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ne fût en moi, point de place où je n'eusse droit de prétendre, jusque-là qu'on me jugeait digue du souverain pontificat : Antequam domum saiictœPdulœnossem, toliusin me iirbis consonabanl siudia ; (//V/»«,s summo sacerdotio decernebar ; dicerbar liumilis, sanctus, discretus. Mais de|)uis, ajoutait-il, quej'ai coumieucé à iionorer celle servante de Dieu, et à prendre soin de son âme, dès là, par une bizarre révolution , tout s'est soulevé contre moi ; on ne m'a plus trouvé aucun mérite ; j'ai cessé d'être ce que j'étais, tontes mes vertus m'ont abandonné : Sed postquam illam pro merito sitœ rnstitatis colère cœpi, omnes me illico deseruere virtules.
Que veux-je conclure de l<à, chrétiens ? Vous le voyez : que, comme il n'y a rien à quoi la censure s'attache plus malignement qu'à ce qui regarde ces fréquents entretiens des ministres de Jésus-Christ avec ses épouses ; rien où il soit plus difficile à un serviteur de Dieu d'avoir pour soi le suffrage du public, puisque les saints, même les plus autorisés, tel (pictait entre les autres saint Jérôme, y sont à peine parvenus ; aussi n'esl-il rien où ce qui s'appelle exactitude de devoir, sainteté de mœurs, irrépréhensibililé de vie, soit plus nécessaire et tout ensemble plus glorieux : c'est donc là ce qui fait la gloire de s liut Etienne. Car pourquoi est-il respecté, référé, canonisé par la voix publique, dans unminislèieoù les autres sont si sujets à être calomniés et décriés ? Ah ! mes frères, répond saint Augustin, ne vousen étonnez pas ; c'est qu'il était reuqdi de cette grâce qui rend les hounnes parfaits selon Dieu et selon le moude : Slephinius autemp'enus yratia ; c'est que, pour correspondre à celte grâce, il avait toute la vigilance et tous les égards que demandait l'honneur de sa profession ; c'est qu'agissant par le mouvement de cette grâce, il se comportait envers le sexe dévot connue un homme au-dessus de l'humanité, avec la puielé d'un ange et la modestie d'une vierge ; grave sans affectation, prudent sans dissimulation, mortifié et ansière sans dureté, cliarilable et doux sans faiblesse ; c'est qu'étant sanclifié par l'onction de celte grâce, on pouvait à la lettre dire de lui qu'il élaii cet ouvrier dont parle l'Apôtre, qui marche la lèle levée, et qui ne fait lien dont il puisse rougir : Opentriumincutifusibilcm '. Pour cela, repreml saint Augustin, on lui donne la concuite de» femmes, et par là ilre(.oitauthenliquement le témoignage qu'un lui doit, de la plus épurée, de la |)lus soliieel de la plus consonnnéc vertu: Virgo piœponilur feminis, et iii hue kstimonium acci-
'11 ïiin..i, lû.
pit inieycirimœ castitatis ; par là il s'acquiert l'estime, non-seulement des domestiques de la foi, mais des étrangers ; par là il tiioinphe de ses ennemis qui, transportés de fureur, après avoir lait de vains efforls pour opprimer son iimocence, grincent des dents couhe lui, parce que toutes les accusations dont ils le chargent se détruisent d'elles-mêmes, et ne peuvent rien contre cet honorable témoignage que lui rend malgré eux la vérité : Dissecabuniur cordibus suis, et stridebaiit dentibiis in eum >; [lar là, dis-je, il triomphe de la calomnie, et c'elait aussi le grand moyen, le moyen unique d'en ti iomplier ; car, pour continuer à faire de cet éloge noire instruction parliculière, prétendre être à couvert de la médisance sous un autre voile que celui de l'innocence ; espérer que les hommes nous épargneiont, taiidis que nous ne marchons pas dans les voies droites ; croire qu on excusera nos vices par la considération de nos personnes, c'est nous flatter, chrétiens, et nous méconnaître : fu>sions-nousles dieux delà lerie, on nous jugera ; et s'U y a du laibie en nous, on nous condamnera. H n'y a que la piobilé, et la probité reconnue, qui puisse ôlre au-dessus des discours et des jugements du monde.
