DEUXIÈME PARTIE
Pour donner plus de ji)iir à ma seconde pensée, et pour vous faire voir comment la foi de saint Thojnas est le remède de notre inlidélité, je distingue trois dilféreuts étals où la foi de cet apôtre doit être considérée : le premier, où il la professe; le second, où il la publie; elle troisième, si j'ose m'exprimer ainsi, où il la consomme. Le premier, où il la professe par le témoignage admirable qu'il rend à Jésus-Christ, et qui est rapporté dans notre Evangile; le second, où il la publie par ses prédications, dont le fruit s'est répandu jusqu'aux extrémités de la terre ; le troisième, où il la consomme par
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le glorieux martyre qu'il endure, et par le sacrifice de sa propre vie. Expliquoiis-iious. . aint Thomas, pour réparation de son incrédulité, a donné au inonde trois illustres preuves de sa foi ranimée et ressuscitée ; car il l'a conlessée hautement, en reconnaissant Jésus-Christ pour son Seigneur et pour son Dieu : Duminus meus et Deus meus^ ; il l'a prêchée apostoliqueinent, en convertissant les peuples, et malgré les efforts de l'idolâtrie, leur persuadant que Jésus-Christ était le vrai Dieu ; et il l'a consommée s;iinlement en s'immolant, soi-même et soutirant une mort cruelle pour le nom de son Dieu. Or, dans ces trois états, je dis que la foi de ce grand saint sert à guérir notre inlidélité : comment? parce que, dans ces tro is étals, la foi de s-aint Thomas est un argument qui nous convainc, et une leçon qui nous instruit : un argument qui nous convainc, en sorte que, si nous savons bien l'approfondir, il ne nous est plus possible de douter ; et une leçon qui nous instruit, en sorte que, si nous nous appliquons à la bien comprendre, nous ne pouvons plus rien ignorer. Doute et ignorance, restes déplorables du péché de notre origine, mais dont je soutiens, encore un coup, que la loi de ce bienheureux di ciple est le souverain préservatif, puisqu'elle dissipe tous nous doutes, en nous réduisant à la nécessité de croire, et qu'elle corrige toutes nos erreurs, en nous apprenant ce qu'il faut croire, et comment nous le devons croire. Après cela, n'ai-je pas droit de conclure que Dieu nous la présente aujourdhui comme un remède qui doit pour jaiuais nous garantir de l'i nlidéhté? Voilà, chrétiens, en peu de mots, le raisonnement de saint Grégoire, pape, qui, développé dans toute son étendue, aurait de quoi toucher les àuies les plus dures et les moins sensiLiles aux impressions de la foi, mais que j'abrége, pour ne pas auuserde votre attention.
Saint Tlioaias a cru ; donc nous devons croire après lui : c'est la conséqueuce infaillible que tous les Pères de l'Eglise ont lueede iu conles.--ion de ce saint apôli'e. Carealin, disaieni-ils, et ascc raison, la loi de cet apôtre iie peut être suspecte et le libeiunage le plus déliant n'a rien à lu opposer, il a cru; ce n'est point pat falblc.■;^e ce n'est point [lar légèreté, ce n'est y^hii par une aveugle dèièrence au ÊOiiiiment cl au ra,)port des autres ; nous l'avons vu bien cl ign. de ces dispositions : il s'ensuit donc qu'il a cru, ou par un miracle de la grâce qui s'est lait en lui, ou par une évidence parfaite qu'il a eue de la résurrection de son itlaitre. S'il a cru par uu ciian-
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geinetit miraculeux qui s'est fait en lui, il n'en faiil pas drtvanlage pour me convaincre ; car il n'y a iiue Dieu qui puisse avoir été l'auleur d'un pareil miracle ; el quand le démon (ce qui n'est pas) aurait le pouvoir d'agir immédiatement sur les esprits des hommes, il n'aurait pas usé de ce pouvoir pour faire croire à saint Thomas ce qui relevait la gloire de Jésus-Clu ist, puisque le démon, capital ennemi de Jésus-Christ, bien loin de travailler à sa gloire, travaille de foutes ses forces h le détruire, il fallait donc que ce fût Dieu même qui eût changé l'esprit et le cœur de saint Thomas, et qui, dans un moment, d'opiniâtre et d'inflexible qu'il était, l'eût rendu souple et docile : or, cela seul