I.\ PKNTF.COTr
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pour Ji'siis-Clirisl. Oui, rolle atlaclio Irop iiuinnine |uiiir le Siuvciii- ilu monde eiait, <l;ms la personne des apoties, un obstacle à la discenle du Saint- Kspiil ; et si Je--us- Clirist, pour rompre celle alladie, ne s'était séparé d'eux . jamais le Saint-Esprit ne leur eût été donné : Si rnim non abicro, Paracle- Itix non venkt ad vos [Joan.. W). Quelle incompatibilité y avait-il;entre I'uti et l'autre, et pourquoi les apôtres ne pouvaient-ils [las recevoir le Saint-Esprit, pendant qu'ils étaient allacliés à leur di»in Maître'? E^cunlez la réponse de saint Auc;uslin, et (ircz-en vousmêmes les eonséquenci"S. Parce que les apôtres, dit en saint docteur, en s'atlacliant à Jésus-Christ, ne l'envisageaient pas, comme ilsdevaienl, avecdes yeux assez purs; parce <;ue, dans l'amour qu'ils lui portaient, ils le lonsidéraient trop selon lluimanité et selon Il chair. Il est vrai, cette humanité était sainte , et cette chair élail consacrée par son union intime avec le V: rbe ; mais, parce que la grossièreté de leur esprit ne faisait pas un assez juste discenienicnt de ce mystère ; parce qu'en s'attaehant à Jésus-Christ ils ne s'élevaient pas ass:'z au-dessus de l'homme, quoiquecc fût l'Honuiic-Dieu, l'esprit de Dieu dont la sainteté surpasse infiniment toutes les idées que nous en avons, ne pouvait, dans cet état d'imperfeclion, les honorer de sa présence. Il fallait donc, poursuit saint Augustin, que les apôties perdissent Jesus- Christ de vue pour pouvoir être remplis du Saint-Esprit, et il fallait que le Saint-I'lsprit prenant, si j'ose ainsi parler, les intérêts de Jésus-Christ contre Jésus-(^,hrist même, arrachât du cœur des apôtres les senlimenls Irop naturels (|u'ils avaient pour ce Dieu- Ilomme. N'oilà, dis-je, me^ chers auditeurs , iju'elle a été, dans les apôtres, rixeellenee de ce baptême de feu. et d'où nous devons conclure quelles en doivent être les obligations par rapport à nous, je veux dire jusqu'à quel point le Siini-b^sprit doit être pour r.ous un es[)rit de pureté et de sainteté.
.\prés cela, faut-il s'étonner si Dieu, dès le commencement du monde, protesta, par un serment si solennel et si exprés, que jamais son esprit ne demeurerait dans I homme, tandis que l'homme serait sujet à la chair'/ Non pcrmancbit spii itus meus in homine.iiniii euro est {Gcncs., VI). Faut-il s'étonner si, dans l'horreur extrême que Dieu conçut i!e la corruption des hommes, se repentant d'a- \oir créé l'hoinnie, il lui ôla son esprit, et il lui fit sentir les effets de sa justice par ce déluge universel, qui fut comme l'expiation, mais l'expiation authentique desdéréglemcnts de la (h iir'? Non, non, chrétiens, il n'y arien en cela qui nie surprenne ; et, supposé le principe que jo viens d'établir, Dieu, seUui h s lois ordinaires de sa sagesse, n'en pouvait autrement user. Ce (jui m'élonne, c'est qu'on se Halte encore de pouvoir, sans éloigner Dieu de nous, entretenir dans le monde certaines attaches. Attaches funestes, sources inépuisables de tous les malheurs, de tous les égarcment-s, de tous les enlêlements, de tous les Escis cl de tous les emportements des hom-
mes. Atlaclies que l'on entretient, prélend.ml (]U'elles simt innorciiles, et qu'étant, comino on les smipose, autorisées par l'usage du monde, elles n'ont ri( n d'incompalil.le avec l'esprit de sainteté. Car c'est ainsi, mondains, (|ue vous en jugez : et voilà peut être l.i plus dangereuse illusion dont vous ayez à vous ]iarer. Mais, vous avez beau rmiloir vous tromper vous-inémeS( et eliereher des excuses, cet esprit de Dieu, dont la pénétration est à l'épreuve de tous vos artifices, ou no demeurera jamais en vous, ou détruira dans vous toutes ces damnables ait :c!ies qui vous lient à la créature, et ((uc voire amour-propre lâche de justifier. Si vous étiez de bonne foi, et si vous vouliez, au lieu d'en croire! l'esiirit du monde, cet esprit de se. ludion et d'erreur, vous en rapporler à l'esprit même de sainteté, dont vous devez êlre, comme chrétiens, les temples vivants; par les vues qu'il \ ous donnerait, parles remords qu'il exciterait dans vos cœurs, il vous ferait reconnaître l'iinpossibilité absolue de l'accorder j.imas, lui qui est la pirele et la sainteté même , avec ces sortes d'attaches, surtout a\ev celics qu" la diver^ilé ilu -exe, jointe à la vivaeilé de l'âge et du tempérament, a rendues de tout temps si dangereu-es et si pernicieuses. Comme esprit de saiutelé, il vous convaincrait que ces attaches ne sont ni ne peuvent être innocentes pour vous, puis((uc malgré Vous-mêmes vous sentez bien (]u'ellos amollissent votre cœur; puisque vous ne pouvez disconvenir qu'elles n;' le part.igent ; puisque vous n'éprouvez que Irop qu'elles le dérèglent; puisque vous savez qu'elles vous détournent, et même qu'elles vous dégoi'itent de vos légitimes devoirs; puiM]ue, du moment que ce sont di s attaches cl des attaches du cœur, connues pour te. les, le monde morne ne vous les pardonne pas, l>uisqu"eiles vous exposent à s,i censure , qu'elles donnent liiu à la tnédis.uire, qu'elles serv( nt de sujet à la raillerie ; piiisijue c'est au moins la matière l.i plus pmcliaiiie du jjéche; je dis plus, puisque ce n'est communémeiil rien autii; chose (lu'un déguisement et un rafinenient de seiisualité. ^oilà ce que l'Esprit-S lint vous f.r.iit voir, et ce qu'il vous ferait entendre, si vous lui prêtiez l'oreille, et que vous fussiez plus dociles à en suivre les secrets mouiements. .Mais, soit (pie vous léroutii'Z, ou que vous ne l'écoutiez pas, inilépendamment de vous. Dieu e» a proiiomé l'arrêt , qu'il retirait son esprit de l'Iminme qui vit selon la chair. Or, la principe île ces attaches, et ce qui les fait naître, n'est-ce pas la concupi-cence de la ciiair '? Je sais que vous leur ilonnez de beaux noms, et que, pour eu étouffer tous les remords, lous les qualifii z sans scrupule d'amitiés honnêtes. Mais l'esprit de sainteté réclamant au fond de vos consciences contre cette honnêteté prétendue, vous dit que ce sont des amitiés réprouvées de Dieu, qui, par un progrès înseu'-ible, mais infaillible, conduisent enfin do l'honnête apparent, à l'impur et au criminel. Quoi donc, chrétiens, les apôtn s u'ont pu recevoir le Sainl-Egjjrit,
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tandis qu'il leur restait pour Jcsus-Chrisl une ;ai,nho un peu trop liuaiainc ; cl vous vous croirez disposés à h' rcee\oir, en laissant for- 111 r dans vos eœuis des passions vives et ardentes pour de mortiik'-^ créatures, en concevant pour elles des seniimenls de tendresse, dont la suite iiumaïuiuable est de n'avoir plus que des sécheresses pour Dieu; en entretenant ,ivec elles des liaisons dont la privauté pervertirait un ange, s'il avait des sens; en vous eiigaj;eaiit par rapport à e'ies dans des aftaires et dans des intrigues ((ui font, à votre lionle, la plus graiule occupation de votre \ie? Non, non, doit conclure aujourd'hui toute auie solidement chrétienne; non, divin Esprit, je le confesse, rien de tout cela ne peut subsister avec vous, et il j aurait même une monstrueuse contradiction dans l'alliance que j'en voudrais faire, ou que j'en croirais pouvoir faire avec la pureté des mœurs et encore plus avec la pureté du cœur. Quand tout cela n'irait pas jus(|u'à détruire, par une offense griève, votre règne en moi, et qu'absolument une telle attache ne romprait pas entore le lien de la grâce habituelle qui m'unit à vous, le seul respect de votre adorable personne, ô Esprit de mon Dieu! la seule idée (lue la loi n.e donne de votre délicatesse sur la prélérenee infinie qui vous est due, et sur l'amour sans partage que vous exigez comme Dieu ; la seule cranite de vous irriter et de provoquer votre jalousie (car vous êtes le Dieu jaloux), devrait me faire renoncer à tout objet créé : lïït-ce mon œil, il faudrait l'arracher, puisque ce serait un sujet de scandale pour moi, et un obstacle à vos grâces les p. us intimes, et à la participation de vos plus exquises faveuis.
