‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 46 sur 139 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Il est certain que Marie, entre tons les élus, a reçu une grâce suréminenle, en vertu de laquelle elle peut intercéder pour nous auprès de Dieu ; et, par une conséquen ce nécessaire, il est certain que nous pouvo ns saintement et utilement recourir à elle, et implorer dans nos besoins le secours de sa protection. Cette vérité, qui nous est plus que suffisamment révélée de Dieu, et dont toute la tradition est un authentique témoignage, se trouve d'ailleurs si conforme à tous les principes du bon sens et de la raison, que cela seul suffirait pour confondre l'obstination de l'hérésie, qui la rejette et qui la combat. Car si les anges bienheureux, qui sont devant le trône de Dieu, offrent continuellement nos prières à Dieu comme nous l'apprenons du texte sacré, pourquoi Marie, la Reine des anges, ne serait-elle pas en état de nous rendre encore avec plus d'effet et plus de dignité le même office ? El si Marie elle-même, lorsqu'elle était sur la terre, pouvait être invoquée, c'est-à-dire SI l'on pouvait s'adresser à elle, employer «a médiation auprès de Jésus-Christ, la prier de demander à cet Homme-Dieu des grâces, maintenantqu'elle estdansle ciel, pourquoi le pourraiton moins ? est-ce qu'elle ne voudrait plus désormais s'intéresser pour nous ? est-ce qu'elle n'en aui'ait plus le pouvoir ? est-ce qu'elle ne connaî- ^ • trait plus nos besoins ? est-ce que son invocation blesserait le culte suprême qui n'est dû qu'à Dieu seul et à Jésus-Christ ? quatre points auxquels se réduisent toutes les préventions et tous les prétextes de l'hérésie. Ecoutez-moi, et je vais les détruire en quatre mots.

Que Marie, dans l'état de sa gloire, ne voulût plus s'intéresser pour nous, la seule pensée nous en peut-elle venir à l'esprit ? Car pourquoi sa charité, qui dans le ciel est beaucoup plus par-

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faite, et par conséquent beaucoup plus ardente^ se serait elle refroidie ? et pourquoi celte vierge^ qui, pour les intérêts de Dieu, n'a jamais riea eu plus à cœur que le salut des hommes, J sorait-elle devenue insensible ; depuis, si je l'osa dire, que, transformée en Dieu et intimement unie à l'essence de Dieu, elle voit encore pluï clairement combien ce salut des hommes est précieux à Dieu ? Non, non, disait saint Cyprien, parlant en général des saints glorifiés (et ce qu'il disait des saints en général, je le dis en particulier de Marie), ils n'ont jamais eu tant de zèle qu'ils en ont à présent pour nous. Autant qu'ils sont sûrs de leur propre bonheur, autant désirent-ils notre salut : Quantum de sua felicUate securi Jiintumde nostra snlutesolliciti; et ce srrait, ajoute saint Bernard, mr-connaifi-e Marie, que de se persuader que celle qui, à l'exemple de Dieu même, a aimé les hommes jusqu'à donner pour eiix son propre fils, depuis qu'elle est en possession de sa béafitude, les eût oubliés et absolument délaissés. Que, malgré foute sa charité, Marie n'eût plus le pouvoirde nous secourir, autre senlimeut encore moins soutenahle. Car, pourquoi serait-elle moins puissante dans ce royaume céleste, où elle tient après Dieu un si haut rang, que lorsqu'elle était parmi nous dans ce lieu d'exil? Elle pouvait bien alors engager son fils à faire des miracles; elle obtenait bien de lui qu'il changeât les lois de la nature, qu'il forçat en quelque sorte celles de la Providence, qu'il convertit l'eau en vin : depuis qu'elle a reçu la couronne de l'immortalité, serait-elle déchue de son crédit, et le pouvoir dont elle usait auraitil cessé ? Qu'elle n'entendit plus nos prières, et qu'elle ne sût plus ni quand ni pourquoi nous l'invoquons, c'est ce que 1 hérésie a prétendu, mais ce qu'elle ne persuadera qu'à des esprits ou entêtés ou peu éclairés. Car pourquoi nos besoins ne seraient-ils pas connus de celle vierge? les anges les connaissent bien : Dieu, qui leur a confié le soin de nos personnes, leur révèle bien nos dispositions intérieures : chargés de veiller sur notre conduite, ils savent bien ce qui se passe dans le secret de nos cœurs; ils se réjouis, sent bien de notre conversion ; ils font bien, selon l'Evangile, une fête dans le ciel, quand un pécheur louché de Dieu fait pénitence sur la terre. Pourquoi donc Marie, plus élevée qu'eux dans le séjour de la gloire, ne verrait-elle pas en Dieu ce qu'ils y voient ? Enfin, que l'usage de l'invoquer blessât le culte souverain qui n'est dû qu'à Dieu seul et à Jésus-Christ : erreur pitoyable, et qui se détruit par elle-même. Car, disent les théologiens, nous n'invoquons pas Marie comme

