‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 67 sur 139 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Pouvoir présenter à Dieu le sacrifice du corps de Jésus-Christ, et avoir pour cela dans le christianisme un caractère particulier, c'est en quoi corisiste l'essence du sacerdoce de la loi de grâce. Joindre au sacrifice adorable du corps de Jésus-Christ le sacrifice de soi-même, et s'immoler soi-même à Dieu au même temps qu'on lui offre ce divin agneau immolé pour le salut du monde, c'est, dans la docliine de saint Augustin, ce qui met le comble au sacerdoce de la loi de grâce, et ce qui lui donne sa dernière perfection. Sacerdoce de la loi de grâce dont je conviens que les prêtres seuls sont les premiers et les principaux ministres, mais auquel il est pourtant vrai que tous les cluotiens, eu qualité de chrétiens, ont droit et nuiinc obligation de participer. Sacerdoce de la loi de grâce, qui, par cette raison, nous impose à lojs, de quelque condition que nous sovons, l'indispensable devoir de nous offrir noiis-mênies à Dieu comme un supplément du sacrifice de Jésus-Christ : car voilà, encore une lois, ce qui fait devant Dieu la perfection du sacerdoce chrétien, dont l'Apôtre relevait si haut l'excellence et la dignité ; voilà par où ce sacerdoce lui paraissait si auguste, quand il le comparait au sacerdoce de l'ancienne loi ; et voilà ce qui nous le doit rendre vénérable : cet engagement où nous sommes, et ce pouvoir que nous avons d'être, comme le Sauveur, des hosties vivantes présentées à Dieu par l'union de noti-e sacrifice avec le sacrifice de l'Hounnc-Dieu. Or je prétends que saint André a su pleinement s'acquitter de ce devoir": et où ? sur la croix. D'où je conclus que c'est sur la croix, comme sur l'autel mystérieux que Dieu lui avait préparé, qu'il a heureusement trouvé la cousomniation de son sacerdoce. Ne perdez pas le fruit de cette vérité, qui, tout avanligeuse qu'elle est au saint dont je vous fais l'éloge, sera encore plus utile et plus édifiante pour vous.

Je l'ai dit, mes chers auditeurs, et je le répète, il faut, pour nous rendre dignes de Dieu, que nous joignions le sacrifice de nous-mêmes au sacrifice du corps de Jésus-Christ : c'est le devoir essentiel à quoi le christianisme nous engage; et je ne crains iM)int de passer pour témé-

POUR LA FÊTE DE SAINT ANDRÉ

raire, ni de rien avancer qui ne soit conforme à la plus exacte théologie, quand je soutiens que sans cela notre sacerdoce n'a pas, selon Dieu, toute la perfection qu'il doit avoir; car il est de la foi, qu'encore que le sacrifice de l'humanité de Jésus-Christ ait eu par lui même une vertu infinie pour nous sanctifier et pour nous réconcilier avec Dieu, Dieu néanmoins, par une conduite particulière de sa providence, ne l'a accepté, pour nous accorder en effet la grâce de cette réconciliation et de celte sanctification, qu'autant qu'il a prévu que ce sacrifice devait être et serait accompagné de notre coopération. Il est de la foi qu'encore qu'il n'ait lien mauqué au sacrifice de notre rédemption de la part de Jésus-Christ, qui l'a offert pour nous coanne notre médiateur et le souverain prêtre, il peut y manquer quelque chose de notre part; en sorte que ce sacrifice, tout divin qu'il est, par le défaut de notre correspondance, nous devienne infructueux, et ne soit pour nous de nulle efficace. Or, ce qui peut manquer de notre part au sacrifice de Jésus-Christ, c'est le sacrifice personnel que Dieu exige de nous, et que nous lui devons faire de nous-mêmes, mais que souvent nous ne lui faisons pas. De là vient que saint Paul, à qui ce mystère avait été spécialement révélé, se faisait une loi inviolable d'accomplir tous les jours dans sa chair ce qui manquait aux souffrances de Jésus-Christ : Adimpleo ea quce desiint passionum Christi in carne mea i. Il restait donc encore pour saint Paul quelque chose à ajouter au sacrifice du Fils de Dieu. Prenez garde : quelque chose par rapport à saint Paul même ; quelque chose d'où dépendait en un sens, pour saint Paul même, le mérite, ou pluiôt l'application actuelle du sacrifice du Fils de Dieu; quelque chose par où saint Paul même se croyait obligé de remplir la mesure des souffrances du Fils de Dieu. Or comment la remplissait-il, cette mesure ? Par la ferveur de sa pénitence, par l'austérité de sa vie, par la mortification de sa chair; car c'étaient là, remarque saint Chrysostome, autant de sacrifices de lui-même qu'il unissait à ce grand sacrifice de la croix, et en vertu desquels il pouvait dire : Adimpleo ea quœ desunt passio- Mum Christi in carne mea.

