PREMIÈRE PARTIE
C'est un des caractères de l'erreur, d'agir inconsidérément ; et saint Jérôme remarque fort bien qu'il suffit, pour se préserver de l'hérésie et pour ne pas suivre le torrent du libertinage, d'observer les fausses démarches et les égarements visibles de l'un et de l'autre : or voilà ce qui paraît d'abord dans le procédé de ceux qui, n'étant pas persuadés de la vérité du purgatoire, font profession de ne pas prier pour les morts. Car dans cette en'eur, sans même en pénétrer le fond et à n'en juger que par les simples lumières du bon sens, je découvre trois grands défauts de conduite ; mais ne pensez pas, mes chers auditeurs, que pour vous en convaincre j'entreprenne ici une controverse réglée, ni qu'à force de preuves, je veuille établir la foi du purgatoire contre l'hcrélique et le libertin qui la combattent : ce que j'ai en vue est plus court et plus édifiant pour vous : car je veux seulement vous niontrer combien l'hé-
rétique et le libertin raisonnent mal (je dis, supposé même leurs principes), lorsqu'ils r*fusent de prier pour les morts : appliquezvous.
Voici leur premier égarement : ils n'ont point d'assurance, disent-ils, q'u'il y ait un purgatoire après cette vie ; et n'en ayant nulle assurance, ils ne travaillent point au soulagement des âmes qui y sont condamnées. Je soutiens que cette conduite est au moins téméraire et imprudente : pourquoi ? parce que d'une erreur de spéculation, ils tombent par là dans un désordre pratique, en renonçant à l'usage de l'Eglise, et comptant pour rien le hasard où ils se mettent de manquer à un des plus importants devoirs de la justice et de la charité chrétienne. Comprenezceci, s'il vous plaît ; car enfin, et les hérétiques, et ceux qui par libertinage de créance entrent sur ce point dans leurs sentiments, sont forcés malgré eux de reconnaître que comme ils n'ont point d'assurance qu'il y ait un purgatoire, aussi n'ont-ils nulle assurance qu'il n'y en ait pas : ils prétendent que l'Ecriture ne leur a point révélé l'un; mais ils conviennent en même temps qu'elle ne leur a point non plus révélé l'autre : cela étant, le témoignage que nous leur rendons de cette vérité calholi-! que ; les preuves non-seulement plausibles, mais solides, sur lesquelles nous la fondons ; la possession immémoriale où nous sommes de la croire, doivent au moins les tenir dans le doute; et comme, de leur propre aveu, ils n'ont point d'évidence du contraire, ils ne peuvent tout au plus se retrancher que sur l'incertitude. Or ditesmoi si, dans l'incertitude prétendue de cette vérité, ils sont excusables d'abandonner la pratique et l'usage de toute l'Eglise, en cessant de prier pour les morts ? Etant incertains si les âmes de leurs frères sont dans un état de souffrance ou non, qu'y a-t-ilde plus juste que de prier toujours pour eux ? le seul doute ne devrait-il pas les y déterminer, et en faudiait-il davantage pour les rendre inexcusables, quand ils négligent de satisfaire à ce devoir ? Il me semble que je ne dis rien que la droite raison ne fasse d'abord sentir.
