‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 99 sur 139 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Je me figure d'abord, chrétiens, François prosterné dans le sanctuaire comme un autre Salomon, et levant les mains pour faire à Dieu la même demande que ce monarque, lorsqu'il dédia le temple de Jérusalem. Orantes in loco isto... exaudi eos in cœlo, et dimitte peccata servorum titonim ' : Seigneur, dit cet homme séraphique dont je parle, faites grâce à votre peuple, et pardonnez les péchés à tousceux qui vous invoqueront en ce saint lieu. Car c'est ainsi que Françoispria, et je dis qu'il fut digne d'être exaucé : pourquoi ?est-ceen général parce qu'il était saint ? cela suffirait pour justifier ma proposition, car la toi m'apprend qu'il n'y a lien de plus puissant auprès de Dieu que la sainteté : et quelle merveille queDieu écoule un saint qui le prie et qui l'aime aussi ardemment que celuici, puisque, selon l'Ecritui-e, il fait la volonté de ceux qui le craignent ? Si la crainte de Dieu, dit saint Augustin, a tant do pouvoir auprès de Dieu, que sera-ce de son amour ? Si hœc timentUius, quid amanlilu-i ? Mais le sujet queje traite demande quelque ciiosede plus particulier ; et, sans m'en tenir à cette raison, je prétends que saint François mérita d'être exaucé par trois admirables qualités qui lui ont été personnelles, et qui lui ont gagné le cœur de Dieu ; 1° parce que c'était un pauvre volontaire ; 2° parce que c'était un pauvre crucifié; 3" parce que c'él lit un pauvre désintéressé pour lui-même et zélé pour le prochaiu : trois tities qui durent singulièrement relever devant Dieu la personne de François d'Assise et le mérite de sa prière : examinons-les.

C'est un pauvre et un pauvre volontaire, ua pauvre évangélique qui s'adresse à Dieu : ah ! chrétiens, en faut-il davantage poiu" lui faiie trouver grâce, et pour lui rendre Dieu favorable? Dieu qui, selon le texte sacré, n'attend pas que les pauvres le prient , qui se plaît à écouler jusqu'à leurs simples désirs : Dcsiderium panpenim exaudii'il Dominus 2 ; qui pour eux a l'oreille si attenlive et si délicate, qu'il entend même la simple prépiration de leur cœur : Praparationem cordis eonim audivit auris tua 3 ; et qui fait tout cela, dit saint Chrysoslome, pour honorer la pauvnlé, comment n'y aurait-il pas égard dans un homme tel que François, où elle se présente avec tous ses avantages, et tout ce qui la peut rendre plus [irécieuse aux yeux du

< m Reg., Tjll, 35, 36. — 2 Psal., 1J£, 17. — ' Ibid,

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Seigneur? Car, prenez garde, quand sainl François prie, c'est un pauvre, mais co n'est pasnn pauvre ordinaire ; c'est ce paav;c pir excellence que Dieu fit voir h David, lorsqu'il voulutlui découvrir toute la perfection de la loi de grâce : Iste pauper damnvit, et Dominiis exauiivit eum. Oui, le voilà ce pauvre : Iste pauper, ce pauvre, après Jésus-Giirist, le plus grand amateur et l'observateur le plus exact et le plus sévère de la pauvreté de l'Evangile. Iste piuper, ce pauvre àcjui Dieu dit comiiie à Saloniju : Postula quod vis, utdem tibi •. lie^arde, et de toutes les choses du monde, deminde-moi celle que tu veux, afin que je te la donne ; mais qui ne trouve rien de meilleur pour lui ni déplus digue de sou choix, que la pauvreté ;qui lui donne la préférence sur tout le reste, et la veut avoir seule pour partage : en cela plus heureux que Salomou, quand ce prince choisit la sagesse, parce que la sagesse de Salomou nereiifermaitpasenellela pauvreté de François, au lieu que la pauvreté de François contient éminemineut la sagesse de Salomon, puisque la souveraine sagesse est d'être pauvre avec Jésus-Christ et comme Jésus-Christ. Iste pauper, ce pauvre qui a fait à Dieu une réponse toute différente de celle de Salomon, et qui ne dit pas .• Seigneur, ne me donnez ni les richesses, ni la pauvreté : Meiidicitatem et divitia'i lie deleris mihi 2 ; mais qui dit, tout au contraire : Seigneur, préservez-moi des richesses comme du poison le plus mortel, et donnezmoi pour héritage la pauvreté. Ce sera mon plus précieux trésor, et j'en ferai toutes mes délices. C'est sur elle que je bâtirai des églises sans nombre ; c'est elle qui servira de pierre fondamentale au saint ordre dont il vous a plu de m'inspirer le dessein ; je la laisserai par testament à ceux qui me suivront ; elle leur tiendra lieu de fonds, de patrimoine, de subsistance, et ils la garderont comme le pins honorable et le plus noble partage qu'ils puissent recevoir de moi. Iste pauper, ce pauvre, en effet, instituteur d'un ordre que nous pouvons appeler l'ordre des lévites de la nouvelle loi : pourquoi cela ? par«e que les lévites conaposaient cette tribu d'Israël à qui Dieu n'avait donné nulle possession dans la terre promise, et dont il voulut être lui-même le seul bien, et, pour parler avec l'Ecriture, l'unique possession : Non habuit Levi p.irtem, nequepossessionein.. . quia ipse Dominus possessio ejus est 3. Belle figure, chrétiens, de l'ordre de saint François, qui le premier, entre les ordres religieux, a eu la gloire de ne pouvoir rien posséder ; qui s'est réservé ce renoncement

