SERMON POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN L'ÉVANGÉLISTE
Sujet. Pierre, se reiournûiit. mt tenir après lui ledisciple que Jésus aimait, et qui pendant la cène s'était reposé sur ton sein.
La plus glorieuse qualité Je saint .Tean a élé li'étre le disciple bien-aimé île Jésus-Christ ; et par son exemple il nous ap« pren.l comment nous devons participer nous-mjmes à un avantage si précieux.
DivisiOiv. La faveur des grands a communément trois di'fauts essentiels. Elle est injuste de la par» du mailre qui la donne, rgueilleuse et fiere dans la conduite de celui qui la po,«s.:ilc, et odieuse ii ceux qui n'y parxiennent pas. Mais la fiiveurs,.';ciiklc
POUR LA FÉIE DE SVINT JEAN L'ÉVANGËLISTE.
i\onl Jésus-Christ a gratift; saint Jean eut trois c.iranères tout oppos-'s. Elle a été parfaitement juste dans le choix que Jésus- Clirista faillie cet apôtre: première partie. Elle a été soliilement humble et bienfaisante dans la miiniêre dont cet apôlre eo a us ': deuxième partie. Elle n'a rien eu d'odieux à l'égard des autres disciples, auxquels cet apôtre semble avoir été Dréljré troisième partie.
Première partie. Faveur parfaitement juste dans le choix que Jésus-Christ a fait de saint Jean, 1° parce que cet anôtre été vierge ; 2" parce qu'il a été fidèle à Jésus-Christ dans la tentation.
1° 11 a été vierge ; et qui ne sait pas combien la virginité plaît ii Jésus-Christ, qui est la pureté même ? Comme donc le Sauveur des hommes voulut avoir sur la terre une mère vierge, ne nous étonnons pas qu'il ait voulu pareillement avoir sur la terre un favori vierge, et que ce soit lui qu'il ait fait reposer sur son sein.
2° 11 a été fidèle à Jésus-Christ dans la tentation. Les autres apôtres abandonnèrent cet Homme-Dieu, mais saint Jean le suivit jusques au Calvaire ; et voilà pourquoi ce Dieu Sauveur lui confia sa mère. C'est ainsi que nous mériterons la faveur de Jésus-Christ, soit par la pureté de l'àme et du corps, soit par la constance dans les dégoûts et les désolations.
Dei!xiême partie. Faveur solidement humble et bienfaisante dans la manière dont saint Jean en a usé: 1° humble par rapport à lui ; 2° bienfaisante par rapport à nous.
1° Humble et modeste par rapport ii lui. Comment parle-t-il de lui-même dans tout son Evangile ? sans se nommer jamais. C'est ce disciple, dit-il toujours, comme s'il parlait d'un autre. S'il eut dit : C'est ce disciple qui aimait Jésus, il eût fait connaître en cela son propre mérite ; mais il dit : C'est ce disciple qui était aimé de Jésus. Or, à clio aimé, il n'y a ni l'uange ni mérite. QuanJ il s'est nommé ailleurs, c'est pour s'appeler seulement notre frère : Jean rotrc frère.
2° Uienfaisante et utile pour nous. Si saint Jean est entré nans tous les secrets de Jésus-Christ, c'a été pour nous les communiqaer. (-'est a lui que nous devons la connaissance des personnes divines, et des plus profonds mystères de la religion. Telle est la manière dont nous devons user nous-mêmes des faveurs et des grâces du ciel. Soyons humbles en les recevant, et ne cherchons pointa nous en glorifier. Faisons-en part au prochain, et employons-les à son utilité. Par exemple, sommes-nous riches, soulageons les pauvres.
Troisième partie. Faveur qui n'a rien eu d'odieux par rapport aux autres disciples, auxquels saint Jean semble avoir été préféré; cai elle ne l'a pas exempté plus que les autres de boire le calice de Jésus-Clirist et de souffrir. Au lieu d'un martyre que les autres ont soullerl, il en a enduré trois : l'un au Calvaire, le second dans Itome, (t le troisième dans son exil. 1° Au Calvaire, et ce fut le martyre de son cœur. Que ne souffrit-il pas en voyant expirer son Maître ! 2" Dans Rome, et ce fut le martyre de sang. Quel supplice d'être plongé peu à peu dans l'huile bouillante 1 3» Dans .^on exil, oii il mourut. C'est ainsi que Dieu aime ses élus, et n'espérons pas qu'il nous aime a utrement. Nous buvons tous le calice des souU'rances; mais combien le boivent en réprouvés, au lieu de le boire comme les amis ; et les élus de Dieu 1
Conversvs Ptlrus vidit illum discipulum quem diligehal Jésus sequenlenit gui et recubuit m cœna super pectus ejus.