Mais voyez combien cette raison a de force, surtout dans le sujet que je traite :je demande, aux partisans de l'hérésie, me servant contre eux de leurs propres dispositions : Si vous étiez certains, comme nous le sommes, qu'il y a un purgatoire, ne vous croiriez-vous pas obligés, aussi bien que nous à prier pour vos frères, dont vous pleurez la mort ; et dans l'intonlion de les soulager, vous conformant à notre exem-
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pie, ne feriez-vous pas pour eux tout ce que nous faisons nous-mêmes ? Ils en conviennent avec moi : sur cela j'ajoute, et je leur dis : Vous ne seriez pas néanmoins sûrs alors que les âmes de vos frères fussent du nombre de celles pour qui l'on peut prier utilement ; car elles pourraient être, ou déjà bienheureuses, sans avoir besoin de ce secours, ou éternellement réprouvées et incapables d'en profiter: cesseriez-vous pour cela de solliciter Dieu en leur faveur ? non ; mais, dans le doute où vous seriez de leur sort, vous prendriez le parti le pins favorable : ainsi, pourquoi nous, qui croyons le purgatoire et qui nous en faisons im point de foi, prions-nous pour ces âmes fidèles ? parce qu'il se peut faire, disons-nous, que ces âmes, quoique lidèles, n'ayant pas aclicvé de payera Dieu ce qu'elles doivent à sa justice, souffrent au milieu des flammes qui les purifient : nous ne savons pas précisément si cela est ; mais il nous suffit de ne savoir pas non plus précisément si cela n'est point, et de savoir que cela peut être : bien loin que cette ince*titude refroidisse notre charité pour les morts, c'est au contraire ce qui l'excite ; et, comme dit excellemment saint Augustin, nous aimons bien mieux nous exposer à faire pour ces saintes âmes des prières superflues, que de nous mettre en danger de manquer à celles qui leur sont nécessaires. Remarquez ces paroles, qui sont décisives, et qui semblent faites pour mon sujet : Melius enim ista viventium suffragia Us supererunt animabus, quibus nec prosunt nec obsunt, quam deerunt iis quibus pro' sunt. Voilà comme nous raisonnons, et nos adversaires sont obligés de confesser que selon nos maximes nous raisonnons bien : or, je me sers contre eux de cette règle, et je reprends de la sorte : Vous ne savez pas s'il y a un purgatoire ; priez donc toujours pour vos frères» afin que, s'il y en a un, ils n'y soient pas abandonnés à la rigueur des jugements de Dieu : caria vérité du purgatoire ne dépend ni de votre opinion, ni de la mienne ; et quoi que vous et moi nous en croyions, il est ou il n'est pas : s'il n'était pas, comme il vous plaît de le penser, ma prière serait inutile à ces âmes ; mais s'il est, comme je le crois, vous ne pouvez disconvenir que vous ne soyez coupables envers ces âmes souffrantes : moi qui m'intéresse pour elles, je ne cours aucun risque ; mais vous qui les délaissez, vous risquez et pour elles et pour vous-mêmes. Quand vous me dites : à quoi bon prier pour les morts, s'il n'y a point de purgatoire ? il m'est aisé de vous répondre que, quand
mes prières seraient inutiles pour les morts, elles seront toujours méritoires pour moi, parce qu'elles procèdent toujours de la charité qui en est le principe et la fin ; mais quand je vous dis que, s'il y a un purgatoire, en ne priant pas pour les morts, vous manquez à un des devoirs les plus indispensables de la charité, vous n'avez rien qui vous défende ni qui vous mette à couvert de reproche.
En effet, chrétiens, que diriez-vous (la comparaison est sensible, mais elle en est d'autant plus propre pour donner jour à ma pensée), que diriez-vous d'une mère aifligée et désolée qui, ne sachant, après une sanglante bataille, quel a été le sort de son fils, ni ce qu'il est devenu, se contenterait de le pleurer, sans lui donner nulle autre marque de son zèle? Elle est en doute s'il n'a point été pris dans le combat, et s'il n'est point réduit actuellement dans une dure captivité ; mais on lui fait entendre qu'en ce cas-là même elle a une ressource aisée, parce que la liberté de son fils ne dépendra que de ses soins, et des poursuites qu'elle fera |)our le racheter : que diriez-vous, encore une fois, si cette mère, au lieu de prendre pour cela les mesures convenables, s'arrêtait à contester, et à répondre qu'il n'y a nulle apparence que son fils soit tombé dans cette disgrâce ; si toute son application était à chercher des raisons pour se persuader que cela n'est pas, et qu'elle protestât qu'à moins d'une évidence entière de la chose, elle ne veut pas faire la moindre démarche pour lui? ne la traiterait-on pas d'insensée ou de dénaturée ? Or voilà justement le procédé des hérétiques que je combats : on leur