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celle de qui dépend la grâce, ni comme celle qui en est l'arbitre, ni comme celle à qui il appartient de nous la donner ; mais comme celle qui peut .a demander pour nous et l'olitenir. Nous ne l'invoquons pas même afin ([u'elle nous obtienne cette grâce par ses propres mérites, mais par les mérites du Sauveur. Instruits de la parole du Fils de Dieu, qui nous a dit, Venez à moi, nous n'allons pas à elle comme à lui ; mais nous allons h lui par elle, comme par elle la foi nous apprend qu'il est venu à nous : nous allons à lui comme à l'unique Médiateur; mais nous allons i elle comme à la première et à la plus accréditée de tous nos intercesseurs.

Or, celte niterccssion de Marie, ce droit que nous avons d'invoquer Marie, cette possession où nous sommes de recourir à Marie, c'est ce que l'Eglise veut que nous envisagions comme un des soutiens et des plus solides appuis de notre espérance. Car dites-moi, chrétiens, quelles sont les deux choses qui affaiblissent communément et qui ébranlent notre espérance? La crainte des jugements de Dieu, et la vue de nos péchés. Or, que trouvons-nous aujourd'hui dans la personne de Marie ? une avocate toute-puissante auprès de notre Juge, et une mère de miséiicorde pour les pécheurs. Souffrez que, pour votre édificalion aussi bien que pour votre consolation, je vous fasse goûter ces pensées. Oui, mes fi'ères, disait saint Bernard, nous avons Marie dans le ciel poui- avocate auprès du Fils, comme nous avons Jésus-Cbrisl pour avocat auprès du Père; et qui doute que Marie, étant la mère de Celui qui, comme juge, doit prononcer des arrêts de vie et de mort, je dis une mère bieuaimée, une mère sainte, une mère couronnée de gloire, elle ne soit écoutée favorablement ? qui doute que, plaidant la cause des hommes, elle ne soit exaucée pour le respect de sa maternité ? II ne s'ensuit pas de là que nous rélevions au-dessus de son fils, comme si sa maternité lui donnait di-oit d'exiger de lui qu'il nous accordât le pardon de nos crimes. A Dieu ne plaise que nous le concevions de la sorte! Quand, par un excès de confiance, il nous échapperait certains tei-mes moins justes; et quand nous dû-ions (ce que je n'ai garde d'avancer), que Jésus-Christ, exauçant Marie, se plaît èlui rendre encore dans le ciel une espèce d'oléissance, se regardant toujom's comme son fils, et l'houorant toujoui's comme sa mère, quand, dis-je, nous parlerions ainsi, les partisans del'hérésie ne devraient pas plus s'en scandaliser, que d'autres expressions toutes seinblales dont se sert l'Ecriture, lorsqu'elle dit que