C'est de là môme aussi que saint Augustin trouvait des liaisons si étroites entre ces deux sacrifices, je dis entre le sacrifice de Jésus- Christ et le sacrifice de nous-mêmes, qu'il ne voulait pas qu'on séparât jamais l'un de l'autre : tellement que comme Jésus-Christ, en

' Celoss., 1, 3*.

qualité d'Homme-Dieu, a été notre victime, nous devons être la sienne en qualité de chrétiens. Ecoutez les paroles de ce saint docteur, que je ne dois pas om^ltre dans une matière si importante : Cujus Redcmptoris ac Domini, et nos sacrificium esse dubemus per ipsummet offercndi, qui in homine quem suscepit, sacrificium ipsepro nobis [ieri dignatusest.

D'où il s'ensuit que toutes les fois que nous assistons aux divins mystères, nous devons faire état que ce n'est pas seulement pour y présenter l'a-gneau sans tache qui est immolé sur l'autel, mais pour y être nous-mêmes présentés et immolés. Et cela, reprend saint Augustin, non-seulement par la raison de l'union intime qui est entre lui et nous, et qui fait qu'étant notre chef, et nous les membres de son corps, il ne peut ni ne doit jamais être sacrifié que nous ne le soyons avec lui : Quia cum Ecclesia Christi si t corpus, etChristus Eccle. siœ caput, iamipsa per ipsum,quam ipseper ipsam débet ojferri ; mais par la convenance mèiiiû et le principe de nos plus justes et de nos plus indispensablesobligations : car quel désordre. Seigneur, que je parusse devant vos autels da.iS une moindre disposition d'humilité que celle où vous y paraissez; que vous y fussiez la victime de mon péché, et que l'expiation de ce péché ne me coûtât rien ? Il ne suffit donc pas, conclut sain! Léon, pape, que nous offrions à Dieu le sacrifice du corps de Jésus-Christ, si, selon le précepte de l'Apôtre, nous ne nous offrons encore nous-mêmes; comme il ne nous suffirait pas de lui offrir nos corps et même nos âmes, si nous n'avions à lui offrir le sacrifice du corps de Jésus-Christ. Notre sacrifice, sans celui de Jésus-Christ, serait un sacrifice indigne de Dieu ; et celui de Jésus-Christ sans le nôtre serait, non pas insuffisant, mais inutile pour nous. L'un avec l'autre, c'est ce qui consomme le grand ouvrage de notre justification, et ce qui fait le vrai sacerdoce des chrétiens.

Or voilà, mes chers auditeurs, ce que nous voyons dans le glorieux apôti'e dont nous honorons aujourd'hui la mémoire. Qu'est-ce que saint André, et sous quelle idée, nous attachant aux actes de son martyre, devons-nous le considérer? sous l'idée d'un prêtre fervent, d'un prêtre zélé, d'un prêtre plein de religion, qui, tous les jours de sa vie, ne manqua jamais d'immoler sur l'autel l'agneau de Dieu, et qui, par sa mort, couronna son sacerdoce en s'iiumoLmt lui-même sur la croix : car ce sont là les deux principales actions que son histoire nous marque, et à quoi je réduis toute la sain-

POUR LA FÊTE DE SAINT AîvDRÉ.

teté de son ministère. Ecoutez ceci : André est comluit devant le tribunal d'un juge païen ; et ce juge, avant que de le condamner, entreprend de le pervertir, et le presse de racheter sa vie eu sacrifiant aux idoles. Mais : Moi, lui répond l'iiomme de Dieu, sicrifier aux idoles ! Ne savezvous pas (jui je sais? ignorez-vous la profession que je fais de servir le Dieu du ciel et de la terre, et l'Iionneur que j'ai de lui sacrifier cliai[ue jour, non pas le sang des boucs ni des taureaux, mais l'agneau qui effiice les péchés du inonde? Eçjo omnipotenti Dco immola quothlic\ non taurorum carnes, sed aqnum immicu- Litu.i '. Oui, poursuit le généreux apôtre, c'est enlro mes mains que cet agneau est tous les jours iuunolé ; mais la merveille que vous ne connaissez pas et que j'ai à vous découvrir, c'est qu'après l'immolation de cet agneau, il est toujours vivant, et que sa chair, quoique distribuée iuix fidèles, deuiLHire encore tout entière, parce qu'elle est désormais incorruptible : Citjus carvem poslquam omnis plebs credcntium mandiicaverit, agnus qui sancti/icatus est, inteqi'r persévérât, et viviis 2. Témoignage invincible en faveur du sacrifice de la messe, et qui pourrait seul réfuter toutes les erreurs des derniers hérésiarques touchant la divine Eucharistie, puisiju'il nous apprend comment Dieu, dès le premier âge de l'Eglise, a pris soin d'établir la tradition d; ce mystère. Mais sans m'arrèter à cette controverse, et pour profiter, en passant, d'un exemple si authentique, permettez-moi, mes frères, une courte digression qui, toute bornée qu'elle est dans ta morale qu'elle renferme, ne laissera pas d'avoir son utilité ; car ceci nous regarde, nous qui, revêtus de la dignité du sacerdoce, sommes spécialement les ministres de notre Dieu et de ses autels. Qu'est-ce qu'un prêtre de Jésus-Christ ? le voici. Un homme engagé par sa vocation à entrer tous les jours dans le sanctuaire ; nu homme disposé, comme saint André, à oll'rir tous les jours à Dieu le sacrifice non sanglant du corps du Sauveur. Vt)ilà à quoi nous sommes appelés. Mais être prèlre, et n'en faire que rarement la plus noble fonction ; être prêtre, et même, si vous voulez, grand prêtre, et ne paraître à l'autel qu'à certains jours de cérémonie, qu'en certaines occasions d'éclat, que lorsqu'on ne peut s'en dispenser, que quand on s'y trouve forcé par un devoir de bienséance ; être prêtre, et s'abstenir des choses saintes pour mener une vie toute pro" fane, pour entretenir dans le monde de vains co'r.i!îeices, pour se dissiper dans les diverlis-