! UIEsj., III, 6 ' ProT., .ïxx, 8 ' Deut.,x, 9.

universel comme une de ses plus singulières prérogatives, et.'i qui l.'Eglise l'a confirmée dans les conciles générauv au mVne temps qu'elle l'ôtait aux autres. Ceux-ci font profession d'être pauvres, mais pauvres dans le particulier, quoique en commun ils soient capables d'acquérir et d'avoir en propre : François, et dans le commun et dans le particulier, veut être privé de toute propriété, afin que la parole du prophète royal puisse mieux se vérifier en lui : Iste pauper clamavit , et Dominus exaudivit eum.

Aussi, chrétiens, comment Dieu eût-il pu se défendre de la prière d'un homme qui lui disait avecla même confiance que les apôtres: Seigneur, j'ai quitté tout, et je me suis réduit poiu- vous à l'état d'une pauvreté qui n'a point encore été vue ni pratiquée dans le monde? J'ai engagé des milliers d'hommes à l'embrasser comme moi. Voyez, mon Dieu, quelle grcàcc vous voulez nous accorder : Ecce nos reliquimus omnia, et secutisumus te; quid ergo erit nobis ' ? Vous nous offrez la vie éternelle, et nous l'acceptons, mais souvenez-vous, Seigneur, que vous nous l'avez déjà promise par d'aulres titres. Vous nous pariez d'un centuple sur la ferre, nous ne vous le demandons point; et j'ose vous dire, au nom de tous mes frères et en mon nom, que nous n'y prétendons rien. Vous chercherez donc, ô mju Dieu, dans les tré.sors de votre miséricorde, quelque autre grâce plus couforine à l'élaUle vie où vous nous avez appelés ; et pidsque vous voulez bien que je vous explique sur cela mes desseins, ah! Seigneur, pardonnnez à ce peuple, et accordez à tous ceux qui viendront ici vous invoquer l'entière rémission de leurs péchés. Voilà ce que je voudrais obtenir de vous par le mérite de la pauvre'é que je vous ai vouée. Je dis, mon Dieu, par le mérite de cette pauvreté, non point parce que c'est la mienne, mais parce que c'est la vôtre, et qu'ayant été d'abord consacréedans votre humanité sainte, vousdaignez bien encore la considérer dans la i)ersonne de votre serviteur. Ainsi, mes chors auditeurs, François est-il exaucé parce qu'il est [taavve: Iste pauper clamavit ; et la pauvi'cté, l'objet du mépris des hommes, est ce qui fait son crédit auprès de Dieu : Et Dominus exaudivit eum.

Je dis plus : non-seulement c'est un pauvre qui prie par la bouche de saint François, mais c'est un pauvre cruciOé, c'esL-à-dire un pauvre attaché à la croix de Jésus- Christ pour y vivre, comme Jésus-Christ y fut attaché pour mourir ;

' MatUi., XIX, 27.