serait un miracle plus convaincant que tout ce qu'il y a jamais eu de plus miraculeux. Mais non, chrétiens, il n'y eut point proprement de miracle dans la conversion de saint Thomas. J'avoue qu'elle fut surnaturelle, puisqu'elle procéda d'une grâce surnaturelle; mais, supposé la faveur que Jésus- Christ fit à saint Thomas de se manifester à lui, de lui découvrir ses plaies, de lui permettre de les loucher, de lui parler, de lui faire des reproches, de le consoler et de l'instruire ; supposé, dis-je, lout cela, ce ne fut point une chose surprenante que saint Thomas crût ; et si nous avions été à sa place, quelque incrédules que nous soyons, nous aurions cru comme lui. Or, celle évidence de la résurrection de Jésus-Christ, qui dissipa en un instant lout ce que l'infidélité avait formé de nuages dans l'esprit de ce disciple, qui le remplit des lumières de la foi les plus vives et les plus brillantes; qui, faisant naître cette vertu dans son cœur, la fil aussitôt éclater par sa bouche, ou plutôt pour parler avec saint Léon, qui, d'une bouche infidèle, tira cette excellente confession : Dominus meus et Deus meus', Mon Seigneur el mon Dieu ; voilà ce (jue j'appelle le remède de notre incrédulité : car qui ne croirait pas à un témoignage que la seule force de la vérité connue arrache à celui même qui la combattait avec plus d'obstination ? Quand saint Paul, après sa conversion, prêchait le nom de Jésus-Christ dans les synagogues, l'Ecriture dit qu'il confondait les juifs : Confundebat Judœos: pourquoi? parce qu'ayant été le persécuteur déclaré du nom de Jésus-Christ, les juifs ne pouvaient ni récuser, ni rejeter le témoignage qu'il rendait en faveur de cet Honnue-Dieu. Car vous le savez, leur disait-il, mes fières, de quelle manière j'ai vécu dans le judaïsme, et avec quel excès de fureur je faisais la guerre à cette nouvelle Kglise que je reconnais aujourd'hui pour l'Eglise de Dieu. 11 est vrai, j'étais infidèle
comme vous, et plus rebelle aux lumières de la grâce que vous; mais c'est pour cela que Dieu a jeté les yeux sm- moi, et que Jésus-Christ a voulu exercer envers moi ses miséricordes, afin que je devinsse un exemple qui vous obli;;eâl à croire en lui. Oui, c'est lui-même qui m'a parlé, et qui, par le plus étonnant de tous les prodiges, m'a mis dans la disposition où vous me voyez, qui m'a abattu pour me relever, qui m'a aveuglé pour m'éclairer , qui, de blasphémaleiu- que j'étais, m'a fait son apôtre, et qui, pour réparation des outrages qu'il a reçus de moi, veut maintenant que je lui serve de témoin auprès de vous. Ces paroles, dis-je, dans la bouche de saint Paul, avaient une vertu toute divine, et saint Luc ajoute que c'était assez qu'il assurât que Jésus-Christ était le Christ, pour fermer la bouche à tous les ennemis du nom chrétien : Confundebat Judœos... aljirmans quoninm hic est Christus '. Or je dis le même de saint Thomas : pour confondre l'incrédulité sur le sujet de la résurrection, et par conséquent de la divinité de Jésus-Christ, saint Thomas n'avait qu'à se montrer, et qu'à dire hautement : C'est moi qui combattais cette résurrection, moi qui ai fait voir tant d'opposition à la croire, mais qui suis aujourd'hui forcé de la reconnaître, et qui ne veux plus vivre que pour la publier : il m'en coûtera la vie ; mais trop heureux si, par l'effusion de mon sang, je puis rendre à une si sainte vérité le témoignage que je lui dois : ce témoignage m'attirera la haine de toute ma nation ; mais je compterai pour rien d'être exposé à toute la haine du peuple, pourvu que j'annonce la gloire de mon Dieu. Encore une fois, qui pouvait inspirer à cet apôtre des sentiments si généreux ? était-ce préoccupation, était-ce intérêt, était-ce renversement d'esprit ? ou plutôt n'est-il pas évident que ce ne fut rien de tout cela ? et puisque la conversion de cet apôtre ne peut être expliquée qu'en disant que c'a été l'eflet, mais l'effet incontestable et palpable de la vérité qu'il avait vue, que nous resle-t-il à souhaiter davantage pour l'affermissement de notre loi ?