' Act. inart- S. Andr. — ' Ibid.

senients du siècle, ou plutôt mener une vie dissipée, profane, mondaine, jusipi'à être malheureusement obligé de s'abstenir des choses saintes; être prêtre, et se mettre par sa conduite hors d'état de célébrer les sacrés mystères, s'en rendre positivement indigne, et, au lieu de se reprocher cette indignité volontaire comme un crime et un sujet de confusion, .^'autoriser par là dans l'éloignement de Dieu où l'on vit, et s'en faire un faux prétexte de piété ; être |)rèlre de la sorte, aii! mes frères, s'écriait saint Ghrysoslome, est-il rien de plus opposé à la sainteté du sacerdoce, rien de plus injurieux à Jésus- Christ, rien de plus triste pour son épouse, qui est l'Eglise? et mai j'ajoute, rien de plus contraire à l'exemple quo Dieu nous propose dans la personne de sain! André ?

Mais André en demeure-t-il là ? non, chrétiens : comme il est prêtre de la loi nouvelle, après avoir immolé la chair de Jésus-Christ, et satisfait à ce qu'il y a de plus essentiel dans son ministère, il y joint ce qui en doit être la perfection en s'immolant soi-même ; et c'est ici que la croix lui servit de moyen pour parvenir à l'accomplissement de ses désirs, et à la gloire consommée de son sacerdoce. Je m'explique: sur le refus qu'il fait de sacrifier aux idoles, on lui présente l'instrument de son su|)plice ; et comment envisage-t-il cette croix? comme un autre autel où il va présenter à Dieu le sacrifice de sa personne et de sa vie. Oui, Seigneur, ditil, s'adressant à Jésus-Christ, c'est pour cela que je l'embrasse, cette croix, pai-ce que c'est sur elle que je vais remplir dans toute sou étendue mon sacerdoce. Assez longtemps, ô mon Dieu, j'ai fait l'office de sacrificateur à vos dépens ; il faut que je le fa.ssc aux dépens de moi même. Je vous ai mille fois sacrifié pour moi : il faut que je me sacrifie une l'ois pour vous, et que par cet effort de reconnaissance, vous rendant amour pour amour et sacrifice pour sacrifice, j'aie enfin la consolai ion d'être crucifié pour voti'c gloire, comme vous l'avez été pour mou salut. Ainsi parle-t-il ; et sans différer, il étend sur la croix son coips vénérable : il n'attend pas que les bourreaux l'y attachent, il prévient leur cruauté ()ar sa ferveur, ne voulant pas devoir à un autre l'honneur de son crucifiement, mais regardant encore comme un précieux avantage d'être tout ensemble et la victime et le prêtre de son sacrifice : car c'est en cela, dit saint Augustin, qu'a particulièrement consisté l'excellence et le mérite du sacerdoce de Jésus-Christ. Dans l'ancieiuie loi, on n'avait rien vu de semblable ; les hommes les plus saints

POUR LA FÊTE DE SAINT ANDRÉ

s'étaient contentés d'honorer Dieu par des victimes étrangères ; et parce que ce culte était imparfait, le Fils de Dieu, comme pontife, était venu faire h son Père celte pleine oblation où il voulut être tout à la fois le sacrifica'eur et l'hostie : Idem sacerdos et victima ; mais ce qui fut vrai de Jésus-Christ l'est encore de saint André, avec toute la proportion néanmoins et tout le rapport qu'il peut y avoir entre un homme et un Hoiume-Dicn. André mourant sur la croix put dire après le Sauveur du monde : Vous n'avez plus voulu. Soigneur, de la chair et du sang des animaux ; mais vous m'avez formé un corps : les anciens holocaustes ont commencé à vous déplaire, ou du moins ont cessé de vous plaire, et alors j'ai dit : Me voici, je viens, je me présente ; recevez-moi comme votre victime : Tune dixi: Eccevenio •.