Venons au détail, et développons ce point de morale si naturellement enlermé dans mon sujet. Ainsi, mes cliers auditeurs, prélemlre, surtout dans te siècle où nous vivons, echa[iperàla malignilédu monde par une autre voie que par celle d'une exacte et constante régularité ; pour une femme, par exemple, se per.suader qu'elle pourra se donner impunément toute !>orte de liberté, sans que l'on pense à elle, ni qu'on parle d'elle ; qu'il lui sera periins d'en. retenir tels commerces qu'il lui plaira, sans qu'on en lire des conséi|uences au préjudice de son honneur ; qu'elle auia droit d'avoir tians le monde des liaisons dangereuses et suspectes, sans qu'on ait droit de s'en scandaliser ; et que, quoi qu'elle lasse, on sera obligé à ne rien croii e, à ne rien soup(;ouner, à ne rien voir ; ou plutôt qu'on sera obligea s'a\eugler soi-même, pour la supposer régulière et sage ; n'est-ce pas une (uetenlion aussi clmnérique qu'injuste 't cependant c'est la prétention de tant de leinmes mondaines. On veut avoir tout le crédit de la bonne vie et toute la réputation de la vertu, sans qu'il en coule de se contraindre, ni de s'assujettir à aucune lègle ; disons mieux : on veut avoir tout le crédit de la verluetde la bonne vie, avec toute l'inilepeudauce du libertinage et du vice. Ainsi verrez-vous des lemmes, engagées dans
' Act., t:i,&4.
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des sociétés que la charité mêiiie la plus indulgente ne peut excuser, ni favorahlemcut interpréter, se pitjuer néanmoins il'ètre exemptes de -reproclies, vouloir qu'on les estime telles, trouver mauvais qu'on n'en convienne pas, prenJrc à partie ceux qui en doutent et qui se malédifiejit de leurs actions ; et cela, sous prétexte de l'obligation que Dieu nous impose de ne point juger. Obligation sur laquelle elles sont éloquentes, parce (ju'clles y sor.t intéressées ; sans ionsidérer que, si ce principe avait toute l'étendue qu'elles lui donnent, les plus honteux désordres régneraient tranquillement dans le monde, puisqu'il ne serait plus permis d'en condamner les apparences, quincaïunoins en font tout le scandale ; et que les apparences, ainsi autorisées, eu fomenteraient les plus pernicieux effets. Mais ce sont, me direz-vous, des jugements téméraires qu'on fait de moi ; et moi, je prétends que ce sont des jugements raisonnables, prudents, bien fondés. Ils peuvent être faux ; mais dans la conduite peu circonspecte que vous tenez, ils ne peuvent être téméraires: car vous devez savoir que tout jugement désavantageux n'est pas jugement téméi'aire ; et que souvent, dans la matière dont je parle, moins de chose que vous ne pensez suffit pour nous mettre eu droit de prononcer. Et eu effet, du moment que vous ne gai'dez pas les bienséances qui conviennent à votre état ou à votre sexe, et que vous vous donnez certaines libertés qui choquent les lois de la modestie et de la prudence chrétienne, vous justiliez tous les jugements que je lais de vous. Si jeine trompe en me scandalis;mi, vous êtes responsable devant Dieu de mon scandale ctde mon erreur. Mais cet homme, ajoutez-vous, dont ou me reproche la fréquentation comme un crime, est l'homme du monde à qui je dois le plus de reconnaissance, et qui m'a le plus sensiblement obligée. Que concluez-vous de là ? En est-il moins homme? eu est-il moins dangereux pour vous ? eu ètes-vous moius un objet de passion pour lui '{ n'est-ce pcis pour cela même que vous devez le craindre, et que ce qui serait peut-être indifîérent à l'égard d'un autre, doit à son égaril alarmer votre conscience et vous troubler? C'est en ceci, mes chers auditeurs, plus qu'en tout le reste, qu'il faut accomplir le précepte de l'Apôtre, lequel nous ordonne de faii'e le bien, non-seulement devant Dieu, qui en est le juge, mais devant les hommes, qui en sont les témoins : Providentesbona, non tantum coram Deo, sed etiam coram omnibus hominibus '. Voilà eu quoi saint Etienue s'est signalé,