Non-seulement la foi de saint Thomas est un argument qui nous convainc, mais une leçon qui nous instruit, et qui, après nous avoir réduits à la nécessité de croire, nous apprend encore ce que nous devons croire. Car, conmie remarque Guillaume de Paris, jiar une seule parole ce grand saint est devenu le théologien, le docteur, le maître de toute l'Eglise, a éclairci la toi de tous les siècles, a dissipé toutes les ténèbres dont la malignité de l'hérésie devait
1 Aet., IX, 23.
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dans la suite des temps obscurcir nos principaux mystères. Et prenez garde en eliet, mes ciicrs auditeurs : ce qui lait l'es.--entiol et le capital de notre loi, c'est de croire '|ue Jésus-Ciuist est Dieu ; siinsci'la point de religion, sans cela point de gr;\ce ni de salut. Fussions-nous des anges de lumièie, lussions-nous dos lionunes de miracles, si nous ne confessons la tlivinité de Jésus- Chiisl, cl si nous ne sounnes prêts à mourir pour la détendre, nous sonnnes des anathèmes et des réprouvés. Uulconi|ue divise Jésus-Ciirist, disait le bien-ainié disciple : Omuis spiritua quisolvit Jeuum ', c'est-à-dire, quiconque reconnaissant Jésus-Cliiist pour liomcne, ne l'adore pus counne Dieu, devient dès là et par là un antechrisl : Qui soluit Jesum... est unticliristus 2. Voilà ce qui nous justilie devant Dieu; et pour juser des leiines de l'EcriliU'e, voilà ce qui nous rend victorieux du monde, la toi de la divinité deJésus-Clirist:yuJs est qui vincitmttiidum, nisi qidcredil (iiwniam JesHS est Filius Oei ^ ?0r, par qui nous est venue cette toi ? ou plutôt, par qui cette loi nOiisa-t-elle été développée ?par l'apôtre saint Tliomas, qui, de tous les organes dont Dieu s'est sei \ i pour nous révéler cet auguste mystère de la divinité de son Fils, est sans doute celui qui nous l'a déclaré plus netteiueul, j)lus positivement, i)lus absolument. Les autres se sont contentés d'attribuer à Jésus-Christ des qualités divines : l'évangéliste saint Jean nous a enseigné qu'il était le Verbe de Dieu ; Jean-Baptiste, son précurseur, nous l'a fait connaître comme agneau de Dieu ; saint Pierre, parlant au nom de tous, a protesté qu'il était le Fils de Dieu; saint Paul, pour comble d'éloge, nous l'a représenté revêtu de la lorme de Dieu : il n'y a que saint Thomas qui, par une expression d'autant plus vénérable et plus authentique qu'elle est plus simple et plus naturelle, l'ait nommé son Seigneur et son Dieu : Dominas meus et Deus meus. Cependant, chrétiens, c'est sur la simplicité de ce témoignage que notre foi est particulièrement établie. A tout le reste, l'impiété arienne opposait des détours et des subterfuges; et quelque évidents que fussent les sacrés oracles en faveur de la divinité du Messie, si les partisans de l'arianisme ne pouvaient y résister, ils trouvaient moyen de les éluder. En vain saint Pierre avait dit : Tu es Christus, Filius Dei vivi; ils prétendaient, quoique injustement, que sans être Uieu il pouvait, dans le sens même de ce passage, être appelé Fils de Dieu ; et la faiblesse de leurs réponses sur un dogme aussi solidement fondé que celuilà ne diminuait rien de leur opiniâtreté : mais
' IJoao , IV. 3. — ' Ibid. — ' Ibid., v, 6.
quand on leur produisait l'hommage que saint Thomas avait rendu à Jésus-Christ ressuscité, quand on les pressait parla force de ces termes : Dominas meus et Deus meus ; quand on leur faisait entendre que, dans le style des Ecritures, jamais auhe que Dieu même n'avait été traité de mon Dieu ; Deus meus, la vérité l'emportait sur leurs artifices, ces paroles incapables d'interprétation les déconcerlaient; pour peu qu'ils eussent de bonne foi, ils désespéraient de s'en poiKvoir sauver; et, touchés de l'exemple du saint apôlre, ils se réduisaient souvent à (aire au Sauveur du monde la môme réparation que lui : Dnminus meus et Deus meus. Mon Seigneur et mon Uieu. Ce qui, selon la remarque de saint Hilaire, était l'abjuration la plus solennelle de l'arianisme, et comme la formule de foi qui distinguait les orthodoxes de ceux qui ne l'étaient pas.