dit que des âmes qui leur sont chères, et dont ils avouent qu'ils doivent avoir à cœur les intérêts, sont peut-être dans un lieu de souffrance, que nous appelons purgatoire ; et que, si elles y sont, ils peuvent par des moyens faciles les en tirer : que font-ils? ilss'opiuiàtrent à soutenir qu'elles n'y sont pas ; ils argumentent, ils disputent contre la vérité de ce purgatoire ; ils prennent à partie ceux qui le croient, et ils se fatiguent à inventer des preuves pour montrer que c'est une chimère. Mais si, indépendamment de leurs preuves, ce purgatoire est quelque chose de réel, et si ces âmes, dont ils reconnaissent que les intérêts ne doivent pas leur être indiffércnis, y souffrent des peines extrêmes, c'est à quoi ils ne veulent pas penser ; quelles y souffrent et qu'elles y gémissent dans l'atlciite de leur boniicur, ils vivent tranquilles ; et pourvu qu'ils n'en croient rien, ils se tiennent quittes envers elles de tous les devoirs de la piété ; raisonner et agir
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ainsi, est-ce une conduite prudente et sage? Mais en voici une autre qui ne l'est pas plus» et qui ne vous surprendia pas moins. En quoi consiste l'erreur pratique des partisans de l'hérésie sur le sujet dont il est question ? A ne pas prier pour les morts, parce qu'ils ne croient pas la vérité du purgatoire ; et c'est ce que j'appelle leur second égarement. Car ils devraient renverser la proposition, et croire la vérité du purgatoire, parce qu'il est évident et incontestable qu'il faut prier pour les morts. Comment ceci doit-il s'en tendre ? Je m'explique: c'est qu'à couTparer ces deux articles, dont l'un n'est, ce semble, que la suite de l'autre, il faut néanmoins tomber d'accord que celui qui établit la prière pour les morts nous est bien plus expressément et plus distinctement marqué dans toutes les règles de la foi, que celui qui regarde le purgatoire. Pour le purgatoire, peut-être pourrait-il y avoir de l'obscurité ; mais tous les oracles de la religion nous pailent claiiement et hautement de la prière pour les morts: car l'Ecriture nous la recommande en termes formels, toute la tradition nous l'enseigne, les plus anciens conciles l'ont autorisée, c'a toujours été la pratique de l'Eglise, et les juifs eux-mêmes l'ont observée et l'observent encore aujourd'hui dans leurs synagogues. Or, selon saml Thomas, ce consentement du christianisme et du judaïsme est une espèce de démonstration. Judas, l'un des princes Machabées, ordonna des sacrifices pour ceux qui, défendant la loi du Seigneur, avaient été tués dans le combat, et l'on ne doutait point alors que la pensée de prier pour les morts ne fût salutaire et inspirée de Dieu : Sancta ergo et salubris est cogitatio i. Or l'histoire qui rapporte ce fait, est tenue parmi nous pour canonique, disait le grand saint Augustin : Machabœoriim libros pro canonicis habemits ; et quand nous n'aurions pas, ajoutait-il, ce témoignage des livres sacrés, il nous suffirait d'avoir celui de l'Eglise universelle, qui est encore plus authentique, puisque nous voyonsqu'à l'autel et dans les saints mystères on n'a jamais oublié de prier pour les morts : Sed et si nusquam in Scriptuiis veteribus legeretiir, in hoc universœ Ecclesim claret auctoritas,ubi inprecibus quœ ad allare funduntur, locian habet comiiii-ndatio inortuorum. Sur quoi vousremarquerezque saint Augustin ne parlait point en simple docteur, mais en historien de l'Eglise, dont il rappoitait l'usage. Nous faisons, avait dit Terlullien deux siècles avant ce Père, nous faisons des offrandes pour les morts ; et si vous nous en demandez la
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raison, nous nous contenterons de vous alléguer la tradition et la coutume : Oblationes pro defiinctis facimus ; harum si rationem expostvles, tradiiio tibi prœteiulitur aiictrix, conprmatrix consuettido, fides serwair/a; ; paroles qui font voir que dès la naissance du christianisme, la prière pour les morts était regardée comme une tradition divine et un dépôt de la foi : fides servatrix. Que peut-on dire de plus fort ? S'il était donc vrai que les hérétiques fussent aussi éclairés qu'ils se flattent de l'être, voici comment ils raisonneraient : Il faut prier pour les morts, toutes les lumières de la religion le démontrent; donc je dois être convaincu qu'il y a un purgatoire : car qu'est-ce que le purgatoire, sinon un état de souffrances et de peines, où les morts sont soulagés par les prières des vivants ? Je ne puis admettre l'un sans convenir de l'autre ; et puisque la foi me révèle évidemment l'un, il est juste que je me soumette à l'autre, quoiqu'il me paraisse obscur, et