DEUXIÈME PARTIE
Pour bien comprendre cet autre devoir à l'égard de l'Eglise, qui consiste dans l'obéissance du coeur et dans l'observa lion des lois qu'elle nous impose, écoutez, chrétiens, quatre propositions, dont la liaison m'a paru mie espèce de preuve à laquelle ni l'erreur, ni l'esprit de licence et d'indépendance qui règne dans le monde corrompu, n'opposeront jamais rien de solide. C'est assez que l'Eglise soit notre mère, pour conclure qu'elle a le droit de nous commander, première proposition ; et c'est assez que nous soyons ses enfants, pour devoir être persuadés que ce qu'elle nous commande n'est pas seulement d'une police extérieure, mais d'une obligation éhoite, qui lie nos consciences, et qui nous engage sous peine de péché, seconde proposition. Du moment que nous reconnaissons l'Eglise pour noire mère, nous ne
I Matth,, xTi, 18,
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pouvons pins violer les commandements qu'elle nous fait, sans violer un des commandements les plus authentiques de la loi de Dieu, troisième proposition ; et la liberté, ou plutôt la témérité avec laquelle nous transgressons les préceptes de l'Earlise, oubliant qu'elle est notre mère, ne procctie souveist que d'un fonds de libertinage et d'un principe d'irréligion, peut-être pins dangereux poumons que les péchés mêmes qui en naissent. Libertinage où nous nous flattons nous-mêmes, et que nous couvrons de mille prétextes ; mais prétextes que l'Eglise, quoique notre mère, ne favorisera jamais, au contraire, qu'elle détestera, quatrième et dernière proposition. Appliquez-vous, chrétiens, je n'abuserai pas de votre patience.
Puisque rKglisc est notre mère, elle a droit de nous commander : cette conséquence est si naturelle, que le seul bon sens suffit pour y souscrire. Quand on disait aux hérésiarques du siècle passé, que l'Eglise, en qualité d'épouse du Fils de Dieu, était reine et souveraine ; que comme souveraine elle avait le pouvoir de l'aire des lois, et que tout homme chrétien devaitsans excejilion et sans distinction y être soumis, celte idée de souveraineté les choquait, et leur inspirait un chagrin qui peu à peu dégénéra dans un esprit de révolte. Ils voulaient une Eglise, mais «ne Eglise sujette, une Eglise sans autorité, une Eglise faible et impuissante ; et ils n'en pouvaient souffrir une qui eût un empire, je dis un empire spirituel, si étendu et si absolu. Ainsi Widef et Luther prétendirent-ils qu'il n'appartenait pointa l'Eglise d'imposer des lois aux fidèles, et que le pouvoir qu'elle s'en altrilniait, était un pouvoir usurpé : par où ils faisaient bien voir qu'ils étaient de la secte et du caractère de ces esprits pervertis dont parlait l'apùtre saint Jude, c'est-à-dire de ces esprits déterminés à blasphémer et à maudire la domination même la plus légitime et la plus sainte : Similiter ethi, dominalionem sperniint... majestatem autem blasphémant '. Mais enfin, tout ennemis qu'ils étaient de la domination de l'Eglise, ou, pour mieux dire, de sa pui.^sance et de sa juridiction, quand on leur représentait que l'Eglise est la mère de tous les chrétiens, et qu'une mère a droit de commander à ses enfants, comme elle est obligée de les gouverner, ne pouvant nier le principe, ils se trouvaient embarrassés sur la conséquence ; et, pressés de ce raisonnement qu'ils voulaient éluder, ilsavaient i-ecoursà l'invective, déclamant contre les abus des pasteurs de l'Eglise et de ses ministres j
JUd., 8.
comme si les désordres prétendus des ministres de l'Eglise eussent pu ôler à l'Eglise même l'autorité que Jésus-Christ lui a donné ; comme si ce divin Maître, malgré les plus visibles dérèglements des scribes et des pharisiens, n'avait pas autorisé leur ministère par la loi qu'il établissait de faire ce qu'ils ordonneraient sans imiter, leurs exemples ; comme si l'erreur la plus pernicieuse et la plus grossière, n'était pas de faire dépendre la puissance d'ordonner et de conunander, des qualités personnelles de ceux qui en sont revêtus ; comme si l'abus que peuvent faire les hommes de cette puissance, en détruisait lefond, qui est l'œuvre de Dieu, etde l'ordre de Dieu.
