‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 93 sur 139 · TROISIÈME PAP.TIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PAP.TIE

C'est une belle idée qu'a eue ïcrîullien, en parlant du Sauvem* du monde, quaiul il dit que cet Homme-Dieu n'a pas scide.nent été innnolé sur la croix, mais qu'il a commencé à être victime dès le moment qu'il s'est lait homme. Une hostie destinée pour e.\pier le péché, mais une hostie vivante et moiuaulc, dont le sacrifice n'a jamais élé interrompu, voilà ce que c'est que Jésus-Christ. PermeUo;-.-:..3i, chrélicns, en gardant les proportions re.,.,Lses, d'apidiquer ceci à l'apôlre saint Paul : il s'est sacrifié pour son ministère, c'est-à-dire pour le salut de ses frères et pour la gloire de l'i^vasigile ; mais ne vous imaginez pas qu'il aii «ilendu pour cela l'arrêt de Néron, et qu'il n'ait offerlà Dieu ce sacrifice de lui-même que quand il versa son sang dans Rome pour la confession de sa foi ; ce n'est point là de quoi je prétends parler ; ce n'est point, dis-je, de son bienheureux martyre et de sa glorieuse mort. Dès l'insta;!! de sa vocation à l'apostolat, il se regarda comme la viclime de son apostolat même, et il le Ait en effet : car je trouve qu'il commença dès lors deux grands sacrifices, qui ont duré autant que sa vie: l'un de patience, par lequel il se dévoua aux persécutions des hommes, pour le nom de son Dieu ; et l'auSre de pénitence, par lequel lui-même, touché du zèle que la chariié lui inspirait de satisfaire pour leslioinnie.-;. il devintson propre perséculeur. De soricquc l'on peut dire de lui, pour couronnement de son éloge, qu'il a élé immolé aussitôt qu'appelé ; cl qu'au moment qu'il s'est vu apôlre, il a paru devant Dieu en qualité d'hostie : voilà la vérilable idée de saint Paul, et voilà sur quoi nous devons travailler encore à nous foriîier.

Non, chrétiens, jamais homme mortel n'a dû faire à Dieu un saciilicede patience si continuel et si héroïque que ce grand saint. A peine, s'il m'est permis de parler ainsi, eut-il levé lélendard de l'Evangile, que lout l'univers sembla conspirer coiilre lui. Dès là il n'y eut plus pour lui (jiie des Iraliisons sur la lerre, que des naufrages sur la mer, que des emprisomiements dans les villes, que des cnibùchcs dans les lieux écartés. Tout ce que la malice de l'envie et tout ce que l'animosiié de la haine peuvent susciter d'adversités et de misères, il l'éprouva dans sa pertonuc. Ceux de .sa nation se firent un point

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de religion d'être ses ennemis les plus cruels : les gentils l'accablèrent d'outrages; parmi les chrétiens mêmes qu'il avait engendrés en Jésus-Christ, il trouva de faux frères et de faux apôtres; lousles jours exposé aux insultes des séditions populaires, tous les jours traduit de tribunal en tribunal, tantôt fouetté comme un esclave, tantôtlapidécomnie un sacrilège et connue un blasphémateur. Combien de travaux? combien de voyages? combien de bannissements? St c'était un autre que lui-même qui en fit le détail, nous croirions qu'il y a de l'exagération ; mais nous savons, dit l'aljbé Rupert, que le Saint-Esprit dont saint Paul a été l'organe, est éloquent sans rien amplifier. C'est saint Paul lui-même qui, malgré toutes les résistances Je son humilité, a été obligé de rendre compte Ji l'Eghse de ce qu'il avait soidïert ; il en a fait excuse aux fidèles, il les a priés de supporter en cela son imprudence, il a semblé même s'accuser tout le premier de vaine gloire et d'ostentation, et par là, dit saint Jérôme, il a bien montré qu'il n'avait pas besoin de s'en justifier; mais enfin il l'a reconnu ; et, forcé par l'Esprit de Dieu qui le faisait parler, il en a pris le Ciel à témoin, qu'aucun des apôtres n'avait été si persécuté ni si maltraité que lui. Ils sont plus grands que moi, disait-il aux Corinthiens ; mais ce Dieu de gloire, qui est l'auteur de ma destinée, a voulu que j'eusse plus à endurer qu'eux, que je fusse plus souvent dans les chaînes, que je courusse et que j'essuyasse plus de dangers de mort, que je me trouvasse réduit plus communément aux rigueurs extrêmes de la faim et de la soif; et pourquoi tout cela ? Ah ! chrétiens, ne vous l'ai-je pas dit, et cet homme apostolique n'avoue-t-il pas que c'était uniquement pour les intérêts de son ministère ? Il avait fait la guerre à Jésus-Christ ; et Jésus-Christ, dit saint Augustin, lui taisait la guerre à son tour, ou plutôt il faisait h. Jésus-Christ, une espèce de réparation, acceptant de lui persécution pour persécution, captivité pour captivité, supplice pour supplice. Car il se souvenait toujours d'être ce Saul qui avait été le fléau de l'Eglise ; et voilà pourquoi il se croyait obligé, par un devoir indispensable, de souffrir pour son Dieu les mêmes choses qu'il avait fait souffrir à son Dieu. 11 était responsable à son Dieu de la conversion d'une infinité de peuples, et il ne pouvait pas retirer ces peuples de l'infidélité qu'il ne lui en coûtât des afflictions et des croix. C'est pour cela que les croix lui étaient si chères et si précieuses, parce qu'elles lui gagnaient des âmes, et des âmes prédestinées, pour lesquelles il

