I .\cl., VI
POÎTR LA FRTR Dîî SAÎNT ETIENNE.
m'explique : saint Etienne fat c'iaisi diacre, c( même le premier des diacres : Primiccrius cliaconorum ; ainsi l'appelle saint Angnstin. Charge honoraijle, je l'avoue, mais qui l'engageait par une indispensable nécessité à deux choses : l'une, d'administrer les biens de l'Eglise, dont il était par ollice le dispensateur ; l'autre, de gouverner les veuves qui, renonranl au monde, se consacraient à Dieu dans l'état de la viduité; charge où la sainteté même trouvait des risques à courir, mais où Dieu voulait que saint Etienne servit d'exemple à tous les siècles i'ulurs. Développons ceci, mes chers auditeurs, et ILrons-en une des plus solides morales.
Comme disi)ensateur des biens de l'Eglise, Etienne était responsable de sa conduite h Dieu et aux hommes ; première épreuve de sa vertu : car les fidèles alors, par un esprit de pauvreté, vendant leurs fonds, et en apportant le prix aux pieds des apôtres ; les apôtres d'ailleurs, comme le témoigne saint Luc, s'en déchargeant sm- les diacres, et leur en laissant la disposition, et saint Etienne, entre les diacres, ayant un titre fie supériorité, par la prééminence de son rang, Verimle primm, dit de lui saint Chrysôstome, ut ititer apostolos Pelrm; il s'ensuit qu'il disposait plus absolument que les autres des trésors de l'Ejliso. f)r cet emploi, quoique saint, devait être pour plusieurs un fatal écueil, et pour les saints mêmes une dangereuse tentation : et en effet, déjà un apôtre s'y était perdu, et Dieu prévoyait qu'après lui bien d'autres s'y perdraient. Il prévoyait qu'une des plaies les plus mortelles dont serait affligé le monde chrétien dans la suite des siècles, était l'énorme abus qu'on y ferait des revenus ecclé.siasliques, qui sont proprement des biens consacrés par la piété des fidèles pour être le patrimoine des pauvres : c'est-à-diie, il envis;^geait ces temps malheureux où les ministres de l'Eglise, dominés et corrompus par une aveugle cupidité, au lieu de distribuer aux pauvres ce paliimoine, le dissiperaient en se l'attribuant à eux-mêmes ; ces temps où l'avarice, - l'ambition, le luxe ayant inondé jus [u'au sanctuaire, ce fonds destiné à la subsistance des membres de Jésus-Christ sérail profané, et, si j'ose user de ce terme, prostitué à des usages mondains : Dieu, dis-je, prévoyait ce scandale. Il était donc nécessaire, ajoute saint Chrysôstome, qu'à ce scandale, dont un apôtre ré- Iirouvé avait été l'auteur. Dieu oi)posàt un exemple qui en fût le remède et le correctif : je veux dire, un homme dont la (idélilé irréprochable, dont le parfait désintéressement.
(1 j-il l'exacte et inaltérahlc probité dans la (lis:)ensation des biens de l'Eglise, fût dès lors p )ar ceux qui les posséderaient une règle vivante et toujours présente, et servît au moins à confondre ceux qui viendraient h se relâcher de leurs obligations dans une matière aussi essentielle que celle-là. Or, je l'ai dit, c'est dans ci'tte vue que saint Etienne a été suscité de Dieu, et c'est ce qui fait une des principales parties de sa sainteté et de son éloge. On lui coïific le trésor de l'Eglise, et il le ménage d'une manière qui lui attire, non-seulement l'approbation, mais la vénération de tout le peuple de Dieu. A peine est-il chargé de cet emploi, que les Grecs cessent de se plaindre, qu'on ne murmure plus contre les Hébreux ; que, sans distinction, les pauvres, soit étrangers, soit domestiques, sont abondamment secourus. La charité de ce saint diacre suffit à tout ; et, avec une vigilance pleine d'équité, il fournit à tous les besoins d'une miiUilude qui, pour être par profession pauvre de cœur, n'éiait pas insensible à l'indigence, moins encore à la négligence de ceux qui y devaient pourvoir. •
Ces biens de l'Eglise, entre les mains de saint Etienne, ne sont donc employés, ni à rassasier la cupidité, ni à entretenir la vanité, ni à satisfaire la sensualité ; mais il les partage selon la mesure de la nécessité : ils ne deviennent pas dans la personne d'Etienne l'héritage de la chair et du sang, mais l'héritage de l'orphelin et de l'inligenl ; Etienne n'en dispose pas comme maitre, mais comme serviteur prudent et fidèle, qui se souvient qu'il en doit rendre compte lui-même au souverain Maiii-e. Ah! mes frères, s'écriait saint Bernard, déplorant les désordres de son siècle, que ne puis-je voir l'Eglise de Dieu dans cet ancien lustre, et dans lette pureté de mœurs et de discipline où elle était autrefois ! Quk inihi det ut videain Kcclcsiam Dei, simt end in dh-bits antiquis! El -.loi, je dirais volontiers, touché du môme zèle que ce grand saint : Que ne puis-je voir des hommes du caractère de saint Etienne, pomvus des bénéfices de l'Eglise! des hommes, comme saint Etienne, pleins de religion et de justice ! des hommes aussi persuadés que saint Etienne des obligations attachées aux bénéfices et aux dignités dont ils sont revêtus! des hommes aussi convaincus que ces dignités et ces bénéfices les engagent à être les pères des pauvres ; qu'à cette seule condition, il leur est permis d'y entrer; que l'Eglise a bien eu le j'ouvoir de leur en conférer les titres, mais qu'elle n'a jamais pn ni prétendu leur en donner l'entier et absolu
POUR LA FETE DR SAINT ETIENNE