Or, voilà, mes chers auditeurs, ce que j'ai api e'é par rapport à nous, les obligations du liaplèmc intérieur du Saint-Esprit. Que devons-nous donc faire pour accomplir ces obligations importantes, et à quoi dans la prati- (jue, doit se réduire ce mystérieux baptême'? le voici. Pour répondre au dessein de Dieu , notre soin continuel doit être de corriger et de retrancher tout ce qu'il y a d'humain dans nos pensées, dans nos désirs , dans nos paroles et dans nos actions; car, comme disait saint Paul , après avoir reçu l'esprit de Dieu cl nos actions, et nos paroles , et nos désirs , cl nos pensées ne doivent plus avoir pour lin, |iour objet, pour règle, que ce qui est bon , que ce qui est louable, que ce qui e-l saini, (|ue ce qui est exemplaire et édifiant : Ue cœlcro; fraties, (imcLumque pudu-a, (iwvcumque sanc(a , quacumijuc bonœ faiiiœ ( Philip., \\ ); notre soin conlinuel doit être de mortifier par l'esprit le» œuvres de la chair : Si spirilu fada caniis murlificaierilis , viielis {Rum. , VlU). Or, par les a>uvrcs de la chair l'Apôlre n'entendait pas seulement ces vices grossiers, ces monstres de péchés qu'il nous ilefeiidait même de nommer ; mais 1*1 eiitenilait cent autres choses qui y conduisent, et ijui, par la fragilité de notre cœur, y servent lie dispositions ; occasions recherchées, dislours licencieux , libertés imprudentes, regards immodestes , curiosités, lectures, con-
OI\.\TEl]RS SACHES. W^ljr.tlALOl'E.
versations , divcrlisscmenls peu chrétiens , excès d'intempérance, vie molle et sensuelle. Il entendait , filles du siècle, ces airs mondains et afl'ectés, si contraire à la pudeur cl à la retenue de votre sexe; ces iiudilés artificieuses, et quelquefois si honteuses et si scandaleuses, dont le ciel rougit; ce luxe qui in. spire l'orgueil, cet étalage de vanité, celle idolâtrie de vos personnes, ce désir effréné de plaire , que l'esprit corrompu du monde ne compte pour rien , mais dont sans doute le Saint-Esprit, si vous l'avez reçu dans celle fêle, vous fait voir ledangeretmême le crime. Sins parler de l'impudicilé , saint Paul entendait, par les œuvres de la chair, tout ( i qui est en général incompatible avec la saie teté de l'esprit de Dieu, surtout avec la cli,irilé; animosilés, dissensions, querelles, inimitiés, haines, aversions, envies , colères , vengeances : Manifesta sunt aulein opéra carnis, quwsunt inimicitiœ. rixœ, irœ, disscnsioves, œmulationcs {Galat., \ ). Car , si vous n'avez pas, mes frères, ajoutait-il, et puis ji; ajoulernioi-mêiiie avec lui , si vous n'aviez pas renoncé à tous ces désordres, s'il vous restait encore un fielamercontre le prochai. -, si vous n'étiez p is réconciliés de bonne foi avec cet ennemi , si vous n'aviez pas élouflé dans vos cœurs tous les senliments de vengeance , si vous n'étiez pas tous réunis par une charité sincère el cordiale, quebiue opinion qu'on ait de vous, ou (1U(î vous en ayi z vous - mêmes , n'esl-il pas vrai que vous seriez encore charnels: iYonnc carjialesestisll Car., 111)? Or, tandis que vous serez charnels, ne piétemlez pas recevoir le Siint-Esprit. Je nie trompe , chrétiens , vous pouvez y prétendre, cl vous le devez, l^ar, leul pécheur que vous êtes , Dieu vous l'a promis ; et le serment qu'il a fait, que son esprit ne demeurera jamais dans l'homme tandis que l'hommu sera esclave de la chair, n'emiiéche pas la vérité de tel autre oracle par où il s'est engagé à répandre son esprit sur toute chair : E ffandam de spiiitu meo super omnem carnem {Art., II); el c'est ce qui doit consoler les âmes faibles et imparfaites. L'esprit de Dieu ne demeurera point en nous, tandis que nous serons charnels ; mais il se répandra sur nous, afin que nous cessions d'être charnels ; et voilà le miracle que nous devons lui demander. Miracle plus grand que celui de la créalion du monde , ou plutôt qui , dans l'ordre de la grâce, est une espèce de création plus miraculeuse que celle du monde. Mais il faut pour cela. Seigneur, la toute-puissance de voire grâce. Quand vous créâtes le monde, vous travailliez sur le néant, et ce néant ne vous résistait pas; ici c'est le néant du péché, qui, loul néant ()u'il est , s'oppose à vous et s'élève contre vous. Envoyez-nous donc votre esprit dans toute sa plénitude; el par là. Seigneur, créez dans nousdes cœurs purs, des cœurs chasles, des cœurs soumis à voire loi : Cor mundumcrea in me, Deus {Ps. LU); envoyez-nous cet esprit sanctificateur ; el par là renouvelant nos cœurs, vous renouvellerez toute la face de la terre : Emilie Spiriiuni tiatin , cl cnaùiit.lur, cl rcnoiabisfd'jicin Icrr.ii
mystep.es. sehmo.n X. roLiU
(/'.«. cm). Quelle force, mon Dieu, et (juel zèlo pour voire gloire nenousiiispirera-l-il p.is ? c'ot ce que nous allons voir dans la dernière partie.
TnOISiÈME PARTIE.