Voilà, mes chers auditeurs, le modèle que Dieu vous met à tous devant les yeux ; je dis, à tous sans différence ni de condition ni de rang. En quelque état que vous soyez, vous êtes, comme chrétiens, nécessairement associés au sacerdoce royal de Jésus-Christ ; et c'est à vous, quoique laïques, que parlait saint Pierre, quand il appelait les clu'élicns race choisie, prètrcs-rois, nation sainte, peuple conquis: Vos autem geiius electiim, 7:'g:ih: sacerdoUum, gens sancta 2. Il est de la foi. que sans autre caractère que celui de chrélii^ns, par h seule onctian du haptème, le Sauveur des hommes nous a fait rois et prêtres de Dieu son Père: Et fecisti nos Deo nostro regnum et s'id'rdotes 3. Si je vous disais qu'en cette qualité i! ne tient qu'à vous d'offrir tous les jours à Dieu le même agneau qu'immolait saint André, et qu'en effet vous l'offrez aussi bien que lui toutes les fois que vous assistez au sacrifice de votre religion, peut être seriez-vous surpris de vous voir élevés par là à une si hante dignité. Mais vous devez l'être encore bien plus, oud'avoirignoréjusqu'ù présentée quevousêtcs, ou de l'avoir su, et d'avoir manqué de zèle pour vous : cqui;;er dignement d'une si glorieuse fonction; cui puisque ce n'estpas en simples témoins, mais en ministres du Seigneur, que vous assistez à ce sacrifice, et que l'oblation du corpsde Jésus- Christ ne s'y fait pas seulement en votre présence, mais en votre nom, quelle attention, quel respect, quelle ardeur de dévotion y devez-voas apporter? C'est ce qui rend vos irrévérences si criminelles et même si abominables; c'est ce qui eu fait cjimne autant de sacrilèges. Ah ! chréiens, quelle indignité, que vous présentiez au Dieu immortel, avec un esprit égaré, un cœur

Tsalm., Axxir, 8. — = 1 Petr., il, 9. — ' Apoc, v, 10.

sans nul recueillement, sans nul sentiment, le môme sacrifice ofi notre saint apôtre a épuisé tout le feu de sa charité ! Que disje ? quelle profanation, que vous y veniez pour y voir le monde et pour y être vus, pour y étaler tout le faste du monde et tout l'appareil de votre luxe, pour y cont jnter votre vanité, votre curiosité, et peutêtre pour y entretenir vos plus honteuses passions ! Scandale digne de toute la colère de Dieu, et qui n'est devenu, par l'impiété de notre siècle, que trop commun.

Mais ce n'est pas à quoi je m'arrête : ce que je prétends que vous remportiez de ce discours, c'est une sincère et forte résolution d'offrir continuellement à Dieu, comme saint André, le sacrifice de vos corps, et de l'unir au sacrifice dn corps de Jésus-Christ, puisque c'est par là que vous devez participer à l'honneur et à la perfection du sacerdoce de la loi de grâce, à quoi votre vocation vous engage indispeusablement. Ce que je vous demande, c'est que vous vous appliquiez sans cesse ce que saint Paul recommandait si expressément aux Romains, quand il leur disait: Obsecro vos per misericordiam Dei '; Je vous conjure, mes frères, par la miséricorde de notre Dieu, et de quoi ? de lui offrir vos corps dans cet état de sainteté, dans cet état de pureté où ils puissent lui plaire, et où vous puissiez lui rendre un culte raisonnable et spirituel, ne vous conformant point au siècle présent, mais vous renouvelant chaque jour dans l'intérieur de l'esprit"paroles qui comprennent, en abrégé, tout le fond de la vie chrétienne, et qui devraient être le plus ordinaire sujet de vos considérations. Mais dilcs-moi, mes chers auditeurs, vos corps ont-ils ces qualités nécessairement requises pour être la matière de ce sacrifice que saint Paul veut que vous présentiez à Dieu? sout-cedes corps purs, des corps exempts de la corruption du péché ? en un mot des corps dignes d'être offcits avec le corps de Jésus-Clirist, et de composer avec lui ce sacrifice complet dont je viens de vous parler ! S'ils ne sont pas tels, oserez-vous les offrir à Dieu? et si vous n'osez les offrir à Dieu, comment pouvez-vous paraître vous-mêmes devant Dieu, et appiocher de ses autels? Ah ! chrétiens, si l'on vous disait que vous devez absolument, et à la lettre, faire de vos corps le même sacrifice que saint André ; que vous devez être prêts, comme lui, à sacrifier votre vie par un long et cruel supplice ; que vous devez souffrir, comme lui, un rigoureux martyre ; que vous devez, comme lui, vous résoudre à mourir pour T>ieu, et que, sans cela, il n'y a

■ Eom., XII, 1.

