DEUXIÈME PARTIE
Une circoncision qui n'est pas seulement extérieure, mais qui pénètre, pour ainsi dire, jusque dans les parties les plus intimes de l'âme : Non... qiiœ in nmnifeslo...estcircumcisio ' ;une circoncision qui n'est plus de la main des hommes, mais qui est l'ouvrage de Dieu, et qui sanctifie l'homme devant Dieu : Circumcisio non manu fada "^ ; une circoncision qui ne consiste plus dans le dépouillement de la chair, mais dans le renoncement aux >ices et aux concupiscences delà ciiair : In expoUatione corporis carnis^ ; une circoncision dont l'esprit et le cœur sont les deux principes aussi bien que les deux sujets : les deux principes, parce qu'elle s'exécute par eux ; et les deux sujets, parce qu'elle s'accomplit en eux ; c'est-à-dire une circoncision de cœur, qui se (ait non selon la lettre, mais dans la ferveur de l'esprit : Circumcisio cordis in spiritu, non littera ^ ; voilà, mes chers auditeurs, les saintes mais énergiques et vives expressions dont s'est servi le grand apôtre pour définir ce que j'appelle la nouvelle circoncision ou la circoncision évangélique ; voilà l'idée qu'il en a conçue ; et par là, dit saint Chrysostome, il nous a marqué l'essentielle différence et la perfection infinie du culte chrétien, comparé à celui des juifs et des païens. Car les païens, remarque ce Père, pratiquaient un culte tout à la fois charnel et faux; les juifs, dans leurs cérémonies, en observaient un pareillement grossier et charnel, mais véritable : les chrétiens seuls ont l'avantage, dans leur religion, d'avoir tout ensemble, et un culte véritable et un culte spirituel. C'est donc de celte véritable circoncision qu'il s'agit maintenant de vous parler : encore un moment d'attention, s'il vous plaît. Que fait aujourd'hui le Fils de Dieu pour nous apprendre comment nous devons coopérer à l'œuvre de notre salut ? Il nous en propose un moyen aussi divin qu'il est indispensable et ncces aii-e , savoir, cette mystérieuse mais réelle circoncision de l'esprit et du cœur. Circoncision dont il nous fait une loi, dont il nous explique le piécepte, dont il nous facilite l'usage : trois choses qui sont pour nous autant de grâces que nous n'estimerons Jamais assez, et pour lesquelk\, nous lui devons une éternelle reconnaissance.
Il nous propose la circoDi ion du cœur,
'Eom., 11, 28. — 2 Col., II, 11. — 3 ibid. — » Eom., u 29.
et il nous en fait une loi : car il n'abolit l'ancienne circoncision, ou pour parler plus exactement, l'ancienne circoncision ne finit en lui que parce qu'il établit la nouvelle ; et, comme dit saint Augustin, il ne prend l'ombre et la figure, que parce qu'il apporte la lumière et la vérité : Suscipit iimbrani, daturus lucem ; susci' pit fifjuram, daturus veritatem. Or la lumière et la vérité, c'était que nous fussions tous circoncis de cœur, comme les juifs l'étaient selon la chair. Circoncision de cœui\ c'est-à-dire retranchement des désirs vagues et inutiles, des désirs inquiets et bizarres, des désirs déréglés et immodérés, des désirs charnels et mondains, des désirs criminels et illicites, qui iniisscnt dans le cœuret qui le corrompent. Ainsi l'a entendu saint Paul, et parce que ces pernicieux désirs sont excités en nous par de vains objets qui nous charment, par de faux intérêts qui nous aveuglent, par des occasions dangereuses qui nous entraînent et qui nous pervertissent, cette circoncision du cœur doit être une séparation entière de ces objets, un renoncement parfait à ces intérêts, un éloignement salutaire de ces occasions. Car voilà, mes frères, reprend saint Augustin, ce qui nous étaitfiguré par la circoncision judaïque; voilà à quoi Dieu préparait le monde, quand il obligeait Abraham et tous ses descendants à se circoncire. Comme les sacrements de ce tempslà, ajoute le même Père, étaient non-seulement des figures, mais des promesses, voilà ce que Dieu promettait au monde, quand il disait à ce saint patriarche : C'est par là que lu trouveras grâce devant moi : Ut sU in signum fœderis inter me et vos '. Aujourd'hui la promesse cesse : pourquoi ? parce qu'en vertu de la circoncision de Jésus-Christ, ce qui était alors promis est présentement exécuté ; je veux dire, parce qu'en conséquence du mystère que nous célébrons, nous sommes, ou du moins il ne tient qu'à nous que nous soyons circoncis en Jésus-Christ, de cette circoncision parfaite qui nous dépouille de nous-mêmes, et qui nous rend dignes de Dieu : In quo et circiimcisi sumus. Car c'est nous, dit l'apôtre, qui, comme chrétiens, sommes les vrais circoncis : iVos enim sumus circumcisio^^ et c'est nous qui, par la profession que nous faisons de renoncer au monde, de nous détacher du monde, de mourir et d'être crucifiés au monde, avons droit de nous glorifier, en qualité de vrais circoncis, d'être les légitimes enfants d'Abraham. Il est viai ; maÎB aussi devons-nous reconnaître que si nous n'avons nuile part à cette bienheureuse circoncision qui réforme
1 Gènes , xv.i, 11. — '■ Philip., m, 3
SUn LA CIRCONCISION DE JÉSUS-CHRIST.
l'inléiieur de l'homme, dès là, quoique extérieurement marqués du sceau de Jésus -Christ, qui est le caractère du baptême, nous n'avons que le nom de chrétiens, nous somuies encore juifs d'esprit et de cœur ; ou plutôt nous ne sommes ni juifs, ni chréliens, puisque nous n'avons ni la sainleté delà loi, ni la perfection de l'Evangile. Etat déplorable de' tant de mondains qui vivent presque au milieu du christianisme sans religion, parce qu'ils y vivent, pour me servir du terme de saint Paul, dans une incirconcision générale de leurs passions ; et Dieu veuille, mes chers auditeurs, que vous ne soyez point de ce nombre ! c'est là, dis-je, ce que nous prêche le Vils de Dieu dans cette auguste solennité.