C'est néanmoins ce qu'ont avancé les partisans de l'hérésie. Mais permettez-moi de douter si la conduite de certains catholiques relâchés n'est pas en quelque sorte aussi injuste, et ne marque pas un aussi déplorable aveuglement . Ils no nient pas la puissance spirituelle de l'Eglise; mais ils compicnt pour rien d'en secouer le joug : ils laissent l'Eglise en possession de son sacerdoce royal ; mais ils se rendent dans la praliijne aussi indépendants d'elle, que ceux qui osent le lui disputer : ils ne contestent pas ipie ses préceptes ne soient justes et légitimes ; mais ils tiouvent le moyen de s'en affranchir, pour peu qu'ils leur soienl incommodes. Or, lequel des deux est plus injurieux à l'Eglise, ou de ni- pas recoimailre son pouvoir par une prévention d'cspril, ou, le reconnaissant, de ne s'y pas soumettre par une dépravation de coHir ? H est donc vrai que l'Eglise peut nous prescrire des lois et nous faire des commandements. Mais de quelle nature ou de quelle force sont ces commandements de l'Eglise ? je dis que ce sont des lois d'une obligation étroite et rigoureuse : seconde proposition. Calvin ne pouvait convenir qu'elles obligeassent sous peine de péché. Une comprenait pas, disait-il, qu'une loi humaine pût être la matière d'un crime devant Dieu : et plaise au Ciel que parmi nous il n'y ait point d'âmes libertines infectées de la môme erreur! Mais c'est ce qui doit nous étonner, qu'un hiwnme aussi pénétrant que Calvin put bien compendre comment la désobéissance d'un fils envers son père le rendcriminel aux yeux de Dieu, et qu'ils ne pût concevoir comment la désobéissance d'un chrétien envers l'Eglise, qui est sa nière, le rend, au jugement de Dieu même, prévaricateur. Car pour(|uoi l'Eglise, qui nous a engendrés selon l'esprit, ne peut-elle pas sur nous ce que peuvent nos pères selon la chair ? lui sommes-nous moins redevables ? nous a-telle donné une naissance, une vie, une éducation
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moins eslimables et moins précieuses ? Quand il n'y aurait point d'autre fondement que celuilà pour justifier ce qui a passé de tout temps pour incontestable dans notre religion, savoir, que les préceptes de l'Eglise sont des liens de conscience qu'on ne peut rompre sans encourir l'indignation et la disgrâce de Dieu, ne seraitce pas assez ? Oui, mes chers auditeurs, ces préceptes, quoique en eux-mêmes de droit humain et positif, vont jusqu'à l'offense divine et jusqu'à intéresser le salut. Ce sont pour nous des sources de grâce, quand nous les accomplissons ; mais par un juste jugement, et contre l'intention de l'Eglise même, ils se tournent pour nous en malédiction, quand nous y contrevenons : et il faut bien que cela soit ainsi, puisque Jésus-Christ, dans l'Evangile, veut qu'on tienne pour païen et pour piiblicain celui qui n'obéit pas à l'Eglise : Si autem Ecclesiam nonaudierit, sit tibi sicul ethnicus et pubiicanns ' . Car ce qui mérite qu'on nous regarde comme païens, doit être au moins un péché de la nature de ceux qui causent la mort à notre âme ; et ce qui nous met au rang despublicains, c'està-dire des pécheurs publics, n'est point la simple transgression d'une loi civile et pénale. 11 faut bien encore que cela soit ainsi, puisque le même Sauveur a donné le pouvoir à son Eglise de nous excommunier et de nous retrancher de son corps, lorsque avec opiniâtreté et par un esprit d'orgueil, nous persistons à son égard dans la désobéissance, en violant ses préceptes impunément : car une punition aussi terrible que celle-là ne suppose pas une faute légère ; et ce retranchement du corps mystique de Jésus-Christ ne peut être pour le salut queiiiue chose d'indifférent.
