DEUXIÈME SERMON SUR L'ASSOMPTION DE LA VIERGE
SUR LA DÉVOTION A LA VIERGE
SWBT. Jésvs entra dans tJfle bourgade, et une femme le reçut dans sa maison.
Celle femme, selon le sens que l'Eglise donne à l'Evangile de ce jour, c'est Marie qui reçut dans ses ehasJes entrailles leFil» de Dieo : et c'est elle-même aussi qui est aujourd'hui reçue par cel Honmit-Uieu dans le séjour de la gloire. N'entreprenons point d'expliquer avec quelle pompe elle entre dans le ciel ; mais voyons quelle doit être sur la terre notre dévotion envers cette glorieuse mère.
Division. Trois devoirs en quoi consiste la dévotion à la Vierge : l'honorer, mais l'honorer judicieusement, première partie : finvoquer, mais l'invoquer efficacement, deuxième partie ; l'imiter, et l'imiler religieusement, troisième partie.
Première partie. Honorer Marie, mais l'honorer judicieusement. S'il peut y avoir parmi les perscnnesadonnéesau serviceda H Vierge quelques dévots indiscrets, il faut aussi convenir qu'il peut y avoir parmi ceux qui censurent les dévots de la 'Vierge, des censeurs indiscrets. Ils se sont plaints, l" qu'on rendait des honiDiages a Marie comme à une divinité; 1' qu'on lui donnait des titres d'honneur qui ne lui appartenaient pas, surtout ceux de médiatrice et de réparatrice; 3° qu'on lui attribuait de nouveaux privilèges qui ne nous étaient révélés ni dans l'Ecriture, ni dans la tradition. Examinons ces plaintes, et de lii même tirons des règles sûres pour honorer discrètement la reine du ciel.
1° On s'est plaint que les dévots de Marie l'honoraient comme une divinité. Mais, grâce à la Providence, l'Eglise de Jésus- Christ n'avait pas besoin de l'avis prétendu salutaire qu'on a voulu nous donner là-dessus ; car ce n'est point à Marie que nous offrons, comme à Dieu, des sacrifices : nous l'honorons d'un culte inférieur à celui de Dieu, mais supérieur à tout autre que eelui de Dieu, et c'est l'honorer judicieusement.
2' On s'est plaint que les dévots de Marie lui donnaient des titres d'honneur qui ne lui appartenaient pas, surtout ceux de médiatrice et de réparatrice. Mais puisqu'elle est mère de Dieu, ya-t-il un titre d'honneur qui ne lui convienneVet, en particulier saint Bernard ne l'appelle-t-il pas expressément médiatrice et réparatrice, et ne témoigne-t-il pas que de son temps c'était ainsi que toute l'Eglise l'appelait? Or. c'est encore honorer judicieusement la Vierge, que de lui attribuer les qualités que toute l'Eglise lui attribue. Il n'y a qu'un médiateur de rédemption, qui est Jésus-Christ; mais il y a d'autres médiateurs d'intercession, eiMarit entre ceux-ci, ne doit-elle pas avoir la première place î
3' On sest plaiutdu zèle que l'ont paraître les dévots de Marie à défendre certains privilèges qu'ils reconnaissent en elle'.- privilège de grâce dans son immaculée conception, privilèges de gloire dans sa triomphante assomption. Mais raisonnons toujours sur le même principe: de tous les privilège qui, sans préjudioier aux droits de Dieu, servent ii' rehausser l'éciai de la maternité divine, y en a-t-il un seul que nous puissions raisonnablement lui contester '? n'est-ce pas assez que ce soient des privilèges reconnus par les plus savants hommes de l'Eglise, autorisés par la créance commune des fidèles, apouyés au moins sur les plus fortei conjoctures et les témoigna,.,'es les plus solides'? Or, tels sontles privilèges que nous honorons dans Marie, et c'est par là que nou» les honorons prudemment. Fant-il donc que le ministère de la parole de Dieu soit aujourd'hui nécessaire pour maintenir le culte que nous rendons à la plus sainte des vierges '? mais, malgré tous les efforts de l'hérésie, le culte de Marie a subsisté, et il subsistera.