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un pauvre qui eut droit Je prendre la devise de saint Paul : Christo conjl^us sum cnici '; et qui put dire de lui-même avec plus de fondement que cet apôtre : Ego enim stigmata Domini Jesu in corpore meo porto ~ ; puisqu'il porta réellement sur son corps les sacrés stigmates de son Maître. Il est vrai, quand saint François pria pouroljîenir l'indulgence qui fait le sujet de celte fête, il ne portait pas encore visiblement ces glorieuses cicatrices; mais nous apprenons de son histoire qu'elles lui avaient dijà été imprimées par une action divine et intérieure ; elles ne paraissaient pas encore au.x yeux des liommes, comme elles parurent dans la suite les années; mais Dieu les voyait, chrétiens : et Je quels sentiments dut-il être touclié à l'égard d'un homme en qui il découvrait des traits si inarqués et une si parfaite image de son Fils ! Que cette pensée m'ouvre un grand champ, et que n'ai-je tout le loisir de m'y étendre ! Pourijuoi Jésus-Christ, après sarésurreclion, voulutil conserver les vestiges de ses blessures? les Pères en ont rapporté bien des raisons ; mais la plus solide, à ce qu'il me paraît, et la plus vraie, c'est celle qu'en donne saint Jean Chrysostome : car le Fils de Dieu, dit-il, devait prier pour nous dans le ciel, et, selon la parole de saint Jean, plaider lui-même notre cause en qualité d'avocat et de médiateur; et voilà pourquoi il voulut toujours garder les cicatrices de ses plaies, quoiqu'elles fussent en apparence si peu convenables à l'état de sa gloire, parce qu'il savait que rien n'était plus propre à fléchir en notre faveur la justice de son Père, que de pou- \ oir sans cesse lui présenter le prix de notre rédemption. Appliquons ceci, mes chers autlileurs. François devait être un jour l'intercesseur do tout le genre humain ; il avait à demander une rémission générale pour les pécheurs, et c'est de quoi il s'acquitte aujourd'hui ; mais pour cela il lui fallait un crédit particulier auprès de Dieu, et que fait le Sauveur du monde ? il lui imprime ses stigmates, il lui ouvre le côié, il lui perce les mains et les pieds, il en fait un homme crucilié, atln que Dieu, considérant François, si je puis parler de la sorte, comme un autre Jésus-Christ, se trouve en q.'.eique façon obligé de déférer à sa prière jijur le respect de la divine personne qu'il représente : Et Domiaus exaudivit eiim. Héquoi ! lacs frères, disait saint Paul dans sa seconde cpitre aux Corinlhiens, si la loi de Dieu, écrite .^-ur le marbre, mérita tant de respect, que les enfants d'Israël n'osaient jeter les yeux sur

Galat , u. 19. — » Ibid., vi, 17.

Moïse quand il l'apporta de la montagne, combien piusen mérite-t-elle, maintenant qu'elle est gravée dans nos cœurs ! Je dis de même des stigmates de saint François : si l'image du crucifix, seulement exprimée sur la pierre ou sur l'airain, est si vénérable dans notre religion que nous nous prosternons devant elle, qu'elle remplit les dénions de terreur et que les anges la révèrent, que ne lui est-il pas dû lorsqu'elle est formée sur la chair des saints, sur une chair consacrée par toutes les pratiques de la plus austère pénitence, sur une chair revêtue da toute la mortification deTHomme-Dieu?

Car, prenez garde, chrétiens, François n'a pas seulement porté sur son corps les stigmates de Jésus-Christ, mais il a porté, et sur son corps et dans son cœur, ce qu'ils figuraient, je veux dire la mortification de Jésus-Christ. En effet, l'austérité de vie qu'il embrassa, les jeûnes continuels qu'il observa, le sac et le cilice dont il se chargea, les veilles et les travaux infatigables auxquels il se dévoua, les rigueurs de la pauvreté qu'il éprouva; le renoncement général, je ne dis pas aux plaisirs, mais aux simples commodités et au.x besoins, à quoi il se condamna ; la loi indispensable de châtier son cor[)s et de le réduire en servitude, qu'il s'imposa ; la règle la plus mortifiante, et pour les sens et pour l'esprit, à laquelle il s'obligea ; les deux maximes qu'il se proposa et l'exactitude infinie avec laquelle il les pratiqua, l'une, de se considérer lui-même comme son plus grand ennemi et de se faire ensuite la guerre la plus cruelle, quoique la plus sainte; l'autre, de traiter sa chair comme une victime de pénitence et d'en être le sacrificateur (pensée dont il fui toujours pénétré, et en conséquence de laquelle il sembla n'être au monde que pour travailler à sa propre destruction et à son propre anéantissement) : tout cela montre bien qnc cet ange de la terre, que cet homme sérapliique ne se regardait que comme un homme crucifié au monde, et à qui le monde était crucifié : Mihi mundus crucifixus est, et ego mundo '. En voulez-vous être plus sensiblement convaincus '? voyez ses enfants, les imitateurs de sa vie et le; héritiers de son esprit. C'est pour votre édification, et Dieu veuille que ce ne soit pas pour votre confusion, que saint François les a formés, qu'il les a élevés, et que Dieu nous les propose, et nous donne dans eux l'idée la plus juste de ce crucifiement évangélique. Ailleurs on pairie de la croix, ailleurs on eu fait de b^Mux discours, ailleurs on en affecte les de-

Galat, Ti. u.

