DEUXIÈME SERMON POUR LA FÊTE DE SAINT PIERRE
SUR l'obéissance a L EGLISE.
ANALYSE
Sujet. Et moi je tous dts que vous êtes Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle.
C'est à celte Eglise dont Pierre a été le fondement, que nous devons noire obéissance et une parfaite soumission.
Division. Nous devons h l'Eglise une double obéissance : l'obéissance de l'esprit, pour croire les vérités qu'elle nous propose: preniière partie ; l'obéissance du cœur, pour suivre les lois qu'elle nous impose, deuxième partie.
rREMiÈRE PARTIE. Obéissimcc de l'esprit, pour croire les vérités que l'Eglise nous propose. Elle est la dépositaire, l'organe et l'inlerprète de la vérité. C'est à elle à nous mettre en main le sacré dépôt de là parole de Dieu, et à nous l'expliquer ; elle a pour cela un pouvoir qu'elle a reçu du Fils de Dieu. Or, elle ne peut user de ce pouvoir qu'autant que nous sommes obligés de nous soumetireii ses décisions et de la croire. Ce qui faisait dire à saint Augustin qu'il ne croirait pas à l'Evangile, si l'anlorilé de l'Eglise ne l'y enga gcait. En effet, sans cette autorité de l'Eglise, il n'y aurait plus de règle fixe et certaine pour connaître le vrai sens de l'Evangile.
Maxime de saint Augustin, sans laquelle on ne peut conserver dans l'Eglise de Dieu ni la paix, ni l'ordre, ni l'unité delà doctrine, ni l'bumilitéde l'esprit. Maxime si nécessaire, que l'Eglise protestante elle-même en a reconnu la nécessité. Maxime qui présuppose l'infaillibilité de l'Eglise, et d'où suit toujours l'obligation indispensable de lui obéir.
Quatre choses sur cette obéissance de l'entendement. 1° C'est, à proprement parler, cette obéissance qui nous unit k l'Eglise, et qui nous fait membres de son corps : exemple de TerluUicn. 1' Sans celte obéissance, ilnesertà rien d'être extérieurement dans le corps de l'Eglise; car l'extérieur de la profession et du culte n'est point ce qui nous lie il l'Eglise : exemple des donatisles. 3° Celte obéissaiice a été de tout temps l'épreuve à quoi l'en a distingué les vrais fidèles : exemple des saints Pères, et en particulier de saint Jérôme. 4° Cette obéissance doit être une obéissance pratique, et non de paroles seulement. Voili sur quoi nous serons jugés de Dieu. En vain aurons-nous pratiqué de bonnes œuvres, et marché dans la voie étroite: sans la soumission il l'Eglise, nos œuvres sont inutiles ; et l'on peut même dire que, pour certains esprits, la voie étroite esl en partie de renoncer à leurs sentiments pour prendre ceux de l'Eglise. Il est vr.ii que l'Eglise est gouvernée par des hommes; mais elle n'en est pas moins infaillible, puisque ces hommes sont conduits |)ar l'Esprit de Dieu.
Decxièmk partie. Obéissance du cœur, pour suivre les lois que l'Eglise nous impose. 1° L'Eglise est notre mère, donc elle a droit de nous couimanider ; 2° ce qu'elle nous coiumaniie esl d'une obli;^ation étroite et rigoureuse ; 3° nous ne pouvons violer ses commaiilements, sans violer un des commimilements les plus authentiques de la loi de Dieu; 4° la témérité avec laquelle nous transg'iessons les préceptes de l'Eglise, ne procéile souvent que d'un fonds de libertinage.
1 "L'Eglise est not.emére, donc elle a droit de nous commander. La vérité de cette conséquence se découvre d'elle-même
POUR LA FÊTE DE SAINT PIERRE
1. n va eu que les héi^liques qui n'aient pas reconnu snr cela le pouvoir de rEglis>, jiar une prévention d'esprit ; et il n'y a que les mauvais catholiques qui, le reconnalssaut, refusent de s'y soumettre par une •lépravation de cœur.
2° Ce que l Eglise nous commande est d'une obligation étroite et rigoureuse. Il faut bien que cela soit, puisque les ordre» d'un père obligent un fils, sous |ie;ne de p'clié ; puisque Jésus-Ciinst veut qu'on lienne pour p:i'ien et pour publicain celui qui n'oboil pas à l'Eglise; puis(iue le mèra • Sauveur a donné pouvoir à son Eglise de nous excommunier, lorsque nous lui sommes rebelles. Ainsi en particulier saint Augustin a-t-il parlé du jeiine de précepte. D'autant plus criminels quand nous désobéissons à celle mère, qu'elle ne nous commande rien que déraisonnable.
3° .Nous oe pouvons violer les commandements de l'Eglise, sans violer un des commandements les plus anihcmiiiues de la -Oi de Dieu : car Dieu, dans sa loi. nous commande d'obéir à l'Eglise
4° La témérité avec laquelle nous transgressons les précepces de l'Eglise, ne procède souvent que d'un fonds de libertinage Ceci ne regarde point ceux qui ont eu le malheur de naître dans l'hérésie, mais les catholiques. Quel autre esprit qu'un «0,^0» de libertinage peut les poiter à violer des [iréceptes dont la pratique demande si pi-u d'efforts, et que l'Eglise .i „rjs (ant de soin de proportionner à notre faiblesse ? Honorons notre religion, en honorant l'Eglise ; édifions nos frères nouvellement convertis, et soutenons par nos bons exemples ce que la grâce a fait en eux.