Ce n'est pas tout : Saint Thomas a publié et annoncé cotte foi dont il avait fait une si sainte profession ; et, par le succès de ses prédications apostoliques, il nous a convaincus scnsil)leinent de la vérité de ce qu'avait [crédit le Fils de Dieu ; savoir, que son Evangile serait prêché et reçu dans tout le monde : car c'est ea effet par le ministère de saint Thomas que l'on a vu cette prédication accomplie, et c'est le premier d'entre les apôtres dont on a pu dire à la lettre : In omnem terram exiuit sunus eorum^ et in fines orbis terrœverba eorum • ; Une sa voix a retenti jusqu'aux extrémités de la terre, et que par lui la foi s'est répandue jusque dans les pays les plus éloignés. Les autres, après avoir reçu le Saint-Esprit, se partagent dans les provinces voisines de la Judée ; l'Italie, l'Egypte, l'Asie-Mineure, sont comme les bornes de leur apostolat : Mais Thomas, animé d'un zèle plus vaste et plus étendu, embrasse un monde entier, ou plutôt pousse ses desseins et ses entreprises jusque dans un nouveau monde. 11 ne lui suffit pas d'avoir converti les Pai-tlies et les Mèdes ; les Hyrcans et les Perses saiictiliés sont trop peu pour lui ; il ne compte pour rien d'avoir porté le nom de Jésus-Christ dans tous les lieux que le héros de la Grèce a rendus célèbres par ses conquêtes : honteux d'en demeurer là, et de finir sa course où l'ambition de ce monarque termina la sienne, il pousse plus avant; il pénètre dans la région la plus intérieure de l'Inde ; il prêche à des peuples dont le nom était à peine connu ; et là, avec le secours du Dieu qui l'envoie, que fait-il? ô toute-puissante et divine loi, que ne pouvez-vous pasl il établit
! l^a\m., XTUi,&.
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le ciiUe d'un Dieu crucifié, il inspire à des hommes chaniels l'amour de la croix, il confond la superstilion, il renverse les idoles, il gagne à Jésus-Christ et à l'Evangile des millions d'infidèles. Ce que je dis n'est point fondé sur une de ces traditions obscures que l'infidélité conteste, et qui servent de matière à la critique des savants : ce sont de ces faits éclatants, dont rien n'a jamais effacé le lustre. Le sépulcre de saint Thomas, qui, suivant le rapport de saint Chrysostome, était, dès les prem.iers siècles du christianisme, aussi vénérable que celui de saint Pierre, est encore aujourd'hui ce qui entretient la piélé et la ferveur de toutes les Eglises d'Orient. C'est \h que cet homme de Dieu, saint François-Xavier, passait les jours et les nuits en de profondes médilations qui le tianspoi laient hors de Ini-mème ; c'est là qu'il se remplissait de zèle ; c'est de là qu'embrasé d'une sainte ardeur que les cendres de cet apôtre excitaient, il partait pour aller combatire les ennemis de son Dieu, réveillant toute sa confiance et tout son courage par cette pensée, qu'il marchait sur les traces de saint Thomas, qu'il continuait son ouvrage, et que, lui ayant été destiné pour successeur, il pouvait tout attendre de sa protection. Or, ce succès de l'Evangile tel que je viens de le marquer, a depuis été considéré des Pères comme une des plus incontestables preuves de notre foi ; et si par là notre apôtre nous a convaincus en nous faisant voir l'accomplissement de la parole et de la prédiciiou de Jésus- Christ, c'est parla même aussi qu'il nous a instruits : car qu'est-ce que celle foi qu'il a répandue dans le monde ? Une lumière qui a éclairé le monde, et qui, de siècle en siècle, s'est perpétuée jus(iu'à nous. Oui, mes chers auditeurs, la même foi que saint Thomas a porte si loin au delà des mers, nous sert encore de flambeau pour guider nos pas et pour nous conduire ; les mômes vérités dont il a établi la créance parmi les nations, et en tant d'esprits indociles, d'esprits prévenus, d'esprits superbes et orgueilleux, c'est ce que nous professons comme les articles de notre religion, ce que nous suivons comme les règles de notre vie, sur quoi nous nous appuyons comme sur les fondements de notre espérance. Heureux de l'avoir conservé, ce sacré dépôt, ou plutôt heureux que Dieu l'ait fait passer dans nos mains ! mais souverainement malheureux, si jamais nous venions à le dissiper et à le perdre !
