LA FETE
SAINT ANiJHÉ.
ils eurent, comme frères, une ressemblance parfaite; mais, du reste, voici quelle différence il y eut entre l'un et l'autre dans leur crucifienicnt même : elle est digne de vos réflexions, etellQva servir d'ouverture à ce discours. C'est que le courage et la résolution de saint Pierre à suivre .!ésus-Christ n'a pas empêché qu'il n'ait témoigné de la répugnance, et qu'il n'ait fait paraître dans sa conduite del'éloignement pour la croix ; au lieu que saint André a toujours paru plein de zèle, et pénétré, non-seulement d'estime et de vénération, mais d'amour et de tendresse pour la croix. Je m'explique : Quand Jésus-Christ dans l'Evangile parle de la croix à saint Pierre, saint Pierre s'en scandalise et s'en offense : je ne m'en étonne pas ; il n'en concevait pas encore le mystère, et il était trop peu versé dans les choses de Dieu. Mais après même qu'il a reçu le Saint-Esprit, tout confirmé qu'il est en grâce, il ne laisse pas, si nous en croyons la tradition, de fuir la croix qui lui est préparée; il se sauve de sa prison, il sort de Rome, et il faut que Jésus-Christ lui apparaisse, le fortifie, le ranime et l'eneçago à retourner au lieu où il doit être crucifié. C'est saint Ambroise qui le rapporte ; et cette tradition se trouve confoinie à ce qu'avait prédit le même Sauveur, lorsqu'il déclara expressément à ce prince des Apôtresque, quand il serait dans un âge avancé, on l'obligerait à étendre les bras, et qu'un autre le mènerait où il ne voudrait pas aller ; lui marquant, ajoute l'évangélistc, les circonstances de son martyre, et de quelle mort il devait un joui' glorifier Dieu : Cum autem seiiueris, exténues viaiius tuas, et alius le...ducet quo tu 7wuvis . Voilà le caractère de saint Pierre : un hon. te crucilié, mais pour qui la croix semblait encore avoir quelque chose d'affreux. Au contraire, que vois-je dans saint André? Un homme à qui la croix parait aimable, qui en fait son bonheur etsesdétices, qui soupire après elle, qui la salue avec respect, qui l'embrasse avec joie, et qui met le comble de ses désirs à s'y voir attaché et à y mourir. Tel est, chrétienne compagnie, le prodige qui se présente aujourd'hui à nos yeux, et que je puis appeler le miracle de l'Evangile. Mais sur quoi put être fondé cet amour de la croix, etpar quels principes un amour aussi surprenant et aussi contraire à tous les sentiments (te la nature que celui-là, put-il s'établir dans le cœur de notre apôtre ? Ah 1 mes chers auditeurs, c'est le grand mystère que j'ai à vous découvrir : car mon dessein est de vous montrer qu'en conséquence de la voculioa divine à laquelle votre
'Joan., XX, 18.
glorieux patron, saint André, se rendit si fidèle, l'amour qu'il témoigna pour la croix, quoique d'ailleurs surnaturel, fut parfaitement raisonnable. Quelque prodigieux que vous paraisse cet amour de la croix, j'entreprends de le justifier, et je veux même, avec la grâce de mon Dieu, tâcher, autant qu'il m'est possible, de vous l'inspirer :j'ai besoin pour cela de toutes les lumières du Ciel, et je les demande par l'intercession de Marie : Ave, Maria.
Il en est de la croix comme de la mort : quoique naturellement on ait horreur de l'une et (le l'autre, on peut aimer l'une et raulre par différents motifs ; etc'est par la diversité de ces motifs qu'il faut juger si cet amour est louable ou vicieux, raisonnable ou aveugle, méritoire ou vain. En effet, se procurer la mort par désespoir, c'est un crime; la souhaiter par accablement de chagrin, c'est une faiblesse ; s'y exposer par zèle de son devoir, c'est une vertu ; s'y dévouer pour Dieu, c'est un acte héroïque de religion : de même, souffrir comme les esclaves du monde, parce qu'on se laisse dominer par ses passions ; souffrir comme les avares par une avide et insatiable cupidité ; souffrir comme les ambitieux par un attachement servile à sa fortune, c'est une bassesse, une misère, un désordre : mais souffrir pour être fidèle à Dieu, aimer la croix pour remplir les desseins de Dieu, pour suivre la vocation de Dieu, c'est ce qu'il y a dans le christianisme de plus saint et lie ; us divin, et par conséquent de plus con- " c à ia souveraine raison. Or, c'est ainsi, mes cliers auditeurs, que saint André l'a aimée; car il a aimé la croix, parce qu'éclairé des plus vives lumières de la foi, il a parfaitement compris combien la croix lui était avantageuse par rapport à sa vocation, et aux lins sublimes pour quoi Jésus-Clirist l'avait appelé. Appliquez-vous : voici le secret important de sa conduite et de votre religion. Le Sauveur du monde eut deux grands desseins sur sesa|)ôti-cs, quand il leur commanda de le suivre : Venite post me. En ce moment-là, dit saint Chrysostome, il les choisit pour être les prédicateurs de son Evangile, et pour être les ministres de son sacerdoce : il les destina au ministère de sa parole, et il les établit sm- la terre pour sanctifier les hommes parles vérités du salut qu'ils devaient leur annoncer, et pour honorer Dieu son Père par le sacrifice qu'ils devaient, comme prêtres de la loi de grâce, lui présenter. Voilà les deux vues principales qu'eut le Fils de Dieu, et c'est sous ces deux quaUtés que je prétends
POUR LA FÊTE DE SAINT ANDRÉ
aujourd'hui considérer saint André ; en premier lieu, coniiiie prédicateur de l'Evangile et de la loi de Jésus-Christ ; en second lieu, comme prêtre, successeur légitime et immédiat du sacerdoce de Jésus-Christ : et je ni'altaciie d'autant plus à celte pensée, que la qualité de prêtre de Jésus-Christ est celle dont ce saint apôtre se glorifia plus hautement et dont il se rendit luimême le témoignage, quand il |)arut devant le juge qui le condamna. Or, ces deux qualités jointes ensemble juslifient admirablement l'amom- et le zèle qu'eut saint André pour la croix; car, s'il l'a tendrement aimée, c'est parce qu'il y a trouvé ce qui devait faire devant Dieu tout son mérite et toute sa gloire, savoir, l'accoi;. plissement de son apostolat et la consommation de son sacerdoce. Expliquons-nous : André, à la vue de sa croix, est pénétré, ravi, traii-^poi té de joie : pourquoi? parce que c'est sur la croix qu'il va dignement prêcher le nom de Jcsus-Christ, ce sera la première partie; et parce que c'est sur la croix qu'il vasainteiueut s'inmioler lui-même, et unir son sacriliceau sacrilice auguste et vénérable qu'il a tant de fois offert à Uiuu en immolaut l'Agneau sans tache, qui e!^t Jésus-Christ , ce sera la seconde pai lie. En deux mots, la croix est la chaire où saint André a fait paraître tout le zèle d'un fervent prédicateur ; la croix est l'autel où saint André, cojiune prêtre et poulile de la loi nouvelle, a exercé dans loute la perléction possible l'office de sacrilicalcur : il ne faut donc pas s'éloimer si la croix, quoique affreuse par elle-même, a eu poui- lui tant de charmes. C'est tout le dessein et le partage de ce discours, pour lequel je vous doiuaude unefa\orable attention