En voulez- vous un témoignage, mais décisif? écoulez saint Augustin. Quand ce grand docteur parlait du jeûne commandé et déterminé par l'Eglise, comment s'en expliquait-il '/ en parlait-il comme d'une œuvre de surérogalion pour les justes, ou comme d'un exercice volontaire de pénitence pour les pécheurs ? Non ; il en parlait comme d'une loi à laquelle et les pécheurs et les justes, sous peine d'être condamnés de Dieu , devaient également s'assujettir ; il disait qu'autant qu'il était louable de jeûner dans les autres temps de l'année , autant était-il punissable de ne pas jeûner dans les temps consacrés à la pénitence pubhque de l'Eglise, et particulièrement dans celui qu'elle nous a ordonné de sanctifier par le jeûne solennel du carême ; que d'observer d'autre jeûnes, ce
t MatUi., xTiii, 17.
pouvait être un remède et une vertu ; mais que de manquer à celui-là, c'était un crime et un péché. Ce sont les termes dont il use : In aliis qiiippe temporibus jejunare, aut remedhtm est aut prœmium ; in qiiadragesima non jejunare scelus est ac peccatiim. La tradition du siècle de saint Augustin était donc que la loi du jeûne imposait aux chréUens une obligation, non-seulement de pohce, maisde conscience ; et que c'était, aussi bien que la loi écrite, une matière de transgression et de péché.
Cependant, chrétiens, sans recourir à la tradition ni à l'Ecriture, je dois m'en tenir à cette supériorité naturelle que l'Eglise a sur moi. Elle est ma mère : donc je suis réprouvé de Dieu si je ne lui obéis pas, quand elle exige de moi un culte raisonnable : or, en exige-t-elle jamais un autre ? et dans les commandements qu'elle me fait, pour peu que j'aie le cœur docile, est-il rien que ma raison même ne doive hautement approuver ? Elle m'oblige à assister aux divins mystèresetausacrificedema religion, à recevoir chaque année le sacrement institué pour être la nourriture de mon âme et le gage de mon salut, à ne m'en approcher qu'après m'y être disposé par une solide épreuve de moi-même et par une confession exacte des désordres de ma vie, à garder des abstinences et des jeûnes qui peuvent me tenir lieu de satisfactions : or, sont-ce là des choses où je puisse me plaindre que l'Eglise ait excédé la mesure de ce culte dont parlait saint Paul, en l'appelant Rationabile obsequium ' ; qu'elle n'ait pas eu égard à ma faiblesse, qu'elle n'ait pas même consulté mes besoins et mon intérêt ; en un mot, qu'elle n'ait pas agi en mère prudente et zélée, conduite par l'Esprit de Dieu? Quand elle ne m'aurait pas feit des lois de tout cela, ne devrais-je pas me les faire moi-même ? et ces lois, quand je les observe, m'étant aussi utiles et aussi salutaires que l'expérience me l'apprend. Dieu n'aura-t-il pas droit de me punir, si, par impiélé ou par lâcheté, je ne les observe pas ?
Mais enlin, me direz-vous, tout cela ne nous est commandé que par l'Eglise. Je l'avoue, chiétieus : mais prenez garde à ce que j'ai ajouté, et c'est la troisième proposition : savoir, qu'il est impossible de violer alors le commandement de l'Eglise, sans violer l'un des commandements les plus autlientiques de la loi de Dieu : pourquoi ? parce que le commandement de l'Eglise est toujours accompagné, ou, pour mieux dire, soutenu et autorisé du commandement de Dieu ; et je ne dis pas seulement ceci
I Kouj., xil, 1.