Pierre, se retournant, vit venir après lui le disciple que Jésus aimait, et qui pendant la cène s'était reposé sur son sein. (Saint Jcati^ cliap., x.M, 21.)
Tel est, chrétiens, en deux mots, l'éloge du Ijienlieureux apôtre dont nous soleniiisons la mémoire en ce saint jour ; voilti ce qui nous le doit rendre vénérable, ce qui nous doit inspirer pour lui et un profond respect, et une tendre dévotion. C'est le disciple que Jésus aimait : caractère qui le distingue, et qui lui donne entre tous les saints de la loi de griice un rang si élevé. Saint Jean lut appelé comme les aulres à l'aposlolat ; il porta, comme Siiint Jacques, le nom d'entant du tonnerre. Ezécliiel nous le présente comme l'aigle entre les évangélistes ; son Apocaljpse eu a l'ait le premier et le plus éclairé de tous les prophètes du Nouveau Testament ; il a soutlert une cruelle persécution pour Jésus- Christ, et mérité d'être mis au nombre de ses pluszélés martyrs ; il tient, dans le culte que nous lui rendons, une place honorable parmi les vierges ; les Eglises d'Asie l'ont reconnu pour leur patriarche et leur londateur: mais tout cela ne nous donne point de sa personne l'idée singulière qti'expriment ces paroles de mon texte : Discipulus quem tUligebtit Je.ms, le (lisci;)lo que Jésus-Christ aimait. Attachons-nous donc à cette
idée ; et puisquela règle la plus sin-e pour louer les saints est de nous proposer leur sainteté comme le modèle de la nôtre, ne nous contenions pas de dire que saint Jean a été le bienaimé disciple de Jésus, et, pour parler de la sorte, son disciple favori ; mais examinons comment il est parvenu à celte faveur, de quelle manière il en ,) usé, les effets qu'elle a produits en lui ; et de là, tirons de quoi nous édifier et nous instruire. Car, quelque imparlaits et quelque éloignés que nous soyons des voies de Dieu, nous devons, mes chers auditeurs, aspirer nousmêmes h la faveur de Jésus-Christ ; et de tous les saints qui l'ont possédée, il n'y en a point dont l'exemple soit plus propre à nous y coniduire, à nous y disposer, à nous y former, que celui du glorieux apôtre dont j'entre; rends le pauégyriijue. Ainsi je veux aujourd'hui vous enseigner l'iinpoilant secret de mériter la lavetir de Jésus-Christ, de trouver grâce devant ses yeux, d'être de ses disciples bien-aimes et de lui plaire. Fasse le Ciel que ce discours ne soit ni pour vous, ni pour moi, une \aine spéculation ; mais que les leçons que j'ai à vous tracer entrent dans tout le rég lement et tout l'ordre de noire vie ! c'est ce que je demande par l'intercession de cette divine Mère, qui fut, entre toutes les iemines, la plus chérie de Jésus-Christ son fils. Ave, Maria.
POUH h\ VÈTK r>F. SAINT J?: \N L'fiWNGfiLlSTE.