s'estimait heureux de pouvoir endurer tout : Ideoomnia sustineo propter electos •. Remarquez ce mot, chrétiens : Propter electos, car pour luimême, répond admirablement saint Chrysostome, il aurait été chéri, honoré respecté de tout le monde ; mais pour les élus il devait être haï, méprisé, calomnié, puisqu'il ne pouvait pas autrement être le coopérateur de leur salut, et c'est ce qui soutenait l'ardeur de son courage. Je m'en vais à Jérusalem, disait-il, et je ne sais ce qui m'y doit arriver, sinon que dans toutes les villes par où je passe, l'Esprit de Dieu me fait connaître que des tribulations et des chaînes m'y sont préparées; mais je ne crains rien de toutes ces choses, et ma vie ne m'est pas plus considérable que moi-même, pourvu que j'achève ma course, et que je m'acquitte du ministère que j'ai reçu du Seigneur Jésus : Dummodo consummem cursum meum, et ministerium verbi qitod accepi a Domino Jesu 2.

Que répondrez-vous à cela, hommes du siècle, esprits lâches et mondains, qui dans les emplois dont la Providence vous a chargés, et même dans ceux qui vous attachent, aussi bien que saint Paul, au service des autels, cherchez vos aises et votre repos ? Venez, venez vous confronter aujourd'hui avec celapôtre; et, dans l'opposition que vous découvrirez entre vous et lui, apprenez ce que vous devez être, et confondez-vous de ce que vous n'êtes pas. Saint Paul s'est immolé pour son ministère, et vous vous épargnez dans le vôtre : voilà le reproche que vous avez à soutenir devant Dieu; consultez-vous un peu sur ce point. Je sais que l'amour-propre ne manque pas de vous en imposer, et de vous faire croire, par ses artifices, que l'on doit être content de vous comme vous l'êtes de vous-mêmes. Mais entrons dans le détail, et dites-moi : ces ménagements de votre personne si étudiés et si affectés, ce refus d'un travail nécessaire et que vous devez au public, cette horreur de l'assiduité que vous traitez d'esclavage et de servitude, cette habitude que vous vous laites de vous divertir beaucoup et de vous appliquer peu, au lieu de suivrel'ordrc de Dieu, qiii serait de vous divertir peu, pour vous appliquer beaucoup ; cette liberté que vous vous donnez de vous décharger sur autrui des soins les plus personnels, et dont vous devez uniquement répondre ; cette facilité h vous émanciper des obligations onéreuses, même les plus indispensables, qui sont attachées à votre état; cette peine à être où il faut que vous soyez, et cette disposition à être Tolontiersoù il faut que vous ne soyez pas; celte

> Il Tim., II, 10. — ' Act., zx, 24,

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fuile des affaires qui vous sont importunes et incommodes, quoique Dieu ne vous ait fait ce que vous êtes, que pour en être incommodés et importunés ; cette prudence de la chair à ne vous engagerjamais, ni pour la vérité, ni pour lajustice;cettecraintedevousexposeret de vous perdre dans les occasions où Dieu demande que vous vous exposiez et que vous vous perdiez ; en un mot, ce secret que le monde vous a appris et que vous pratiquez si bien, de ne prendre de votre condition que le doux et l'honorable, et d'en laisser le pénible et le rigoureux : ce n'est pas tout : cette indifférence pour cent chosesoù il

i^ faudrait que vous eussiez de saintes inquiétudes ;