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de certains préceptes qui, selon la remarque de saint Thomas, sont tout ensemble de droit ecclésiastique et de droit divin, tel qu'est, entre autres, le précepte de la communion : car il est bien évident que Jésus-Christ ayant établi la communion comme un moyen essentiellement nécessaire pour entretenir dans nous la vie de la grâce, et pour cela s'étant déclaré, que quiconque ne mangerait pas la chair du Fils de l'Homme serait privé de cette vie qui fait les saints et les élus de Dieu : Nisi mandticaveritis carnem Filii Hominis... non habebitis vitam in vobis 1 ; quand je participe au corps de Jésus- Christ, et que j'accomplis le devoir chrétien par la commmunion pascale, je satisfais à deux préceptes, l'un de l'Eglise, l'autre du Sauveur ; et au contraire, si je manquais à ce devoir, je serais coupable d'une double prévarication, et d'une double iniquité : prévarication, en ne donnant pas à l'Eglise celte marque de mon obéissance ; mais prévaricaliou encore plus grande, en négligeant, aussi bien que les conviés de l'Evangile, de me mettre en état d'assister à ce divin banquet où Jésus-Chiist lui-même m'invite pour me nourrir de sa chair et de son sang. Sans parler, dis-je, de ces commandements, qui ne sont, aie bien prendre, des commandements de l'Eglise que par la circonstance du temps, mais qui dans le fond sont de l'institution divine, j'ai dit absolument, et il est vrai, que la désobéissance aux lois de l'Eglise est toujours accompagnée d'une désobéissance à la loi de Dieu : comment ? parce qu'en même temps, pour user de cet exemple, que l'Eglise par une loi particulière, me commande le jeûne, Dieu, par une autre loi qui est générale, me commande d'obéir à l'Eglise ; et je ne puis mépriser l'un de ces deux commandements sans mépriser l'autre, puisque l'un, dit le savant chancelier Gerson, sert de soutien et d'appui à l'autre. Je me trompe donc si je crois alors n'être responsable qu'à l'Eglise, et n'avoir péché que contre l'Eglise ; car j'ai péché contre Dieu même, et il faudra que je subisse la rigueur de son jugement aussi bien pour le jeûne violé que pour les autres désordres de ma vie ; e t voilà, mes chers auditeurs, ce que les théologiens concluent des paroles du Fils de Dieu, quand il disait à ses apôtres, qui furent les pasteurs de son Eglise : Qui vos audit, me audit ; et qui vosspernit, me spernit 2 : Qui vous écoute, m'écoute ; et qui vous méprise, me méprise : paroles, ajoute le chancelier Gerson. qui montrent bien que Jésus-Christ est personnellement intéressé dans
■ Jean., 11,64. — ' Luc., x, 16.
le mépris que nous faisons des lois de son Eglise ; et qu'en qualité de chef et d'époux de cette Eglise, le mépris qu'on fait d'elle retombant sur lui, il ne peut se dispenser, tant pour lui-même que pour elle, de nous en punir.
Le point de morale par où je finis, et qui est ma dernière proposition, c'est que la plupart des péchés qui se commettent contre l'Eglise, en violant ses lois, sont des péchés de Hbertinage, qui ne procèdent communément que d'un secret principe d'irréligion ; mais qui parla, changeant d'espèce, deviennent encore devant Dieu plus punissables et plus griefs : car pour les préceptes de la loi de Dieu, on les viole, dit Guillaume de Paris, par mille autres raisons que l'on peut appeler des tentations humaines. Un intérêt puissant, une passion torte, un mouvement subit, une occasion pressante et imprévue, voilà les sources ordinaires des crimes les plus énormes dont je parle ; c'est-à-dire, on pèche contrôla loi de Dieu, parce qu'on est emporté et dominé par la concupiscence ; on est impudique par faiblesse, médisant par légèreté, injuste par cupidité. Mais quand il s'agit des préceptes de l'EgUse, la plupart fociles eu eux-mêmes, et dont la matière n'est presque jamais le sujet d'une violente passion qu'U faille vaincre pour les accomplir, par quel esprit et par quel principe peut-on les transgresser, si ce n'est par un principe de licence, par un esprit indépendant et libertin, par l'habitude malheureuse qu'on s'est faite de se soucier peu des observances et des devoirs de sa religion? principe plus funeste que les péchés mômes qui en sont les suites ; mais principe d'où tirent les péchés qui en naissent un surcroit de malice dont je voudraisaujourJ'hui vous imprimer l'horreur.