Il nous propose la circoncision spirituelle ou la circoncision du cœur, comme un moyen indispensablement requis pourlesalut ; car qu'y a-t-il de plus nécessaire au salut que d'arracher, que d'étoulTer, que de mortifier, que de détruire ce qui est en nous une source et un principe de damnation ? Or, la source de damnation est dans noti'e cœur ; et quiconque la cherche ailleurs ne la connaît pas et ne se connaît pas soi-même. Car c'est du cœur, disait à ses disciples notre di^in Maître en leur expliquant la parabole dont ils lui demandaient l'éclaircissement, c'est du cœur que partent les mauvaises pensées, les actions lâches, les desseins injustes et violents ; iu cœur que sortent les trahisons, les meurtres, les larcins, les faux témoignages, les médisances, lesimpudiciiés, lesadultères : c'est dans le cœur que tout cela se formeet s'engendre, et c'est tout cela qui perd l'homme et qui le condamne : De corde exeunt cogita'iones inal(B... aduUcria... furla '. faut que ce cœur soit circoncis, si nous en voulons faire un cœur chrétien, un cœur épuré de l'iuiquilé du siècle, et capable de participer à la grâce de la rédemption : il faut que tout ce qu'il y a dans ce cœur de corrompu, de malin, de vicieux, de contagieux, soit retranché par une mortification solide, et que noussoyons bien persuadés que sans cela c'est un cœur ré[)rouvé de Dieu. C'est aussi, mes chersauiliteurs, ce que Jésus-Christ m'obligea vous annoncer de sa part. Au lieu que saint Paul, instruisant les gentils qui se convertissaient au christianisme, leur décliU'ait que, s'ils se faisaient circoncire, Jésus- Christ, qui toutefois était venu pour les sauver, ne leur servirait de rien : Ecce ego Pendus dico vobis, quoniam sicircumcidamini, Christusvobis niliil proderil'^ ; parce qu'en elTet, après la publicaiionde l'Evangile, la circoncision de la chair était au, moins pour les gentils, devenue un obs-
I MaU;i., XV, 19. — ' Galat., y, 2,
tacleau salut: moi je vous dis, au contraire, de la circoncision du cœur : Si vous ne la pratiquez généreusement, si vous ne "accomplissez fidèlement, ce Jésus que vous invoquez aujourd'hui, tout Sauveur et (out Dieu qu'il est, ne vous sauvera pas, et ne sera point Jésus pour vous : Christus vobis nihil proderit.
C'est moi qui vous le dis, chrétiens, et qui vous le dis avec toute l'autorité que me donne mon ministère ; mais m'en croirez-vous pour cela, et en serez-vous plus dociles à ma parole, qui est celle de Dieu même ? A combien de ceux qui m'écoutent n'aurais-je pas droit de faire le môme reproche que saint Etienne faisait aux juifs avec toute l'ardeur de son zèle : Dura cervii'e, et indrcumcisis cordibus... vos str.iper Spiritui sancto resistilis^; Hommes durs et inllexibles, hommes incirconcis de cœur, vous résistez toujours au Saiut-Esprist ? Mais il n'était pas étonnant, reprend saint Augustin, qu'ils résistassent alors au Saint-Esprit ; et le proilige aurait été qu'avec des cœurs incirconcis, c'est-à-dire avec des cœurs immorliliés, avec des cœurs envenimés, avec des cœurs passionnés, ils eussent été soumis à l'Esprit de Dieu qui leur parlait. Aussi ne suis-je pas surpris, mes frères, que parmi vous il y ait encore tant de chrétiens rebelles aux vérités que je leur prêche; tant de chrétiens qui ne m'entendent que pour me contredire secrètement, ou tout au plus pour satisfaire une vaine curiosité qui les attire, mais obstinés et délevminés à ne se pas rendre : pourquoi ? ce sont des cœurs incirconcis, des cœurs emportés, dominés, tyrannisés par leurs passions; des cœurs qui n'ont jamais fait nulle épreuve et qui n'ont aucun exercice de celte mortification chrétienne, laquelle apprend à s'assujettir, à se contraindre, à se modérer; des cœurs en qui l'amour du inonde règne souverainement, et agit avec toute la vivacité qui lui est propre. Or, à de tels cœurs rien de plus inutile, ô mon Dieu, que votre parole, quoique sainte, quoique divine. A des cœurs aiupi disposés, rien de plus difficile que le salut; et c'est ce que Dieu voulut expressément nous figurer dans la conduite qu'observa Josué à l'égard des israélites, quand il fut sur le point de les introduire dans la terre promise. Que fit-il ? Il les obligea tous sans exception à se faire circoncire ; et de tant de milliers d'hommes qui l'avaioni suivi dans le désert, aucun ne fut admis dans cette terre bienheureuse, qu'il n'eût atiiiaravant subila rigueur de cette loi. Cela se fai.^^ait-il san s des sein ? Non, sans doute, répond saint Jérôme ; mais l'intciilion de Dieu était de nous faire com-
' Act., Tii, 61.