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hors, ailleurs on s'en pare et on s'en glorifie ; mais dans les maisons de saint François on la porte en esprit et en vérité. C'est dans les successeurs de ce grand saint que Dieu conserve les prémices, ou, si vous voulez, les restes de cet esprit de pénitence par où l'Eglise doit être sanctifiée ; et tout mondains que nous sommes, pouvons-nous voir ces hommes détachés d'euxmêmes, sans rougir de no:î sensualités et de nos délicatesses? Si l'iniquité et le relàciiement du siècle n'empêchent pas qu'ils ne soient tels que nous les voyons, que devons-nous penser de leur glorieux patriarche ; et, témoins de la sainteté des enfants, quel jugement devons-nous faire de celle du père ?

Ah ! chrétiens, voilà le fonds essentiel et capital du mérite de saint François, la croix de Jésus-Christ. 11 s'en est chargé, et il l'a portée toute sa vie. Dans cet état, il s'est présenté à Dieu, il a poussé vers le ciel un cri accompagné de larmes ; Cinn clamore valida et lacrymis^ ; n'était-il pas de la gloire du Sauveur que le serviteur fût exaucé en cette occasion par les mérites du Mailre? Et Dominus exaudivit eum.

D'autant plus qu'en portant la croix, ce ne fut ]ias tant pour ses propres péchés que François 'fit pénitence et qu'il pria, que pour les péchés des autres ; et de là suit la troisième qualité qui dut rendre sa prière plus efficace auprès de Dieu. J'ai dit que c'était un pauvre évangélique et un pauvre crucifié , c'est heaucoup ; mais voici quelque chose encore de plus : c'est un pauvre désinléressé et aMé tout ensemble; désintéressé pour lui-même, zélé pour le prochain : voilà ce qui fait le comble de son mérite. Car pour qui demande-t-il ? pour sa personne ? pour celle de ses enfants ? pour la conservation de son ordre et des maisons qu'il vient d'établir? Non, chrétiens, il ne pense point à tout cela : son zèle, plus pur que la flamme, cherche ailleurs à se répandre; et se souvenant que Jésus-Christ ne s'est fait pauvre qu'afin de se mettre dans im état où il eût droit de demander pour nous, il veut que sa pauvreté \ ait le même avantage. Pour qui donc prie-t-il ? 1^ pour tous les pécheurs, dont il souhaite ardeni- ' ment le salut, et pour qui il voudrait, comme saint Paul, être au.ithème; pour les justes, qu'il aime avec tendresse, et qu'il porte tous dans les entrailles de sa charité ; pour l'Eglise, dont il conjure le Ciel de sanctifier tous les membres ; pour vous et pour moi, qui n'étions pas encore, mais à qui néanmoins il appliquait déjà par avance le fruit de la prière. Oui, c'est pour nous

> Heb., T, 7.

que François, aussi bien que Jésus-Christ, s'est fait pauvre ; Propter vos egenus factiis est ' ; et c'est pour nous qu'il interpose aujourd'hui le crédit de sa pauvreté. Rien pour moi, Seigneur, dit-il à Dieu, mais tout pour votre peuple. Vous me failes trop de bien ; mais ce peuple a be soin de votre miséricorde. Oubliez François, et jetez les yeux sur ces âmes engagées dans le péché. 11 s'agit pour elles d'un pardon, mais d'un pardon entier qui leur remette avec l'offense toute la peine. C'est ainsi que je vous le demande, ô mon Dieu ! et c'est ainsi que vous me l'accorderez. Quelle merveille, mes cliers audilcurs, qu'un pauvre s'empresse de la sorte pour d'autres nécessités que les siennes ! Quand un pauvre demande pour lui-même, on l'écoute par compassion; mais quand il demande pour un autre, on le regarde avec admiration : priant pour soi, il est exaucé en considération de sa misère ; mais priant pour autrui, on l'exauce en vertu du mérite de sa personne. C'est donc pour cela que Dieu s'est rendu à l'humble supplication de François ; c'est, dis-je, parce que c'était un pauvre volontaire, un pauvre crucifie, et un pauvre désintéressé : Iste pauper clamavit, et nominus exaudivit eum.