; telle froideur à la vue des scandales qui devraient enflammer voire zèle, et au contraire cette impatience et celte chaleur sur les moindres défauts dont voire délicatesse se trouve blessée ; cette sensibilité à vous offenser de tout, et à ne pouvoir rien supporter dans une place qui vous oblige à tout supporter, et à ne vous offenser de rien ; ces plaintes et ces éclats dans les

^traverses et dans les contradictions qui vous arrivent, preuves évidentes d'un cœur immortifié et incirconcis : tout cela convientil à un homme qui, dans quelque genre de vie que ce soit, veut être, à l'exemple de saint Paul, un ministre fidèle ? et puisque, pour être tel, il faut se résoudre à être une victime, tout cela s'accorde-t-il avec l'état d'une victime ? Si saint Paul en avait usé de la sorte, aurait-il été apùlre de Jésus-Christ ? aurait-il glorifié Dieu au point qu'il l'a fait? aurait-il sauvé ce grand nombre d'âmes ? se serait-il fait tout à tous, pour avoir part h la rédemption de tous ? Nous nous flattons qu'il ne faut pas nous prodiguer, et que l'intérêt même de nos ministères demande que nous nous conservions ; et parce que nous sommes en ceci les juges du plus ou du moins, nous abusons de ce prétexte, pour porter les choses jusqu'à un excès d'amour et d'indulgence envers nous-mêmes. Mais que dirons-nous à Dieu, quand il nous opposera l'exemple de saint Paul ? sa conservation n'étail-elle pas aussi importante que la nôtre ? sommesnous plus dignes d'être épargnés que lui ? étaitil moins nécessaire à Dieu que nous? Ah ! grand saint, que vous serez un témoin redoutable pour nous dans le jugement de Dieu?

Mais concluons : une vie aussi persécutée et aussi accablée de fatigues que celle-là, n'étaitce pas une assez grande pénitence ? s'il restait des forces à saint Paul, devail-il les épuiser par des mortifications volontaires? pouvait-il conspirer luirmème à ruiner une santé si précieuse

à l'Evangile ; et quelque amour qu'il eût pour les croix, ne devait-il pas se contenter de celles que Dieu lui envoyait, puisqu'elles suffisaient déjà pour le faire vivre dans un état continuel de mort? C'est ainsi, chrétiens, que raisonne l'esprit du monde, et c'est ainsi que nous nous aveuglons encore tous les jours. Ne souffrir que ce que nous ne pouvons éviter, et n'exercer jamais contre nous aucun acte de cette sévérité que l'Evangile nous recommande, sous ombre que la Providence nous envoie assez elle-même de souffrances et de croix; voilà notre maxime. Mais Saint Paul n'en jugeait pas de la sorte t non, ce n'était point assez pour lui que d'être persécuté, s'il ne se persécutait lui-même; ce n'était point assez d'être haï, s'il ne se haïssait lui-même ; ce n'était point assez d'être mortifié, s'il ne se mortifiait lui-même : il voulait avoir part à la gloire du sacerdoce de Jésus-Christ, et être tout ensemble le prêtre et la victime de son holocauste. Que fait-il donc? à ce sacrifice héroïque de patience, il en joint un autre de pénitence ; châtiant tous les jours son corps, le réduisant en servitude, lui faisant porter continuellement la mortification de Jésus-Ghrisl, accomplissant dans sa chair ce qui manquait aux souffrances de Jésus; et pourquoi? Ah I chrétiens, je finis, mais en finissant je tremble, et pour moi qui vous parle, et pour vous qui m'écoutez. Saint Paul châlie son corps, parce qu'il craint qu'étant apôtre et prêchant aux autres, il ne devienne un réprouvé ; et il accomplit dans sa chair ce qui manquait aux souffrances de Jésus-Christ, non point seulement pour soi, mais pour tout le corps de l'Eglise . Pro corpore ejus, quod est Ecclesia i ; c'est-à-dire pour son ministère qui l'engage à procuier auprès de Dieu le salut de tous les hommes ; pensées terribles, et qui devraient être le sujet éternel de nos considérations. Car qu'est-ce que ceci, devons-nous nous dire à nous-mêmes? saint Paul a fait de son corps une victime de pénitence, de peur d'être réprouvé; cet homme confirmé en grâce, cet homme à qui sa conscience ne reprochait rien, cet homme ravi jusqu'au troisième ciel, cet homme si parfaitemeni attaché à Dieu, croyait qu'il lai était nécessaire, pour ne pas tomber dans le malheur de la réprobation, de traiter durement son corps; et moi qui suis un pécheur, moi sujet à toutes sortes de passions, je ménagerai le mien, je le ferai vivre dans les délices, je lui accorderai tout ; bien loin de le réduire en servitude, je me ferai son esclave ; je ne penserai qu'à le bien nourrir, qu'à I Colos., \, a*.