Dieu, arrêtant le cours du soleil, voulut bien obéir h la voix d'un homme : Obedienle Domino voci huminis i; et lorsqu'elle ajoute que Dieu s'est engagé, tout Dieu qu'il est, à faire la volonté de ceux qui le craignent : Voluntatem timentium se faciet 2. Jlais nous n'avons pas même besoin de cette défense, puisque les termes dont nous usons en parlant du pouvoir de Marie, porlent avec eux leur justification, et sont h l'épreuve de toute censure. Car nwis disons que Marie prie Jésus-Christ, et non point qu'elle commande à Jésus-Christ; mais du reste, nous ajoutons que Jésus-Christ, après avoir autrefois obéi à Marie, l'écoute encore présentement avec tous les égards qu'il a conservés et qu'il conservera éternellement pour elle; égards de distinction, fondés sur la prééminence de sa dignité et sur le mérite de sa personne. Or il n'y a, encore une fois, que des esprits obstinés dans leur erreur qui puissent contredire celte vérité. Car si Dieu, dans l'Ecriture, disait aux amis de Job : Allez à mon serviteur Job, et il priera pour vous, en sorte que votre iniquité ne vous sera point imputée : Ite ad servuin meum... Job autem... orabitpro vobis 3; si Moïse, par son intercession, pouvait suspendre les foudres de la colère de Dieu, prêts à éclater sur les Israélites : Bimitte me lit irascatur furor meus ^ si Dieu, dans le chapiU'e quinzième de Jérémie, parlait de Moïse et de Samuel comme de deux puissants intercesseurs auprès de lui; et si Judas Machabée vit le grand prêtre Onias, plusieurs années après sa mort, apaisant le Ciel par ses prières eu faveur de toute la nation des juifs, pouvons-nous douter que la médiation de Marie ne soit un titre solide pour approcl er avec confiance du troue de la grâce et de la miséricorde de notre Dieu ? Mes crimes m'en éloignent, dites-vous ; et parce que je suis pécheur, je ne puis y avoir accès, et je n'ose l'espérer. Mais ne savons-nous pas, répond saint Bernard, que la grande qualité de Marie est d'être singulièrement la mère des pécheurs ? ne savons-nous pas que c'est aux pécheurs qu'elle est en quelque manière redevable de toute sa gloire, puisqu'il est vrai que s'il n'y avait eu des pécheurs, elle n'eût jamais été mère de Dieu? qu'ainsi tout le bonheur de sa destinée, ou, pour mieux dire, de sa prédeslinaliou éternelle, a roulé sur le malheur des hommes comme pécheurs, et que, par une reconnaissance digne d'elle, et qui n'a rien dans sa pei'sonne que de saint, puisqu'elle l'accorde par-

' Josue.,x, 11. — •Pâal.,cxuv, 19. — ' Job.,xui,». —*Smoi.

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faitement avec la haine et l'horreur du péché, elle se tient comme obligée à secourir les pécheurs, à être le refuge des pécheurs, à employer sou crédit pour la conversion des plus indignes et des plus endurcis péchours, parce qu'elle sait bien que, tout pécheurs et tout endurcis qu'ils sont, c'est pour eux, et pour eux spécialement, que Dieu l'a faite ce qu'elle est, et qu'en cela même elle se confonne aux inclinalions de son Fils, qui, sans confondre Tordre des ciioses, a toujoursaimé les pécheurs, quoiqu'il fût venu pour détruire et pour abolir le péclié.