C'est un caractère qui ne peut convenir (lu'au Saint-Espril, et (lui le dislingue essentiellement comme Saint-Esprit, de posséder en soi l'Etre divin , sans pouxoir le communiquer à nulle autre personne divine ; délie produit par le l'ère et par le Fils , et de ne pouvoirétre le principe d'aucune autre semi)lable [)roduction; en un mol , d'èlre , tout Dieu qu'il est, stérile dans l'adorable Trinité, parce qu'il est le terme de la Trinité même. Stérilité, disent les théologiens, qui, bien loin d'être défectueuse, marque et su|)pose en lui la plénitude de toute perfection. Mais, autant que la foi nous représente le Suint-Esprit stérile dans lui-même, et par rapport aux deux autres personnes dont il procède, autant nous le l;iit-elle concevoir agissant, fécond et plein d'eriieate et de vertu hors de lui-même , et dans les sujets à qui il fait part de ses dons. Car, selon l'Ecrilurc , c'est le Saint-Esprit qui est en nous le principe immédiat et subslanliel de toutes les opérations de la grâce ; c'est par le Sainl-Eepril que nous sommes régénérés dans le ba|itêine: lYi'i/ (juis rctuilus ftu'iit ex (U/iut et Spiritu Sancto {Junn., 111) ; c'est par le Sainl-Esprit que nous sommes léconciliés dans la pénitence : Accipite Spiritiim Sanclum: (/itoram rcmiserilis pcccata, reuiiilunlur ris (1 Juan., XX) ; c'est par le Saint-Esprit que nous prions, ou plutôt c'est lui-même qui prie en nous , avec des gémissements inelîatiles : Ipse eniin Spirilns postulat pro noOis gemitibus incnarrabÙibus [Rom., VUl) ; c'est par le Saint-Esprit que la charité est répandue dans nos cœurs ; et comme, en qualité de Saint-Esprit, il csl luimême la charité subsistante, par qui le l'erc et le Fils s'aiment d'un amour mutuel cl éternel ; aussi, disent les Pères, est-il dans le fond de nos âmes, la charité radicale par où nous aimons Dieu, cl d'où procèdent tous les saints désirs que nous formons jiour Dieu : C harilas Dd dijjusa est incordibits nostris per Siiiritiim Siinctum qui dalusest nobis {Rum., N) , Or, si jamais ct lie propriété de l'esprit de Dieu nous a été sensiblement révélée, c'est encore dans le glorieux mystère de ce jour, où nous voyons des hommes . j'entends les apôtres, auparavant faibles, lâches, timides , embrasés tout à coup , par la vertu de cet esprit divin, d'un zèle fervent; d'un zèle (ne perdez pas , s'il vous plait ceci) qui les lait parler d'abord et se déclarer, d'un zèle qui les détermine à tout entreprendre, d'un zèle qui îes rend capable de tout souffrir pour le nom de Jésus-Christ. Tiois dispositions que le Saint-Espril opère en eux par sa présence, et qui montrent bien qu'il est sou\erainenieiil ct par excellence l'( sjjrit de force , où, pour mieux dire , la force même. Encore un moment d'altenlio.n , ct je finis.
A peine les apôtres onl-il reçu le Sainl- E^prit , (ju'ils commencent à parler ot à se i!e>.larcr : Ri'picli sunt Spiritu Sancto, el ces-
\A FKTE DE LA l'ENTECOTE. 1153
pcrunt loqui {.Ici., 11); voilà le premier ciïtt de leur zèle. Mais pourquoi se deilarent -ils, cl jiour qui parlent-ils? pour Jesiis-Chrisl ', dont ils se considèrent désormais comme les ambassadeurs, comme les hérauts , comme les lèmiiins fulèles. Honteux de n'avoir osé jusque là lui rendre le témoignage (ju'ils lui doivent; confus de n'avoir pas eu le courage de prendre sa cause en main; el de soutenir ses iiilércts ; indignés eoiitrc eux-mêmes d,> 1 a\oir déshonoré par une désertion et une fuite pleine de faiblesse, el résolus de réparer ce scandale par la ferveur de leur confession cl aux dépens de leur vie , que fontils'.' animés d'un nouvel esprit qui vient de descendre sur eux el de les forlilier, ils sortent du cénacle où ils s'ètaienl tenus cachés; ils paraissent dans les places publii|ues , Ils eiilrenldaus les synagogues, ilsse produisent devant les tribunaux; et là au-dessUS de Ions les rcsiieets humains , ils protestent que cet homme cruciliè, cl mis par l'Injustice de Pilale, au rang des criminels, est le Messie; que ce Jésus de Nazareth est l'oint du Seigneur, el que Dieu a pris soin de le glorifier par des prodigesiiui siirpasseul toute la \erlu de rhonimc; (lue ce juste, livié à la mort, est le souverain auteur de la vie, rt qu'il l'a bien fait voir en se rcssuseitant lui- même; qu'ils en sont les témoins oculaires et irréprochables , el qu'ils ne peuvent plus résister à la f irce de l'Esprit-Sainl, qui s'est rendu maître de leur cœur, et qui parle par leur bouche. En vain prétend-on leur imiioser silence : Dnu nous commande , répondent-ils , de publier ce que nous avons vu el entendu ; or, il est juste d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. En vain les veul-on faire passi r pour des insensés el pour des hommis pris de vin : Si c'est ivresse, rejirend sainl Pierre, d'accomplir les oracles des prophètes , pensez de nous ce qu'il vous |ilaira ; mais au moins savez-vous ce (jue Joël a prédit , que Dieu, dans les derniers temps, réiiamlra sou esprit sur toute chair. Or, c'est ce que nous vérifions acluellemeiit en confessant Jé^us - Christ; el, bien loin de rougir de celle ivresse, nous nous en faisons une gloire. Qui s'explique de la sorte, chréliens? sont-ce des hommes pleins de zèle"? non, dit sainl Chrysoslome; c'est le zèle même, c'est le Saint-Esprit qiiise serl de l'organe des hommes pour faira connaître Jésus Christ, pour justifier la sainlelé de Jésus-Christ, pour établir la foi do l;i divinité de Jésus-Christ , pour confirmer ses miracles , pour autoriser sa do Iriue , pour fonder son Eglise et la religion qu'il a apportée au monde. Car c'est cet esprit , disait le Sauveur, qui me glorifiera par sa venue: Ille me (jlorifirahil [Joan., XVI). Ce n'est pas vous, ajoulail-il à ses disciples, qui parlerez pour moi , votre témoignage , quoique vrai , n'aurait pas assez de poids; c'est l'esprit de votre Père qui parlera en vous et par vous : Nuneniin vos estisqui Inquiinini sed spiiilus Piiliis vcsiri quiloquilur in vobis{MattU., X). Non-seulement le Sainl-Esprit fait parler 1rs apôtres eu apôlres, iiiuis,parle plus grand miracle qui fut jamais , il leur fail entrepreu-
or.ATF/iT.s SACiiis. r,uii;i>.\i.oi;E.
OrcctcM'cik r i!es ( luisrs li'llciiicnl .tu lîcssns «les loiccs liiiinniiios , qn'»\\ est oblige di' s'écrier: Uiiiilns Dci est hic [EroiL, VII), c'est le (l(ii"l(le i')i( u(|iii ,igil iei. Ecoulez-moi. Ce sont <le pauvres piclieurs , des honiuies sniis taieiil, s;iiis eiédil, sans nom, des hommes que Ion regarde comme le rebut du monde : Tan- (junm ])urr/nincnta Inijus mundi (I Cor., Il ) , mais qui,' possédés de cet esprit, se proposent de changer et de rél'ormer le monde. Ou'ont-ils pour venir à bout d'un Ici dessein? quels trésors possèdent-ils, par quels coui^eils agissent-ils? de quelles armes usent-ils, point d'autres armes pour eux, que la force de votre esprit, 6 mon Dieu! par qui ils (rioniphent de tout. Non, chrétiens, ce n'e.st ni par l'évidence des mylères qu'ils annoncent, puisque ce sont des mystères incnmpiéhensibles ; ni parla douceur et le relài hemenl île la morale qu'ils prêchent . puisque c'est une morale qui combat tous les sens ; ni par les artifices et les ciiarmcs dune eb;quence cludiée , puisqu'il n'ont jamais fait d'autre étude que celle de leur profession. Cependant tout se soumet à eux , ou plutôt à la loi qu'ils publient; les savants et les ignorants , les peuides les plus polis cl les «allons les plus b.irb.ires, les princes cl ies sujets, les grands et les petits. Klie pass(' par leur ministère, celle loi muvelle, au-delà des mers ; clic pénètre jusque dans les lieux les plus inaccessibles; d'o s'établit dans les provinces, dans les royaumes, dans les empires et jamais ces fameux con<juérants, que Ihistoirc profane a tant vantes , dont elle a tant exalté les faits héroïques, dont elle a voulu éterniser les noms par de si magnifiques éloges, avec toute leur puissance et tous leurs préparatifs, avec les plus llorissantes années, n'ont pu porter, je ne dis jias plus loin, mais même aussi loin leurs conquèlcs. Ce n'est pas que les apôtres n'aient eu bien des persécutions, bien des i oiilradielions à soutenir; mais, par un dernier i IVelde l.i forceduSaintlîspril, ils sont à l'épreuve de loui, ils méprisent les tourments et la mori, û> se glorilient dans les fers, ils embrassent b iirs croix; soulTrir et mourir pour Jesus-Clii isl, ci' sont leurs plus chères délices. Dciiieurons-ei; là , el n'entrons point dans un détail qui serait infini. Voilà, mes chers aiidilenis. les excellentes et divines opérations de l'esprit de Dieu, non-seulement dans les premiers disriples du Saiivi ur, m.iis dans loulcs lésâmes justes; el voilà par où nous apprendrons si c'est cet esprit qui nous anime, et s'il nous a conmiuniqué cette birce dont les apôtres furent tout à coup revêtus.