Je ne parle point à vous, mes frères, qui, par le malheur de votre naissance, ayant été enveloppés dans l'hérésie et dans le schisme, avez fait une profession ouverte de ne point obéir à l'Eglise, qui était votre mère, jusqu'à ce qu'il ait plu enfin au Seigneur de vous rappeler à son unité. Quoique pendant cette séparation vous ayez violé ses lois, je sais que vous l'avez fait par ignorance, aussi bien que vos pères, et Dieu veuille que celte ignorance ait pu vous servir de quelque excuse auprès de Dieu 1 Je pourrais donc vous dire, avec autant déraison que saint Pierre en parlant aux juifs : Et nunc fratres, scio, quia per ignorantiam fecistis '. Je ne vous reproche point les désobéissances que vous commettiez alors contre l'Eglise, comme si elles avaient été des marques de votre irréligion ; et je déplore bicu plutôt l'aveu*
■ Act., ui, 17.
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glement oft vous étiez en les commettantpeutêtre par le faux zèle d'une prétendue religion. Dieu, par son infinie bonté, vous a ouvert les yeux, et il me suffît d'ajouter ce que le prince des apôtres disait aux Israélites, au même chapitre desActesqueje viens de citer : Pœmlemini igitur et converlimmi, ut deleantur peccata vestra ' : Faites donc pénitence, mes frères ; et, écl.iirés des lumières de la vérité, persévérez, croissez, affermissez-vous dans la grâce de votre conversion, afin que ces péciiés d'ignorance que vous faisiez sans les connaître, et que vous n'aviez garde de pleurer, puisque vous n'en conveniez pas, soient maintenant effacés par la ferveur de votre vie, mais surtout parla soumission et l'inviolable régularité avec laquelle je me promets que vous observerez ces mêmes lois, qui si longtemps ont été le sujet de votre transgression. Ce n'est point, dis-je, à vous, chrétiens nouvellement réconciliés à l'Eghse de Jésus-Christ, que j'ai prétendu adresser la plainte que je fais ; c'est à vous, anciens catholiques, c'est à vous que je veux parler. Quel autre esprit, je le répète, qu'un esprit de libertinage, peut vous porter à violer des commandements dont la pratique demande si peu d'efforts, et que l'Eglise, usant d'une condescendance maternelle, a su proportionner à votre faiblesse par tant de tempéraments, pour ne pas dire de ménagements et d'adoucissements? Car de quoi s'agit-il ? d'une messe qu'il faut entendre, d'une confession qu'il faut faire, d'une communion dont il faut s'acquitter, de quelques fêtes qu'il faut sanctifier, de quelques abstinences et de quelques jeûnes qu'il faut observer. Un clirétien qui, sans nécessité, sans raison, sans excuse ; un chrétien qui, sans scrupule et sans remords, fait une profession ouverte de n'avoir sur cela pour l'Eglise aucun respect, ou qui n'a là-dessus pour elle qu'un faux respect, un respect de bienséance et de cérémonie, que doiinet-il à penser de lui, sinon qu'il a peudereUgion,
«Act., UI, 19
