‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 87 sur 139 · POUR · texte numérisé non relu

POUR

plus douce, et je mourrais tranquille, si je p» vais compter que je vous aime et que vouS m'aimez.

Il n'était pas possible que Jésus-Christ, qu ivait admiré l'humilité du centenier et celle d la femme chananéenne, ne fût touché de l'humilité de son apôtre. Il exauça ses vœux ; et pour lui marquer combien il se tenait sûr de son amour, il le mit à la tète de tous les apôtres, il l'éleva au-dessus d'eux, il le distingua : tant il est vrai, chrétiens, que comme celui qui s'exalte lui-même, sera abaissé, celui, au contraire, qui s'abaisse, sera exalté. Quand saint Pierre présuma de lui-même, et qu'il se crut assez fort pour résister à la tentation. Dieu permit qu'il succombât, afin de lui faire connaître sa faiblesse ; mais quand il s'humilia, et que, dans une sainte défiance de ses propres sentiments, il n'osa faire fond sur son cœur, c'est alors que Dieu le plaça dans le plus haut rang, et que Jésus-Christ, par la plus éclatante distinction et sans nulle réserve, le fit dépositaire de ses droits et de sa puissance. Amour de saint Pierre, amour humble ; et, de plus, amour généreux, autre qualité bien remarquable .

Amour généreux, c'est-à-dire amour fer- -vent, amour patient, amour héroïque, opposé à l'amour lâche, à l'amour timide, à l'amour faible et languissant que cet apôtre avait fait paraître. Amour fervent : de quel feu et de quelle ardeur était animé cet apôtre, quand i prêchait Jésus-Christ, quand il rendait hautement témoignage à Jésus-Christ, quand il formait et qu'il exécutait tant de saintes entreprises pour Jésus-Christ? Amour patient: que ne dut point souffrir cet apôtre au miheu de tant d'ennemis qu'il eut à combattre, e de tant d'obstacles qu'il eut h surmonter pour lapropagation de l'Evangile de Jésus-Christ, et pour l'affermissement de son Eghse ? ni les com'ses fréquentes, ni les longs voyages, ni les veilles continuelles, ni les misères, ni les persécutions, ni les prisons , jamais rien put-il lasser son zèle et le rebuter ? Amour héroïque, en vertu duquel cet apôtre eut le courage et la force de s'exposer à la plus cruelle et la plus honteuse mort : vous me direz qu'il fut crucifié, et que la croix n'était plus un supplice ignominieux, puisque dans la personne de Jésus-Christ elle était plutôt devenue un sujet de gloire ; vous me direz que Jésus-Christ ayant subi luimême ce genre de mort, les vrais disciples ne devaient plus le regarder comme un opprobre, mais comme un triomphe. J'en conviens ; mais c'est de là même que je tire une preuve iucon- B. Totu m.

festable de ma proposition ; car saint Pierre ne put envisager la croix comme le sujet de sa gloire, que parce qu'il aimait Jésus-Christ de l'amour le plus héroïque. Saint Pierre ne put désirer la croix, ne put soupirer après la croix, ne put aller chercher la croix, que parce qu'il lut transporté pour Jésus-Christ d'un amour sans bornes, et qu'il voulut lui en donner une marque, enlui rendant amour pouramour, sacrifice pour sacrifice. Saint Pierre ne put s'estimer heureux de mourir sur la croix comme Jésus- Christ, que parce que l'excès de son amour lui fit souhaiter d'être en tout semblable à cet Homme-Dieu, et même jusqu'à la mort, et à la mort de la croix.