Car, pour réduire tout ceci à quelque chose de praticiue, croire qu'on a reçu l'es- (iiil de Pieu, et n'oser se déclarer pour Dieu, < t se taire quand il f.iudrait parler, et demeurer oisif quand il faudrait agir, et craindre (le s'exposer ou de se commettre, quand il faudrait se sacrifier; croire qu'on a reçu l'esprit de Dieu , et ne rien faire pour Dieu, cl ctri" languissant dans le scrviee de Dieu, «t n'avoir nul zèle pour les inléiéls de Dieu, Cl lie rien ontrepreudro pour la ^'loire de
Dieu; croire (iiron a reçu resjirit de Dim, et ne se résoudre jamais à rien endurer pour Dieu, et trouver pour Dieu tout difficile el tout impossible, el ne vouloir pour Dieu ni se l'orlifier, ni se vaincre, ni se contraindre, ce .erail une erreur grossière. Non , (hrélieiis , ne nous aveuglons pas jusqu'à ce point. Le Saint-Esprit est essenliellemenl ferveur et amour. Or, l'amour, dit saint Grégoire pape, opère de grandes choses pa:lout où il es!, et, s'il n'opère rien, te n'est plus amour : Mu(/na operalur nmor uhi est ; si mayna non optrulur, amur non est [Greij.). Faisons-nous donc, autant qu'il nous convient, une sainte pratique de tout ce que praliquèrenl les apôtres. Si nous avons reçu le don de Dieu el le Saint-Esprit comme eus, commençons à parler comme eux, h agir comme eux, et, quand la Providence l'onlonucra , soyons prêts à souffrir comme eux. En vrais disciples du Sauveur, [ileins de son esprit , confessons hautement snn nom, ne rougissons point de son Evangile; rendons-lui dans le monde des témoignages dignes de notre foi , expliquons-nous dans les occasions , n'ayons point, (juand il est (luestion de la cause de Dieu, de lâches complaisances pour les hommes; ne donnons point cet avantage à riinpiété, qu'elle nous rende timides el muets, mais confondons-la par une sainte, quoique modeste, liberté. On dira (|uc nous sommes imprmlenls : on a bien tenu des apôlres d'autres disccurs , et plus injurieux, sans que leur zèle en ail été refroidi. Ne nous contentons pas de parler, 'i'ravailloiis pour Dieu avec courage , inléressons-nous dans tout ce qui regarde son culte, sa religion, sa loi, son Eglise. I) ins l'étendue de notre pouvoir, à proportion de nos talents, formons pour lui des desseins el des enlreprises. Ne nous rebutons point des obstacles qu'il y aura à surmonter : l'espril de Dieu nous donnera des forces, et il nous feia vaincre le monde. Nous aurons des contradictions à essuyer, il faudra livrer des combats, peut-être nous en c lûlera-t-il des pe séeutions : eh bien! n ms noua ferons do loutcela, comme les apôlres, une consolation et un mérite. A quoi connaira-t-on (jne nous a vous reçu le Saint-Esprit, si ce n'est par m Ire coasl.inee à soutenir ces sortes d'epieu\es? Aiiliuc loqacntc Prlro , rcridil Spirilii:!
S:uictus s
uper
i/iii audidiant veibaui
[Ai:l., X ): Comme Pierre parlait encore, I .ipp'irle saint Lue, le Saint-Esprit descendit su.- tous ceux qui écoutaient sa paio c. One ne puis-je, mes du rs auditeurs, obtenir pour vous et pour moi le uiémc niiracl ■! Eiiites, Seigneur, que ce ([ue j • dis ne soit pas un simple sonli.iit, donnez bénédiclion à ma parole, ou plutôt à la vôtre; répandez sur toute cette assemblée la plénitude de votre esprit. Et vous , ô Esprit de mon Dieu! principe de toutes les giâccs, auteur de toute sainlelé , venez nous éclairer et niius fortifier, ven z saiictilier celle m.iisnn (jui vous est dévouée , cl (jui ne veut être gouvernée que par vous , pa;ce que tout .-ul:\' esprit que '. uus ne la maiulieudruil dus
Jlf.J MVSTEUES. SERMON XI. SUR LA TRES SMNTE TUlNtrE. Hr.î
dans l'oiili-c qiii j rôgiio , ri dans celle par- mènes, qui couronne les niarlyrs, qui con-
failfiliariléquiy a loujours enliflenu la p.iix sacre Ic^ prêtres, <iui sauve lout le iiiondc.
lie Dieu. Vous niiusuiellezici (UManl les yeux Cependant, mes cliers auditeurs, à (luoi
iiii exemple aussi éclatant qu'cdillani, seul m'engage la fête el la solennité de ce jour?
ca[)al)le do nous convaincre du souverain Le prophète Jéréniie disait à Dieu : Sei--
emjjireque vous avez sur lesesprits et sur les gneur, je suis un eiil'anl qui ne fait encore
Cd'urs : une des plus grandes reines du que bégayer, el qui ne sait pas expliquer
monde, sanclifiée parla pratique de toutes ses pensées; coinmenl voulez vous ([ue je
les vertus chrétiennes, qui, dans l'élévation parie à votre peuple, et que ji" lui annonce
de son rang , a su conserver l'esprit d'une votre loi? Mais, lui répondit le Dieu d'Is-
profonde humilité , d'une solide piété, d'une raél, ne crains point, c'est moi (]ui t'en» oie;
sainte et exacte régularité ; une reine qui a et, puisque je t'envoie, je le soutiendrai dans
tout sacrifié , et qui s'est sacrifiée elle-même l'exercice de lun ministère : je le mettrai
pour sa religion; une reine victime de sa dans la bouche ce que lu auras à dire, et je
l'cii, et persuadée de la vérité catholique serai au même temps d:ins les cœurs <le ceux,
jusqu'il la delendre aux dépiiis de trois qui lécouti'rout , pour les disposer à te
royaumes ; une reine dont les malheurs n'oiil donner une allention fa\oralile. Voilà, mes
ni ébranlé la constance, ni ralenti le zèle ; frères, ce qui fait aujouid'liui toute ma con-
enfin, une reine qui serl aujourd'hui de spec- fiance. J'ai à vous cnirelenir du plus pro-
lacle au monde, aux anges et aux hommes, fond et du plus impénétrable mystère : mais
mais encore plus à Dieu (jui l'éprouve , deux choses me ras^urent, l'ordre de Dieu,
voilà, divin lispril , ce que m*us regardons et votre disposition : l'ordre de Dieu, (|ui mè
comme un chet-d'œnvrc de votre grâce : et conmiande de vous parler; cl la disposition
telle esl aussi, madame, l'heureuse cl g'.o- où vous êtes, de recevoir, avec une rellcxioii
rieuse destinée de Voire Majesté. Dieu vous toute p;irticulière , sa sainte parole. Im-
a choisie pour être uue preuve , mais une plorons néanmoins, pour Irailcr ce grand
preute illustre et mémorable de la toute- sujet, le secours du ciel, par l'intercession
puissance de son Esprit, il vous a choisie de Marie : Ave, Maria.