et que dans le fond il est impie et libertin ! Ah ! mes frères, honorons notre religion par l'obéissance que nous rendrons à Jésus-Christ et à son Eglise. Autrefois on nous disait : Edifions les hérétiques qui nous voient, qui nous observent, et qui, tout retranchés qu'ils sont de l'Eglise, ne laissent pas d'être scandalisés, quand ils sont témoins du mépris que nous en faisons en méprisant ses lois; l'exemple de notre fidélité et de notre soumission sera mille fois plus efficace pour les persuader et les toucher, que les plus savantes disputes et les discours les plus pathétiques ; et si quelque chose .j est capable d'achever leur conversion, c'est la bonne odeur de notre vie et la régularité de notre conduite. C'est ainsi qu'on nous parlait. Jlais aujourd'hui je vous dis quelque chose de plus pressant : Edifions, non pins des hérétiques obstinés, mais des cathoUques nouvellement sortis du sein de l'hérésie et reçus dans le sein de l'Eglise; ils sont encore faibles, ne les affaiblissons pas davantage par le scandale de nos mœurs. Quand ils ne voyaient nos désordres que de loin, ils en étaient surpris, ils en étaient frappés, ils en étaient indignés : que sera-ce quand ils les verront de près, et que sans cesse ils les auront devant les yeux ? Ne leur donnons pas lieu de regretter ce qu'ils ont quitté, et peut être d'y retourner. Ne détruisons pusdans eux l'ouvrage de la grâce, mais travaillons à l'affermir et à le perfectionner ; pensons à nousmêmes, et souvenons-nous qu'il y va de notre salut éternel. Grand saint, vous que nous invoquons spécialement en ce jour ; vous à qui Jésus-Glu'ist confia son Eglise, et qui en êtes après lui la pierre fondamentale ; vous qui en fûtes sur la terre le chef, i'apùlre, le martyr, ayez encore les yeux attachés sur elle ; protégez-la, défendcz-la, obtenez-lui les secours puissants qu'elle demande par votre intercession, pour confondre ses ennemis, pour sanctifier ses enfants, et pournous faire tous arriver à la gloire, où nous conduise, etc.
SERMON POUR LA FÊTE DE SALNT PAUL
analyse;
SoJET. Paul, serviteur de Jésus- Christ, appelé à l'apostûlat.
Voilà le miiiislére de cegnnl apôti-e: miiiisiéri qu'il a pupfailemenl soutena.
Division. Sainl Paul a été le fidèle serviteur de Jésua-Glirist ; pourquoi ? parce qu'il a pleinement accompli le ministère
de l'apostolat, première partie; parce qui! a parfaitement honoré le ministère de l'apostolat, : deuxième partie ; parce
qu'il s'est coatiuuelleiuont iiaïuolé pour le ministère de l'apostolat, troisième partie.
POUR LA FÊTE DE SAINT PAUL
ft»E«iÈRE PARTIE. Sïint Pajl a pleineinsnt accompli le ministère de l'apostolat. Il avait été choisi de Dien, l" pour confondre le juilaïsme; 2° pour coavertir la gentilité ; 3° pour former le christianisme dès sa naissance. Or, c'est de quoi il s'est pleinement acquitté.
l" Il a confondu le jUdaïsme : par oii ? par son exemple. Car, lorsqu'il prêchait Jésus-Christ aux juifs, sa prédication devait avoir d'autant plus de force, qu'il avait été lui-même un des plus ardents persécuteurs de l'Eglise chrétienne, et c'était aussi lapreuve dont il se servait souvent.
2» Il a converti la gentilité : d'où vient qu'il a été appelé par excellence l'apôtre des gentils. Depuis l'Asie jusqu'aux extrémités de l'Europe, il a établi l'empire de la foi.
3° Il a formé le chriitiauisme, soit par les grands mystères qu'il nous a révélés, soit par les saintes règles de conduite qu'il nous a tracées dans ses divines épitres. C'est là, tout mort qu'il est, qu'il nous prêche encore. Profitons de ses enseignements.
Deuxième partie. Saint Paul a parfaitement honoré le ministère de l'apostolat : comment cela ? par son désintéressement, quia surtout consisté en trois choses :
1" 11 e.wrca graluileineiu le ministère dont Dieu l'avait chargé, ne demandant rien et n'acceptant rien. Or, qu'y a-t-il qui fasse plus d'honneur à l'Evangile que ce détachement.