POUR La iciE. un SAINT ANDRE.

froid, point de salut pour vous ; si, dis-je, Dieu niellait voire loi à une pareille épreuve, quoique vous fussiez obligés de vous y souuictlre, du moins auriez-vous droit de craindre, et de vous délier de voiis-nièincs. Mon zèle à vous animer, îi vous encourager, à vous soutenir dans une si dangereuse conjoncture, quelque ardent qu'il pût être, ne ni'enipèciicrait pas de compatir à voire faiblesse, et de Ireuibler le premier pour vous, -tiais quand je vous dis que ce sacrifice de vos corps, dont il est aujourd'hui question, se réduit, dans la pratique, à les maintenir dans une pureté convenable, à leur faire porter le joug d'une salutaire tempérance, d'une exacte sobriété, d'une prudente austérité, d'une solide mortification; à leur retrancher les débauclies qui les détruisent, la mollesse qui les corrompt, l'oisiveté qui les appesantit ; à réprimer leurs révoltes, à ne pas vivre selon leurs cupidités, à les rendre souples à la loi de Dieu, à les assujettir aux observances de la religion, à les endurcir au travail, choses communes et praticables dans les états même du monde les moins parfaits : qu'avcz-vous à répondre ? quand cette régularité de vie, quand cette sévérité de mœurs, quand cette exactitude serait pour vous une espèce de croix, pourriez- vous justement vous en décharger ou refuser de la prendre ? ne devriezvous pas vous-tenir heureux de la trouver dans des choses d'ailleurs si conformes à vos obligations, et rendre grâces à Dieu de ce qu'enfin vous avez appris quel est ce sacrifice de vos corps par où il veut être glorifié ?

Cependant, chrétiens, voici le désordre, et, si je l'ose dire, la honte et l'opprobre du christianisme : des hommes associés par le baptême au sacerdoce de Jésus-Christ, et qui, selon la règle de l'Apôlre, devraient offrir leurs corps comme des hosties pures devant Dieu, en l'ont lies victimes pour le démon, pour la sensualité, pour l'impureté, pour fadultère. Saint Paul ne voulait pas que, parmi les fidèles, on prononçât même les noms de ces passions infâmes ; mais le moYea de s'en taire, daus le boateiu débor-

dement des vices qui infectent l'Eglise de Dieu ? Pouvons-nous, disait saint Gyprien, cacher nos plaies, quand elles sont mortelles; et ne vaut-il pas mieux les découvrir pour les guérir, que de les dissimuler pour nous perdre ? 0 mon Dieu, où en sommes-nous, et à quelle extrémité le péché nous a-t-il portés ? Vous, Seigneur, qui, dans l'ancienne loi, étiez si jaloux de la pureté des victimes qu'on vous présentait, et qui rejetiez celles où il paraissait la moindre souillure, comment pouvez-vous maintenant agréer les nôtres ? Le sacrifice d'un corps impur et esclave du péché, bien loin de vous plaire, ne doit-il pas plutôt vous offenser et vous irriter ! Mais enfin, me dira-t-on, quelque corrompus qu'aient été jusqu'à présent nos coips par le péché, ne peuvent-ils plus être offerts à Dieu? Oui, chrétiens, ils le peuvent, sinon par le sacrifice de la continence, au moins par celui de la pénitence : et c'est en ce sens que saint Paul nous avertit de les faire désormais servir, non plus au péché, mais à la justice. Dieu même tirera de vous alors une gloire particulière, et vous relèverez d'autant plus le triomphe de sa grâce, qu'elle aura eu dans vous de plus forts et de plus dangereux ennemis à surmonter. La pénitence vous tiendra lieu de croix, et cette croix sera l'autel où vous vous immolerez. Ah 1 Seigneur, répandez sur cet auditoire chrétien l'esprit de sainteté dont fut rempli le grand apôtre que nous honorons ; répandez sur cette église, qui porte son nom, l'abondance de votre grâce ; donnez-nous cet amour de la croix, sans quoi il est impossible que nous vous fassions jamais le sacrifice de nous-mêmes ; inspireznous le même sentiment qu'eut saint André à la vue de la croix, lorsqu'il s'écria : 0 croix, source de mon bonheur! 0 bonn crux '.' Faites que nous le disions comme lui, que nous le pensions comme lui, et que, par la voie de la croix, nous parvenions à la même gloire que lui, qui est la gloire éternelle, où nous conduise, etc.

' Act. mait. S, Aadr.

s 1^2 POUR LA FÊTE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER.

SERMON POUR LA FETE DE SAIM FRANGOIS-XAVIER

ANALYSE

Sdjet. Voici itn miracle de la vertu de Dieu, qui fait bien voir que le bras du Seigneur n'est pas raceourrf, et qu'il peut encore saurer son peuple.