pour allier dans votre personne toute la per- Pour parler utilement, chrétiens, du i'ection du christianisme avec toute la gran- mystère de la très -sainle Trinité, el pour le (leur du siècle. Il vous a remplie de l'esprit rapporter, autant qu'il est possible, à l'édide vérité, de l'esprit de sainteté , de l'esprit fication de nos mœurs , voici trois proposide force, pour faire de vous un modèle des lions (jue j'avance d'abord, cl qui feront le plus héroïques vertus. C'est ce qui nous ins- sujet cl le partage de ce discours. Je dis (juc pire pour Votre Majesté une si profoi.de la profession (jue nous faisons dans le chrisvéiiéralion; c'est ce qui nous l'ait espérer que tianismc, de croire en un seul Dieu une trila suite réparera les pertes passées, (jue Dieu, nité de personnes, est l'acte le plus glorieux selon le mot du Sage , vous ayant trouvée à Dieu que noire foi soit capable de pro- Uigne de lui dans l'allliction , non-seulement duire : [ircnuère proposition. Je dis que vous consolera, vous relèvera, vous glorifiera c'est le fondement le plus essentiel cl le plus sur la terre, mais vous couronnera dans le solide de toute votre espérance : seconde ciel, où nous conduise, etc. proposition. Et enfin, je dis que c'est le lien
de la charité qui doit régner entre les hom-
SERMON XL mes, mais particulièrement entre les fidèles :
c , , . ■.■••■ -.j troisième proposition. La première vous
Sur la tres-sainte 1 nnilé. montrera ce que nous faisons pour Dieu, en
l,.nominol':uns, riFilii, ctSpirii.isSnncii. confessant le mystère de laTrinilé; la sc-
Aummduràc,ciduFih,eidu Snmi-Es,,rii(S. Maiih., condc, ce que nous faisons pour nous-mé-
r/i. X.VVlli). mes ; et la troisième, ce que nous devons
faire les uns pour les autres. Croire un Dieu Voilà, chrétiens, en trois paroles, le som- en trois personnes, c'est le plus grand hommaire de noire foi, le fondement de notre mage de foi que la créature puisse rendre à religion, le caractère de notre profession, le Dieu ; ce sera la première partie. Croiic un plus auguste de nos mystères. Le Sauveur Dieu en trois personnes, c'esl le plus grand du monde en a fait une partie cssen- sujet de confiance que la créature puisse tielle du premier de tous les sacrements; avoir en son Dieu : ce sera la seconde. Croire il a voulu qu'il entrât presque dans la com- un Dieu en trois personnes, c'est avoir déposition de tous les autres; la primilive vaut les yeux le [ilus puissant motif ut le Eglise s'en servait comme d'un sceau public plus excellent modèle de la chariié , qui et universel pour distinguer les fidèles ; et doit to'js nous unir en Dieu al selon Di, u : c'est pour nous conformer à ses sentiments ce sera la dernière. Tout ceci est moral, et (jue nous le mettons à la lêlc de toutes nos mérite loule »olre atlention. actions , voulant qu'elles soient autant de themikue partie. témoignages du culte que nous rendons à De tous les mystères de notre religion, il l'adorable et très -sainle Trinité. Aussi est- n'y en a pas un où Dieu soit plus incompréce celle foi, dit s.iint Augustin, que nous rc- liensible à l'iiomiue , que le mystère de la gardons cummc le plus précieuxtrésorderE- Trinité ; d'où je conclus qu'il n'y en a augiise ; celte foi qui justifie les pécheurs , qui cun dont la créance el la profession soit plus sanctifie les justes, (lui baptise les caléchu- honorable et plus glorieuse à Dieu. Car il UaiTEiKs sACiiÉs. XJV. (ïrciUc-sept.)
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OliATLLllS SACHES. COL'RDALOLE.
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esi certain que nous ne nous formons jamais d'idée plus liaule, ni plus digne de la grandeur de Dieu , que quand nous avouons qu'il est incompréhensible ; et la plus excellente protestation que je lui puisse faire, cl que vous puissiez tous lui faire avec n)oi, c'e^t sans doute celle-ci : Non, mon Dieu, je ne vous comprends pa-;, cl je ne suis pas capable de vous roiiiprenilre. Quand j'é|)uiserais toutes les forces et toutes les puissances (II- mou âme, quand j'y emploierais toutes Cilles des anges, quand tous les dons de la tirâcc et de la gloire me seraient commuiii- (jués, quand je vous verrais aussi parfaitement <iiie les bienheureux et que lluimanité Ai Jésus-Christ même, non, Seigneur, je ne vous comprendrais jamais, et ma connaissance sera toujours autant éloignée de vous, que le fini l'est de l'infiiii. Si je vous comprenais , mon Dieu, vous ne seriez plus ce que vous êtes, ou bien je ne serais plus ce que suis ; mais, en ne vous comprenant pas, je reconnais que vous êtes mon Dieu, et que je suis votre créature : car comment pourrais-je mieux exprimer l'un et l'autre, et d'une manière plus avantageuse à votre di- ^inité, qu'en disant que vous êtes ce (pie je ne puis comprendre, et ce qui ne peut jamais être compris ? Bien plus , dit saint Augustin, (écoutez, chrétiens , une belle remarciue de ce Père), à proprement parler, l'unique chose que nous pouvons connaître de Dieu et que nous pouvons lui attribuer, c'est cette qualité d'incompréhensible : Tune vcro uliquid de Deo cognoscimus, cum ipsum coinprehendere non possumus {Aug.). Dans tout le reste nos esprits se perdent , dans tout le reste nous nous égarons souvent, sur IhuI le reste nous sommes en danger de tomber dans l'erreur. Quand nous disons : Dieu est puissant. Dieu est juste, Dieu est saint, Dieu est miséricordieux ; dans la rigueur des termes, toutes ces propositions ne seraient pas convenables, si nous n'ajoutions ou si nous ne supposions l'incompréhensibilité (le Dieu pour les modifier. Afin qu'elles ï-oienl exactement vraies , il faut dire, ou du Il oins sous-entendre : Dieu est puissant, nais d'une puissance que je ne comprends pas; Dieu csl juste, mais d'une justice tout nuire que je la connais ; Dieu est saint, mais d'tuie sainteté qui passe toutes les vues de mon ef prit. Il en faut donc toujours revenir a son incompréliensibililé, et se réduire au sentiment de saint Augustin, que là où Dieu nous paraît plus incompréhensible, c'est là que nous le connaissons mieux, là que nous sommes plus en éat de le glorifier, là que notre foi lui reuil un témoignage plus parfait. Or, je vous demande dans (luel mystère de la l'iiigion chrétienne Dieu est -il plus incompréhensible à l'homme"? n'est-ce pas «lansl;i rrinilé"?Que concevons-nous dans ce mystère, sinon que nous n'y concevons rien? Kt c'est pour(]Uoi les prophètes, qui en ont eu les premières révélations, lui ont toujours donncce caractère, nous le représentant, tantôt comme une lumière inaccessible, tantôt cuuiuiï une obscurité impé:ic!rablc, tintOt
comme un abîme sans fond, pour nous signilier ((ue la trinilé des personnes divines est le grand mystère de l'incomprélienvibi liié de Dieu. D'où il s'ensuit que je ne puis exalter plus de ma part ni plus relever le souverain être de Dieu, que par la créance de celte ineffable Trinité