J'achève, et voici ce qui couronne la foi de saint Thomas, et qui y met la dernière pcrlèction : cette foi qu'il a confessée hautement, qu'il
a prèchée aposloliquement, il l'a enfin saintement el glorieusement consommée : par où ? par son martyre ; car ce qu'on a toujours regardé dans l'Eglise de Dieu, et avec raison, comme le plus signalé témoignage d'une foi parfaite, ou, si vous voulez, comme l'attachement le plus parfait à la foi, c'est de mourir pour elle, de lui sacrifier sa vie, et avec sa vie tous les intérêts humains , de la soutenir malgré les menaces et les plus violentes persécutions, et de signer enfin de son sang la confession qu'on en fait. Or, voilà ce que nous devons encore admirer dans notre généreux apôtre. Qui l'eût cru, chrétiens, lorsqu'on le voyait chancelant et incertain, opiniâtre et incrédule, doutant d'une des vérités fondamentales de la foi, et refusant de s'y soumettre, qu'i^ en serait un jour, non-seulement le prédicateur, mais la victime et le martyr ? Ce sont là, mon Dieu, de ces changements qu'opère la vertu toute-puissante de votre Esprit, et que nous ne pouvons attribuer à nul autre principe. Cependant j'ajoute que, dans cet état, saint Thomas a plus que jamais de quoi nous convaincre, et de quoi nous instruire : de quoi nous convaincre parce que c'est dans cet état que son témoignage en faveur de la foi est moins suspect, et doit par conséquent avoir plus de force ; de quoi nous instruire, parce que c'est dans cet état que son exemple nous apprend ce que nous devons f;\ire nous-mêmes pour la foi, et quel est à l'égard de la foi un de nos devoirs les plus essentiels. Attention, s'il vous plait, à l'un et à l'autre.
Je sais, mes chers auditeurs, qu'il y aruait toujours de la présomption et de l'injustice à soupçonner la fidélité des minisires de l'Exangile ; mais après tout, quand un homme iirêche la foi sans danger, sans s'exposer, sans rien hasarder, quelque respectable que soit son ministère, il n'est jias évident que ses vues, dans l'exercice de son ministère, soient tout à lait épurées, nique le seul zèle de la vérité h lasse pailer : or, moins nous sommes certains de la droiture de ses intentions et de la pureté de ses vues, moins est-il propre à nous convaincre et à nous loucher ; mais quand je vois un apôtre percé de traits, comme saint Thomas, tout ensanglanté, et mourant pour confirmer la foi qu'il anonnce, je me dis à moi-même : Quel autre intérêt que celui de la vérité pouvait i'eui;ager à soufhir de la sorte et à s'immoler? il fallait qu'il en eût des preuves bien fortes. Et à qui d'ailleurs puis-je plus sûrement et plus sagement m'en rapporlei-, qu'à celui même qui dut avoir été témoin oculaire de te qu'il nous
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a appris et de ce qu'il a soutenu avec tant de constance ? Son témoignage, surtout en de pareilles conjonctures, est donc une conviction pour nous, comme son exemple est encore une inslruclionqui nous montre en quelles dispositions être nous devons nous-mêmes à l'égard de la foi.