Ce nouveau miracle, c'est saini François-Xavier, ou plutôt ce sont les merveilleux succès de sa prédication ; d'oij nous pouvons tirer une preuve sensible et toute récente de l'incontestable vérité de la foi qu'il a prêchée aux plus fières puissances de l'Orient.

Division. De tous les miracles qui se sont faits dans l'établissement de l'Eglise chrétienne, un des plus grands, c'est l'établis- »ement de l'Eglise même par le minisl^Te lesapôtres. Or, dansCL>s derniers siècles, saint François-Xavier a renouvelé ce miracle. En deux mois, Xavier, pour la propagation de la foi, a fait, comme les apôtres, des choses infiniment au-dessus de toutes les forces humaines: première partie. Xavier, comme les apôtres, a fait ce» prodiges dezèle pardes moyensqui ne tiennent rien de la prudence et de la sagesse humaine dî-uxième partie. Voilà ce que aoas devons appeler le miracle de l'Evangile.

Premièrkpartie. François-Xavier a fait, comme les apôtres, pour la propigaiion de la foi, des choses infiniment au-dessus de toutes les forces humaines: il a converti tout un monde. Examinons ce miracle.

Xavier est appelé par le roi de Portugal uour passer aux Indes, il s'embaiM|ue a Lisbonne, il aborde dans l'In le, le voilà rendu au tapde Comorin, et d'abord vingt mille idolâtres viennent le recevoir jiour l'amiassaJeur du vrai Dieu. Il paraît chez les Mores, fameux insulaires, et dans l'espace de quelques jours il réduit sous le joug de la loi chrétienne jusiiu'à trente villes. Le Japon l'attend : il y va, et il y confond les faux prêtres des idoles, il y baptise les rois, il y sanctifie les peuples, il yétablit de nombreuses et de florissantes Eglises.

Or, pour peu qu'on raisonne, et que l'on considère les circonstances de tous ces faits, ne doit-on pas les regarder comme autant de prodiges'? Il est vrai que Luther et Calvin pervertissaient au même temps et attiraient à eux l'Occident et le Septentrion: maisces deux hérésiarques prêchaient une religion commode à la nature, el pour établir une telle religion, il ne fallait pointde miracle, au lieu que Xavier prêchait une loi contraire à tous les sentiments naturels.

Quelle gloire pour cet homme apostolique, quand au jugement de Dieu il pioJuira lesfruitsde sa mission et de si heureuses conquêtes I Mais quel sujet de condamnation pournous, qui profitons si peu de-soinsde tant de prédicateurs, et de la sainteparole qu'ils nous annoncent !

Deuxième partie. François-Xavier, comme les apôtres, a fait de si grandes choses pour la propagation de l'Evangile par des moyens qui ne tiennent rien de la prudence et de la sagesse humaine. Comment se disposa-t-il au ministère évangélique 1 Parun renoncement entier à tous les avantages du monde ; surtout par cette victoire qu'il remporta sur lui-même, à l'égard d'un malade dont l'infection et la pourriture auraient du, ce semble, rebuter la plus héroïque vertu.

De là il devint insensible atout, nour n'être sensible qu'aux impressions de la charité. Les hôpitaux devinrent pour lui une d^ meure ordinaire ei agréable. Les nations les plus sauv.igesse trouvaient forcées de l'aimer, voyant qu'il aimait jusqu'àleurs misères ; et les peuples, témoins des secours qu ils en recevaient dans les infirmités de leurs corps, lui abandonnaient la conduite de leurs âmes.

Quels fonds empioya-t-il dans l'exercice de son ministère î point d'autres pour lui qu'une extrême pauvreté. C'est avec le signe de celte pauvreté qu il parcourt les provinces et les royaumes. .Mais n'était-ce pas avilir son caractère ? c'éiait plutôt le relever, et accréditer la loiqu'ii publiait. Car ce désintéressement charmait les infidèles, et leur faisaitconclure qu'il y avait quelque chose de surnaturel et de divin dans une religion qui élevait ainsi les cœurs et les dégageait de toutes les vues terrestres.

Par quelle voie pénétra-t-il jusque dans la caoitale du Japon'? par celle de l'humilité, en se réduisant à la ville condition de serviteur. A quoi s'ajipliquait-il avec plus de zèle '/ A enseigner aux enfants les premiers principes de la doctrine chrétienne, se faisant, pour ainsi dire, en:ant coin. ne eux. Or, voilà le miracle, que par la pauvreté, par I liumi;ité, par le renoncemeni à toute chose et à soi-même, il a fait ce que toute la politique du monde n'eût osé entreprendre, et ce que jamais elle n'eûl exécuté.

Il s'est vu comblé d'honneurs , cela est vrai; mais c'est au même temps ce qu'il y a de merveilleux, qu'on ait ainsi respecté et honoré un pauvre. li a lait des miracles ; mais pourquoi Dieu lui mettait-il de la sorte «n pouvoir dans les mains ? parce que c était un homme humble.