N'en demeurons pas là. Que fais-je, chrétiens, quand je crois un Dieu eu trois j)crsonnes? je lui fiis un sacrifice : et de quoi? de la plus noble partie de moi-même, qui est m 1 raison ; et comment le fais-je de la manière la [dus excellente et la plus liéroïque; et en quoi consisle-t-il? le voici. Je crois un mystère dont je n'ai nulle expérience, et dont il m'est impossible d'avoir la moindre iilée avant que Dieu me l'ait révélé j et, quand Dieu me l'a révélé, je le crois de telle sorte, que ma raison ne peut s'en faire juge ni l'examiner; enfin, ce qui fait la perfection de mon sacrifice, je crois ce mystère, quoiqu'il semble répugner positivement à ma raison. N'est-ce pas là tout l'effort que la raison humaine peut faire pour Dieu? Ne sout-ce pas tous les droits auxquels elle peut renoncer? et n'est-ce pas surtout dans ce nsystère qu'elle y renonce pleinement, et qu'elle se sacrifie tout entière? car il n'en est pas de même des autres : je connais mille choses de Dieu, indépendamment des révélations de Dieu. Quand Dieu ne m'aurait jamais parlé, je sais qu'il est sage, je sais qu'il a une providence, je sais que le monde est gouverné par lui : toutes hs créatures me le disent; je n'ai qu'à ouvrir les jeux, j'en ai des preuves sensibles. Et en cela la foi ne marche point devant la raison, mais elle la suit ; elle ne lui apprend rien de nouveau, quoiqu'elle le lui apprenne mieux ; elle augmente ses lumières et les perfectionne; mais elle les suppose en les perfectionnant; je crois ce que je savais déjà en partie. Mais qu'en Dieu il y ait trois différentes personnes ; que la première s'appelle Père , la seconde Verbe , et la troisième Saint-Esprit; que le Fils soit engendré par la connaissance féconde que Dieu a de soimême, et que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils par voie d'amour ; ce sont des secrets dont je ne découvre aucun vestige dans l'univers, et dont tous les hommes n'auraient pu même former de conjectures si Dieu ne les en avait instruits. On dit qu'un philosophe païen en a eu autrefois quel(]ue connaissance; mais, si cela est, saint Aui;ustin répond qu'elle lui élail venue du commerce avec les Juils. C'est donc à la foi seule que je suis obligé de m'en rapporter touchant ce myslèie. .Mais, qiiaïul ce mystère m'est révélé de Dieu par la foi, pui jerai'Onner, puis-je discourir, puis-je oecuper mon esprit à le connaître, et à en chercher le principe? Non, chrétiens, cela n'est point du reisort de ma raison. Dans le mystère de l'incarnation je le puis faire : supposé la foi que le Verbe se soit fait chair, mon esprit y trouve je ne sais combien de convenances admirables. Je dis qu'il n'y a>ail (lu'un Dieu qiii pût satisfaire à Dieu
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MYSTi.RES. SEiSMON XI. SLR L\ TP.LS-SAINTK TIllMTE.
pour le péché ; or, ce Dieu no pouvait snlist.iire, sans se fairt- lioiniue; ainsi je raisonne alors sur la foi. Quoique la foi précède mon raisonneinenl, mon raisonnement ne laisse p is de venir ensuite au secours de la foi. Mais, quand il s'agit de l'auf^usle myslère di- la Trinité, dune essence indivisible en plusieurs personnes, du Père qui n"est pas [dus que le Fils, du Fils qui n'a nulle dépendance de son Père, du Sainl-Esprit qui est l'amour substantiel de l'un et de l'autre; c'«st là que notre raison demeure, qu'elle s'humilie, quelle se couvre de ses ailes, comme ces anges que vit le prophète; qu'elle s'interdit tout examen, toute réllcxion, toute curiosité. Tout ce qu'elle fait, c'est de reconnaître son iijnorance ; et cel aveu, dans la i)ensée d'un Père. e>l la seule confession véritable de la Trinité.
Ce qui nicl le comble au sacrifice que je fais à Dieu, en croyant la Trinité, c'est que je me soumets à croire un mystère qui paraît choquer la raison même, et contredire toutes ses lumières. Car il faut que je croie que trois personnes divines, celle du Père, celle du Fils et celle du Saint-Kspril, n'étant (ju'une même chose avec l'essence de Dieu, je dis une même chose indivisible, sans composition, sans parties, sont néanmoins distinsuccs entre elles. \'oilà, si j'ose parler ainsi, la pierre de scandale pour l'homme ; voilà la plus apparente contradiction qui se rencontre dans tous nos mystères. Mais c'est de là même aussi que notre foi lire sa perf<clion, quand nous disons à Dieu : Oui, Seigneur , je crois tout ce que vous m'avez révélé de cet incompréhensible mystère ; ma raison semble d'abord s'y opposer, mais je la desavoue, mais je la renonce, mais je vous l'immole aux pieds de vos autels. Je crois, mon Dieu, voire unité et voire Irinilé tout ensemble, et je crois l'une et l'autre dans la même disposition de cœur que s'il fallait mourir. En vertu de cette foi dont je fais ici profession, je voudrais pour la défendre donner ma vie el verser mon sang; et comme vous êtes trois dans le ciel dont je reçois aujourd hui le témoignage, le Père,le\"erbe elle Saint-Esprit, aussi voudrais-je , Seigneur, être en étal de vous rendre sur la terre les trois témoig:nages dont parle le bien-aimé disciple : le témoignage de l'esprit, le lèmoignagcde l'eau el le témoignage du sang. Voilà ce que nous disons, chiélicns; mais savez-vous ce que Dieu nous répond'? il est important que je vous le fasse entendre. Non, non, nous dilil, il ne s'agit plus de mourir ni de perdre la vie; je voulais des martyrs autrefois pour fonder ma religion ; mais maintenant les choses ont changé , ce n'est plus dans la persécution, mais dans la pais, qu'il faut prouver votre foi ; ce n'est plus sur des échafauds ni sur des roues, mais dans les pratiques d'une vie commune et ordinaire qu'il faut faire paraître ce que vous êtes; ce n'est plus (levant les juges el les tyrans qu'il faut me confesser, mais au milieu de vos proches et lie vos amis; ce n'est plus le témoignage du sang Que je >ous demande, mais le lémo;-
gn.ige de l'esprit. Ne pensez donc point à cx'. que vous feriez s'il y avait encore des persécuteurs dans le monde; il n'y en a plus, il est permis de se déclarer, et commencez à le faire par la sainteté de votre vie, par l'innocence el la pureté de vos nitruis. En elïei, chrétiens, nous nous flattons, en formant ces résolutions imaginaires, de confesser notre foi à quelque prix que ce fût, cl en disant comme nous disons quelquefois : je souffrirais iilutôt mille morts (lue de la trahir celle foi ; car nous la trahissons à toute heure; et, ce qui est plus déplorable, nous la trahissons pour un vil intérêt, pnur un moment de plaisir, pour contenter un dêsir. une passion honteuse ; el tout ce grand zèle n'est qu'en spéculation el en idée, n'est quf. sous des conditions chimériques , n'est que pour des occasions el des conjoiictures où nous ne trouverons jamais rien de réel ni rien de présent.