SUR LA CmCONCISION DE .iflNUS-CIlRIST.
prendre que Jiul île nous ne devait entrer dans la gloire, s'il n'avait la marque de la circoncision évangélique, c'est-à-dire s'il ne portait en son corps, et surtout dans son cœur, la niorlificalion de Jésus-Christ ; et que ce vrai Josué, ce sauveur, ce conducteur par excellence du peuple de Dieu, n'ouvrirait jamais les portes du ciel qu'à ceux qui auraient le courage de vouloir être circoncis eu lui et avec lui ; qu'à ceux qui seraient résolus à se faire les violences nécessaires, et à faire à Dieu les sacridces convenables po!u- mériter d'être reçus dans cette terre des vivants.
Car il faut pour cela, ajoute saint Jérôme, et celle iusiruction est encore plus essentielle à mon sujet, et plus propre à vous édifier que tout ce queje viens de dire ; il faut, pour être sauvés, une circoncision entière, une circoncision universelle, une circoncision qui s'étende à tout et qui n'excepte rien. Et la raison, dit ce Père, en est bien évidente : parce qu'il n'y a point de vice en nous qui ne puisse nous faire perdre le salut, si nous le laissons croître et se fortifier ; point d'affection déréglée, de quelque nature qu'elle soit, si elle prend l'empire sur nous, qv' ne puisse être la cause de noire ruine ; point de passion, si nous ne la soumettons à Dieu, qui ne suffise pour nous danmer. En effet, ce n'est comunmémeut qu'une passion qui fait tout le désordre de noire âme, et qui nous expose à la réprobation éternelle : toutes les autres, si vous voulez, sont dans l'ordre ; celle là seule, parce que nous la né^iligeons et que nous ne travaillons pas à la réprimer, nous préL-ipite dans l'abime. Il faut donc que la cii concision du cœur ailji' jusqu'à elle, ou plutôt il faut qu'elle commence par elle et qu'elle s'y attache . Et cette mortification universelle des passions , cette mo tilication sans réserve et sans reslrictiou, ■ rfst ce que j'appelle une circoncision en Jésjs-Christ : In quo et circumcisi sumus. Voili le précepte nouveau qu'il établit, et dont il pouvait bien nous dire dès lors ce qu'il dit ensuite à ses a])ùtres, du précepte de la charité : Moiuldtum novum do vohis ' ; voilà ce qu'il avait autant de droit d'appeler son coiiiinandeuient : Hue est pracephtm meum - ; voil'i l'adinirable et saillie loi dont il devait être le légis.ateur, celle loi de la circoncision des cœurs. Mais il ne se contente pas de l'élablir, il veut encore nous l'expliquer par son exemple, et c'est ce qu'il fait d'une iiianière toute divine dans ce mystère.
En eltet, vous ms demandez à quji se réduit cette circoncision nouvelle et si nécessaire au
} Joan., x.ii, 34.-2 ibid., XV, U.
salut ? Pour le bien apprendre, considérons plus en détail ce qui se passe dans la i ircoiicision du Sauveur. Son exemple nous fail voir ce que nous devons surtout retrancher dans nous-mêmes, ou plutôt ce que la grâce y doit relrancher aux dépens de la nature et des inclinations corrompues de notre cœur: car, dans la circoncision de Jési.s-Christ, nous trouvons les quatre passions les plus dominantes et les pkis difficiles à vaincre, parlaitement sacrifiées et soumises à Dieu ; celle de la liberté, celle de l'intérêt, celle de l'honneur et celle du plaisir : celle de la liberté, dans l'obéissance que rend ce Dieu-Homme à une loi qui ne l'obligeait pas (prenez garde, s'il vous plaît, à cette circonstance) ; celle de l'intérêt, dans le dépouillement etiedénùmentoùil veut paraître; celle de l'honneur, dans ce caractère ignoininieiis du péché, dont il consent à subir toute la houle ; enfin, Ciille du plaisir, dans cette opération sanglante et do iloureuse qu'il souffre. Tels sont, mes chers a uditeurs, les devoirs les plus essentiels d'une circoncision chrétienne: comprenez-les. Pour vous, mondain, elle consiste, cette circoncision en esprit, à retrancher de votre cœur cetamour de riiidépendancc, et ce désordre d'une volonté libeitine qui neveuts'assujeltir h rien, qui ne suit que ses idées et son caprice, à qui la régularité la plus douce devient iiisupporlable, dès là qu'elle esi régulavité; surtout à retrancher de votre conduite cette facilité malheureuse de s'accorder des dispenses selon sou gré, d'interpréter la loi en sa faveur, de croire qu'elle est pour les aulres et qu'elle n'est pas pour nous, de s'en adoucir le joug par mille artifices que l'e.-prit du monde sait tien suggérer, de lui prescrire des bornes, et de n'en vouloir observer que l'essentiel elle néce3.-aire, d'en abandonner toute la perfeclion pour s'altacherpréciséaientàrobligalion; maxime la moins soulenable et la plus pernicieuse au salut. Car, sans vous faire ici remarquer coiubienilest indigne de traiterde la sorteavec Dieu sans vous; laire craindre le retour funeste à quoi vous vous exposez, engageant Dieu par là à vous traiter vousmême dans toute la rigueur, età ne vous accorde: que ces grâces couiinuiies quesa providence générale ne refuse pas à ses plus grands ennemis; sans pailer de la conséquence terrible qui s'cnsuivrail de cette soustraclion des grâces spéciales et des secours extraordinaires que Dieu est bien moins obligé de nous donner, que nous ne le sommes de faire pour son service ce que nous appelons œuvres de surérogali ou; sans rien dire de lout cela, je prétends, chrétiens, que vous perinellaiit ainsi tout ce que la loi vous per-
SUR LA CIRCONCISION DE JfiSllS-CIlIUST.