domaine, qu'ils n'en sont les propriétaires que pour les autres, et qu'ils n'ont droit d'en recueillir les fruits que pour les répandre partout où il y a des misères à soulager ! que n'ai-je la consolation de voir des hommes pénéirés de ces vérités, et agissant selon ces principes! C'est vous, Seigneur, qui les formez, ces dignes sujets ; c'est vous, et vous seul, qui pouvez faire revivre dans votre Eglise cet esprit de saint Etienne, que la corruption de l'esprit du monde semble y avoir éteint. Si ceux qui jouissent de ces sacrés revenus en comprenaient bien la nature, ils n'en craindraient jamais assez les conséquences ; bien loin de s'applaudir d'eu avoir la possession, ils gémiraient sous le fardeau d'une telle administration ; bien loin d'en désirer la pluralité, ils en redouteraient même, pour m'exprimer de la sorte, la singularité et l'unité. Pourquoi ces biens sont-ils si funestes à plusieurs, et pourquoi leur attirent-ils la malédiction de Dieu? parce qu'on ne pense à rien moins qu'au saint usage qu'il en faudrait faire ; parce que, uniquement occupé des avantages temporels qu'on y recherche et qu'on y trouve, on s'en fait, aux dépens des pauvres, une matière continuelle de sacrilège et de larcin : je dis de larcin, en s'appropriant, par une criminelle usurpation, des aumônes que la charité des fondateurs avait destinées à l'entretien du troupeau de Jésus-Christ ; et c'est pour corriger cet abus, que je vous propose l'exemple de saint Etienne : exemple contre lequel ni la coutume, ni l'impunité, ni l'erreur ne prescriront jamais, et qui seul suffira pour nous conton Ire au jugement de Dieu.
Non-seuieaient saint Etienne, en vertu de la commission iju'd avait reçue, était charge du h' >r de l'Eilise, mais de la conduite des veuves qui vivaieutséparées duraouJe, et dévouées aucultedivin. C'étaità lui de les instruire, de les les diriger, de les consoler, et par conséquent de traiter souvent avec elles, de les voir et de écouter. Or, c'est ici que Dieu mit encore à l'épreuve toute sa probité ; c'est ici que pa;uUivec éclat l'iulégrilé de ses mœurs, et que le témoignage public lui fut également avantageux et nécessaire : car ne vous persuadez pas que la ch u lié, ni même que la sainteté des premiers chrétiens le dût garantir de la censure, s'il y eût donné quelque lieu. Au contraire, plus le christianisme était saint, plus devait-on être disposé à condamner sévèrement jusqu'aux moindres apparences. Outre que la charité de ces premiers siècles n'élait pas exempte de toute imperfection humaine ( car déjà la jalousie s'était
glissée dans les cœurs, déjà l'esprit de dissension avait formé des partis); quelque sainte que fût l'Eglise, elle était composée d'hommes, ainsi qu'elle l'est aujourd'hui, et l'on y jugeait à i>eu près des choses comme nous en jugeons : l'histoire de saint Etieuiie ne nous le prouve que trop. 11 n'aurait donc pas évité les fâcheux et sinistres jugements que l'on eût faits de lui, s'il s'était démenti de l'inviolable régularité dont il faisait profession ; mais c'est justement par celte régularité inviolable qu'il se soutient ; et voici, mes chers auditeurs, ce que je vous prie de bien observer. Quoique l'engagement où se trouve saint Etienne de conver.-er avec un sexe si faible lui-même, et si capable d'affaiblir les plus forts, soit une de ces fonctions qui, dans tous les temps, ont donné plus de prise à la médisance ; par un effet tout opposé, c'est ce qui augmente l'opinion et la haute estime qu'on a conçue de sa personne. Sa réputation est si bien établie, que la plus rigide censure est forcée sur ce point de le respecter. Etienne, à la fleur de son âge, et dans l'exercice de son ministère, converse avec des femmes, dirai-je sans scandale ? c'est peu, si vous le voulez ; dirai-je sans rep. oche? c'est beaucoup ; dirai-je sans soupçon ? c'est encore plus ; mais ce n'est point assez: car il le fait avec honneur, il te fait avec fruit, il le fait avec une édification qui se commun!-* que à toute l'Eglise : voilà ce qui approche ilu miracle. Voulez-vous voir, chrétiens, de quelle distinction et de quel poids est cette louange pour Etienne ? souvenez-vous de ce qu'ont eu à essuyer les plus grands saints en de pareilles occasions , souveuez-vous de ce qu'il en coiita à saint Jérôme : c'était un homme véuéiable, et par sa doctrine, et par sou austérité ; un homme crucifié et mort au monde, un homme dont la vie était une alheuse et perpétuelle pénitence. Toutefois, quelles persécutions, quoique injustes, n'eut-il pas à soutenir . quels bri'its, quoique mal fondés, la critique ne répandit-elle pas contre sa conduite ? Malgré les sages précautions dont il usa dans la direition de ces illustres Romaines qu'il avait gagnées à Dieu, de quelles couleurs, quoique fausses, n'entrepriton pasdele noircir? de quelles apologies u'eutil pas besoin pour justifier son zèle quoique saint, et ses intentions quoique pures ? Quelles plaintes n'en faisait-il pas, et comment luimême s'en est-il expliqué ? Chose étrange ( ce sont ses propres paroles dans une de ses épîtres), avant que je connusse Paulc, tout l'univers se déclarait en ma faveur ; il n'y avait poiiit d'éloge qu'on ne me donnât, point de vertu qui