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proposition. Appliquez-vous à la suite et.M'ordre de ces deux pensées. Le salut de riiomuie dépendait essenlielliMuent de deux causes; de Dieu et de riioinuie uièaie : de Dieu, qui en est le principal auteur, et de l'homine inè ne, qui en iloit être le coopérateur. Car, comme dit saint Augustin, Dieu, qui nous a créés sans nous, n'a pas voulu, quoiqu'il le pût absolument , nous sauver sans nous. II fallait donc que Jésus-Christ, pour élre parfaiiement Sauveur, nou-seulenicnt en lit lui-nième la fonction, mais qu'il nous apprît quelle devait être, pour l'accomplissemeut de ce grand ouvrage, notre coopération Or je prétonds que dans ce mystère il s'est admirablement acquitté de ces deux devoirs : du premier, en s'a-sujettissant à la circoncision de l'ancienne loi, qui était la circoncision de la rhair ; et du second, en nous obligeant à la circoncision de la loi nouvelle, qui est la circonrision du cœur. Voilà de quoi nousluiseronséternellemcnt redevables : il nous a sauvés, et il nous a donné nu moyen sûr pour travailler nous-mêmes à nous sauver. Si donc il ne nous sauve pas, ou si nous ne nous sauvons pas nous-mêmes , notre perte, dit le piophèle, ne peut venir que de nous : Pentitiotua, IsraëV ; et c'est ce que nous avons infiminent à craindre. Il a commerué li nous sauver par l'obéiseance qu'il a rendue à la loi de l'ancienne circoncision ; vous le verrez dans la premiji-e partie : et il nous a donné un moyen sûr p'jur nous aider rious-mcmes à nous sauver, par la loi qu'il a établie de la circoncision nouvelle ; Je vous le montrerai dans la seconde partie C'est tout mon dessein, pour lequel je vous demande et j'attends de vous une favorable attention.
PREMliinE PARTIE.
Oui, cin-étiens, c'est en se soumettant à la circoncision de rancicnne loi, que le Fils de Dieu s'est montré véritablement Sauveur ; et c'est, à proprement parler, dans le mystère de ce jour qu'il a commencé à en exercer l'oflice: écoutez-en les preuves. Car au inouiciil qu'il fut circoncis, il .se trouva dans la disposition prochaine et nécessaire pour pouvoir élre la victime du péché. Au moment qu'il fui circonc"is, il offrit à Dieu les prémices de son sang adorable, qui devait être le remède du péciié. Au moment qu'il fut circoncis, et eu vertu di' .sa circoncision, il s'engagea à ré[)andre ce même Sang plus abondamment siu" la croix, pour la réparation entière du péché. Trois choses à (juoi
■ Osée., xai, 9.
B. ^ Ton. m.
la rédemption du monde était attachée, et dont la foi nous assure que le salut des hommes dépendait. Trois raisons solides, que je vous prie d'approfondir avec moi, et qui \ont vous taire comprendie, mais d'une manière sensible, sur quoi est fondée celte mystérieuse liaison qui se rencontre entre la circoncision de l'enfant et l'imposition du nom de Jésus: Circumciditur, et vocaiur Jésus ?