que je croie le purgatoire» parce que je ne puis me défendre de reconnaître qu'il faut prier pour les morts. Voilà, dis-je, la conséquence qu'ils tireraient, et cette conséquence serait légitime. Mais que font-ils? tout le contraire ; car ils renversent l'ordre, et ils disent : La révélation du purgatoire m'est obscure, donc je ne m'y soumettrai pas; et parce que, ne croyant pas le purgatoire , je détruis le fondement de la prière pour les morts, quelque sainte qu'elle puisse être, je renoncerai à la prière pour les morts ; et parce que l'usage de cette prière est ce qu'il y a de plus ancien dans la tradition, je compterai pour rien la tradition ; et parce que le livre des Machabées parle ouvertement à l'avantage de cette prière, je rejetterai le livre des Machabées ; et parce que cette prière est autorisée par tous les Pères et par tous les conciles, je n'en croirai ni les Pères ni les conciles ; et parce que dès les premiers siècles cette prière était solennellement établie dans l'Eglise de Dieu, je dirai que dès les premiers siècles l'Eglise de Dieu est tombée dans la corruption ; et parce que saint Augustin s'est fait un devoir» et un de\oir de religion, de prier pour l'àme de sa mère, je répondrai que saint Augustin a donné sur ce point dans les rêveries et les illusions populaires. Car voilà, mes chers auditeurs, jusqu'où va l'opiniâtreté des hérétiques; je ne leur attribue que ce qu'ils soutiennent eux-mêmes, et que ce qu'ils ont cent fois écrit : or, qu'y a-t-il de moins soutenable et de plus opposé à la raison î Enfin, leur troisième et dernier égarement est que des choses qui ne sont ni certaines ui révélées touchant le purgatoire, ils se font des
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préjugés contre la foi da purgatoire, au lieu qu'ils devraient se servir de la loi du purgatoire, qui est solide et raisonnable, pour combattre en eux-mêuies ces préventions, qui ne sont que l'effet de leur faiblesse ; car qu'est-ce c|ui leS choque sur le sujet du purgatoire ? Les images ou les peintures affreuses sous lesquelles, sMon eux, nous le concevons ; diverses circonstances non révélées, à quoi ils prétendent que nous nous atlaclions : voilà ce qui les révolte. Et moi, si je me trouvais à leur place, je me délivrerais «ans peine de ces préventions, en opposant à tout cela la su])stance de la foi du purgatoire, qui est la chose du monde la plus simple, mais la plus sensée; car je me dirais à moi-même : L'état de ces âmes qui ont besoin, après cette vie, d'être purifiées, ne m'est pas connu, c'està-dire je ne sais où elles souffrent, ni ce qu'elles souffrent, ni comment elles souffrent ; ce sont autant de secrets que Dieu a voulu me tenir cachés, et qu'il ne sert à rien de vouloir approfondir ; mais c'est assez pour moi de savoir qu'elles souffrent, par la justice de Dieu, de véritables peines, et qu'il est de l'ordre de la Providence qu'elles souffrent; car serait-il juste que des âmes criminelles et souillées de péchés, quoique véniels, sortant de leurs corps, fussentaussitùt glorifiées que celles qui sont pures et sans tache ? serait-il juste que des péchés qii! n'ont jamais été expiés par la pénitence, ou qu' ne l'ont pas été suffisamment, entrassent dans le séjour de la béatitude, où il n'y a que la sainteté qui soit admise ? serait-il juste qu'un chrétien lâche, qui n'a fait à Dieu nulle réparation de ses lâchetés, reçût le prix et la couronne aussi promptement et aussi aisément que celui dont la vie, d'ailleurs innocente, a été toute fervente? cela répugnerait à tous les droits de la justice de Dieu. Il faut donc qu'après celte vie il y ait un état où, comme parle saint Augustin , Dieu rappelle les choses à l'ordre, où il achève de punir véritablement ce qui est punissable, où ces âmes qu'il a prédestinées comme ses épouses soient mises à leur dernière épreuve, où leurs taches soient effacées, où, passant par le feu, selon l'expression de saint Paul, elles acquièrent ce degré de pureté, mais de pureté consommée, qui leur est nécessaire pour voir Dieu : or cet état n'est rien autre chose que le purgatoire; tout le reste m'est incertain, et par conséquent ne doit point être pour moi un sujet de trouble, puisque pcut-èlre je me troublerais de ce qui n'est pas. tluoi qu'il en soit, je ne puis concevoir le purgatoire comme l'Eglise me le propose, que je uf. «enis ma raison s'accorder avec ma foi. Voilà
comment j'évite l'écueil de la prévention; mais l'hérétique, au lieu d'y procéder de la sorte, donne dans cet écueil : et des circonstances douteuses du purgatoire, qui ne reviennent pas à son sens, il se préoccupe injustement contre le purgatoire môme.