Ahl chiétiens, la belle parole que celle d'un saint é\êque, en parlant des premiers martyrs : Ils ne savaient |)as dispuier des choses de la foi, disait Pacian , e\êi|ue di; Barcehme; mais ils savaient bien souflrir el mourir pour la foi : Scuban! inori, et non scicbaut dispHlarc {Pucian.). Mais, de nous, on peut dire, à noire confusion, tout le contraire : nous savons disputer des choses de la foi, mais nous ne savons ni mourir ni vivre pour la foi. Jamais tant de raffincmenls , jamais tant de contestations, ni tant de disputes, jamais lant de liberté qu'il y en a aujourd'hui à s'expliquer sur les mystères de la foi et de la religion , el néanmoins jamais si peu de foi el de religion : pourquoi '/ parce qu'il n'y a rien qui soit plus capab'e de détruiie la religion et la foi, que celte vanité dont on se pique, cl ce prétendu niérite qu'on se fait d'en savoir raisonner. Ceux dont parle Pacian se contentaient de savoir deux choses, qui étaient de croire et de mourir. Ils bornaient là toute leur science; et nous, nous savons toutes choses, hors ces deux-là, parce que nous ne voulons croire que ce qui nous plaît, el que nous ne voulons pas d'.iilleurs nous l'aire la moindre violence pour pratiquer ce que nous croyons. Ceux-là savaient mourir pour la foi ; Siicliunt moii; et nous, avec toute notre subtililé. nous n'avons pas encore appris à vivre selon la foi; car nous nous disons chréliens et nous vivons en païens; et, par celte alliance que tious faisons dans nous-mèiries d'un certain paganisme d'actions el de vie aveclechiistianisnie de profession el de créance, nous l'oruions un monstre pire que le paganisme njème, puisqu'il ajoute à tous les désordres de celuici la profanation de l'autre.
Voilà, mes chers auditeurs , la réflexion que je vous prie de faire en la présence (le Dieu. Souvenez-vous que vous adorez une Trinité donl le caractère propre el essentiel est la sainteté; el qu'il n'v a point de sainteté, quelque cminente qu'elle puisse être, à laquelle nous ne devions aspirer , pour nous rendre de dignes adorateurs de cette augnsto Trinité. Pour l'adorer en esprit et en virile,
Uf,l
.or.ATEURS SACRES. BOURDALOIC.
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il faiil, pnr propnriion , être saint ronimo elle; car ce son! là les adoralcurs ijue le Père (lemanile : Nain et Pater ta.'rs quirril (jui nilurent cum [Joaii., JV). Voilà ceux qu'il clierclic et il ne se tiendra jamais vraiment niîoré pnr d'aulres : ISamet Pater talesquœril. C'est un Dieu saint, et il veut être servi par (les saints. Le premier ange ne le fut pas; et ce Dieu de sainteté n'a pu souffrir qu'il fût (lu nombre de ceux qui l'adorent, et il aima mieux en ôlre blasphémé dans l'enfer, que d'en être loué dans le ciel. Or, il n'esl pas probable qu'il en doive user autrement à l'égard des hommes. Avançons; et, après avoir vu comment la confession de la Trinité est le plus grand hommage de foi que la créature rende à son Dieu, voyons encore comment c'est le plus grand sujet de confiance (lu'une créature puisse avoir en ce lucmc Dieu : c'est la seconde partie.
DEUXIliME PARTIE.
Il y a, chrétiens, dans notre religion, une chose bien particulière, et que vous n'avez peul-élre jamais remar«|uée. Quand on nous instruit au christianisme , et qu'on nous donne les premiers élémerits de la foi , par où commcnce-t-on? par ce qu'il y a de plus relevé, et de plus difficile à croire, qui est le mystère de la Trinité. Dans les sciences humaines on enseigne d'abord les choses les plus communes et les pUis aisées, et puis ou élève peu à peu res[irit aux plus obscures et aux plus sublimes. >Iais, quand il s'agit de la science d'un chrétien, la première leçon c'est le précis de toutes les obscurités qui s'y rencontrent; il faut , pour ainsi dire, que la foi fasse son ajiprentissage par son chefd'œuvre, savoir, par la confession d'un Dieu en trois personnes. Vous voulez apprendre à un enfant les principes île la doctrine chrétienne ; c'est un entant, il ne sait pas enc(Me raisonner, à peine a-t-il l'usage de la parole; cependant que lui dites-vous ? Trois personnes et un seul Dieu, voilà rinstruclion que vous lui faites. Mais c'est l'instruction la moins propiirlionnée à son esprit, mais c'est celle dont il est le moins capable, mais c'est celle pnr où finissent les plus savants théologiens; il n'importe, c'est à cela qu'il faut s'attacher avant tout le reste : et pourquoi"? Ah I chrétiens, en voici la raison : parce que la foi des trois personnes divines est le fondement de toute notre espérance, la source de tous nos mérites, le principe de toute sainteté, et, pour m'expliquerdans les termes du concile de 'f renie, le commencement et la racine de toute la justification des hommes : Iniiium et radix loliiis juslifuationis noslrœ [Conc. Trid.). Peut-on être sauvé sans la foi ? non. Mais quelle est la foi essenlielle et nécessaire? celle de la Tiinilé. Tous les autres mystères de la créance catholique, hors l'incarnation du Verbe, n'ont pas le même avantage. Je pourrais absolument les ignorer et me sauver: mais, pour celui-ci, qui comprend un Dieu en trois personnes , si je l'ignore, ji; liai rien à attendre! de Dieu ; et, si je le crois, j'en espère tout. J'avoue, chrétiens, et je l'ai •lit, que ce prcniicr acte de religion, par le-
quel nous confessons que (rois m- foiil qu'u:i, est le plus grand effort de la foi , mais c'est pour cela même que Dieu en a fait dépi ndre tout notre bonheur. Il voyait bien la (iolcnce qu'il y aurait à se faire pour assujettir nos esprits à ce mystère; et voilà pourquoi il a arrêté, dans le conseil de sa sagesse, que la loi de le mystère serait le principe de tous nos mérites (levant lui , et de notre éteriielîe prédestination.
Kt en cela, dit saint Chrysoslome, Dieu nous traite avec la même honte dont il usa autrefois envers son serviteur Abraham. Ce patiiarchc, vous le savez, s'était mis en devoir de sacrifier son propre fils, malgré les répllgnanl■e^ que la n'iUire f<u-mait dans son cceur. Il était prèi à frapper le coup; mais Dieu en fut lou( hé, et ne voulut point avoir moins de lihéraliié pour Abraham, qu'Abraham n'avait eu pour lui de fidélité : Quia fecisti liane rem, et non pepercisli unigenito tno propter me . multiplicabo semrn tinim ( Gen., XXII ) ; Parce que lu as fait ce'a, lui dit le Seigneur, et que tu n'as pas épargné ton unique pour moi, je multiplierai (a postérité, je te comblerai de hénédicti.ms, je (e ferai le plus riche et le plus puissant de la terre ; et cette obéissance que lu m'as rendue sera suiviede toutes sortesdeprospérilés. C'est ainsi que Dieu dit aujourd'hui à ui» chrétien : Parce que tu as cru un mystère si fort au-dessus de toi et de toutes les idées humaines : Quia fecisti liane rem ; et que lu as sacrifié ton unique, c'esl-à-dire Ion esprit et ta raison, cl non prpcrehli nnigenito tuo , c'est pour cela que je te remiilirni de grâces, que je multiplierai le mérite de tes actions , <|ue je l'adopterai parmi mes enfants, iiue je t'enrichirai de vertus, que je te sanctifierai et que je te glorifierai. Car cette foi que tu as professée est le petit grain de l'Evangile , le(|uel ayant pris racine dans ton cœur poussera ses branches jusqu'à la hauteur du ciel, el produira tous les fruits de gloire que tu dois recueillir dans l'éternité, lit voilà, chrétiens, pourquoi la formule de foi que nous prononçons en confessant la Trinité, el qui est conçue en ers termes : Au nom du Père , el du Fils, et du Saint-Esprit, est si sainte , si auguste, si vénérable dans notre religion. Voilà pourquoi, selon l'inslilution de Jésus- Chi isl, elle entre presque dans tous les sacrements de la loi de grâce. Car, si nous sommes régénérés dans le bapiême, c'est au nom du Père, et du Fils et du Sainl-Esprit ; si nous sommes fortifiés par la grâce (le la confirmation, c'est au nom du l'ère, et du Fils, et du Saint-Esprit ; si nos péchés nous sont remis par la pénitence, c'est au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; si nous sommes consacrés par le caractère de l'ordre, c'est au nom du Père, el du Fils, et du Saint-Esprit ; si nous recevons la bénédiction des prêtres, des pasieurs, des prélats, c'est au nom du Père, eldu Fils, et du Snint-E-iprit : pour nous apprendre, dit saint Augustin, (|ue dans le christianisme il n'y a point de grâce, point de salut, point de justification ((ue |'ar la foi de la Trinité.