Au moment que le Fils de Dieu fut circoncis, il se trouva dans la disposition prochaine et nécessaire pour pouvoir être la victime du péché, et par conséquent pour ètreparfaitemenl Sauveur : car, pour sauver l'homme tombé dans la disgrâce de son Dieu, il fallait satisfaire à L>ieu dans toute la rigueur de la justice ; Dieu le voulait ainsi, et c'est un point de religion qui ne peut être contesté. Pour offrir à Dieu cette satisfaction rigoureuse, il fallait un sujet capable de souffrir et de mourir ; la croix et la mort étaient les moyens choisis pour cela dans le conseil de la Sagesse éternelle : toutes les Ecritures nous l'enseignent. Pour être capable de souffrir et de mourir, il tallait au moins avoir la marque du péché ; la chose est évidente, et c'est sur quoi roule toute la théologie de saint Paul. Celte marque du péché ne devait être imprimée sur la chair innocente de Jésus-Christ que par sa sainte circoncision; et en effet, la circoncision , quelque sainte que nous la concevions dans la personne du Sauveur, était en soi, et selon l'institution divine, le sacrement et le sceau de la justification des pécheurs. Uue s'ensuit-il de là?vous prévenez déjà ma pimsée: il s'ensuit qu'avant que Jésus-Christ lïil circoncis, il lui manquait, pour ainsi dire, une condition sans laquelle Une pouvait pas encore être la victime de ce sacrifice sanglant et douloureux que Dieu exigeait pour notre rédemption. Celte condition , c'est-à-dire ce pouvoir prochai.: ù'olre immolé comme victime pour nos péchés, éiail la suite du mystère de sa circoncision ; et c'est ce que l'évangélisle semble nous déclarer par ces paroles :Postquam consummali sunl dies ut circumcideretiir puer, vocatum est numen ejus Jésus ; Lorsque le temps de la circoncision de l'enfant fut venu, et qu'en effet on l'eut circoncis, on lui donna le nom de Jésus. Conune si l'évangéliste nous disait: Jusques-là, (juelque perfection et quelque mérite qu'il eût, il ne portait pas encore ce nom, parce qu'il n'avait pas encore tout ce qui lui élait nécessaire pour élre acluellemeiù Sauveur ; mais après la circoncision il eut droit d'être appelé S,.u\eur, |,arce qu'il ne lui manquail plus rien pour l'être.
SUR LA CmCONCISTON DE Î!';S"?;-CT!PJST.
DOîinonsà cette vérité plus d'étendue et plus de jour.
Pour sauver des pécheurs et des coupaliles (ceci vous surprendra, chrétiens, mais c'est votre religion que je vous expose), pour sauver des pécheurs et des coupables, il l'allait un juste ; mais un juste, dit saint Augustin, sur qui pût lomljer la malédiction que traîne après soi le péciié, et le c'iiâtiine?iî qui lui est dû. Or, ce juste, c'était Jésus-Chris' : il ne devait pas être pécheur ; comme pécheur, il eût été rejeté de Dieu : il ne sulfisait pas qu'il lui juste ; comme juste, il n'aurait pu étie l'olijet des vengeances de Dieu : mais en qualité de médiateur, il devait, quoique exempt de péciié, et quoique impeccable même, tenir une as|icce de milieu entre l'innocence et le péché ; et ce milieu entre rinsocence elle péché, ajoute saint Augus. lin, c'était qii"il eût la maniue du péché. Ainsi il 'allait que Jésus-Ghrisl lût juste en vérité, eî pécheur en apparence : juste en vérité, pour pouvoir jusiifier les hoimnes; et pécheur en ."ipi'ru'ence, pour pouvoir allirer sur soi les châiinienls de Dieu. Car Dieu, tout irrité qu'il était contre les hommes, ne pouvai s'en prendre à Jés;is-Chrisl, tandis qu'il ne voyait en lui que juslice et que sainteté ; cl cette irrépréhensible sainteté de JéGUS-ChrisI, quelque désir qu'il eût d'expier nos crimes, le rcnc'ait incapable d'en subir pour nous la peine. Que fait-il donc? il prend la forme de pécliei:r, cl par là il se met en état d'être sactilié pour les pécheurs; car c'est pour cela, dit saint Paul, que Dieu l'a envoyé revêtu d'une chair sonihiable à celle du péché : Deus Filium suum miltens insimilitndiuem carnispeccuti i. Expression dont les manichéens abusaient, lorsqu'ils concluaient delà que Jésus-Christ n'avait eu qu'une chair apparente ; au lieu que les Pères se servaient du même passage pour combaltre l'hérésie des manichéens, et pour prouver contre eux la vérité et la réalité de la chair de Jésus-Christ. En effet, comme raisonnait saint Augustin, l'apôtre ne dit pas précisément que Dieu a envoyé son Fils avec la ressemblance de la chair : In simiUUidinem Garnis ; a s'ensui\rail que Jésus- Cln isl n'aurait pas été vraiment homme, et cela seul saperait Icfondement de loul le christiainibinc ; mais il dit que Dieu l'a envoya avec une chair seud)lable à celle du péché : In similitiidinem imniis peccati ; pour maripier que la rhair de Jésus-Clirist a eu l'apparence et la ïuarque du péché, sans avoir jamais coniracté la tache (lu péché; et c'est ce que nous faisons