Quelque avanlageuse que puisse être, selon le monde, la faveur des grands et des princes de la terre, il faut néanmoins convenir que, par i apporta» monde même, elle est sujette à ti-oi? défauts essentiels : car, premièrement, il n'arrivu que trop souvent qu'elle soit aveugle, et qu'au lieu d'être la recompense du mérite et de la vertu, elle s'attache sans discernement et sans choix, ou plutôt par un choix bizarre, à d'indignes sujets ; secondement, elle devient souvent orgueilleuse et fière, et, pai' l'ahus qu'en fait le favori, elle l'enfle en l'élevant, et le corrompb; d'où il s'ensuit, en troisième lieu, qu'à l'égard de ceux qui en sont exclus et qui auraient droit d'y prétendre, la faveur est presque toujours odieuse, et qu'en faisant le bonheur d'un seul, elk est pour tous les autres un objet d'envie -, trois défauts auxquels, par une fatalité presque inévitable, la faveur des hommes est communément exposée. Pour la rendre parfaite, que faudrait-il ? trois choses : qu'elle fût juste et raisonnable dans le choix du sujet , c'est la première ; qu'elle fût modeste et bienfaisante dans la conduite de celui qui en est honoré , c'est la seconde; et qu'elle n'excitât ni la jalousie ni les murmures de ceux qui n'y parviennent pas, c'est la troisième. Qu'elle fût juste dans le cii: ix du sujet, parce qu'autrement ce que les hommes appclenl laveur n'est plus l'ouvrage de la raison, mais un pur effet du caprice ; qu'elle fût modeste et bienfaisante dans la conduite de celui qui en est honoré, parce qu'aulrement il en abuse, ne la faisant servir qu'à son ambition et k son intérêt; qu'elle n'excilàt ni les murmures ni la jalousie de ceux qui n'y parviennent pas, parce (ju'autieme:it la concorde et la paix en est troublée. Or, c'est sur ces principes, chrétiens, que je fonde l'excellence de la faveur spéciale dont le Fils de Dieu a gratifié saint Jean ; car voici les trois caractères el les trois qna>ité3 qui lai conviennent: elle a été parfaitement juste dans le choix que Jésus-Christ a lait de cet apôtre; elle a été solidement humble dans la manière dont cet apôtre en a usé, et elle n'a rien eu d'odieux à l'égard des autres disciples, auxquels cet apôtre semble avoir été préiéré. Concevez bien le partage de ce discours. Je dis que le Sauveur du monde a fait un choix plein de sagesse, en prenant saint Jean pour son disciple bicn-aimé, parce qu'il a tiouvé dans lui un mérite particulier que n'avaient pas les autres apôtres : ce sera la première partie. Je dis que saint Jean a usé de la faveur de son Maître delà manière la plus sainte, parce qu'outre qu'il ne s'en est point laissé éblouir, il en a
répandu les fruits, en communiquant à toute l'Eghse ce qu'il avait puisé dans la source des lumières et de; grâces, lorsqu'il reposa sur le sein de Jésus-Christ : ce sera la seconde partie. Enfin, je dis que la faveur de saint Jean n"a point été odieuse aux autres disciples, parce que, tout favori qu'il était, il n'a point été pins plus ménagé que les autres, ni plus exempt de souffrir : ce sera la dernière, partie. Trois points, mes chers auditeurs, qui me donnent lieu de traiter les plus solides vérités du christianisme, el qui demandent toute votre attention.
PREMIÈRE PABTIE.
Il n'y a que Dieu, chrétiens, qui puisse choisir et se faire des favoris, sans être obligé, pour y garder la loi de la justice, à discerner leurs mérites ; et ce qui est encore bien plus remarquable, il n'y a que Dieu qui, se faisant ainsi des favoris sans nul discernement de leurs mérites, soit néanmoins incapable de se troajper dans le choix qu'il en l'ait : pourquoi, les théologiens? après saint Augustin, en apportent une excellente raison : Parce qu'il n'y a que Dieu, disentils, dont le choix soit efficace pour opérer tout ce qu'il lui plait de vouloir ; c'est-à-dire, parce qu'il n'y a que Dieu qui, choisissant un favori, lui donne, en vertu de ce choix, le méiite qu'il faut pour l'être. Il n'en est pas de même des rois de la terre. Qu'un roi honore de sa faveur an courtisan, il ne lui donne pas pour cela ce qui lui serait nécessaire pour eu être digne ; il peut bien le faire plus riche, plus grand, plus puissant ; il peut le combler de plus d'honneurs ; mais il ne peut le rendre plus parfait , et quoi qu'il fasse pour l'élever, par cet accroissement d'élévation et de fortune, il ne lui ôte pas un seul déJiuit ni ne lui corsjnunique pas un seul degré de vertu. Il n'y a donc, encore une fois, que la faveur de Dieu qui porte avec soi le mérite. Gomme Dieu, il a seul le pouvoir de perfectionner les hommes par son amour ; et quand il les admet au nombre de ses favoris (c'est la belle réflexion de saint Jérôme), il ne les y appelle pas parce qu'ils en sont dignes ; mais il l'ait, en les y appelant, qu'ils en soient dignes : iVon idoneos vocat, sed vocando facit idoueos. Cotte raison soûle devrait suffire pour justifier le choix que le Sauveur du monde fit de saint Je !n. Ce Dieu-Honnue le voulut ainsi ; c'est assez , puisque, en le voulant, il rendit son disciple le\ qu'il devait être pour devenir le favori d'un Dieu. Mais sans [jrendre la chose de si haut, et sans remontera la source de la prédestination éternelle, je prétends que le Fils de Dieu eut des
POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN L'Î^.V.Wn'^'.îSTF:.