met, vous n'éviterez jamais de vous iirnictlic mille choses que la loi ne vous permet pas. Pourquoi ? parce que je suis certain que (l;ms le dis ■ ceinement des choses permises et non permises, vous vous flatteiez, vous vous aveujj;lerez, vous vous tromperez vous-mêmes; et parce qu'il m'e.^t encore évident que, quand vous ne vous tromperiez pas, votre passion vous emportera, et que vous ne serez jamais assez termes ni assez maîtres de vous-mêmes pour vous en tenir exactement à ce qui vous est accordé par la loi, et pour ne pas aller pins loin. Mais c'est un commerce innocent, c'est un entretien honnête, c'est un divertissement qui n'a rien de criminel: il u'impoi te, relranchez, mon cher auditeur. Quand un habile médecin veut guérir une plaie envenimée, il fait couper la chair vive, afin que la conliigion ne se communique pas. Or, vous ne devez pas avoir moins de soin du salut de voire âme qu'on en a du salut et de la santé du corps.
Pour vous, avare, elle consiste, cette sainte circoncision, à retrancher cet esprit d'intérêt qui vous possède ; cette in.saliable cupiililé, qui vous brûle et qui vous dévore; ce désir passionné d'avoir, celte impatience d'acquérir, qui vous fait commettre les plus grossièi'es injustices; celte crainte de manquer, qui vous endurcit au.\ misères des pauvres ; ce soin de garder, qui vous rend odieux à ceux mêmes que les sentiments de la nature devraient vous attacher d'un nœud plus étroit ; ces chagrins de perdre, qui vous désespèrent et i|ui vous i-évoltcnt contre le Ciel; cette lolie d'amasser, d'accumuler toujours biens sur biens, qui sortitont de vos mains et qui [)asseront à des impies ou <i des ingrats. Pour vous, ambitieux, votre circoncision doit èire, selon l'Evangile, de retrancher ceite passion démesurée de vous pousser et de vous élever, à laquelle vous s.icriliez tout ; ces vues de fortune qui vous occupent uniquement, et que vous vous flattez en vain de pouvoir accorder avec les règles d'une droite conscience; ces empressements de parvenir à ce qu'un orgueil présomptueux s'est proposé pour objet; celle disposition secrète à employer pour y réussii' toutes sortes de moyens, fussent-ils les plus honteux et les plus bas; ces envies du bonheur d'auhui et de ses prospéiités, dont vous vous laites un supplice ; ces jalousies qui vont jusi|u'ii vous iMS|iirer les haines et les aversions les plus mortelles, comme si le mérite du prochain était un crime dans lui, et qu'il ne pût, sans vous ollenser, jouir des avardages dont le Ciel, préfeniblemcntà vous, l'a gialillé. Enlin,
ce que vous devez rcliaucher, c'est, homme sensuel et voluptueux, cet atlachemeut opitii.iire qui vous tient depuis si longtemps dans le plus dur et le plus vil esclavage ; ce jeu, qtu, jusqu'à présent, a élé la source de tous les désordres de votre vie ; ces conversalions licencieuses, qui, d'un jour à un autre, vous font perdre insensiblement la pudeur et l'hoireur du vice ; ces lectures, dont le poison sublil a commencé et fomente encore mrdntenant votre libertinage ; ces parties de plaisir, qui sont pour vous de si dangereuses tentations et qui allument le feu dans votre âme : c'est, femme du monde, cet amour de vous-même dont vonsêlcs toute remplie et comme enivrée; cette idolàlrie de votre personne, qui attaque directement le premier devoir de la religion; ces soins outrés de votre santé, qui vous font si aisément transgresser les plus inviolables et les plus saintes lois de l'Eglise; ces dépenses exce>;sives en habits, en ajuslemenls, en parures, et ce luxe dontrougiraitune païenne; ces nudités immodestes et ces désirs de plaire, qui vous rendent compliceet respons;àblede lant de crimes; celle vie douce, commode, molle, qu'il est si difficile et comme impossible d'adier avec l'innocence du cœur et la pureté des mœurs. Voilà, chrétiens, pourquoi il faut vous armer de ce glaive que le Sauveur du monde a lui-même apporté sur la terre ; ou, pour parler plus simplement, voilà à quoi doit s'étendre celle circoncision dont Jésus-Christ a voulu lui-même être le modèle : sans cela, point de salut.