Bel exemple pour les préiiicaleurs et les ministres de l'Evangile. Qu'ils aient le zèle de Xavier, qu'ils meurent à eux-mêmes comme Xavier, qu'ils prennent comme .Xavier cet esprit d'anéantissement qui fut l'esprit du Sauveur des hommes et l'esprit de tous les apôtres ; alors ils seront les instruments dignes de Dieu, et il s'en servira pour l'avancement de sa gloire et pour le salut du prochain.

Bcce non al ahbrmiata manas Domini, ut talvare nequeat. Venir CCS parolCS du PrOphèlC à l'homme apOS-

Voici un miracle de la vertu de Dieu, qui tait bien voir que le toliquC dunt nOUS SOlenilisOnS la l'ètC ? Est-CC

P^rpit^'ArTh^P^uTiT"""'' '''"'" '"'""""""" l'éloge de François-Xavier que j'entreprends,

Monseigneur «, ^" '"'''':'' ?"' ^''^^'^e de la foi qu'.l a prèchée ?

' et SI le Seigneur, dans ces derniers siècles, a fait

Quel est ce miracle dont nous avons été nous- éclater sa toute-puissante vertu par la conver-

mênies témoins, et en quel sens peuvent con- sion d'un nouveau monde, esi-ce au ministre

• Mosiire François Faur», évèqne dAmiens. de Ce gt'and OUVrage qu'ii CD faul attribuer la

POUR LA FÊTE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER

gloire, ou n'est-ce pas plutôl au Maître qui l'avait clioisi, et qui l'a si heureusement conduit dans l'exercice de son ministère ? Parlons donc, chrétiens, non pas pour exalter le mérite de l'apôtre des Indes et du Japon, mais pour reconnaître la force de l'Evangile qu'il a porté à tant de nations barbares ; et tirons, des merveilleux succès de sa prédication, une preuve sensible et tonte récente de l'incontestable vérité de la foi à laquelle il a soumis les plus fières puissances de l'Orient ; Ecce non est abbrcviata manus Domini. Voici an prodige que Dieu nous a mis devant les yeux, pour nous convaincre et pour confniner notre foi peut-être chancelante, toujours au moins faible et languissante : c'est la propagation du christianisme en de vastes pays d'où l'infidélité l'avait banni, et où Xavier, sur les ruines de l'idolâtrie et malgré tous les efforts de l'enfer, a eu le bonheur de le rétablir. Je ne prétends point égaler par là cet ouvrier évangé- Uqueaux premiers apôtres. Je sais quelles furent les prérogatives de cesdouz^ princes de l'Eglise, et quelle supériorité le Ciel leur donna, soit par l'avantage de la vocation, soit par l'étendue du pouvoir, soit parlaplhiitude de la science. Mais après tout, comme saint Augustin a remarqué que ce n'élait point déroger à la dignité de Jésus-Christ, de dire que saint Pierre a lait de plus grands miracles que lui : aussi ne crois-je rien diminuer de la prééminence des apôtres, quand je dis que Dieu, pour l'amplificalion de son Eglise, a employé saint François-Xavier à faire un miracle nonmoins surprenant ni moins divin que tout ce que nous admirons dans ces glorieux fondaleursdela religion chrétienne.

C'est, Monseigneur, ce que nous niions voir ; et je ne puis douter qu'entre les honneurs que reçoit de la part des hommes l'illustre saint dont nous célébrons la mémoire, il n'agrée surtout le culle et le témoignage de piété que Votre Grandeur vient ici lui rendre. On sait quel fut son respect et sa profonde vénération pour les évoques, légitimes pas'eurs du troupeau de Jésus-Christ, et les dépositaires de l'autorité de Dieu ; on sait avec quelle soumission il voulut dépendre d'eux; que c'était sa grande maxime ; que c'était, disait-il lui-même , la bénédiction de toutes ses entreprises, et que c'est enfin une des plus belles vertus que l'histoire (le sa vie nous ait marquées. Mais, Monseigneur, si Xavier eût vécu de nos jours, et qu'il eût eu à travailler sous la conduite et sous les ordres de Voire Grandeur, combien, outre ce caractère sacré qui vous est commun avec plusieurs, eut-il encore honoré dans vous d'au-

tres grâces qui vous sont particulières ? Aussi zélé qu'il était pour l'honneur de l'Evangile, combien eût-il révéré dans voire personne un des plus célèbres prédicateurs qu'aient foimés notre France ; un honune dont le mérite semble avoir eu du Ciel le même partage que celui de Moïse, et à qui nous pouvons si bien appliquer ce qui est dit de ce fameux législateur : Glori~ ficuvililluminconspecluregnm, etjussit illi coram populo sua ' ; Dieu l'a glorifié devant les tètes couronnées par le miui^tère de sa sainte parole, et lui a donné ensuite l'honorable commission de gouverner son peuple. Voilà, Monseigneur, ce qui eût seusibleuient touché le conn- de Xavier et Voire Grandeur n'ignore pas comment les nôtres sur cela même sont disposés. Que n'ai-je, pour traiter dignement le grand sujet qui me fait aujourd'hui mouler dans cette chaire, et paraître en votre présence, ce don de la parole et celle éloquence vive et sublime qui vous est si naturelle I mais le secours du Saint- Esprit suppléera à ma faiblesse, et je le demande par la médiation de Marie : Ave, Maria.