Deuxième partie. Invoquer Marie, mais l'invoquer efficacement. Nous pouvons invoquer Marie, puisque l'Eglise a défini que nous pouvons invoquer les saints, et que d'ailleurs il est certain que celte Mère de Dieu a toute ia miséricorde et tout le pouvoir nécessaires poui nous aider de son secours; c'est ainsi que les Pères ont raisonné. Non-seulement nous pouvons invoquer Marie mais nous le devons : pouniuoi 't pour nous conformer à l'Eglise, pour nous attirer la grâce, pour nous procurer contre les dang-ersdu monde une puissante protection, pour assurer notre salut. Mais le point est d'invoquer cette vierge ei'ficacenu'Ot, c'est-àdire de telle sorte qu'elle puisse agréer nos prières, et que nous ne l'invoquions pas en vain ; sur quoi il y a deux extrémités k éviter, 1° trop de confiance dans la protection de Marie; 2° trop peu de confiance dans cette même protection.
1° Trop de confiance ; car nous lui faisons quelquefois des prières présomptueuses, et par là injurieuses à Dieu, indignes de la Mère de Dieu, et pernicieuses peur nous-mêmes ; or, de telles prières ne peuvent être efficaces.
1° Trop peu de confiance. Il semble, à entendre parler les censeurs du culte de la Vierge, qu'un pécheur, dans l'état de son péché, ne peut avoir recours à elle, parce qu'il n'est pas actuellement contrit et pénitent, et parce qu'il n'a pas l'amour de Dieu. Mais, sans être actuellement contrit et pénitent, ne peut-il pas demander, par l'intercession de Marie, la grâce delà pénitence? et,s3ns avoir actuellement l'amour de Dieu, ne peut-il pas le désirer, et l'obtenir par Marie? Dans un siècle où nous voyons tant d'âmes s'égarer et se pervertir, ne leur fermons pâs les voies du retour et du salut. Or, une de ces voies les plus assurées, c'est une sincère confiance en Marie.
Troisième partie. Imiter Marie: 1° caque nous devons imiter dans Marie ; 2" pourquoi nous le devons imiter.
1° Ce que nous devons imiter dans Marie, c'est sa sainteté : 1' la plénitude de sa sainteté ; 2' la perfection de sa sainteté ; 3° la pcrsivérance et la fermeté invariable de sa sainteté.
"" Pjuiquoi nous le devons imiter: pour avoir parti ia gloire dont elle prend aujourd'hui possession; cest par le secoursde telte vierge que nous pouvons imiter ses exemples. Adressons-nous à elle pour cela, dévouOBS-nous k elle comme un de nos rois, et faisons une profession publique de notre dév««ement.
Prière à la Vierge.
S.vS
SUR LA DÉVOTION A L\ VIEKfiE,
Jnirarit (/csi:s) in qucddam casldlum, et mulilr quitdam... eicepit illum in domum suam.
Jésus entra dans une bourgade, et une femme la reçut dans s» maison. (^Sainl Luc, chap. x, 33.)