Mais il s'ensuit donc que, pour se sauver, il fautmouiirà soi-même. En doutez-vous, mon cher auditeur? Le Fils de Dieu ne nous l'a-t-il pas expressément déclaré, quand il nous a dit que, pour être son disciple et pour être digne de lui, il fallait rei'.ourer à tout et porter sa croix ? Saint Paul ne nous dit il pas que, sans la mortification chrétienne, on ne peut avoir part à l'héritage de Dieu, ni régner avec Jésus-Christ? Et n'est-ce pas ce que nous fait admirablement entendre saint Augustin au livre treizième de la Cité de Dieu ? Les paroles de ce Père sont remarquables. 11 parle de l'obligation qu'avaient les martyrs de mourir pour la défense de leur foi; mais ce qu'il dit convient parfaitement à mon sujet, et peut très-naturellement s'appliquer à la mort des passions. Oui, mes frères(c'est ainsi que s'explique ce saint docteur), il fautmouruau monde pour vivre à Dieu. On disait autrefois au premier honnne : Tu mourras si tu pèches ; mais mainlenant on dit aux fidèles: Mourez pour ne pas pécher: Olimdictum est homini: Morieris si pecccweris; nunc dicilurchrisHano: Morere nepcc-
SUR LA CinCONCISION DE .f!^Nr?-CnniST
tes. Ce qu'il fallait craindre alors pour ne pas pécher, maintenant il faut le désirer et le faire pour Se préserver du péché: Quodlimendum tuncfuerat ulnonpeccarelur, mine susdjiieiHhim est ut non peccetur. La foi nous enseigne que si nos premiers parents n'eussent pas péché, ils ne seraient pas morts; et la même foi nous apprend que les plus justes mêmes pécheront s'ils ne meurent : l\lsi peccassent illi, non morerenttir ; justi autem peccabunl, nisi moriantur. Ceux-là sont donc morts, parce qu'ils ont voulu pécher ; et ceux-ci ne pèchent point, parce qu'ils veulent bien mourir : Mortui siint illi, qtiia peccavenint ; non peccoitt isti, quia nwriuntur. Ainsi, conclut saint Augustin, Dieu a donné tant de bénédictions à notre loi, que la mort môme, qui détruit la vie, est devenue un moyen pour entrer dans la vie : Sic Deiis tantiim [idei nostrce prœs'Mil graticûn, lit mors, qiiam vitœ constat esse contra ri a m, instrumentiim fieretper quoil transiretur ad vitam.
Celle morale, direz- vous, n'est propre que pour les solitaires et les religieux. Erreur, mes frères : en quelque état et de quelque condition que vous soyez, elle vous regarde, et j'ose dire qu'elle vous est encore plus nécessaire dans le monde que partout ailleurs. C'est ce que vous avez tant de peine à vous persuader, et ce qui néanmoins est inconteslablemeiit vrai. Il faut que riiomaie du monde et le religieux soient circoncis de cœur ; mais à comparer les besoins de l'un et de l'auti-e, cette circoncisicn du cœur est encore, dans un sens, d'une obligation plus indispensable pour l'homme du monde que pour le religieux. Pourquoi? parce que l'homme du monde a beaucoup plus de choses à retrancher que le religieux, à qui les vœux de sa profession ont déjà tout ôté ; parce que l'homme du monde a des passions beaucoup plus vives que le religieux, puisqu'il a beaucoup plus d'objets capables de les exciter ; parce que l'homme du monde est beaucoup plus exposé que le religieux, et qu'il doit par conséquent veiller beaucoup plus sur lui-même et faire de plus grands efforts pour se difendre et pour se soutenir. Après le premier pas qu'a fait le religieux, après ce premiej' sacrilîce qui l'a dépouillé de tout, il ne lui reste plus rien, ce semble, à offrir ; mais vous, dans le monde, qu'avez-vous jusqu'à présent donné à Dieu, ou que n'avez-vous point encore à lui sacrifier?
Je n'ignore pas, après tout, que celte circoncision qu'on vous demande a ses peines : elle est diflicile. J'en conviens ; mais comme Jésus-Christ nous en (ait une loi, comme il nous en explique le précepte, il nous en facilite l'usage ; et cela par
où? par la vertu môme du sang qu'il commence à répandre : car ce sang divin porte avec soi une double grâce ; l'une intérieure et l'autre extérieure. Grâce intérieure, c'est celle du Sauveur ; cette grâce que le Médiateur des hommes a luimême apportée ; cette grâce qui nous éclaire l'esprit et nous fait connaître nos devoirs, qui nous touche le cœur et nous les fait aimer; cette grâce victorieuse et toute-puissante, qui réprimait dans saint Paul l'aiguillon de la chair dont il était si violemmenttourmenlé, qui soutenait les martyrs contre toute l'horreur des tourments, et qui seule, dans notre plus grande infirmité, peut être pour nous l'appui le plus ferme et le plus inébj-aiilable. Grâce extérieure, c'est celle de ce même exemple par où Jésus- Christ nous explique sa loi, et par où il nous encourage à l'accompiir ; car, à la vue de ce sang qu'il verse, de quel prétexte pouvons-nous colorer notre lâcheté ? Que nous demande-t-il qui égale ce qu'il a fait, et comment, dit saint Bern.ird, le remède qu"il nous présente peut-il nous paraître amer, après qu'il l'a pris lui-même avant nous et pour nous ?