Quoi qu'il ensuit, clirétiens, c'est sur le modèle du prince des apôtres que nous devons tous nous former : car nous avons tous la même ooligation d'aimer Dieu et Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, et Dieu lui-même. Or notre amour pour Dieu, et pour le Fils de Dieu, estce un amour généreux comme celui de saint Pierre, c'est-à-dire est-ce un amour fervent? est-ce un amour patient ? est-ce un amour héroïque ? Prenez garde : est-ce un amourfervent? mais qu'avons-nous fait jusqu'à présent pour Dieu, et que faisons-nous ? Peut-être appelonsnous amour de Dieu, certains discours vagues et sans fruit : car telle est l'illusion ordinaire de s'en tenir à de spécieuses paroles qui ne coiitent rien, et qui dans la pratique ne vont à rien. Peut-être prenons-nous pour amour de Dieu certains sentiments dont le cœur est quelquefois touché, mais sans effet. Autre erreur encore plus subtile et plus dangereuse : on compte pour beaucoup quelques mouvements affectueux dont l'àme se sent remuée et attendrie ; mais si les œuvres manquent, si l'on moue une vie tranquille et oisive, si, dès qu'il iaiit agii', qu'il faut prier, qu'il faut soulager les pauvres, qu'il faut visiter les hôpitaux, les prisons, qu'il faut vaquer aux exercices de la religiou, ou devient lâche et paresseux, que servent alors les plu beaux sentiments, et de quel prix peuvent-ils être devant Dieu? Est-ce un amour patient? mais qu avons-nous souffert jusqu'à pr ésent pour Dieu, et que voulons-nous souffrir ? une faible violence qu'il y a à se faire, une légère contradiction qu'il y a à soutenir, n'est-ce pas assez pour déconcerter toute notre piété, et pour éteindre tout le feu de ce prétendu amour de Dieu, qui paraissait à certaines heures si vif et si animé ? On suit Jésus-Christ jusqu'à la ccue, mais on l'abandonne au Calvaire ; on ai;ue Dieu, ou l'on croit l'aimer, et cependant ou ne

POUR LA FÊTE DE SAINT PIERRE

voudrait pas se gôner pour lui dans la moindre rencoiilre, se refuser pour lui le moindre plaisir, sacrilier pour lui le moindre intérêt. Est-ce unamourhéroïque? car il doit être tel, pour être un véritable amour de Dieu; et s'il n'est pas assez lort, assez efficace pour me disposer à verser mon sang eu certaines occasions, et à donner ma \1e pour Dieu, ce n'est plus un amour de Dieu. Or, de bonne foi, mes chers auditeurs, peut-on penser que nous soyons dans une pareille disposition, quand on nous voit céder si aisément aux premiers obstacles qui se présentent, et nous rendre, lorsqu'il est question du service de notre Dieu, à des difficultés que nous surmontons tous les jours pour le monde ? Si donc Jésus-Christnous faisait aujourd'hui la même demande qu'il fit à saint Pierre: Amas me ? M'aimcz-vous ? pourrions-nous lui répondre: Oui, Seigneur, je vous aime, et vous le savez: Domine, tu scis, qma amo te ' '/ Si nous osions le

- Joan., xiti, 1&.

dire, nos œuvres ne nous démentiraient-elles pas ? Cependant, sans l'amour de Dieu et de Jésus-Christ, Homme-Dieu et notre espérance, que pouvons-nous être autre chose devant Dieu que des anathèmes et des sujets de malédiction ? Ah ! chrétiens, ranimons dans nos cœurs ce saint amour ; et si nous ne l'avons pas, ne cessons point de le demander à Dieu. Servons-nous de notre foi pour l'exciter davantage et pour le rendre plus ardent; et, par un heureux retour, celte charité divine servira à vivifier notre foi età la rendre plus agissante. Pour l'un et pour l'autre, employons auprès de Dieu l'intercession du glorieux apôtre dont nous solennisons la fête: c'est le patron de tous les fidèles, puisqu'il est le chef de toute l'i'.glise ; et c'est en particulier le vôtre dans cette église, où il est spécialeuieut honoré. En lui adressant nos prières, travaillons à imiter ses vertus, pour avoir pai't à sa gloire dans l'éternité bienheureuse que je vous souhaite, etc.

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