'BoiD., VIII, 8,
profession de croire. 11 n'en fallait pas davantage, reprend saint Augustin, afin que Jésus- Christ fût en état de souffrir pour nous ; car il y a, dit ce saint docteur, entre Dieu et le péché une telle opposition, que l'apparence seule du péché a sulTi pour obliger Dieu à n'épargner pas même le Saint des saints, et pour le déterminer à exécuter sur la chair innocente de Jésus- Christ l'arrêt de notre condamnation. Oui, mes frères, parce que ce Dieu-Homme est couvert de l'ombre de nos iniquités. Dieu le livrera à la mort, et à la mort de la croix ; et parce qu'il a consenti à paraître criminel, il sera traité comme s'il l'était. Vous diriez, à entendre parler l'Ecriture, que Jésus-Christ, en conséquence de ce mystère, ait été non-seulement pécheur, mais le péché même, parce qu'il en a pris le caraclère et la marque : Eum qui non noverat peccatiini, pro nobis yeccatnm fecit *. Ce sont les termes de saint Paul, qui, prisa la lettre, pourraient nous scandaliser ; mais qui, dans le sens orthodoxe, expriment une des vérités les plus chrétieiMies et les plus édifiantes. Celui qui ne connaissait point le péché, a été fait péché pour nous ; c'est-à dire, celui qui ne connaissait point h péché, a |)aru devant Dieu comme s'il eût été lui-même le péché, et a été traite de Dieu comme le péché même subsistant eût pu mé riter de Iclre : Eum qiiinon noverat peccatum, pro nobis peccatum fccit. ♦
Or, dans quel moment de la vie au Sauveur celle étonnante proposition fut-elle exactement et spécialement vérifiée, et quand peut-on dire que Jésus-Christ s'est pour la première fois présenté aux yeux de son Père, comme s'il eût été le péché même ? Au moment de sa circoncision : je m'explique. Dès sa naissance il était homme; mais il n'avait rien encore alors de commun avec les j)écheurs. Son incarnation, l'œuvre par excellence du Saint-Esprit, sa génération dans le sein d'une vierge toujours vierge, son entrée miraculeuse dans le monde, tout cela l'éloignait des moindres apparences du péclu';. Biais aujourd'hui, dil saint Bernard, qu'il se soumet à la loi de la circoncision, cette loi n'ayant été faite que pour les pécheurs, il parait pécliein-. Le voilà donc dans l'étal où Dieu le voulait pour l'immoler à sa juslice. Avant qu'il subit celte loi. Dieu offensé eherchail une victime pour se satisfaire, et il n'eu trouvait point : Super (juo percutiam 2 ? disait-il par un de ses prophètes : sur qui déchargerai je ma colère, etsurquidois-je frapper? Sur les coupables qui sont les pécheurs? quand je les aurais tous anéantis, ma gloire n'en serait
I 11 Cor., T, 21. — ^ Isa, i, t.
SUR FJ^ CIRCONCISION DE JÊSHS-CHRIST.
pas réparée. Sur ce juste qui vient de naître dans l'uLsciirilé d'une éiable? c'est mon Fils bien-iîimé, en qui je me plais souverainement, et en qui par là même je n'aperçois rien qui puisse mériter ma venjeance. Voilà, mon Dieu, où votre justice en était réduite ; et jusqnes à l'accomplissement de ce mystère, il n'y avait point encore de Jésus qui pût être pour nos péchés l'hostie de propitiation que vous doinandiez. Le Messie qui venait de paraître au monde, pour être trop saint, n'était pas encore en état d'être pour nous un sujet de malédiction : Factiig }>ro nobis mnledictum^ ; et pour être trop digne de votre amour, il ne pouvait encore ni ressentir, m apaiser votre juste courroux : mais maintcutmt qu'il porte, comme circoncis, la marque thi péché, souffrez, Seigneur, que nous vous le disions avec confiance, nous avons enfin un Sauveur. Vous demandez sm* qui vous happerez pour vous venger : Super qito perruliam ? C'est sur ce divin enl'ant : car il a désormais tout ce qu'il faut, et tout ce que vous pouvez désirer pour tirer de lui et pour vous donner à vousmême une salislaclion enlière. 11 a la forme d'un pécheur pour éprouver la rigueur de vos jugemenls, et il a la sainteté d'un Dieu pour mériler vos nnséricordes : en faut-il davantage pour nous sauver? Vengez-vous donc, ô mon Dieu ! [lourrais-je ajouter avec l'cspect ; vengezvous^ux dépens de la chair de cet agneau, qui devient aujourd'hui semblable à la chair du péché, et qui, par cette ressemblance même se trouve en état d'être la précieuse matière de ce grand sacrifice, qui doit détruire le péché. C'est ainsi (|ue le Fils de Dieu se met, en voulant cire circoncis, dans la disposition prochaine et nécessaire pour sauver les hommes.