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et ce qu'a opéré dans sa personne la grâce dont il était rempli : Stephanus plenus (jratia. 3Iais allons plus avant. J'ai dit qu'en prêchant Jésus-Christ, Etienne avait fait paraître dans sonmiuistère une sagesse toute divine, et je n'en veux point d'aiitrepreuve que cet incompa rablc discours qu'il fit dans la synagogue, lorsque, toutes les secjes du judaisiue s'étant cle-» vécs coulre lui, il soutint seul la cause de Dieu et l'bonueur de l'Iivangiic. Vit-on jamais dans un discours tant de dignité avec tant de modestie, tant de véhémence avec tant de douceur, tant de force à\ec tant d'insinuation, tant lie fermeté avec tani de charité? et ne fut-ce ptis là le plus évident témoignage de la haute et sublime sagesse qui l'éclairait? Avec cela, faut-ii s'étonner s'il eut le don de persuader ou du moius de confondre les juifs les plus passionnés pour leur loi? Vous êtes infidèles à Dieu, leur disait-il, animé de zèle, et ne respirant que leur conversion (car pour votre édification, chrétiens, souffrez que je le rapporte ici en propres termes, ce discours de saint Etienne, qui, sans contredit, est un des monuments les plus authentiques du christianisme) ; vous êtes infidèles à Dieu, mais je n'en suis point surpris, vous ressemblez à vos pères : tel a été leur aveuglement et leur sort malheureux ; ainsi ont-ils, par leur conduite, irrité Dieu dès les premiers temps. Voyez comme ils trahirent Joseph, le plus iimocent des hommes et la figure du Messie, en le vendant à des étrangers voyez comme ils traitèrent Moïse, leur législateur et leur chef, en murmurant contre ses ordres, en se révollant malgré ses miracles, en adorant un veau d'or pour lui faire insulte ; c'était ce Moïse qui leur promettait un Dieu Sauveur, et ils ne l'ont pas cru : voyez comme ils ont reçu les prophètes ; en est-il venu un seul qu'ils n'aient pas peisécuté? dites-moi celui dont ils ont épargné le sang? et néanmoins ces prophètes, étaient les députés de Dieu, et leur auuonraient la venue du Christ. Il n'est donc p;is surprenant, concluait Etienne, que leur mauvais exemple vous ait séduits; mais ce que je déplore, c'est que vous ne vouliez pas enfin ouvrir les yeux, que vous ne profiliez pas de leur malheur, et qu'an lieu de vous rendre sages par la vue des châtiments que Dieu a exercés sur eux, vous remplissiez la mesure de leurs crimes, et vous deveniez encore plus coupables qu'eux : car ils n'ont fait mourir que les prophètes et les procurseurs du Messie; et vous avez crucifié le Messie même et le Dieu des prophètes. C'est ainsi, dis-je, que saint Etienne pressait les juifs,
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sans qu'aiicim d'eux pût résister à la sagesse et & l'Esprit divin qui pariait en lui : El non poteranl reshlere sapientiœ et Spiritui qui loquehatiir '. S'il eût dit tout cela avec fierté ci d'une manière inîpérieuse, en les convainquant même par SCS raisons, il les aurait aigris; mais parce qu'il était plein de sagesse, il accompagnait tout cela de tant de grâce, de mcn;\genient, de rcsjicct pour leurs personnel, qu'il montrait bien que c'était en effet la sagesse qui parlait par sa bouclie : Viri fralres et patres, aiuHte ^ : Mes frères, ajontait-il, écoutez-moi; c'est pour voire salut que Dieu m'inspire le zèle dont je suis touclié ; je ne suis ni un inconnu ni un étranger à votre égard , je fais profession de la môme foi que vous, je suis comme vous de la race d'Abialiam , je vous honore tous comme mes pèi-es ; mais encore une fois, ne méprisez pas ma parole, lendez-vous à mes remontrances, et ne rejetez pas la grâce que Dieu vous offre par mon ministère. Il parlait, clnéliens, comme un ange du ciel, et ses ennemis mêmes apercevaient dans son visage je ne sais quoi de céleste : Et iiiluentes eum... viderunt faciem ejus tanquam faciem aiiqeU 3. Mais enfin parce qu'il en voit quelques-uns, malgré de si salutaires averiiss enients, persister dans leur incrédulité, son zèle s'entlamme, et il en vient aux reproches et aux menaces : Z>W7 cervice elincircumrisis cordibus... vos semper Spiritui Sancto resistitis * ; Allez, âmes indociles, esprits durs, cœurs incirconcis, vous êtes parvenus au comble de l'obstination, et il n'y a rien à aliendre de vous qu'une éternelle résistance au Saint- Espi it et à la vérité. Eh bien ! confirmez-vous dans voire malice, achevez ce que vos pères ont commencé, soyez des réprouvés comme eux : Sicut patres vestri, Ha et vus ^. Autant de foudres, mes chers autiiteurs, qui partaient de la bouche de saint Etienne, tandis que les juifs confondus demeuraient dans le silence : pourquoi? parce que c'était la sagesse, non pas de riionnne, mais de Dieu, qui s'expliquait par l'organe de ce fervent prédicateur.