Il est donc temps, chrétiens, de nous réveiller du profond sommeil où notre foi demeure ensevelie ; c'est l'avis que nous donne l'Apôtre : nora est jam nos de somno siirgere '. Il est temps, poursuit le maître des gentils, que, renonçant A l'impiété et aux passions mondaines, nous vivions dans le siècle présent avec tempérance et avec justice, en vue de cette béatitude que nous attendons et de ce glorieux avènement de notre Dieu, où il couronnera ses élus, marqués du caractère de l'agneau. Nous entrons aujourd'hui dans ime nouvelle année : combien Dieu en voit-il dans cet auditou-e qui la commencent, et qui ne la finiront pas 1 Si tel qui m 'écoute était convaincu qu'il est de ce nombre, et si, de la part de Dieu, je lui disais avec certitude: Pensez à vous, car votre heure approche, et c'est dans le cours de cette année qu'on vous redemandera votre âme ; c'est dans le cours de cette année que vous devez comparaître devant le tribunal de Dieu et y rendre compte de vos actions ; si, dis-je, tel à qui je parle en était assuré, et qu'il n'en doutât point, je n'aurais alors nulle peine à lui persuader cette circoncision du cœur dont je viens de vous entretenir. Quelle impression ne ferait pas sur sou esprit cet arrêt de mort que je lui aurais prononcé ? Pénétré de cette pensée : Voici la dernière année de ma vie, quelles résolutions ne formerait-il pas ? quelle mesures ne prea-
I Bom., uu. 11.
SUR L'EPIPHANIE, 2''
drait-il pas ? avec qae's scniiments de re- notre âme dans nos mains: i4mmrt jnpn »?rma.
pentir et de douleur ne sortira: t-il pas de celte nibus meissemper K C'esf-à-diro, soyons touioiiri-
prédication? quelle pénitence ne serait-il pas prêts à partir, toujours prêts h nous présenter
disposé, h entreprendre? quel changement et devant Dieu; pourquoi? parce que nous ne
quelle réforme ne verrait-on pas dans toute sa savons quand il nous appellera, et que ce sera
conduite et dans ses mœurs ? penserait-il à sa peut-être dès celte celte année. Quoi qu'il en
fortune, serait-il occupé de ses plaisirs? Ah I soit, sanctifions-la, et faisons-en une année de
chrétiens, sans avou- la même assurance que salut : elle passera ; mais ce qui ne passera ja-
lui, la seule incertitude où nous sommes ne mais, c'est la récompense éLn-nplIe qui vous e^
sullit-ellc pas pour produue en nous les mêmes promise, et que je voge souhaite, etc effets ?Ayons toujours, comme le prophète royal, 'ps., cxvm, loa.
SERMON SUR L'Él'IPHAME.
ANALYSE
Sujet. Jésus étant né dans Bethléem de Juda, au temps que régnait Hérode, des mages vinrent d'Orient à Jérusalem, ej 1ÎS demandaient : Où est le roi desjtiifs, qui est nouvellement né ? car nous avons vu sonéinilcen Orient, et nous sommes venus l'adorer. Le roi Hérode aijant appris cela, en fut troublé, et toute la ville de Jérusalem avec lui.
Deux conduites hien différentes des mages et dIIt5rode à l'égard de Jésus-Christ. Les mages le viennent chercher, mais HérC''* conspire contre lui. Tirons de là deux grandes instructions, qui feront la matière de ce discours.
Division. Modèle de la solide sagesse des élus et des vrais chrétiens, dans la conduite desni.iges qui cherchent le Fils de Dieu . première partie. Idée de l'aveugle sagesse des réprouvés et des impies, dans la conduite d'Hérode qui persécute le Fils de Dieu deuxième partie
Première partie. Modèle de la solide sagesse des élus et des vrais chrétiens, dans la conduite des mages qui cherchent le Fils de Dieu. Examinons tous les caractères de leur foi, 1° dans son commencement, 2° dans son progrès, 3° da-ns sa perfection.
1° Tans son commencement. Promptitude à suivre la vocation du Ciel ; ce fut le premier effet de la foi des mages, et le premier trait de cette haute sagesse qui les mitenétat de trouver Jésus-Christ. Dès qu'ilsvirentson étoile, ils partirent pour aller i lui. Ainsi, chercher Dieu de la manière efficace et solide dont le cherche une âme fidile, ce n'est plus raisonner ni délibérer, c'est exécuter et agir: point de retardement. De plus, courage à surmonter loutesles diniciiltés : les mages quittèrent leur pays,, leurs maisons, leurs familles, leurs Etats; autre démarthe de leur foi naissante, et nouvelle preuve de leur éminenle sagesse. Si nous voulons trouver comme eux Jésus-Christ, il faut vaincre comme eux tous les obstacles qui étonnent notre lâcheté et qi'i nous arrêtent.
2° Dans son progrès. Constance qu'ils témoignant lorsque l'étoile vient à disparaître; leur foi n'en est point troublée ni déconcertée; ils marchent et ils agissent toujours. C'est en quoi parail le ilon de sagesse dont ils sont remplis, et c'est à de pareilles épreuves que Dieu nous met quelquefoisaprès une conversion. Il retire certaines grâces sensibles, et il nous abandonne en quelque sorte t nous-mêmes, afin de nous donner lieu de lui marquer noire constance. Cependant, que font les mages pour suppléer au défaut lie l'éloil.i? Ils s'Informent, ils ont recours aux prêtres et aux docteurs delà loi: et nous, pour nous éclairer et nous soutenir, en quelque délaissement que nous semblions être, nous avons aussi bien qu'eux, dans l'Eglise de Dieu, des prêtres et de docteurs à qui nous devons nous adresser. Les mages nous apprennent quelque chose encore de plus: et quoi? à chercher Die avec un généreux mépris de tous les respects humains. Au milieu de Jérusalem, et en présence même d'Hérode, ils demanden cil est le nouveau roi des juifs. ,
3° Dans sa perfection. Perfection de leur foi : arrivés à Bethléem, ils trouvent Jésus-Christ dans une étable et dans une crèche ; et, malgré l'état misérable où il est, ils le reconnaissent pour leur souverain- Perfection de leur foi : non contents de l'honorei comme ie souverain monarque du monde, ils l'adorentcorame leur Dieu. Perfection de leur foi : ils lui font des offrandes mystérieuses nui expriment sa divinité, son humanité, sa souveraineté ; car voilà ce que signifient l'encens, la myrrhe et I or qu ilsluj présentent. C'est ainsi que des étrangers vinrent chercher Jésus-Christ dans la Judée, tandis que les juil^, au milieu de qui i\ était né, le renonçaient ; et qui sait si Dieu ne nous enlèvera pas à nous-mêmes le talent de la foi, dont nous ne profitons pas, Dour le transporter à des infidèles ? , . j,„, . . - , i- ri, • .