2^ Il ne se prêcha point lui-mime, mais uniquement Jésus-Christ ; c'est-à-dire qu'il n'eut point en vue sa propre gloire maisqj'il ne chercha que la gloire de Dieu et le salut des âmes : ne se prévalant point de ses talents naturels, fuyant les applaudissements des hommes, ne soulTraiU jamais que, sjus ombre d'estime et de conliance, on s'attachât à lui personnellement.
3° Il était aussi zélé pour son ministère exercé par d'autres que par lui-même ; ne se réjouissant pas moins des succès des autres que des siens propres, et toujours content pourvu que Jésus-Christ fut annoncé et connu. C'est ainsi que les ministres évangéliques se rendent irréprochables, et c'est par là même qu'ils honorent, i omma saint Paul, leur ministère,
TiiOisiÈME PARTIE. Saint Paul s'est continuellement immolé pour le miuistere de l'apostolat. Double sacrifice qu'il commença dès l'instant de sa vocation à l'apostolat, et qui a duré, sans parler de son martyre, autant que sa vie : l'un de patience, l'autre de pénitence.
l-Saorifice de patience, par où il se dévoua aux persécutions des hommes pour le nom de son Dieu. Par quelles épreuves na l-ilpas passé ? Il nous l'apprend lui-même dans le récit qu'il fait de ses souffrances. Du reste, quelle différence entre cet apôtre et nous î II s'est sacrifié dans son ministère, et nous nous épargnons dans le nôIre.
2" Sacrifice de pénilenci. Ce n'était point assez pour saint Paul d'être persécuté, s'il ne se persécutait lui-même, châtiant tous les jours soa corps et le reluisant enserviiuJe. Il setraitaitdela sorte, premièrement pour son propre salut ;seconilement, ainsi qu'il letémoigno, pour toute l'Eglise. Deux grandes lesoas pour nous. C'était un saint, et nous sommes pécheurs : nous devons donc encore bien plus faire pénitence que lui. C'était pour l'Eglise qu'il se mortifiait ; il faut donc, à son exemple, sacrifier dans notre profession, nos forces, notre santé, notre vie, pourceuxque Dieu commet à nos soins, et dont il nous demandera compte.
Paubts Êervus Jesu Christi^ vocatui aposlolus.
Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé i l*apostolat. (Epitre aux Romains^ chap. i, 1 )
C'est, chrétiens, tout l'éloge du grand apôtre que vous honorez entre tous les saints, sous le titre de votre glorieux patron; ce fut l'apôtre par excellence, et en celte qualité il a été le maître du monde, l'oracle de l'Eglise universelle, l'un des fondateurs, ou, pour mieux dire, l'un des fondements de notre religion ; un homme de miracles, et dont la personne fut le plusgrand de tous les miracles ; un autre Moïse par les visions et les révélations divines, un secondElie parles transportset les ravissements, un ange de la terre qui n'eut de conversation que dans le ciel ; un disciple non plus de Jésus- -Christ mortel, mais de Jésus-Christ glorieux ; un vaisseau d'élection, rempli , comme dit saint Chiysoslome, de loulos les richesses de la grâce ; le dépositaire de l'Evangile, l'ambassadeur de Dieu. Mais il supprime tout cela, ou plutôt il comprend et il abrège tout cela, en disant qu'il est le serviteur de Jésus-Christ : Paulus, servus JesuChrisH. Arrêtons-nous donc à cotte parole, qui exprime les plus nobles sentimenls de son cœur ; et puisque la solennité de ce jour nous engage à le louer, louons-le selon ses inclina-
tions. Ne disons point avec saint Jérôme que le nom de Paul est un nom de victoire, et que ce gi'and saint commença à le porter après la permière de ses conquêtes apostoliques, qui fut le proconsul Paul gagné à Jésus-Christ ; comme les Scipions dans Rome prenaient le nom d'Africain après avoir dompté l'Afrique. Laissons tout ce que les Pères de l'Eglise ont dit de plus avantageux et déplus magnifique à la gloire de cet apôtie ; et disons seulement qu'il a été le serviteur de Jésus-Christ : Paulus, servus Jesu. Clirisii. Ce qui rend un serviteur recommandable, c'est le zèle pour les inlérèlsde son maître : voyons jusqu'à quel point il a eu ce zèle, et tâchons de l'exciter en nous. Je prèclie saint Paul, chrétiens ; mais mon dessein est de le prêcher par lui-même ; c'est de lui-même que j'emprunterai toutes les preuves ; lui-même parlera pour soi, lui-même rendra témoignage de ses actions et de sa vie, et nous recevrons ce témoignage avec respect ; car nous savons qu'il est véritable et nous pouvons dire de lui, aussi bien que dudiscipli; bien-aimé : Etsciinus quia veimm est testiinoinum ejus i. J'ai besoin d'un secours extrordinaire , il s'agit de parler du serviteur de Jésus-Christ : adressons-nous h.