Voilà ce que j'appelle notre espérance; mais en voulez- vous voir l'abus ? c'est ici, mes chers auditeurs, que j'ai besoin de toute votre applicaUon, en tiuissaut ce discours. L'abus de cette invocation de Marie, et ce qui nous rend tous les jours son crédit inutile auprès de Dieu, c'est qu'au lieu d'envisager Marie comme la médiatrice qui peut, par son intercossiou, nous procurer les véritables grâces du saint, je veux dire les grâces réelles et possibles, les grâces solides et nécessaires, les grâces réglées et mesurées selon l'ordre de Dieu, les grâces victorieuses qui doivent combattre en nous nos passions, et triompher de la chair et du monde; par de secrètes et de fimestes erreurs qui nous trompent, nous nous formons de Marie une fausse idée, jusqu'à nous promettre de sa protection des grâces chimériques et impossibles ; des grâces selon notre goût, et selon les désirs corrompus de notre cœur ; des grâces, s'il y en avait de telles, incapables de nous sanctifier, et beaucoup plus capables de nous pervertir; des grâces miraculeuses, et sur lesquelles notre présomption seule peut faire fond. Je m'explique : nous invoquons Marie, mais par une confiance aveugle, nous reposant sur elle de notre salut, nous eu négligeons et nous en abandonnons tout le soin ; comme si Marie ; par son crédit auprès de Dieu, devait nous garantir ce salut sans conversion, ce salut sans changement de vie, ce salut sans renoncement à nous-mêmes, Te salut sans fruits de pénitence et sans mortification des sens; comme si, par la faveur le Marie, il devait y avoir pour nous des victoires sans combat, des récompenses sans mérite, des mérites sans travail, des vertus dont la pratique ne nous coûtât rien : grâces chimériques et impossibles. Nous invoquons Marie; mais, par une témérité qui, bien loin de l'honorer, lui est injurieuse, nous espérons obtenir par elle une bonne mort après une vie toute mondaine, une heureuse fin après un conti-

nuel oubli de Dieu, une sainfe et finale persévérance après une opiniâtre résistance à toutes les lumières du ciel, un port assuré après une suite infinie d'égarements et de naufrages volontaires : grâces possililes, mais miraculeuses. Nous invoquons Marie; mais, par une ignorance grossière de ce qu'elle peut, persuadés qu'elle peut tout, nous nous flattons de trouver en Dieu, par sa médiation, une patience sans bornes pour nous supporter, une disposition sans mesure ânous pardonner, une miséricorde inépuisable qui sera toujours en noire pouvoir, une protection sûre et immanrpiable, malgré nos délais criminels et nos retanlcments affectés : grâces, s'il y en avait de telles, incapables de nous sanctifier, et beaucoup plus capables de nous pervertir. Nous invoquons Marie; mais, par une damnable sécurité, fondée sur son pouvoir, nous nous assurons que, sans sortir de l'occasion du péché, elle nous préservera du péché; qu'au milieu des flammes, elle nous conservera aussi purset aussi saius que les trois enfants de la fournaise de Babylouc : grâces selon notre goût et selon notre sens réprouvé, mais grâces que par cette raison-lâ même nous ne pouvons attendre de Marie, et qui, bien loin d'être l'objet de l'espérance chrétienne, en ont été de tout temps le malheureux écueil. Car Marie n'a point le crédit qui la rend si piussante auprès de Dieu, pour porter nos intérêts contre les intérêts de Dieu ; elle n'est point, comme reine du ciel, placée sur le trône pour faire régner dans nous le péché; elle n'est pohit notre avocate, pour nous entretenir dans l'impéiîitence : elle est toute-puissante auprès de son fils ; mais elle l'est, disent les Pères, dans l'oirdre des divins décrets, dans l'étendue des saintes lois que la sagesse de Dieu a établies, sans préjudice des maximes évangéliques et de leur inflexible sévérité : c'est-à-dire, elle est toutepuissante pour nous attirer à Dieu et pour rapprocher Dieu de nous, toute-puissante pour disposer Dieu à être touché de nos larmes, toute-puissante pour lui faire agréer nos voeux, nos satisfactions, nos sacrifices; mais non pas toute-puissante pour anéantir l'obligation de tout cela, ni pour faire que Dieu, oubliant ses plus essentiels attributs, devienne, si j'ose ainsi parler, prévaricateur de sa sainteté et fauteur de notre iniquité.