DEUxiiiME PARTIE. Idée de l'aveugle sagesse desréprouvés'et des;impies, dans la conduite d Hérode qui persécute Jesus-thnst. Cette fausse sagesse l" est ennemie de Dieu, voilà son désordre; et 2° Dieu est son ennemi, voilà son malheur. Nous voyon»
l'un et l'autre dans Hérode. „ . „ , , i ix„.,„ rh..;«t 9 n.
1» Sa.'esse ennemie de Dieu, qui l'attaque et qui s'élève contre lui. Que ne fit point Hérode pour perdre Jésus-Christ ? Oi tout ce qu'il fit, ce fut une fausse politique qui le lui inspira ; et combien y a-t-il encore de ces sages mondains aussi impiei qu'Hérode, aussi opposés à Jésus-Christ, aussi intéressés et aussi hypocrites? ,„ j^ni
2° Sagesse dont Dieu est ennemi, et qu'il réprouve. Que fait de sapart Jésus-Christ naissant, pour confondre la ponlique d Hérode ? f II la trouble : Hérode est combattu demille soupçons et de mille frayeurs;et "f", .''joule saintChrysostome.n est p us tapable de troubler la paix d'un mondain que la pensée d'un Dieu pauvre et hu.nble. 2" Il la rend odieuse : "'^.■■«J^- ''° »"'^" satisfaire son amldlion, est devenu l'horreur du genre humain: et qu'y a-t-il encore maintenant de plus odieux qu "" /"O"''^ " q" jacrilie tout à sa fortune et à son intérêt ? 3° Il la rend vaine et inutile : Hérode a beau f.iire massacrer tous les enfants qui sont aux environs de Bethléem, Jésus-Christ échappe à sa fureur ; et le mondain, avec sa prétendue sagesse, a beau vouloir se renore heureux, il ne l'est jamais. 4» Il la fait même servir malgré elle aux desseins de Dieu; Hérode veut éteindre le nom du nouveau
STjP. L'F.PII'HANIE.
roi iJIsraël qui vlenl Je naître ; et par les mesures qu'il prond, il contril)ue, au contraire, ;'i le faire connaître iiavaniia;e. Combien de fois l'impie a-l-i! vu de la sorte, par une secrète ilisposition de la Providence, etomber sur lui sa;i inip él-; m"-me ? Renonçons donc pour jamais à la sagesse du monde, qui esl uoe sagesse réprouvée, et suivons -a sainte sagesse de l'Evangile, pour aller ii Dieu et pour le trouver.
conseils de Dieu. Mystère impéiiôtrable qu'il ne nous est pas permis de sonder, et où je dois néantnoin? trouver de quoi vous iiislniirc. Or pour cela, mes chers auditeurs, je m'arrête aux deux premières vues qui se présent d'abord, et qui semblent partager notre Evangile. Nous y voyons, d'une part, les .nages qui viennent chercher .lésus-Christ, et, de l'autre, Hérode qui cou:^pire contre Jésus-Cln-ist. C'est à (|uoi je m'attache, et d'où Je veux tirer deux gran les instructions qui vont faire la matière de ce discours, après que, etc. Ave, Maria.
Cum rmlus essel Jésus l'a BcLhiehtm JuJa, in diebus Herodis regiS ■tece m'jgi a'-' Oriente venerunl lerosolt/mam, ilicintes : Ubi est gii' nalus est rex Juditorum î Vidimus enim stfllam ejusin Oriente, et ve, nimus adorare eum. Audùns autem Hcrodss rex, furb2tus est, et ommis ïeTcscltjnin cum illo,
Jésus étant né A Bethléem de Jada. au temps que régnait Hérode, des mai<es vinrent d'Orient à Jérusalem, et ils demandaient : Où est ]e roi des juifs qui est nouvellement né ? car nous avons vu son <toile en Orjent, et nous sommes venus l'adorer. Le roi Hérode, ayant appris cela, en fut troublé, et toute la ville de Jérusalem avec lui. (Saint Matthieu, cliap, ii, 1-3.)