Tirons de là pour nous, en concluant celte première partie, quelques instructions importantes. Voulez-vous savoir pourquoi vos prières ont si peu de pouvoir auprès de Dieu ? c'est que vous n'avez nulle des qualités que je viens de vous représenter dans cet homme séraphique dont je fais l'éloge, que vous n'êtes pas pauvre comme lui, que vous n'êtes pas crucifié comme lui, que vous n'êtes pas zélé comme lui. Quand je dis, mon cher auditeur, que vous n'êtes pas pauvre, je ne veux pas dire que vous soyez dans l'opulence et dans l'abondance de toutes choses ; car peut-être êtes-vous pauvre en effet; mas vous ne l'êtes pas comme saint François ; pourquoi ? parce que saint François a aimé sa pauvreté, et que vous avez en horreur la vôtre; parce que saint François a fui les richesses, et que vous les recherchez avec passion ; parce que saint François faisait consister son bonheur à être pauvre, et que vous regardez cet état comme le souverain malheur. Non, chrétiens, ne pensez pas que ce soit, tlans les règles du christianisme, l'indigence ou la possession des biens qui fassent la viaie distinction des pauvres et des riches. Au milieu de voire pauvreté peutêtre êtes-vous devant Dieu dans le même rang que le mauvais riche de l'Evangile ; et quand votre maison serait remplie de trésors, avec

n Cot., nu, 9.

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tous vos trésors vouspoim-iez êlre aussi pauvres que saint François. Si je prétends que vous ne l'êtes pas, ce n'est point précisément parce que vous possédez les biens de la terre ; mais parce qu'en les possédant, vous vous en laissez posséder vous-mêmes ; mais parce qu'au lieu d'en être les maîtres, vous en êtes les esclaves ; mais parce que vous ne croyez jamais en avoir assez ; mais parce que votre cœur y est attaché plus qu'à Dieu ; mais parce qu'il n'y a rien que vous ne sacrifiiez tous les jours à cette malheureuse convoitise qui vous brûle. Oui, voilà pourquoi je vous dis que vous n'êtes pas pauvres comme saint François. Or, j'ajoute, et c'est une conséquence infaillible et tirée des principes de la foi, que jamais vous n'aurez droit d'être exaucés de Dieu, si vous n'entrez en participation de cette sainte pauvreté. Car il faut vous souvenir que Dieu n'est pas riche indifféremment pour tout le monde, mais seulement pour les pauvres évangéliques ; que sa grâce est d'une qualité à ne pouvoir se répandre que dans une âme vide de toi!t le reste ; qu'elle ressemble à cette huile du prophète Elisée, qui s'arrêtait dès que les vaisseaux étaient remplis ; et que plus vous aurez le cœur plein des faux biens du siècle» moins vous serez capables de recevoir les dons de Dieu. Déplus, moucher auditeur, aussi sensuel que vous l'êtes, aussi adonné à vos plaisirs, aussi sujet à une vie molle, et aussi ennemi do la mortification chrétienne, comment pouvezvous faire agréer vos vœux à Dieu? François n'est exaucé que parce qu'il porte l'image de la croix : mais quel caractère en avez- vous? où sont les marques de votre pénitence? à quoi Dieu peut-il reconnaître dans toute votre personne quoique vestige de la passion de sou Fils ? Si vous n'aviez pour modèle que ce Dieu crucifié, vous me diriez que c'est un Dieu, et qu'il est trop au-dessus de vous pour pouvoir vous former sur lui ; mais voici un homme crucifié, je dis un homme seulement homme, un homme tel que vous et de même nature que vous ; quelle excuse pouvez-vous alléguer contre cet exemple ? Enfin, trop intéressés pour nousmêmes et 1 Dur des avantages purement humains, nous ne pensons jamais aux autres, dont nous nous sommes souvent chargés devant Dieu, et dont nous devons répondre à Dieu. Nulle cha. rite, nul zèle pour le prochain. François a voulu faire pénitence pour tons les pécheurs : eùt-il laliu s'immoler mille fois lui-même pour le salut de tous les hommes, il y élait disposé; et je puis bien lui appliquer ce que l'Ecniure a dit de Josias ; Ipse est direcius divinitus ta pœnileiitiain

gentis '. Mais quelle part prenez-vous, soit aux besoins spirituels, soit aux besoins même temporels de vos frères ? et tandis que vous ê^tes si insensibles pour eux, devez-vous être surpris que Dieu ferme pour vous les trésors de sa miséricorde ? Avançons. Au |même temps que François pria pour les pécheurs, Marie intercéda pour François, etj'ajoute qu'elle y fut engagée par les plus puissants motifs, comme je vais vous le montrer dans la seconde partie.

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