POUR LA FÊTE DE SAINTE MADELEINE

le vèlii' mollement, qu'à lui donner toutes ses aises? et avec cela je vivrai sans aucune crainte pour mon salut, sans remords et sans scrupule? et avec cela je me persuaderai que je puis aimer Dieu, et que je l'aime en effet? et avec cela je croirai pouvoir èlre reçu au nombre des enfants et dos élus de Dieu ? non, mon Dieu : c'est une erreur, et une erreur aussi pernicieuse qu'injuste, dans laquelle j'ai vécu jusqu'à présent, mais dont je me détrompe aujourd'hui. Quand mille autres raisons ne m'en feraient pas connaître la fausseté, il ne faudrait que l'exemple de saint Paul : car enfin, chrétiens, saint Paul n'était pas un esprit faible; il était aussi bien inslruit que nous des jugements de Dieu ; il savait aussi bien que nous quel est le tempéramenl de l'homme : je n'aurai donc plus de confiance, qu'autant que je pratiquerai comme lui la pénitence.

Ce n'est pas tout : saint Paul a châtié son «orps, et l'a sacrifié, non pas seulement pour soi-même, mais pour l'Eglise et pour les fidèles, parce que son ministère l'engageait à procurer par ses souffrances le salut de ses frères ; il est

doue juste que, dans mon emploi, dans ma charge, dans ma profession, je sacrifie moimême mes forces, ma santé, ma vie, pour ceux que Dieu a bien voulu commettre à mes soins, et dont il me demandera compte. Oh! si nous étions convaincus, comme saint Paul, de celte imporlante vérité, quel changement verrait-on dans toutes les conditions du monde? avec quelle assiduité en remplirait-on les devoirs ? avec quel courage en porterait-on toutes les peines? quel ordre régnerait sur la terre, et combien Dieu serait-il glorifié dans tous les états? Pour cela, grand apôtre, vous que l'Eglise nous propose pour modèle, faites-nous part de ce zèle ardent, de ce zèle constant, de ce zèle infatigable qui vous a soutenu, qui vous a embrasé, qui vous a consumé. La gloire dont vous jouissez, bien loin de l'éteindre, n'a fait que le purifier et que l'allumer davantage ; exercez-le encore sur nous; et que l'effet de ce zèle soit de réveiller le nôtre, et de nous apprendre à travailler comme vous, pour être récompensés comme vous dans l'éternité bienheureuse, où nous conduise, etc.

SERMON POUR LA FÊTE DE SAIiNTE iMADELEINE.

ANALYSE

Sujet. En même temps une femme de la mile, qui était de mam-aise vie, ayant sii que Jésics-Chrisl mangeait ches «n pharisien, y apporta un vase d'albâtre plein, d'une huile de parfum ; ets'ctant prosternée ù ses pieds, elle commença à les arroser de ses larmes, et elle les essuya avec ses cheveux.

Cette femme, c'est Madeleine, qui nous donne ici le modèle d'une parfaite pénitente.

Division. Pénitence de Ma leleine, pénitence prompte pour surmonter tous ces retardements si ordinaires aux pécheurs ; première partie. Pénitence généreuse, pour triompher de tous les obsticles, et eu particulier de ces respects humains qui arrêtent tant de pécheurs : deuxième partie. Pénitence eflicace, pour sacriQer à Dieu tout ce qui avait été la matière et le sujet de son péché : troisième partie.

PncMiÈiiE PARTIE. Pénitence prompte. Dès qu'elle connut, elle ne délibéra point. Elle marcha, elle exécuta. Se conTertir, ee n'est point raisonner, mais conclure et agir. On ne se convertit point sans connaître ; mais aussi conuaitre, à l'égard des prédestinés, est le point décisif delà conversion.

Mais encore que connut Madeleine ?Deux choses : 1° que cet homme qu'elle cherchait était sauveur, et sauveur des âmes; 2° que ce sauveur était dans la maison du pharisien, e'est-à-dire que cette maison était le lieu marqué dans l'ordre de la prédestination divine, où elle devait trouver l'auteur de son salut. Voilà ce qui la rendit si diligente et si active. Surtout, en connaissant, elle aima, et son amour acheva de la déterminer.