Mais en demeure-t-il là ? Non, chrétiens, sa charité va plus avant : il ne se conlente pas d'être en étit de nous sauver; il veut dès aujourd'hui en faire l'essai, et dans sa ciiconcision il en trouve le moyen. Comment cela ? Eu offrant à Dieu les prénnces de son sang, qui devait être le prix de notre salut. Il est vrai, disent les théologiens, que la moindi'e action du Fils de Dieu, eu égai-d à la dignité de sa personne, pouvait suffire pour nous racheter ; mais dans l'ordre (les décrets divins, et de celte rigide satisfaction h laquelle il s'était soumis, il fallait (lu'il lui en coûtât du sang. Ainsi étail-il arrêté, dans le conseil de Dieu, que ce serait lui qui pacifierait par son sang le ciel et la lerre, lui qui par son sang nous réconciherait avec son Père: Pacificunsper suinjuinem crucis ejus, sivequce in
' Gaiat., m, 13.
terris, sive qua; in cmUs siint i; et que ce traité de paix entre Dieu et nous ne commencerait à être ratifié que quand le sang du liédenqiteur aurait commencé à couler : d'où vient que lui-même il l'appelait le sang de la nouvelle alliance : Iffc est sanguis meus itovi testamenli 2. Ainsi étaitil ordonné que, dans la loi même de grâce, nul péché ne serait remis sans effusion de sang, Sine sanguinis effusione non fit remissio^ ; et que le sang de Jésus-Chrisl aurait seul la vertu de nous purifier et de nous laver : Sciuguis Jesu Christi Filii ejus emundatvos ab omni peccatu^ Ainsi la foi nous ap|treud-elle que l'Eglise, comme épouse du Dieu Sauveur, devait lui appartenir par droit de conquête ; mais que ce droit ne serait fondé que sur l'acquisilion qu'il en aurait faite i^^rsonsixii'^ : Ecclesiam Dei , quam acquisivit sanijidiie sue ». Or c'est ici que la condition s'exécuie ; et (juand je vois, sous le couteau de la circoncision, ce Dieu naissant, je puis vous dire bien mieux que Moïse : Ilic est sanguis (œderis, quod p'pigit Dom inus vobiscum " ;' Voici le sang du tesia lent et de l'alliance que Dieu a faite en votre laveur. C'est donc proinement en ce jour (|ue commence la rédemption du monde, et, que le Fils de Dieu prend possession de sa qualité de Sauveur, puisque c'est en ce jourqu'ilen fait les premières fonctions, et qu'il eiitre dans le t^auctuaire, non plus avec le sang des boucs et des taureaux, mais avec son propre sang, en vérifiant à la lettre celle parole de l'apôtre : Per proprium sanguinem introicitsenielin suncta 7. Ah! mes frères, s'écrie saint Augustin, que cette con.i lite de Jésus-Christ est dillérente de celle qui nous est représentée dans l'histoire sainie, au trinsième livre des Rois ! Nous lisons que les prO[)licles et les prêtres de Baal, dans la célèbre conleslalion qu'ils eurent avec Elle, se faisaient à eux-mêmes, par un zèle superstitieux, et pour honorer leur Dieu, de douioureu.ses incisions, jusiju'à ce qu'ils fussent couverts de leur ssang ; Et incidebaut se juxta ritum suum cultris et lanceolis, donec perfunderentur sanguine 8. Mais aujourd'hui nous voyons un Dieu qui, par l'excès d'une ardente charité, .se fait circoncire pour sauver son peuple. Quelle opposition entre Jésus-Clu-ist et Baal, on plutôt entre IjCS adorateurs de Daal et ceux du viai Dieu ! Oansle tenijjle de Baal, les hommes répandaient leur sang pour leur dieu : et dans le temple du vrai Diei^, c'est pieu n)èjpe qui yerse son sang pp,\^ 1^5 hommes. Là ïi^. PiCijpIe idoidire déchi-
' Coloss..i,aO. — ' M.uth., xx9i,23. — 3 Hebp..tx,iK.— ' i Joan., u 7. — 5 Acf., XX, 28. - 6 Exod.j xjciv, 8. — ? ±lebr., ii, 12. «0 »ni Keg, JlViu, 28,
SUR LA CIRCOXC!-ION HE JP.SnS-CHRIST.