Or, à combien de pécheurs pourrais-je adresser ces reproches qu'Etienne faisait à une na- '■ion aveugle et rebelle? 11 y a si longtemps, duéiiens, qu'on vous prêche dans cette chaire les vérités du salut : Dieu vous a envoyé des ministres de son Evangile, qui vous ont môme persuadés; des présdicateurs éloquents et toucbamls, que plusieurs ont écoutés avec fruit. Si donc il y avait ici de ces cœurs indoni[itables et
' Act., T!, 10. — 5 Ibid., Tii, 2. •- 9 Ibid., Yi, 15. -. » Ibid, Tli, 61. — > Ibid.
inflexibles de qui saint Etienne parlait : Dura
cervice, et incircumcisis cordibus ; pourquoi leur dirai-Je, vous obstinez-vous à ne pas sortir de voire désordre, et pourquoi opposez-vous aux saintes maximes de la sagesse chrétienne, dont on a soin de vous instruire, une fausse sa[;csse du monde, qui est ennemie de Dieu? car voilà, hommes du siècle, ce qui vous endurci! et ce qui vous perd. Comme les juifs voulaient être sages selon leur loi, et non pas selon la loi de Jésus-Christ, vous voulez être sages selon le monde, prudents selon le monde, intelligents, prévoyants, habiles selon le inonde : vous voulez accorder Jésu^-Christ avec le monde, son évangile avec les lois du monde, son Esprit avec l'esprit du monde; tout convaincus que vous êtes de vos devoirs envers Dieu, vous ne pouvez vous résoudre à aller contre le torrent du monde, vous craignez la censure du inonde, vous vous faites une obligation et une nécessité de vous conformer aux usages du monde, et de vivre comme on vit dans le monde. Tel est le principe de celte dureté de cœur, qui, comme un obstacle invincible, arrête voîie conversion : or, pensez-vous que ces juifs soulevés contre Jésus-Christ, et dont saint Elienne avait entrepris de combattre l'infidélité, fussent plus coupables que vonsibins leur cnduivissemeut et dans leur impénilence? Je soiitiens, moi, que votre endurcissement est, sans comparaison, plus criminel, et que par milb^ endroits leur impénitence a dû paraître devant Dieu plus excusable et plus pardonnable que la vôtre.
Non, mes chers auditeurs, ne nous flattons point ; ces ju'rfs que saint Etienne a confondus, quelque idée que nous en ayons, étaient moins infidèles que nous. Ils péchaient par un faux zèle de religion, et nous péchons par un fomls de libertinage qui va souvent jusfpi'à l'irréligion ; ils fermaient leurs oreilles et leurs cœurs à la parole de Dieu, et nous, par un outrage encore pins grand, nous n'entendons cette parole que pour en être les censeurs et les prévf.riciiteurs ; ils résistaient au Saint-Esprit, mais dans un temps où le Saint-Esprit était à peine connu; noire confusion est que ce divin Esprit ayant rempli tout l'univers (le ses lumières et sanctifié le monde par sa venue, il trouve en nous la même résistance, et qu'après les merveilleux effets et les prodigieux changements dont son adorable mission a été suivie, on puisse encfjre nous dire : Vos semper Spiritui Sancto irsi'^titis. La source de ce dérèglement, je le répète, c'est cette malheureuse sagesse
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du monde dont nous sommes prévenus : car avec cola il est impossible que Dieu secommunique à nous, puisque cette sagesse du monde, selon ;aint Paul, est une sagesse charnelle, et que Dieu est un pur esprit. Tout ce que Dieu opère eu nous, celte sagesse du monde le détruit : Dieu nous éclaire, et celte sagesse du monde nous aveugle; Dieu nous anime et nous excite, et cette sagesse du monde nous rend froids et lâches; Dieu nous donne des désirs de péni* tence, et celte sagesse du monde les étouffe. Il faut donc, si je veux que l'Esprit de Dieu agisse en moi, que je renonce à cette fausse sagesse, et que la première règle de ma conduite soit la sagesse évangélique. Non, je ne veux plus vivre selon les lois de cette sagesse mondaine que Dieu réprouve. Non-seulement je déteste les folies du monde, les extravagances du monde, mais la sagesse même du monde : car ce monde, ennemi de Dieu, est réprouvé jusque dans sa sagesse ; et s.o sagesse prétendue est son désordre capital. S'il affectait moins d'être sage, tout monde qu'il est, il serait moins corrompu, puisqu'il est évident que sa plus dangereuse corruption vient de l'orgueil que lui inspiie la sagesse dont il se pique. Je veux donc, en ni'atlachant pour jamais à la maxime de l'Apôtre, devenir fou selon le monde, pour être sage selon Dieu; passer pour insensé aux yeux du monde, afin d'êlre fidèle et chrétien aux yeux de Dieu : Siquisvidetur... sapieiis esse in hoc sœculo, stuUiis fiai ut sit sapiens '. Revenons ;1 l'éloge de saint Etienne. Vousl'avez vu plein de grâce daiis l'accomplissement de son mitiistère; voyez-le maintenant plein de force dans la consommation de son martyre : c'est le sujet de la seconde partie.