Appliquons-nous cet exemple. Nous savons qu'il faut nous convertir, mais nous différons toujours. De nous représenter l'injustice et la témérité de ces retardements, c'est ce qui nous touche communément assez peu. Que nous manque-l-il donc pour devenir plus prompts et plus agissants ? Un peu de cette charité qui triompha du cœur de Madeleine. Or, à quoi tient-il que ce feu divin ne prenne dans nos coeurs ? Sladeleine connaissait-elle mieux Jésus-Christ que nous ne le connaissons ; et même ne peut-on pas dire que nous le connaissons mieux qu'elle ne le devait alors connaître ? Faisons une fois ce que tant de fois nous avons proposé de faire.

Deuxième partie. Pénitence généreuse. Le plus grand obstacle que la pénitence ait a vaincra, c est le respect humain ; mais Madeleine sut bien le surmonter. Elle ne craignit point de se produire au milieu d'une assemblée. Elle quitta, pour ainsi dire, le luxe d'une mondaine; mais elle en retint tout le front ; ou elle convertit l'effronterie du péclié dans une sainte eJfronterie de la pénitence.

Mais à quel respect humain pouvait-elle cire sensible, puisque c'était une pécheresse déjà connue ?I1 est vrai, c'était une pécheresse connue ; mais quel est l'elfet du péché 7 de nous rendre honteux pour le bien, autant que nous sommes hardis pour

POUR LA FÊTE DE SAINTE MADELEINE

ie mal. Or, c'est celte honte que Madeleine eut à surmonter, et qu'elle surmonta. La pénitence, par un effet tout eontraire^ larcndit houleuse pour le mal, et hardie pour le bien.

Soyons hicn persuadés de celle maxime, que quand le respect humain nous dominera, nous ne serons point propres pour le roy.iume de Dieu. Disons comme l'Apolre : Si je ciierchais à piaire aux hommes, je ne serais pas seiviieur de Ji.\us- Christ. Y a-l-il un respect humam que nous ne surmonlions pour une fortune temporelle ? Comment tiouvons-nous si difficile pour Dieu ce qui nous devient si facile pour un intérêt si périssable ?

Troisième partie. Pénitence efficace. L'efficace de la pénitence, selon saint Paul, consiste à faire servir pour Dieu cequ'on a fait servir pour le péché. Or, telle est la pénitence rieMadeieine. Elleempioie ses ycutà pleurer, ses citeveux il essuyer les oieds de Jésus-Clirist, ses mains à répandre sur les pieds da ce même Sauveur les liqueurs précieuses «t les parfums dont elle 6e servait lour contenter ses sens.

Voilà pour tant de femmes du monde la solide preuve d'une sincère conversion : faire à Dieu le sacrifice de tout ce qui a sflrvi à l'olTenser; toute autre marciue est équivoque et trompeuse. Comment détruire le péché, lorsqu'on n'en veut pas couper la racine ?

Parce que la pénitence de Madeleine fut efficace, ce fut une pénitence durable ; et moins cette sainte pénitente s'épargna dans loule ia suite de sa vie, plus elle goûta cette paix intérieure dont la grâce la remplit, lorsque !e Fils de Dieu lui dit en lui remeltint ses péchés : Ailes en paix Ces', ce que nous éprouverons nous-mêmes: Dieu, dans noire pénitence, nous rendra aimable ce qui paraissait d'abord insupportable à la nature.

Bt ecce mulier qute erat l'rt civitate peccatriz, ut cognovit quodJesus aeev'.msset m domo pharis<si^ attiilU alaèastrum unçiienli ; el stans retio accus pcdes ej'us, lacrymis capit rigare peUes ejus, el capillis capilis sut Urgcbal.

En m?me temps une femme de la ville, qui était de mauvaise vie, ayant su que Jésus-Christ mangeait ctiez un pharisien, y apporta un vase d'albâtre plein d'une Iiuile de parfum, et s'étant prosternée à ses pieds, elle commença à les arroser de ses larmes, et elle les essuya avec ses cheveux {Saint Luc, chap. vu, 37, 33.)