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MYSTKUF.S SERMON XI. SUU L\ TRF.S SAINTF, TIUMTf:.
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Vie I;\ vient nu?si tiiio, suivnnl la sninle cl icli^ii'iise couliiine, nous niellons à la lète lie toiilcs nos aclions e<'tle prolessioii de loi; n'cnlroprenant rien, n'e\éeiilan( rien, que iiou-i n'avons auparavant MKir(|ué sur nous le sisino de la croix, avec res paroli's: Au nom du P(^ro, el du Fils, et du Sainl-lîspril : reconnaissant que le mérile de notre .leliofi dépend de là, et que, sans cette loi, toiil ce que nous allons faire serait inutile, rejite de Dieu, cl perdu pour U; ciel. Praliciue (|ui nous est venue des apôtres, dont la tradition est constante, que les lidèles ont (oujours j,'ardoe, et que nos hérétiques n'ont pu condamner, sans faire paraître qu'ils élaicnl déterminés à rondauincr tout. Garenlin, qu'y a-t-il de plus conforme à l'esprit chrétien, que ce saint exercice d'invoquer la Trinilé , et de nous imprimer nous-mêmes sur le front le signe de noire salut au cunimcnrenient de chaque action ? cela néanmoins leur déplall, et un des articles de leur prétendue réforme a é'é d'en abolir l'usage; mais c'est jiour cela même que l'Kglise a témoigné encore plus de zélé à la retenir et à rol)ser\ cr. ('"est pour cela qu'elle commence ses divins oflices par la foi du Père, et du Fils, et du Saint-Fsprit ; que toutes les prières iiu'ello adresse à Uieu, par forme de dcmanile , expriment toujours ces trois divines personnes ; qu'elle ne chante |)as un psaume, une hymne, un cantique, sans les conclure par là : que [dus de cent fois le jour elle nous oblige, nous qui sommes les ministres de ses autels, à répéter ( c sacré verset : Gloire au Père, au Fils, et au Saint-Esprit ; parce qu'elle sait bien (juc nous no pouvons rien dire à Dieu de plus agréable, ni qui soit plus propre à lui gagner le cœur; et que cette prière seule a plus de vertu et plus de force que toutes les autres pour nous sanctifier. Ainsi elle voudrait que nous pussions la faire conlinuellement, et que jour et nuit notre bouche fût occupée à ilire : Gloire au Père, gloire au Fils, gloire au Saint-Esprit , à l'exemple de ce saint solitaire, qui, sélant placé sur une haute colonne, où il demeura plusieurs années, n'avait point d'autre exercice que celui-là.
Ah I chrétiens, permettez-moi de prendre ici occasion de vous instruire sur un i>o!nt dune grande utilité, quoiciue peut-être vous ne l'esliiniez pas tel. Si toutes les fois que vous el moi nous avons prononréces vénérait es paroles : Gloire au Père, au Fils, au Saint- Espril ; ou celles-ci : Au nom du Père, cl du Fils , et du Saint-Esprit , nous l'avions fait avec le même respect et la même affection que ce saint anachorète, combien de mérites aulions-nous .icquis dcvani Dieu"? si nous étions iiien remplis de celle pensée, moi qui vous parle el vous qui m'écoutez, nous les dirions sans cesse par une solide dévotion, et comptez quel fonds de richesses spirituelles elles nous produiraient. Car ces courtes paroles ii'nferment les actes les plus méritoires dt; toule la religion. Mais parce que, si nous les disons, c'est sans réilexion, et avec une ima- Ginalion égarée, l'cnsant à (oulc autre clios •
ou ne pensant à rien, nous avons beau les dire, et confesser ainsi la Trinilé, i)iul-êlre ne nous ont-elles pas procuré un seul degré (le grâce. Ce qui doit encore plus nous loucher, c'est qu'en prononçant ces paroles san.s atlenlion, nous faisons injure aux trois personnes à qui elles s'adressent. Non-seulement nous ne louons pas la Trinité, mais nous la déshonorons; non-seulement nous perdons ce trésor de grâce que nous pouvions acijuérir, mais nous amassons contre nous un trésor de colère. Car ces noms de Père, de Fils, cl de Saint-Esprit sont des noms divins, des nnms de gloire cl de majesté, des noms terribles à l'enfer, des noms souverainement respectables pour nous, cl p.ir conséquent qui ne doivent jamais passer par notre bouche, sans que no- Ire esprit el notre creur les accompagnent. Que dis-je'?ce sonl des noms encore plus aimables que redoutables, des noms de salut , el par là mémo plus dignes de l'atlenliou do nos esprits et d -s sentimcnis affeclueux de nos cœurs. Appliquez-vous, chrétiens, à ma pensée. Ouand nous nous trouverons au lit de la Uiorl, et que le prélre, dans les derniers moments de notre vie, viendra soutenir notre âme prêle à paraître devant Dieu, et former des voeux pour elle, quels noms emploiera-t-il pour rendre ses vœux plus eflicaces? les notns du Père, eldu Fils.ctduSainl- F'spril. Proficisccre , (initna clirislinnn ( l:x. Ont. comm. nniiii. ) ; Partez , âme chréiieiinel dira le ministre de l'Eglise , parlez au nom du Père qui vous a créée, au nom du Fils (|ui vous a rachetée, au nom du Saint-Esprit qui vous a sancliliée. Noms lout-puissants pour mettre en fuile les légions infernales, pour rendre inutiles tous leurs efforts, et pour attirer sur nous, dans ce passage si dangereux, les grâces et les secours du ciel. Il y a plus encore : car, quand ensuite le même minisire, s'adressant à Dieu, lui reconunandera l'âme du mourant, de quelle raison se scrvira-t-ii pour loucher en sa faveur la divine miséricorde? pcnt-êlre, mes rhors auditeurs, n'y avez-vous jamais fait réflexion, peut-être ne l'avcz-vous jamais entendue : mais elle est capable de réveiller toute votre confiance, et de vous inspirer un zèle tout nouveau pour l'honneur de l'adorable Trinilé. lîcoutez-la. Licct enim pcccnvcril , lumen l'alrem, el Filium, et Spirilum Sanclum non ncgnvil , sed crcclidit { Ibid. ). Ah! Seigneur , s'écriera le prêlredu Dieu vivant, il est vrai, c'est pour un pécheur que j'implore voire clémence ; il n'a pas été exempt des faiblesses humaines, et le poids de la fragilité l'a fait tomber; mais, du reste, vous savez, mon Dieu, que, tout pécheur qu'il esl, il a confessé votre auguste Trinilé ; qu'il a reconnu le Père, le Fils et le Saint-Esprit : Tamen Patrem, et Filhun, et Spiritum Sanclum non negaiit , sed credidil {Ibid.) ; vous savez qu'il s'est intéressé à la gloire de ces trois divines personnes, et qu'en vous adorant, ô souverain auteur du monde! il les a ndèlcment et religieusement adorées ; Et zetuni Dci in se habuil ; (( Dcum, qui fccil omniti, fidclilcr udo-
^'V'I ORATi-UiîS SACR
TJvi'. ( Ibid. ). Voyrz-voiis, chrétiens, comiiienl la confession de la Trinité , mais îine coiifeswoii res|)Citiieiise, une confession religieuse, csl un des plus grands sujets de confiance cpie la crciilure puisse avoir m son (Créateur? Finissons; et, pour dernière leçon, jippriMions encore co:iimenl la confession de celle même Trinité est le motif le plus puissant et le plus excellentmodèle de iacliarile chrétienne : c'est la troisième partie.