PREMIÈRE PARTIE
Quand je dis que saint Paul a parfaitement accompli tous les devoirs de son mmistère, ne pensez pas, chrétiens, que ce soit là une louange commune. La grâce même de l'apostolat l'a tellement distingué, et a eu dans lui des effets si singuliers, que quand il se glorifiait d'être apôtre de Jésus-Christ : Paulus, sentis Jesu Christiyvocatus apostolus^, il ajoutait qu'en vertu de ce titre ou de cette grâce, il avaitété séparé pour prêcher l'Evangile de Dieu : Segregatus in Evangelium Dei"^; comme si l'un des principaux caractères de sa vocation eût été la distinction de sa personne, et qu'il n'eût pas suffi pour lui d'èhe apôtre, s'il ne l'eût été d'une façon toute particulière. En effet. Dieu avait choisi saint Paul pour trois grands desseins qui devaient occuper son zèle apostolique ; pour confondre le judaïsme, pour convertir la gentilité, et pour former le christianisme dès sa naissance : voilà ce que la Providence prétendait de lui, et à quoi il était destiné. Or saint Paul, par une pleine correspondance à la grâce de son ministère, a accompli ces trois choses avec un succès dont il était seul capable, ou du moins qui lui était uniquement réservé. Appliquez- vous, s'il vous plaît, à ma pensée.
Il fallait, pour l'établissement solide de la loi clirétienne, que l'Evangile fût prêché par un apôtre dont le témoignage en faveur de Jésus- Christ fût uu témoignage absolument irréprochable, exempt de tout soupçon, et propre nonseulement à convaincre, mais à confondre l'incrédulité des juifs. Or cet apôtre, par une disposition spéciale, a été saint Paul. Je m'explique : quand les autres apôtres prêchaient Jésus- Christ, qu'ils protestaient dans les synagogues que Jésus-Christ était le Messie envoyé de Dieu et promis par les prophètes ; quelques preuves qu'ils en donnassent et quelques miracles qu'ils fissent pour le confirmer, on avait foujours quelque prétexte de les tenir pour suspects ; on pouvait dire qu'ils étaient gagnés, et qu'ayant été les sectateurs et les disciples de ce prétendu messie, il ne fallait pas s'étonner s'ils se déclaraient pour lui ; el quoique mille raisons pussent détruire ce prétexte, ce prétexte ne laissait pas d'avoir je ne sais quelle apparence qui préoccupait d'abord l'ignorance des uns, et qui entretenait l'opinià-
' Kom., I, l. — ^ Ibid.