lait sa chair ponr plaire à «ne fausse divinité ; et ici le DiiHi incarné n'épargne pas sa propre chiir pour faire un peuple fidèle. Un sang impur cfferl à Baal, voilà le mystère de l'impiété • le sang d'un Dieu qui nous pui ilie, a oilà le mystère de l'amour divin. 3Iais aussi, poursuit saint Augustin, devons-nous reconnaître que dans celte opposition, ou dans ce parallèle, toute la gloire est du côté de Jésus-Christ : car jamais la superstition n'a donné à Baal, ni aux autres dieux des nations, le titre de Sau\eur ; il ét:dt réservé à Jésus-Christ seul et ne convenait qu'à lui. Les païens, comme le même saint docteur le montre évidemment dans son admirable traité de la Cité de Dieu, les païens étaient plutôt les sau\eurs de leurs dieux, que leurs dieux n'étaient leurs sauveurs ; mais pour nous, reprend-il, nous adorons un Dieu et un Dieu Sauvem-; et de ces deux qualités, l'une nous sert pour conclure l'autre : car nous comprenons que Jésus- Christ n'a rien épargné pour nous sauver, parce qu'i; était notre Dieu ; et nous ne pouvons plus ôcriler qu'il ne soit notre Dieu, puisque au prix uième de son sang il a voulu nous sauver.
Cependant, me direz-vous, ce n'était pas à la circoncision du Fils de Dieu, mais à sa mort, qu'était attaché le salut du monde : j'en conviens, mes chers auditeurs ; mais convenez aussi et sou venez- vous de ce que j'ai ajouté, savoir, que la circoncision fut pour le Fils de Dieu un engagement à la mort. Souvenez-vous qu'au moment qu'il fut circoncis, il s'obligea solennellement à consommer sur la croix le sacrifice Sfmalantdoiit il nefnisail alors que la première oblalion ; et de là reconnaissez avec moi que le salut du inonde eut donc encore une connexion essentielle avec notre mystère. Ce ne sont point ici mes propres pensées, ni des spéculations ; c'est l'expresse doctrine de saint Paul, lorsqu'il déclarait aux Calâtes que tout homme qui se faisait circoncire, en vertu de la circoncision même, se chargeait d'accomplir toute la loi : Tes- . tipcor omni homiiii circumcidenti se, quoniam (febitor est universce leçiis faciendœ*; conséquence onéreuse dont le Fils de Dieu fut bien éloigné de se dispenser, puisqu'il prolesta depuis hautement qu'il était venu pour l'accomplissementde la loi. Or l'accomplissement de la loi, dit saint Jérôme, par rapport à Jésus-Christ, c'était la mort de Jésus-Clirist même, car Jésus-Christ était la fin delà loi : Finis enim legis Christus 2; el il n'en di vait être la fin que par la consommation du saciilice de son humanité sainte. Ainsi, du moment qu'il se soumit à être cir-
' Galat., », 3. — 2 Eom., I, «,
concis, il s'engagea, par un pacte solennel,! être crucifié et à Ti.ourir : pourquoi ? varcequfl son crucifiement et sa mort étaient le terme el comme le dénouement de toute la loi dont il s'imposait le fardi^au, et dont, selon l'exptessiou de l'Apôtre, il devenait, par sa circoncision, le débiteur universel : Debitor universœ legi» fticienflœ.