Voilà, chrétienne compagnie, t'accomplissemenl de la parole de Siméon, lorsque, tenant entre ses bras l'entant Jésus, il disait à Alnie, sa «nèrc : Cet entant que vous voyez sera la ruine et la résurrection de plusieurs : Eccc positus est hicin rninam et in restiri-eciionem multonan '. Les mages parlis de l'Orient pour venir adorer ce divin Sameur, ce sont ceux pour la résurrection desquels il commence à paraître au monde ; et l'impie Hérode, troublé de sa venue et du seul bruit de sa naissance, nous marque ceux au contraire pour qui il doit êlre une occasion de ruine. Voilà l'effet de ce que le même Fils de Dieu, après le célèbre miracle de la guérisou de l'aveugle-né, dit à ses disciples : In juAicium veni i)i hune miaidum, u' qui nonvident, videant; et qui vident, cœci fiant 2; je suis venu dans le monde pour y exercer un jugement, en conséquence tliiquel les aveugles voient, et ceux qui voient deviennent aveugles. C'est en ce jour que ce j ugement s'accomplit à la let're. Les m;!.qes, au milieu des ténèbres de la gentilité, sont éclairés des plus vives lumières de la grâce. Hérode et les juifs avec lui, dans le centre de la vraie religion, sont frappés d'un aveuglement terrible. La crèciie de Jésus-Christ est le tribunal, où, en qualité de souverain Juge, il prononce ces deux arrêts, et où par avance il peut dire : //) judieium veni in hune mundum, ut qui non vident, videant; et qui vident, cœci fiant, Figurez-vous donc, chrétiens, ce Sauveur naissaiil, sous l'idée que Jean-Baptiste son précurseur en concevait, ayant dès aujourd'hui le van à la m;iin : Cujus ventilabrum in manu sua*c"cst-à-tlire faisant dès aujourd'hui le iliscernemeiit des hommes ; prétlestinant les uns, réprouvuui les autres; appelant et éclairant ceuxci, abiudonnant et aveuglant ceux-là; atlirant des élrangers et des inlidèles, rejetant les enfants et les hériliers du royaume. Mystère étonnant, où nous devons avec respect adorer les
' Luc-, II, 34. — ' Joan., ix, 39. — ' Maitli., m, là.
C'est des juifs en particulier que saint Paul a voulu parier, quand il a dil que nul des princes de ce monde n'avait connu la sagesse cachée dans le mystère d'un Dieu fait homme -.Sapietitiam in nvjxterio, quœ absconlitaest... quam neim principum linjus sdculi cognovit '. Et la raison qu'il en apporte le fait bien voir, puisqu'il ajoute que s'ils avaient connu cette sagesse, ils n'auraient jamais crucifié le Seigneur de la gloire : Si enim coqnovissent, nunquam Dominum glorise crucifixissent 2. Par là, dis-je, il est évident que les seuls juifs étaient ceux que 1" Apûlre avait en vue, et dont il déplorait le sort : car il ne pouvait d'ailletu'S ignorer qu'entre les gentils il y avait eu des sages du inonde, des hommes distingués selon le monde, des mages qui, sous la coutluile de l'étoile, ou plutôt sous la conduite de Dieu même, ayant cherché Jésus-CIrisI et l'ayant atloré, étaient parvenus à la connais» iiice de cette sagesse ilivine. Mais saint Paul, dans la suite du même passage, nous fait remarquer que les juifs, qui n'avaient pas connu, et qui avaient eu le malheur de ne vouloir pas connaître celte sagesse de Dieu, cachée dans le mjsière de l'Homme-Dieu, s'étaient piqués de connaître et tle suivre une sagesse tout opposée, savoir, la sagesse du siècle. Sagesse réprouvée, et dont Dieu, disait-ii, avait pris plaisir à confondre la vanité jusqu'à la convaincre de folie : Nonne stultam fecit Deus sapientium hujus scecuU s ? Or il est encore certain qu'entre ces princes du inonde qui, dès le temps de saint Paul, s'étaient ainsi aveuglés dans le judaïsme, Hérode, par toutes sortes déraisons, a dû tenir le premier rang. Voilà donc, mes chers auditeurs, les deux idées que je me propose, el oii je trouve que doit se rapporter toute.la morale
1 I Cor,, 11, 7, 8. — Mbid. -' Ibid., 1,20.
SUR L'EPIPHANIE
du smMil mystère qiiiMions célébrons, l'idée de la vr;»i(> sagesse, et l'idée Je lu fausse sagesse : l'idée de la vraie sagesse qui consiste h chercher Dieu; -A l'i !ée de la fausse sa^^^sse qui consiste à se cliorclior soi-même ; l'idée de la vraie sag(\sse dont nous avons le modèle dans l'exemple lies mages , et l'idée de la fausse sagesse, que je découvre dans l'exemple d'Hérode : comprenez, s'il vous plaît, ces deux pensées- Qu'ét lient-ce que les mages, dont nous honorons la mémoire? C'étaient les sages de la genlilité, et tous les Pères conviennent qu'ils ont été les prémices de noire vocation à la foi. Il était donc naturel que Dieu nous donn.àt dans eux un parfait modèle de la sagesse chrétienne, et c'e.-'t ce qu'il a prétendu, comme je vais vous le montrer dans la première partie. An contraire, qu'était-ce qu'IIérode dans le judaïsme ? Un sage politique, un sage mondain, le plus iulidèle de tons les hommes envers Dieu. Il était donc plus propre que tout autre à nous faire comprendre le désordre île la fausse prudence, et c'est ce que vous verrez avec étonnement et avec frayeur dans la seconde partie. Ainsi, la solide sagesse des élus et des vrais chrétiens daus la conduite des mages, en cherchant le Fils de Dieu ; et l'aveugle sagesse des réprouvés et des impies dans la conduite d'Hérode, en persécutant le Fils de Dieu : l'une, qui nous fait connaître les saintes Voies par où nous devons marcher pour arriver au terme du salut ; l'autre, qui nous lait voir sensiblement les voies d'miquité dont nous devons nous préserver, et qui ne peuvent aboutir qu'à la perdition : c'est 'tout mon dessein.