-aisons pnrîiciilicrcs qui rengagèrent à aimer sain! .leaii d'un aniour spécial ; et que la prédilection qu'il lui marqua fut, de la part même de ce glorieux disciple, très-solidement fondée. Sur quoi fondée? sur le mérite de cet apôtre, lequel, entre tous les apôtres, a eu des qualités personnelles qui l'ont distingué, et qui lui ont acquis la faveur de son Maître. L'Evangile et les Pères nous en proposent surtout deux, et les voici : car il a été vierge, dit saint Jérôme, et de plus il a été fidèle à Jésus-CIu'ist dans 'a tentation ; il a été vierge, et c'est pour cela qu'il eut l'honneur de reposer sur le sein de cet Honune- Dieu dans la Seruiève cène : Qui et recuhiiit... sujh'r pedus cjus ' ; il a été fidèle à Jcsus-Glu'ist dans la tentation, lui seul l'ayant suivi jusqu'au Calvaire ; et voilà par oïi il mérita d'entendre ce!le consolante parole qui lui donna spécialement Maiie pour mère, et qui le donna spécialement lui-niôme à Marie pour fils : Ecce mater tua... ecce jllius tuus 2. Or, ces deux avantages qu'eut saint Jean, de reposer sur le sein d'un Dieu, et d'être substitué au Fils de Dieu, pour devenir après lui le fils de Marie, sont les deux plus illustres et plus authentiques preuvosd'Luie faveur toute singulière, et vous voyez qu'ils ont été l'mi et l'autre les récompenses de sa vertu ; celui-lù de sa virginité, celui-ci de son attachement ùsou devoir et de sa fidélité. Il est donc vrai que le choix de Jésus-Christ fut un choix d'estime, et fondé sur le mérite de la personne. Ecoutez-moi, s'il vous plaît, tandis que je vais développer ces deux pensées.
Ne nous étonnons pas, chrétiens, que saint Jean ayant été, de tous les disciples du Sauveur, le seul vierge par état, comme nous l'ap|)renons de la tradition, il ait eu sur eux la prélél'cnceet la qualité de disciple bien-aimé. Dans l'ordre des dons divins, l'un semblait devoir être la suite de l'autre : car de môme que saint Bernard, parlant de l'auguste mystère de l'incainalion, ne craignait point d'en tirer ces deux conséquences, ou d'avancer ces deux proposi tion>, savoir, que si un Dieu incarné et fait honnne a dû naître d'une mère, il était de sa dignité que cette mère fût vierge ; et que si une vierge, demeurant vierge, a dû concevoir un fils, il était comme naturel que ce (ils fût Dieu: IS'cque eiiiin mit partus aliiis dr(jtne)n, aul Deum 'lecuit purtus aller ; aussi puis-je due aujourd'iiui que si un Dieu descendu du ciel devait avoir un favori sur ia terre, il était convenable que ce favori fût vierge; et que, si le litre de vierge devait être nécessaiie pour po.^séder la
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faveur d'un maitre, ce maître ne pouvait ôtre qu'un Dieu. En effet, qui méritait mieux d'avoir part à la faveur de Jésus-Christ, que celui de tous qui, parle caractère de distinction quil portait, je veux dire par sa virginité , s'était rendu plus semblable à Jésus-Chi-ist? qui devait plutôt reposer sur ce sein vénérable où liabilait corporellenient la plénitude de la Divinité, que cet apôtre dont la sainteté était, en quelque sorte, au-dessus de l'homme, par la profession qu'il faisrdi d'une inviolable pureté ? qui se trouvait plus (.ligne ti'ètre le dépositaire et le confident des secrets du Verbe de Dieu, que ce disciple, lequel, ayant épuré son cœur de tous les désirs charnels, était, selon l'Evangile, par une béatitude anticipée, déjà capable de voir Dieu, et par conséquent ce qu'il y avait de plus intime et de plus caché dans Dieu ? Quiconque, dit