Cefle femme que l'Evangile nous représente aujourd'hui, et qui doit faire tout le sujet de nos considérations, selon la pensée des Pères et dans le sentiment même de l'Eglise, c'est la bienheureuse Madeleine, dont l'histoire vous est aussi connue qu'elle est pour vous édilîante et touchante. Mulier incivitate peccatrix : Femme, il est vrai, pécheresse, mais prédestinée de Dieu pour être un vaisseau d'élection et de sainteté ; femme autrefois décriée par les désordres de sa vie, mais ensuite illustre par sa pénitence; femme auparavant le scandale des àines, mais depuis l'exemple le plus éclatant d'une parfaite conversion. Voilà, dis-je, chrétiens, ce qui nous est ici proposé, et ce que Uieu, par une providence parliculière, a voulu rendre public, afin que les grands pécheurs du monde eussent dans la personne de cette sainte, et un puissant motif de confiance, et un vrai modèle de pénitence : un puissant motif de confiance, pour ne pas tomber dans le désespoir, quelque éloignes de Dieu qu'ils paraissent; et un vrai modèle de pénitence, pour ne pas présumer de Id miséricorde de Dieu jusqu'à négliger le soin de leur salut. Car je puis bien dire à une àine chrétienne engagée dans péché ce que saint Ambroise, parlant de David, ilisait à l'emliereur Théodose : Qui secutus es errantem, sequerepœnitenlem; Ame criminelleet infidèle à Dieu, si vous avez eu le malheur do suivre Madeleine dans ses égarements, consolez-vous ; car puisqu'elle a trouvé grâce auprès de Dieu, que n avez-vous pas droit d'espérer ? mais lvcmh\(:z. 61 l'ajual .suivie iI.uls ses égarcinouls, vous Jie la

suivez pas dans son retour et dans sa pénitence- Et en effet, que ne devez-vous pas craindre, si un exemple aussi salutaire et aussi convaincant que le sien, qui a converti tant de cœurs endurcis, ne fait pas la même impression sur vous? Madeleine, chrétiens, est la seule qui paraisse, dans l'Evangile, s'être adressée à Jésus-Christ, en vue d'obtenir la rémission de ses péchés. Les autres, qui étaient juifs d'esprit et de cœur aussi bien que de religion, ne recouraient à lui que pour obtenir des grAces temporelles, pour être guéris de Icm-s maladies, poiu- être délivrés des démons qui les tourmentaient; et si Jésus- Christ les convertissait, c'était presque contre leur intention ; mais Madeleine cherche Jésus- Christ pour Jésus-Christ même, et dans le sentiment d'une véritable contritiun. TAclions donc à nous former sur ce grand modèle, et pour celaimplorons le secours du Ciel par l'intercession de Marie. Ave, Maria.

Donner sur la pénitence des règles et des préceptes, c'est un long ouvrage, chrétiens, et qui souvent ne produit rien moins dans les esprits des hommes que ce qu'on en altendait et que l'on avait droit de s'en promettre; mais donner un modèle vivant de la pénitence, c'est une instruction abrégée, dont tous les esprits sont capables, et une espèce de conviction à laqiielleil est comme impossible de résister; or, c'est ce que j'entreprends aujourd'hui. Il n'y a personne dans cet auditoire, en quelque disposition et en quelque état qu'il puisse être, qui n'ait besoin de se convertir : car nous disons tous les joursà Dieu, et nous ne croyons pas lui faire une prière inutile : Couverte nos, Deus ' ; Scigneiu', convertissez-nous. Soit que nous soyons dans l'état de sa grike, soit que nous n'y soyons pas, soit que nous commencions à marcher dans la voie de Dieu, soit que nous y

« Psal., Lïiïi», 6.

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soyons plus avancés, il y a pour nous un certain changement de vie auquel Dieu nous appelle, et en quoi consiste notre conversion. Il est donc important que nous ayons devant les yeux une idée sensil)le où nous puissions reconnaître tous les caractères d'une vraie pénitence ; or, c'est ce que l'Evangile nous propose dans la personne de Madeleine : car je trouve que sa pénitence a eu trois qualités, qu'elle a été prompte, qu'elle a été généreuse, et qu'elle a été efficace. Péniiencede Madeleine, pénitence prompte, pour surmonter tous ces rctardemenls si ordinaires aux pécheurs, c'est la première partie ; pénitence généreuse, pour triompher de tous les obstacles, et en particulier de ces respects humains qui arrêtent tant de pécheurs, ce sera la seconde partie ; pénitence efficace, pour sacrifier à Dieu tout ce qui avait été la matière et le sujet de son péché, vous le verrez dans la troisième partie. Je m'en tiendrai à ce que nous dit l'Evangile, dont je veux seulement vous faire une simple exposition.

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