Concluons, après saint Bernard, que c'est donc avec justice que le nom de Jésus lui est donné. Ah ! dit ce Père, nous ne devons pas considérer ce Sauveur comme les autres : car mon Jésus n'est las semijlable à ces anciens sauveurs lu peuple de Dieu, et ce n'est pas en vain qu'il porte ce nom : Neque emtn ad instar priurum, meus iste Jésus nomen vanum aut inane portât. Il n'en a pas seulement l'ombre comme ceux-là, mais la vérité : Non est in eo wagni nominisumbra, sed Veritas. Quand les princes naissent sur la terre nous les appelons rois, monarques, souverains; mais ce sont des titres pour signifier ce qui doit être un jour, et non pas ce qui est. Bien loin d'être en état de gouverner les peuples, ils ne sont pas encore en état de se connaître ; et dans cet âge tendre et sans expérience, leur faiblesse les réduit à se laisser conduire par leurs propres sujets, avant lui'iis puissent les conduire eux-mêmes. Mais Jésiis-Christ ne commence à prendre la qualité de Sauveur qu'au moment qu'il commence à en faire l'exercice ; et dès ce jour on peut dire de lui ce que l'Ecriture a dit du brave Eléazar, au premier livre des Machabées: Dédit se ut liberaret populum suum, etacquireret sibi nomen mternum i ; Il n'est pas plutôt né, qu'il se livre pour le salut des siens, et pour s'acquérir un nom immortel, qui est le nom de Jésus. jN'est-ce pas pour cela, chrétiens, que ce nom lui a été si cher, et que, dans la pensée de saint Jérôme, il lui a tenu lieu d'une récompense proportionnée à toutes les humiliations de sa eu concision et à tous les travaux de sa vie ? N'est-ce pas pour celaqu'ill'a porté sur la croix comme un diadème d'honneur, et qu'ayant souffert que les juifs lui refusasseul devant Pilate le titi'e de roi, il ne pei mit jamais qu'ils lui contestassent le nom de Jésus ? N'est-ce pas pour cela qu'il a fait publier par toute la terre ce saint nom, ce grand nom, cet auguste nom ? N'est-ce pas, dis -je, parce qu'il n'est rien de plus naturel que de se glorifier des noms qu'on s'est acquis par sa vertu, plutôt que de ceux qu'on tient du hasard, ou du bonheur de la naissance? Or l'Homme-Dieu n'a possédé le nom de Jésus que par titre de conquête ; il l'a mérité eu sauvant
' I Uacbab., Ti, M.
SUR LA CIRCONCISION DE JËSbS-GHRIST.
les péclicurs, et il commença à les sauver en voiiUuit répandre son sang et subir la loi de la circoncision.
Mais quoi, mon Dieu 1 y avail-il donc pour vous tant de gloire à rachcler de vils esclaves? tronviez-vous lant de grandeur à vous abaisser si prolondémenl pour eux, et des hoivinn's valaient-ils un sang aussi précieux que le vôtre? Qui, mon cher auditeur, voilà ce que vdait foire àme, et ce qu'elle valait au jugement même de votre Dieu : c'est ainsi qu'il l'a estimée ; et en donnant son sang pour elle, il n'a pas cru trop donner ; car son amour, tout li- Léral qu'il est, n'est pas prodii^ue. Toujours dirigé par sa sagesse, il conloiine les moyens à la fin ; et puisqu'un Dieu souffre déjà pour votre salut, il fiint qiie votre salut soit le juste prix des soulïrances d'im Dieu. Or, mes frères, est-ce là l'estime que vous en faites vous-mêmes ? estce de la sorte que vous en jugez ? Saint Augustin di lit : Voyez ce que votre àme, ou plutôt ce que le salut de votre âme a coûté au Dieu Sauveur qui s'en est fait la victime; et pur le sang qu'il a veisé vous apprendrez quel bien il a prétendu acheter : Vide qitanto émit, et videbis quidemit. Mais je dis, moi : Voyez en combien de rencontres vous l'avez saci ilié, ce salut ; en combien de rencontres vous le sacrifiez tous les jours à un vain iidérèt, à un plaisir profane, et même si abominable ; et de là tirez, à votre conlusion, celte triste conséquence, que le premier de tous les biens, le souverain bien, est de tous les biens le plus méprisé. Car si vous l'estijnez, je