Une des difficultés les plus ordinaires que formaient autrefois les païens contre notre religion, c'était, si nous en croyons le vénérable Bède, qu'on n'y voyait plus ces miracles dont leur parlaient leschrétiens, etqu'ils produisaient comme les preuves certaines de sa divinité : ce qui faisait conclure à ces ennemis du christianisme, ou qu'il avait dégénéré de ce qu'il était, ou qu'il n'avait jamais été ce qu'on prétendait. A cela, les Pères répondaient diversement. Il est vrai, disait saint Grégoire, pape, que ce don des miracles n'est plus aujourd'hui sicomnnm qu'il l'a été dans la primitive Eglise ; mais aussi n'est-il plus désormais si nécessaire qu'il lé; lit alors : car la foi, naissante encore, n'était, dans ces premiers temps, qu'une jeune plante (|ui, pour croître et pour se fortifier, devait être arrosée et nourrie de ces grâces extraordinaires ; mais maintenant (ju'elle a jeté de profondes racines, et (|u'elle est en état de sesoutenir, elle n'a plus besoin de ce secours. Cette réponse est solide; mais celle de saint Augustin me parait plus sensible et plus convaincante, lorsqu'il raisonnait de la sorte, en disputant contre les infidèles : Ou vous croyez les miracles sur quoi nous appuyons la vérité de la religion chrétienne, ou vous ne les croye„ pas : si vous les croyez, c'est en vain que vous nous en demandez de nouveaux, puis(jiie Dieu s'est assez expliqué par ceux qu'il a opérés d'a-

' Eccli., ::lv, 3.

POUR LA FÊTE DE SAINT FIUNÇOÏS-XAVIER

bord dans rétaMissemcnt du christianisme : si vous ne les croyez pas, du moins faut-il que vous en reconnaissiez un, bien authentique et plus fort que tous les autres, savoir, que, sans miracles, le monde ait été converti à la foi de Jésus- Christ : Si Christi miracuUs non creditis, saltem huic miracido credemlmn est , inundum sine miraculis fuisse conversum. En effet, qu'y a-t-il de plus miraculeux qu'une telle conversion ? Mais permettez-moi, mes chers auditeurs, d'ajouter ma pensée à celle de ces grands hommes : car je dis que les miracles de l'Eglise naissante n'ont point cessé ; je prétends qu'ils subsistent encore, et que Dieu les a continués jusque dans ces derniers siècles ; et je puis toujours m'écrier, avec le Prophète, que le bras tout-puissant du Seigneur n'est point raccourci : Ecce non est ahbreviata inanus Domini. Pour vous en faire convenir avec moi, je vous demande quel est, de tous les miracles qui se sont faits dans l'établissement de l'Eglise, le plus merveilleux et le plus grand ? n'est-ce pas, comme dit saint Ambroise , rétablissement de l'Eglise même ? Rappelez dans votre esprit de quelle manière la loi chrétienne s'est ré|)andue dans le monde ; la sublimité de ses mystères incompréhcnsihles, et même opposés, en apparence, à la raison humaine ; la sévérité de sa morale, contraire à toutes les inclinations de l'homme el à ses sens ; les violents assauts et les combats qu'elle a eu à essuyer ; la faiblesse des apôtres dont Dieu s'est servi pour la prêcher, et toutefois les succès étonnants de leur prédication dans les royaumes, dans les empires, dans tous les Etats. 11 n'y a point d'esprit droit et équitable qui, pesant bien tout cela, n'y découvre un miiacle visible, et qui n'avoue, avec Pic de la Mirande, que c'est une extrême folie de ne pas croire à l'Evangile: Maximœ insanice est Evangeîio non credere. Or, je soutiens que saint François-Xavier a renouvelé ce miracle, et je soutiens qu'il l'a renouvelé par les mêmes moyens que les apôtres de Jésus-Christ y ont employés: en deux mots, Xavier, pour la propagation de la foi, a fait des choses infiniment audessus de toutes les forces bu naines , c'est la première partie ; Xavier, comme les apôtres, a fait ces prodiges de zèle par des moyens qui ne tiennent rien de la prudence et de la sagesse humaine , c'est la seconde partie. Un momie converti par François-Xavier, voilà le succès de l'Evangile ; Xavier travaillant à convertir tout un monde parles abaissements et les souffrances, voilà la conduite de l'Evangile : le succès et la conduite joints ensemble, c'est ce que j'appelle

le miracle de l'Evangile, et voilà le partage de ce discours et le sujet de votre attention.

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