le Saint-Esprit, aime la pureté du cœur, aura le roi pour ami : Qui dili(fit cordis muiuUtiam... Iiiibebit amicum regem^. Voilà, chrétiens auditeurs, l'accomplissement de cet oracle. Les autres apôtres, engagés dans le mariage, en avaient comme rompu les liens, pour s'attacher au Fils de Dieu ; et c'est pour cela même que le Fils de Dieu, le Roi des rois, ne dédaigna point de s'attacher à eux par le lien d'une étroite amitié : Jumnon dicamvos servos... vosautem dixt (iwicos 2. Mais saint Jean n'avait point de liens à rompre; et parce qu'il était vierge, il est parvenu à un degré bien pins haut ; car il est entré non-seulen.ient dans l'amitié, mais dans la familiarité ,dans la privante, dans la confidence de ce Roidegloire : Unus ex discipulis... quem dUige- &flf /c'siis 3. Ceux-là ont été les amis, parce qu'ils ont aimé la pureté ; mais celui-ci a été lefavo, ;, pa^ce qu'il a aimé la plus parfaite purelé. i-. i est la pureté virginale : Qui diligit cordis7nuttdi- //(,;«, habebit amicum regem. Voyez-vous, mes frères, nous fait remarquer là-dessus saint Grégoire de Nysse, jusqu'à quel point notre divin Rédempteur a aimé celte vertu? Entre toutes les femmes, il en a choisi une pour mère; et entre tous les disciples qui le suivaient, il en a choisi un pour son favori; mais il a voulu que cette mère et ce favori eussent le don et !e mérite do la virginité. Marie deviit être vierge, pour porter dans ses chasies fiancs le corps de Jésus-Christ : et saint Jean le devait être, pour devenir un homme selon le c > ur de Jésus- Christ : Ddiijebat eum Jésus, quouiitm speciaiir prœruijativa castitatis ampliori dilectione fecerat digiium.
Vous me demandez pourquoi ce Sauveur ado-
' ero\:, xxii. 11.— -Joan., X», 15. —' Ibii., xtu, 23,
POUR L\ FÊTE DE SAINT JEAN L'ÉVANGÉLtSTE.
rable, étant sur la croix, voulut encore, par une autre grâce, donner à saint Jean le gage le plus précieux de son amour, en lui résignant, si je puis ainsi in'exprimer, sa propre mère : et ne vous ai-je pas dit d'abord que ce fut pour reconnaître la lidélité et la constance héroïque de ce généreux apôtre qui le suivit dans sa passion et jusqu'à sa mort, lorsque tous les autres l'avaient làciienient et honteusement abandonné? Représentez vous, chrétiens, ce fjui se passait au Calvaire: le Sauveur du monde était à sa dernière heure, et sur le point d'expirer; il avait un trésor dont il voulait disposer en mourant, c'était Marie, la plus parfaite de I(niies les créatures. A qui la donnera-t-il. ou plutôt, y eut-il lieu de délibérer? Un dépôt si cher ne devait être confié qu'au plus fidèle : or le plus fi lèle, ne fut-ce pas celui qui fit piraî- Ire un attachement plus solide càson devoir ? De ioiis les disciplesde Jésus Ciirist, Jean est Icseul qui dans l'adversité n'a point manqué à son Mciître; tout le reste fa trahi, ou renonce, ou déshonoré par une fuite scmdaleuse. Il n'y a que Jean, qui, sans crainte et sans nulle considération humaine, l'ait accompagné jusqu'au ied de la croix ; il n'y a que lui qui y demeure avec une fermeté inébranlable. Jésus-Christ , regardant de toutes parts, n'aperçoit que lui. C'est donc à lui que ce Sauveur se trouve comme obligé de laisser Marie ; et puisqu'il veut partager avec un de ses disciples la possession de ce trésor, c'est à Jean, préférablcment à tout autre, qu'il doit faire cet honneur. Mais admirez, mes chers auditeurs, la manière dont il le fait. Tout attaché qu'il est à la croix, tout réduit qu'il est dans une mortelle agonie, il jeltc les