Et ego die tiU, quia tu es Peints, et super hanc pelram itdi/i- adrCSSOIlS-nOllS à CCtte'Viergesi fidèle, Ct dlSODStabo EccUsiam meam, et porta inferi non prtevalebutU adversus ,.,-,,.
tam. lui : Ave, Maria.
Et moi je vous dis que vous êtes Pierre, et que sur cette pierre j e bâtirai mon Eglise, et que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. (Saint MaUhieu, chap. xvi, 18.)
Ce sont, en peu de paroles, deux grf>nds éloges tout i\ la fois prononcés par la bouciie de Jésus-Christ, l'un en faveur de saint Pierre, le prince des apôtres, dont nous célébrons aujourd'hui la fête, et l'autre en faveur de l'Eglise. Saint Pierre est le fondement sur qui l'Eglise a été liâlie, et sur qui elle subsiste : voilà l'abrégé de foutes ses grandeurs. L'Eglise est un édifice spirituel, dont la solidité et la fermeté sont à l'épreuve de tous les efforts de l'enfer : voilà tout ce qui se peut dire de plus avantageux et de plus glorieux pour elle. Jésus-Christ ne sépare point ces deux choses, parce que ces deux choses sont renfermées l'une dans l'autre. La gloire de saint Pierre vient de ce que l'Eglise est fondée sur lui, et la force de l'Eglise vient de ce qu'elle est fondée sur saint Pierre ; c'est l'Eglise qui honore saint Pierie ; et c'est saint Pierre qui soutient l'Eglise : car encore une fois, chrétiens, voilà proprement le mystère de ces paroles du Fils de Dieu, que j'ai prises pour mon texte : Tu es Pftnts, et stiper hanc pelram œcUlicdbo Ecch'siam meam. Ce serait trop entreprendre, que d'embrasser ces deux sujets dans un seul discom's ; ainsi je me borne à vous parler de l'Eglise, et en parliculier de l'obéissance que nous lui devons : matière d'une extrême conséquence, et l'une des plus importantes qu'un prédicateur puisse traiter dans la chaire. Car l'Eglise, chrétiens, est l'épouse de Jésus-Christ, et Jésus-Christ veut que son épouse soit écoutée, qu'elle soit obéie, et qu'on ait recours à elle comme à l'oracle ; c'est celle Sion doù sort la loi, et cette Jérusalem d'où la parole de Dieu est annoncée. Marie même, toute mère de Dieu qu'ode était, s'est glorifiée de ce titre de fille de l'Eglise. Avant que d'expliquer mon dessein,
Pour entrer dans le dessein de ce discours, je trouve qui^ l'Eglise exerce envers les fidèles deux fonctions différentes; elle les iustniit, et elle les gouverne : elle les instruit par les vérités qu'elle leur propose, et elle les gouverne par les commandements qu'elle leur fait : elle les instruit en leur apprenant ce qu'elle a appris ellemême du Fils de Dieu, son époux, et elle les gouverne en leur prescrivant des lois. Le Sauveur des hommes lui a donc donné deux sortes de pouvoirs : l'un d'enseigner de sa part, et l'aulre de commander ; l'un pour nous dire : Croyez ceci, et l'autre pour nous dire : Faites cela. Or, sur ces deux pouvoirs qui conviennent à l'Eglise, je fonde l'obligation de deux sortes d'obéissance qui lui sont dues, dont la première est une obéissance de l'esprit, et la seconde une obéissance du cœur. Nous lui devons l'obéissance de l'esprit, parce qu'elle nous propose les vérités de la foi, c'est le premier point; et nous lui devons l'obéissance du cœur, parce qu'elle nous impose des lois et des préceptes pour le règlement de notre vie, c'est le second point. Parce qu'elle a droit de nous dire : Croyez ceci. Dieu nous oblige d'avoir pour elle une parfaite soumission d'esprit ; et parce qu'elle a droit de nous dire : Faites cela, Dieu veut que nous lui obéissions avec une entière soumission de cœur. Plût au Ciel, mes chers autli leurs, que nous fussions bien persuadés de ces deux devoirs ' Je dis persuadés dans la pratique ; car dans la spéculation nous n'en doutons pas, et nous sommes trop catholiques pour former làdessus quelque difficulté. Hlais je voudrais sur cela même que nous eussions dans toute notre conduite un zèle proportionné aux lumières que Dieu nous a données. Car voici en deux mots toute la perfection d'un homme chrétien, en qualité d'enlant de l'Eglise : d'avoir un esprit docile et soumis pour tout ce que l'Eglise nous
POUR LA FÊTE DE SAINT PIERRE
enseigne, et d'avoir une volonté [ironipte et agissante pour toutce que l'Eglise nous ordonne : c'est h quoi je vais vous exciter, et ce qui iera tout le sujet de votre attention.