Cette femme ainsi lionorée de la présence de Jésus-Christ, ce fut, chrétiens, dans le sens littéral de notre Evangile, Marthe, sœur de Madeleine ; mais, selon l'application de l'Eglise, c'est Marie, la Mère du Rédempteur, la reine des vierges, et la souveraine du ciel et de la terre. C'csi elle qui reçut dans ses chastes entrailles le Fils de Dieu ; et c'est elle qui est aujourdhui reçue par cet Homme-Dieu dans le séjour de la gloire. Heureuse, mes frères, s'écrie saintBernard, heureuse réception de l'une et de l'autre part ! Félix utraque siisceptio ! soit celle que Marie fit à Jésus-Christ dans le mystère de son incarnation, soit celle que Jésus-Christ lit à Marie dans le mystère de son assompiion. Mais pourquoi parler maintenant de la première, demande le même saint Bernard ? Pour mieux juger de la seconde, répond ce saint docteur; pour en former une juste idée ; pour en concevoir toute la gloire et toute l'excellence ; ou plutôt, pour reconnaître que comme la première est absolument inconcevable à nos esprits, la seconde est au-dessus de toutes nos vues et de toutes nos expressions : Ut juxta mœstimahilem illius gloiiam, inœslimabilis cognoscatur et ista. En eliet, quel langage pourrait jamais expliquer comment ce Dieu de majesté, qui ne peut et! e compris dans la vaste étendue de l'univers, ?e renferma dans le sein d'ime vierge ; et qui pourrait dire aussi avec quelle pompe cette vierge entre dans le ciel pour y être couronnée, et pour y régner pendant toute l'éternité ? Christi ffenerationem et Mariœ assumpfionem qiiis enarrahit ? J'ai donc cru, mes chers auditeurs, devoir prendre un sujet plus proportionné à notre faibiesse, et même plus utile pour vous. J'ai cru que le grand et ineflable mystère de l'assomption de Marie me donnait une occasion favorable de vous entretenir de la dévotion envers cette Mère de Dieu. C'est ce que je me propose, et c'est pour cela même, Vierge sainte, que j'ai besoin de votre secours. Daignez agréer le zèle qui m'anime pour vous, et le seconder ; daignez écouter la prière que je vous fais en vous saluant, et vous disant : Ave, Maria.
Si j'entreprends aujourd'hui de vous parler de la dévotion à la Vierge, ce n'est point précisément pour vous l'inspirer, puisque je vous suppose trop chrétiens pour n'avoir pas envers la Mère de Dieu tous les sentiments de zèle et
de respect q'^ii lui sont d".-. C'est donc seulement pour vous donner sur celte unportante matière toute l'instruction que des chrétiens parfaits et spirituels doivent avoir, s'ils veulent parvenir b la pratique de ce culte raisonnable que le grand Apôtre nous a si fortement recommandé : RattonaUle ohsequiiim vesirum *. Ainsi, mes cliers auditeurs, au lieu de vous exhorter à la dévotion envers Marie, je veux vous apprendre à régler cette dévotion, à profiter de cette dévotion, et à vous sanctifier vous-mêmes oar celte dévotion; je veux vous en faire connaître les véritables caractères, vous en marquer les défauts, vous en découvrir les abus, et par là vous engager à en faire un saint usage : pouvais-je choisir un dessein plus convenable ù voire piété, et plu» avantageux à la dévotion même dont il s'agit^ Elle consiste, selon saint Bernard, en tros prin cipaux devoirs : ù honorer Marie, à l'in^ ocp.ier, à l'imiter. Or, c'est à ces trois devoirs que je m'attache, et voici en trois mots le partage de ce discours. Il faut honorer Marie, niai^ l'honorer judicieusement, c'est la première proposition ; il faut invoquer Marie, mais linvoquef efficacement , c'est la seconde proposition ; enfin il faut imiter Marie, et l'imiter religieusement, c'est la dernière proposition. Il faut honorer cette Vierge judicieusement ; car l'honjieur de la Reine du ciel, aussi bien que celui de Jésus- Clirist le Roi des rois, denmnde sur toutes choses cette condition : Nam et honor regince judicium diligit , dit saint Bernard, appliquant à la mère ce qui est écrit du fils : Et honor Régis juàicitim diligit 2 : ce sera le sujet de la première partie. Il faut invoquer cette vierge efficacement; car en vain Marie a-t-elle pour nous du crédit auprès de Dieu, si par l'indignité de noi prières ou par l'impénitence de notre vie, nous nous rendons son crédit inutile : ce sera la seconde partie. Il faut, autant qu'il est en notre pouvoir, imiter cette vierge religieusement ; car la sainteté de Marie est un modèle sur lequel Dieu prétend que nous nous formions, et, si nous ne le faisons pas, sur lequel il nous jugera : ce sera la dernière partie. Trois vérités également capables de contribuer à la conversion des pécheurs, et à la sanctification des justes. Commençons.