ne dis pas autant qit'il le mérite, puisqu'il est au-dessus de toutes nos vues, et que I3ieu seul en peut connaitri' tout le prix, mais du moins autant que vous le pouvez et que vous le devez, pourquoi l'oubliez-vous, pourquoi l'exposez-vous, pourquoi y renoncez-vous si aisément ? D'où vient que, donnant tout au monde et faisgmt tout pour des alfaires tempoi elles, vous ne faites rien pour celle-ci ; que vous ne voulez presque jamais en enlemlre [)arler ; que vous craignez ceux à qui le zèle inspire de vous en représenter les conséquences et de vous y faire penser ; que toutes les pratiques chrétiennes, la piière, la méditation des vérités éternelles, l'assiduité à la parole de Dieu, la lecture des bons livres, l'usage des sacrements, moyens de salut si nécessaires, que tout cela vous fatigue, vous ennuie, vous rebute ? Ahl mes chers auditeurs, quelle opposition . :'tre ce Dieu circoncis et nous, et en cela même q;;. I avenglemeut de notro part et quel renveriiei!i;:nt ! 11 fait sa gloire et ^on plus bel emploi
de nous sauvei- ; et nous nous faisons un jeu de nous perdre. Lui était-il donc pins important d'être Sauveur, qu'il ne nous importe ;!'être sauvés? S'il est Sauveur, est-ce pour lui"? et si nous sommes sauvés, n'est-ce pas pour nous-mêmes? Sans être Sauveur, en eût-il été moins heureux, en eût-il été moins Dieu? et sans être sauvés, que pouvons- nous être, et quelanatlième doit tomber sur nous! Cependant, pour être Sauveur, rien ne lui paraît difficile; et pour être sauvés, tout nous devient impossible. Mais ne nous y trompons pas, et ne croyons pas qu'il veuille nous sauver sans nous. Je l'ai dit, et je ne puis trop vous le redire, il veut bien sans nous faire les premières avances ; il veut bien sans nous s'immoler pour nous; il veut bien, pour satisfaire à la justice de Dieu et pour nous mettre en état de l'apaisernousmêmes, se charger de nos iniquités et endeve nir la victime ; se présentera son Père tout couverlde sang, et s'engager à en répandre jusqu'à la deinière goutte : voilà ce qu'il veut, voilà ce qu'il fait, et conunent, sans nous, et par une pure miséricorde, il est Sauveur. Mais que dans la suite il vous dispense de tout ce que vous devez contribuer au salut qu'il vous procure; mais qu'il en fasse tous les frais et que vous n'y mettiez rien de votre part; mais qu'il vous transporte et qu'il vous communique tellement tous ses mérites, que vous soyez pleinement déchargés du soin de vous les appliquer ; mais que tout innocent qu'il estet l'innocence même, (jac tout saint qu'il est et la sainteté même, il porte toute la peine du péché, et que les lii^'clieurs viveni dans les aises et les commodités de la vie, ce n'est pas là ce qu'il a prétendu, et, fi j'ose ainsi m'expiimer, le nom de Jésus enteii Ih de la sorte n'est qu'un fantôme. Il est vrai, dis it le grand apôtre, touché de cette pensée, il est vrai que mon Dieu a souffert pour moi ; mais en acquittant mes dettes, ce que je ne pouvais sans lui, il ne m'a [las dégagé de l'obligation indispensable où je suis de les acquitter moimême avec lui ; et c'est pour cela que j'accomplis dans ma chair ce qui manque aux souffrances de Jésus-Christ : Adimideo eu quai ilesunt pa^siontim Cliri'ili i. Ainsi parlait saint i'ai I, et ainsi devons-nous parler nous-mêM.rs. Mais qu'y a-t-il donc à làire ? C'est, mes frères, de coopérer avec Jésus-Christ à l'ouvrage de notre salut : et comment ? Ne sortons point de notre mystère pour l'apprendre ; car si Jésus-Christ a commencé dans ce mystère à nous sauver, par l'obéissance qu'il a rendue à la loi de l'ancienne
• Col., I, 24
SUR LA CIRCONCISION DE J^SUS-CHRIST
circoncision, il nous y donne encore un moyen sur pour nous aider nous-mêmes h nous sauver, par la loi qu'il a établie de la circoncision nouvelle : c'est la seconde partie.