Nous vous invoquons aujourd'hui. Vierge sainte, mais c'est dans des dispositions plus conformes à nos devoirs, plus conformes aux règles que la religion nous prescrit, plus conformes au mystère même de votre glorieuse

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assctmption. Mieux instruits de nos intérêts et des desseins de Dieu sur nous, nous n'attendons point de vous ces grâces purement temporelles, qui ne nous donneraient que de vaines joies, ni ces prospérités du monde qui ne serviraient qu'à entretenir notre orgueil et à satisfaire notre amour-propre. Si nous avons recours à vous, c'est pour des besoins plus pressants et plus importants ; c'est pour des biens plus nécessaires, quoique peut-être moins de noire goût ; c'est dans des vues plus relevées et plus convenables au christianisme que nous professons. Accablés sous le poids de nos misères, et persuadés que vous pouvez nous secourir, nous vous réclamons dans cette auguste solennité; mais voici le sujet de nos demandes : obteneznous par votre toute-puissante intercession ces grâces du premier ordre, à quoi notre salut et notre perfection sont attachés ; obtenez-nous une haine efficace du péché, une crainte respectueuse des jugements de Dieu, une soumission sans réserve à sa sainte loi ; obtenez-nous celte force chrétienne, si nécessaire pour nous préserver de la corruption du monde, pour ne nous laisser pas emporter au torrent de la coutume, pour résister au scandale du mauvais exemple, pour nous mettre au-dessus du respect humain, pour nous affranchir de la tyrannie de nos passions, pour renoncer à l'ambition, pour n'être pas esclaves de l'avarice, pour surmonter la concupiscence de la chair, et pour la tenir soumise à l'esprit : obtenez-nous ces excellentes vertus qui vous ont distinguée entre tous les justes ; cette foi héroïque qui vous a rendue si heureuse, en vous faisant croire ce qui vous était révélé; cette profonde humilité qui vous a élevée si haut, et qui engagea le Verbe de Dieu à s'abaisser jusqu'à vous; cette pureté angélique qui vous fut si chère, et que vous préférâtes à toutes les grandeurs qu'on vous promettait; cette obéissance que Jésus-Christ trouva plus digne de ses éloges et plus recommandable en vous que votre maternité même ; ce zèle pour les intérêts de Dieu et pour le salut des hommes qui, malgré la tendresse de votre cœur, vous fit consentir au sacrifice et à la mort de

votre fils, quand vous le présentâtes dans le temple comme la victime qui devait être immolée pour nos péchés. Sans prétendre au degré sublime où vous avez possédé ces vertus, obtenez-les-nous au moins dans le degré convenable à nos obligations : c'est-à-dire, obtenez-nous une foi vive qui nous fasse agir, et qui, pour la cause de Dieu, nous détermine à tout soutîrir; une confiance en Dieu inébranlable, qui ne soit jamais confondue; un amour de Dieu que toutes les eaux des tribulations et des adversités de cette vie ne puissent éteindre; une charité envers le prochain qui nous tienne tous étroitement et saintement unis en Jésus-Christ ; obtenez-nous une victoire entière sur le inonde, un détachement parfait de nous-mêmes, un esprit humble et un cœur pur. Voilà les grâces, ô Vierge sainte que nous vous demandons, et pour lesquelles nous ne craignons pas que vous nous refusiez votre intercession. Nous vous saluons avec l'Eglise en qualité de reine : Salve, regina; mais à Dieu ne plaise que nous présumions d'entrer dans la gloire par une autre voie que par celle de vos vertus ! Comme reine, nous vous réclamons : Ad te clamamus; mais nous n'implorons votre secours que pour pouvoir marcher sur vos pas, en imitant vos exemples ; comme reine, nous vous prenons pour notre protectrice, et nous vous faisons entendre nos gémissements : Ad tesuspiramiis ; mais nous ne nous mettons sous votre protection que pour obtenir par vous la grâce de notre conversion. Sans craindre d'être du nombre de vos dévots indiscrets, nous vous appelons mère de miséricorde, source de vie, consolation de nos âmes : Mater misencordiœ, vita, dulcedo; mais nous ne prétendons point que ces titres nous autorisent dans nos faiblesses, ni qu'ils nous rassurentdans nos désordres. Malgré les critiques censeurs de votre culte, nous nous confions en vous ; mais notre confiance ne nous fait point oublier que, pour être récompensé comme vous, il faut, par proportion, le mériter comme vous, et que jamais nous ne parviendrons autrement à ce royaume éternel, où nous conduise, etc.

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