Jji 1 ., X XI, 2i
POUR LA FÊTE DE SAINT PAUL
celle qui s'appela la servante du Seigneur, lors- ^ju'elle îut déclarée Mère de Dieu. Ave, Maria.
Il n'y a point de vertu qui n'ait ses degrés de perfection, selon lesquels elle doit être mesurée, et qui, dans les sujets où elle se trouve, ne soit capable de certains accroissements, par oii l'on peut juger de son mente. Comme nous parlons d'une vertu peu connue dans le monde, et encore moins pratiquée, qui est le zèle, je dis le zèle chrétien que nous devons tous avoir dans l'exercice de notre mmistère, il est important d'en distinguer d'abord les différentes obligations ; et, pour en avoir une idée plus juste, de les reconnaître dans un grand exemple. Tel est celui de saint Paul, qui nous les rendra même sensibles : j'en trouve trois, marqués par saint Grégoire, pape, dans ses instructions pastorales. Car tout homme, dit ce saint docteur, qui veut être un serviteur et un ministre fidèle, et qui aspire à la perfection de cette qualité, est obligé à trois choses : il doit accomplir son ministère, il doit honorer son ministère, et quand la nécessité l'exige, il doit même se sacrifier pour son ministère : trois devoirs qui se surpassent par degrés, et dont le second ajoute autant au premier, que le troisième enchérit sur le second ; car honorer son ministère, c'est quelque chose de plus que l'accomplir; et se sacrifier pour son ministère, c'est encore plus que l'honorer ; mais quand tout cela se joint ensemble, on peut dire que le zèle est au plus haut point d'excellence qu'il puisse avoir. Or, c'est ce que je découvre dans saint Paul, et ce qu'il me sera aisé de vous faire voir. Saint Paul a été le fidèle serviteur de Jésus- Christ : Paulus, serims Jesu Cliristi : pourquoi ? parce qu'il a pleinement accompli le ministère de l'apostolat, parce qu'il a parfaitement honoré le ministère de l'apostolat, et parce qu'il s'est continuellement immolé pour le ministère de l'apostolat. Comprenez ceci, s'il vous plait : il a pleinement accompli le ministère de l'apostolat par la prédication de l'Evangile ; il a parfaitement honoré le ministèi-e de l'apostolat parla conduite qu'il a tenuedans la prédication de l'Evangile ; et il s'est continuellement immolé pour le ministère de l'apostolat par les persécutions qu'il a soutenues, et par ses souffrances dans la prédication de l'Evangile. Voilà tout mon dessein. Encore une fois, chrétiens, ne considérez pas ce discours comme un simple éloge qui se termine à vous donner une haute estime desaint Paul. Je vous l'ai dit : c'est midiscoui's de religion, c'est une règle pou»*
former nos mœurs, c'est un exemple que Diea nous propose, et qu'il veut que nous nous appliquions.