Ah ! chrétiens, bénissons Dieu de ce qu'il nous a donné une foi , non-seulement phis sainte et plus soumise, mais plus édifiante pour nous et plus consolante ; remercions-le de nous avoir appelés à une religion où le zèle et la charité s'étendent au-delà des bornes de notre mortalité ; estimons-nous heureux d'élre les enfants d'une Eglise qui, après nous avoir fermé les yeux, prend encore soin de nous assister. Celle des héréliques les abandonne à la mort, et dès qu'elle cesse de les voir, elle cesse de penser à eux : comme il n'y a point pour eux de purgatoire, et qu'étant dans la voie du schisme, ils sont hors de la voie du saint, c'est une conséquence de leur erreur qu'elle les traite ainsi. Mais l'Eglise de Jésus-Christ, ayant pour nous d'autres espérances et d'autres vues, tient aussi une conduite toute différente ; elle ne cesse point de s'intéresser en noire faveur , qu'elle ne nous ait portés dans le sein de la béatitude ; jusque-là elle est en peine de notre état : preuve évidente qu'elle est notre véritable mère. Or quelle consolation desavoir que, quand nous serons dans cet affreux passage du jugement de Dieu à l'ctcrnité bienheureuse, toute l'Eglise sera pour nous en prière, comme elle y était pour saint Pierre , selon le rapport de l'Ecriture, tandis que saint Pierre fut dans la prison ! quel avantage de pouvoir se promettre que tout ce qu'il y a de fidèles au monde s'emploiera pour notre déli\ rance ; que, sans qu'ils y pensent eux-mêmes, nous aurons part à leurs bonnes oeuvres et à leurs sacrifices que, comme nous rendons aujourd'luii à nos amis et à nos proches ce tribut que noire religion prescrit, on nous rendra un jour le même olfice ; que noire mémoire ne périra pas comme celle de l'impie, mais qu'elle sera, selon la parole du Saint-Esprit même, dans une éternelle bénédiction, puisque, jusqu'à la fin des siècles, on se sou\iendra de nous dans les mystères divins ! Voilà, mon Dieu, ce que j'espère et ce que j'allenas, et voilà ce qui me soutient et ce qui me fortifie ; sans cette espérance, je lomberais dans l'ahatlement, et vos jugements, iéjà pour moi trop redoutables, achèveraie sans ressource de me consteiner ; quel Jéinoignage que je pusse me reiidnMle m' justifié auprès de vous, et d'avoir recouvré
POUR LA COMMÉMORATION DES MORTS
TOS sacrements la grâce que j'avais perdue , les deltcs de mes péchés, multipliées à l'infini, nie rempliraient de terreur ; car je sais, ô mon Dieu, que rien de souillé ne sera reçu dans votre royaume ; je sais qu'on ne sortira point des mains de votre justice qu'on n'ait payé jusqu'à la dernière obole ; je sais que, par cette règle, la plus exacte sainteté ne doit point faire de fond sur elle-même, et c'est ce qui me jetterait dans un secret désespoir. Mais quand je fais réflexion. Seigneur, aux miséricordes que la foi me découvre en vous; quand viens à considérer que, si je suis assez heureux pour mourir dans votre grâce, quelque redevable que je sois à votre justice, j'aurai de quoi m'acquitter ; que toute votre Eglise, par ses prières, viendra à mon secours ; que le trésor des satisfactions de votre Fils me sera ouvert ; que les mérites de sa passion et de sa mort me suivront même après le trépas, et queje pourrai encore alors puiser avec joie dans les précieuses sources de mon Sauveur : ah ! Seigneur, si je ne cesse pas absolumentde craindre, au moins je commence à espérer ; cette espérance me console, elle me rassure, elle me ranime ; ne la séparant point d'une sincère et véritable pénitence, j'y trouve un ferme et solide appui; et voilà pourquoi, à l'exemple de votre serviteur Job, je conserve chèrement cette espérance dans mon cœur : Reposita est hœcspes tnea insinu meo '. Poursuivons, chrétiens ; et après avoir établi la dévotion pour le soulagement des âmes du purgatoire, contre ceux qui ne croient pas leurs peines, inspirons-la, s'il est possible, à ceux qui les croient, mais qui n'en sont point touchés : c'est le sujet de la seconde partie.