yeux sur son disciple, (:Umvidisset...discii)ulumstaiilemK Dans un temps où il est ap[)liqué au grand sacrifice de notre rédem[)lioîi, interrompant, si je l'ose dire, pour quelques moments l'affaire du salut du monde ; oa plutôt, selon l'expression do saint Ambroise, différant de quelques moments à la consommer, Puulisper pnblicam différons salutem, il pense à saint Jean, il lui recommande sa mère, il le substitue à sa place, il en fait un autre lui-mèuie. Comme s'il lui eût dit : Cher et fidèle disciple, recevez cette dernière marque de mu tendresse, commeje reçois ici la dernière preuve de votre zèle. Mes ennemis m'ont tout ôté, et je meurs pauvre, après avoir voulu naître et vivre pauvre ; mais il me reste une mère dont le prix est inestimable, et qui renferme dans sa personne des trésors infinisde grâce. Je vous la donne, et je veux qu'elle
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soit à vous ; mais en sorte que vous soyez pareillement à elle. La voilà, Ecee mater tua > ; soyez son fils comme je l'ai été moi-même, el elle sera votre mère comme elle a été la mienne. Qui parle ainsi, chrétiens ? c'est un Dieu; et 5 qui parle-t-il ? à saint Jean. Ne fallait-il nas, dit le savant abbé Rupert, que Jean lut un hutnme bien parfait, puisqu'on ne le jugeait pas indigne de remplir la place de Jésus-Christ? Marie, ajoute ce Père, perdait un fils (voici une pensée qui vous surprendra, mais qui n'a rien néanmoins d'outré, puisque c'est le fond même du mystère que je vous prêche ), Marie penlait un fils, et elle en acquérait un autre ; elle perdait un fils qui l'était par nature, et elle en acquérait un qui le devenait par adoption : or l'adoption est une espèce de ressource pour consoler les pères et les mères de la perte de leurs enfants. .Alarie allait perdre Jésus-Christ, et par l'ordre de .lésus-Christ même elle adoptait saint Jean. Il fallait donc qu'elle trouvât dans saint Jean, non pas de quoi se dédommager, ni de quoi réparer la perle qu'elle faisait de Jésus- Christ, mais au moins de quoi l'adoucir, et se la rendre plus sup|)ortable ; il fallait qu'entre saint Jean et Jésus-Christ il y eût des rapports de conformité , tellement que Marie , voyant saint Jean, eût toujours devant les yeux comme une image vivante du Fils qu'elle avait peidu et uniquement aimé, afin que la parole du Sauveur se vérifiât : Ecce filins tiius 2. Peut-on rien concevoir de plus glorieux à ce saint apôtre? Non, répond saint Augustin; mais aussi fut-il jamais une |)lus grande fidélité que la sienne, et jamais vit-ou un attachemnt plus inviolable et plus constant ?
Voilà, mes frères, par où saint Jean mérita la faveur de son Maître, et voilà par où nous la mériterons nous-mêmes. Voulez-vous qu ■ Dieu vous aime, et voulez-vous être du nombre de ses élus ; travaillez à pui ifier votre cœur : Qui diligitcordis mumlitiam, habebit amicum regem 3. Sans cela, mon cher auditeur, qui que vous soyez, vous êtes indigne et même incapable d'être aimé de votre Dieu : or, du moment que vous êtes exclu de son amour, dès là vous êtes anathème et un sujet de malédiction. Il est vrai que Dieu, comme souverain arbitre de la prédestination des hommes, n'a acception de personne; qu'il n'a égard ni aux quAlités, ni aux conditions de ceux qu'il choisit ; l'Ecriture nous l'apprend, et c'est un article de notre foi : .\oii est personarum acceptor Deus *. Mais il n'est pas moins de la foi que le même Dieu, qui ne con-
' Joan., XIX. -ïl, — ' Ibid, 26. — ' Prov., xxii,ll. — ' Act. x. 34.