ce n'était qu'une prédictiouqui dès lors counnençait à se vérifier : mais nous voyons la prédiction pleinement accomplie. Le monde devenu chrélien croit un Dieu fait chair ; et voilà le miracle qu'a opéré le Seigneur, et qui paraît i\ nos yeux : A Domino factum est istud, et est mirabile in oculis uostiis 3. Or, convaincus, comme nous le sommes, du plus incroyable, pourquoi aurions-nous de la peine à croire ce qui l'est moins ? C'était le raisonnement de saint Augustin. Mais ce n'est pas assez : le Verbe fait chair a demeuré parmi nous: Ethabitavitinnobis'* ; pourquoicela? pour nous instruire par ses exemples, et pour nous sanctifier par sa doctrine. Voilà, dit saint Paul, par rapport à nous, une des principales fins de l'incarnation: AppanUt...eriidiens nos'^. Ecoutezle donc, mes chers auditeurs, ce Verbe incréé, pais incarné : c'est par moi qu'il vous doit aujourd'hui |)arler, c'est moi qui lui dois servir d'organe; et, pour m'ac([»itter dignement d'un si saint ministère, j'ai besoin des lumières et des grâces du même Esprit dont Marie reçut \a plénitude. Demandons-les par l'intercession

4e cette Mère de Dieu, et disoiis-lui avecl'ange: Ave, Maria.

Ce n'est pas sans un dessein particulier que l'évangéliste, pour nous donner une idée juste

ITim.. m, 16. — 'Ibid. — ' Psalm., cxtii, 23.— • Joan., i, — ' Tit., 11,11,12.

du mystère de ce jour, l'a renfermé dans oes trois divines paroles, que nous ne devons jamais prononcer qu'avec respect : Le Verbe s'est fait chair: Verbum caro faetum est^. Autrefois saint Paul défendait aux ministres de l'Eglise , chargés de l'instruction des fidèles , d'entretenir leurs auditeurs de ce qui regardait les généalogies et les alliances, prétendant que c'étaient des questions inutiles qui ne servaient qu'à exciter des disputes, et qui ne contribuaient en rien à l'édification des mœurs. Ainsi l'or, donnait-il à Timothée. Il n'en est pas de même, chrétiens, des alliances du Verbe avec la chair, et de la chair avec le Verbe, dont j'entreprends ici de vous parler ; car ce sont des alliances toutes saintes qu'il vous est ijnporlant de bien connaître, et qu'il ne vous est pas permis d'ignorer ; des alliances qui doivent être le sujet de vos relierions, comme elles sont l'objet de votre foi ; des alliancesquivousdécouvrentlesplus admirables principes que vous puissiez vous appliquer pour la réformation de votre vie. Or, j'en trouve trois de ce caractère dans le mystère adorable de l'incarnation, et les voici : Alliance du Verbe avec la chair, par rapport à Jésus-Christ ; alliance du Verbe avec la chair, par rapport à Marie, sa mère ; alliance du Ver])e avec la chair, par rapport à nous, qui sommes ses frères ; alliances, dis-je, que je vous propose comme infiniment propres à vous loucher, avons convertir, à vous sanclilîer, à vous rendre de parfaits chrétiens, si vous en savez profiter. Et afin que vous en puissiez mieux faire le discernement, je distingue dans ces trois alliances autant de degrés qui élèvent la chair de l'homme, dans la personne deJésus-Christ, jusqu'à la souveraineté de l'être de Dieu ; dans la personne de Marie, jusqu'au rang sublime de la maternité de Dieu ; et dans nos personnes, jusqu'à la dignité d'enfants de Dieu. Ainsi, gardant les proportions convenables entre Jésus-Christ et Marie, et entre Marie et nous, ce seul mystère du Verbe incarné nous fait voir aujourd'hui trois grands miracles : dans Jésus-Christ, un Homme-Dieu, ce sera la première partie ; dans Marie, une Mère de Dieu , ce sera la seconde ; dans nous, qui que nous soyons, mais surtout si nous sommes en état de grâce, de légitimes enfants de Dieu , c'est la troisième. Vous verrez, chrétiens, les trois conséquences pratiques que je tirerai de là, nonseulement pour vous affermir dans la foi, mais pour vous apprendre à remplir dignemeat les plus saints devoirs du ciirisliauisme,

'Joan., 1, 11.

SUR L'ANNONCIATION DE LA VIËRGk.

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