Et en effet, chrétiens, telle doit être la préparation de notre cœur, et tel l'altaciiement à notre foi, que rien ne soit capable de nous en séparer. Il est vrai que nous ne sommes pas en ces temps où toutes les puissances du monde, liguées contre Jésus-Christ et son Evangile, employaient tout ce qu'elles avaient d' autorité et de force à poursuivre les fidèles. Nous ne sommes plus exposés au bannissement et à l'exil, aux fers et à la captivité, aux tourments et à la mort ; nous pouvons faire une profession libre et publique de la sainte religion que nous avons embrassée dans notre baptême, etoù nousavons été élevés. Mais aussi la profession que nous en faisons maintenant sans danger, et même avec honneur, pour avoir le degré de mérite et de perfection qui lui est essentiel et absolument nécessaire, doit être accompagnée d'une si ferme résolution, que nous soyons, avec le secours de Dieu, déterminés à courir tous les périls, à essuver tous les opprobres, à endurer tout et à perdre tout, plutôt que de démentir jamais le saint caractère que nous portons. Or, mes frères, y a-t-il lieu de croire que vous soyez ainsi disposés, et si vous prétendez l'être, par quel monstrueux assemblage voulez-vous accorder avec une foi de créance et de spéculation, une inlidélilé de pratique et de mœurs ? Prenez bien garde à ce que je dis : je demande d'abord s'il y a un fondement solide, pour penser que vous soyez dans celle disposition que votre foi exige indispcnsableinent de vous; et mille preuves ne doivent-elles pas plutôt me faire juger que vous êtes dans une dis[iosition tout opposée ? car comment me persuaderai-je que vous auriez la force de tenir contre les menaces des tyrans et contre les efforts des persécuteurs de l'Evangile, quand vous n'avez pas seulement le courage de résister à un respect humain, quand une parole et une vaine raillerie suffit pour vous arrêter et pour vous déconcerter; quand la moindre violence qu'il faut vous faire pouraccouiplir les devoirs du christianisme, vous paraît insoutenable et vousdésespèie; quand au lien de vous élever contre l'audace de ces libertnis qui, par leur discours impies, osent profaner en voire présence ce qu'il y a de plus vénérable et de plus divin dans la religion, vous
leur prêtez l'oreille, vous les écoutez avec attention, souvent avec plaisir ; vous leur applaudissez, ou du moins, par un silence lâche et timide, vous les autorisez ; quand vous-mêmes vous aimez tant à raisonner sur les mystères de la foi, à formerdes difficultés sur certains articles, à censurer certaines dévotions que la pieuse simplicité des fidèles a établies, et qu'un long usage dans l'Eglise a confirmées ? Avec cela, dis-je, peut-on présumer que vous seriez prêts à livrer les mêmes combats que les martyrs, et à remporter les mêmes victoires ?
Mais vous l'êtes, j'y consens, et je le veux supposer : quelle alliance d'ailleurs prétendezvous faire d'une foi de spéculation avec une infidélité d'aclion ? qu'est-ce qu'une foi stérile et sans œuvres? l'apôtre saint Jacques ne nous l'a-t-il pas appris, que c'est une foi morte? Et qu'est-ce donc encore, à plus forte raison, qu'une foi si sainte en elle-même et si pure, avec une vie toute mondaine et toute corrompue ? c'est-à-dire qu'est-ce qu'une foi qui, dans ses maximes, combat tous les sens, et une vie où vous lie cherchez qu'à contenter les sens et qu'à satisfaire leurs désirs les plus déréglés? qu'est-ce qu'une foi dont tous les princijies vont à mortifier les passions et à les détruire, et une vie qui n'est employée qu'à nourrir les' passions les plus honteuses, qu'à entretenir les plus criminelles habitudes, qu'à s'abrutir dans les plus infâmes plaisirs? qu'est-ce qu'une foi qui ne nous enseigne que le mépris du monde et de nous-mêmes, que le renoncemeni aux biens temporels, que l'humilité, que la charité, que la patience ; et une vie où vous n'êtes attentifs qu'à vous agrandir dans le monde, où vous ne pensez qu'à vous distinguer selon le monde, où vous ne travaillez qu'à vous enrichir des trésors du monde ; un vie qui se passe en intrigues, en cabales, en procès, en querelles et en dissensions? Je laisse un plus long détail que tant de fois j'ai déjà tait en d'autres discours ; et pour finir celui-ci, j'en reviens à cet avis important que donna Jésus-Christ à saint Thomas, et que je vous donne à vousmêmes : NoH esse incredulus, sed fidelis. Préservons-nous des désordres de l'incrédulité, en nous soumettant à la foi ; soyons fidèles, et soyons-le d'esprit et de cœur. Soyons-le desprit, en nous rendant dociles aux vérités de la Toi, et soyons- le de cœur, par un zèle ardent pour la foi. Surtout conformons notre vie à notre foi, et honorons noire foi par notre vie; que la foi soit la règle de toutes nos actions; que la foi soit le remède de toutes nos passions ;
POTJi'i LA FÊTE DE SAINT ETIENNE, 337
que la foi soil le principe de toutes nos (iéiiljé- la voie du salut, et nous fora parvenir à Y6*rvrations. Heureux, si nous croyons ainsi ! la foi, iielle félicité, que je vous souhaite, etc. comme un guide infaillible, nous conduira dans